samedi 12 juin 2021

Comment en est-on arrivé là ?

Written by  Mai 01, 2009

La volonté du gouvernement Tchadien de participer à la protection de l’environnement n’est certes pas une mauvaise idée. D’ailleurs elle est presque un des axes d’améliorations de l’image du pays sur le plan international, un effort considérable que l’on ne peut manquer de souligner. Et si l’on se met derrière le rideau, on serait même amener à le féliciter car sur la forme, ce projet est plus qu’une révolution. Mais l’est-il vraiment sur le fond ou juste un plan média pour soigner son image ? Et quid du plan de substitution de cette seule source d’énergie ?

Bref, une vision politique d’une telle envergure, d’une telle sensibilité, si elle est mal déployée engendre toujours des conséquences désastreuses sur la population. Encore qu’elle est perturbée par des guerres incessantes, affaiblie par tant d’année d’insécurité sociale elle ne peut rêver mieux qu’une décision aussi absurde dans son déploiement. On n’est loin de la bonne foi que du comble. Alors quoi de mieux qu’un accueil froid réservé à cette loi dénouée de tous sens sauf celui de nuire et d’engendrer des mécontentements. Et d’ailleurs c’est le cas, du moins c’est ce que constate l’opinion publique interne confrontée au jour le jour à la descente aux enfers d’une frange de population victime du manque de cette d’énergie ? Sinon pourquoi tant de haine envers des ménages dont le revenu ne permet pas de se doter des sources d’énergie autres que le charbon de bois ? Et que penser alors des familles n’ayant aucun revenu ? Pire encore ceux qui habitent dans les recoins des grandes villes ou dans des villages environnants et dont le charbon leur est incontournable ? Y a-t-il des moyens de contrôle pour les villageois perdus en pleines brousses ? De quels revenus se nourriront-ils pendant la saison sèche ? Voilà un problème complexe auquel devrait se préparer au préalable le gouvernement lorsqu’il veut apporter du changement au sein de la société afin d’éviter des résistances sous différentes formes soient-ils ? On ne peut faire appliquer ce décret sans un moyen d’accompagnement social efficace. Est cela le concept du développement durable ?

En effet, le développement durable doit respecter des dimensions économiques, sociales et écologiques et sa mise en œuvre doit anticiper au préalable les impacts qu’il peut engendrer afin de définir un cercle vertueux dans l’intérêt des parties prenantes. Comme nous pouvons le constater, la lutte contre la désertification émane de la dimension écologique mais elle ne peut se réaliser sans tenir compte de la dimension sociale car elles sont interdépendantes. Il n y a dans l’œuvre tchadienne une confusion totale, un manque de discernement qui risque de conduire à des dérives profondes. Et je crains que l’utilisation de l'énergie alternative (excrément animal, morceaux de caoutchoucs etc.) risque de provoquer chez certains individus le développement des pathologies diverses mettant en danger leurs santés physiques et mentales. On assistera encore à une nouvelle catastrophe montée de toute pièce et dont il sera difficile de trouver des solutions adéquates.

Enfin, les circonstances actuelles encadrant le déploiement du processus laissent penser que seule l’utilisation de la force militaire a été prévue comme moyens de lutte efficace. Et je note au passage des personnes qui ont été tabassées pour non-respect de ce décret. Doit-on penser que la violence est notre seul moyen de régler nos différends ? N’y a-t-il pas d’autres solutions envisageables ou avons-nous besoins de leçons de morale pour comprendre des processus aussi simple soit-il ?  Comme beaucoup de compatriotes, j’appelle les élus à repenser la modalité d’exécution de ce décret pour la lutte contre la désertification quitte à sensibiliser la population d’une manière efficace et leur donner les moyens nécessaires pour protéger la planète. Nous sommes tous conscients de notre environnement et nous devons le protéger mais il faut choisir la manière qui minimise les risques sociaux et environnementaux pour éviter une catastrophe. Les conflits interarmées, les maladies, la sécheresse ont fait assez de victimes alors étudions sérieusement ce problème afin de limiter les dégâts qu’il peut engendrer.

Piquet DINGAMMADJI

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