jeudi 29 juillet 2021

Musique : rencontre avec Caman Seïd (Soubyanna Music)

Written by  Nov 21, 2010

L’ensemble musical le plus en vue et le mieux structuré du Tchad Soubyanna Music représenté par son Directeur Artistique dans une interview exclusive accordée à Ialtchad Presse, lève le voile sur la raison de leur scission avec leur ancien groupe Safi Music, et  retrace la genèse de Soubyanna Music. Il énumère par ailleurs les entraves de l’orchestre et leur perspective d’avenir. En outre,  Sa Majesté Caman Seïd n’est pas allé du dos de cuillère pour tirer le rideau sur ce qu’il qualifie de pseudo conflit qui opposerait Soubyanna Music à Placide Marouf alias Cidson Obama… Entretien

Ialtchad Presse : Quand et comment a été créé le groupe Soubyanna Music. Expliquez-nous les raisons ?

Caman Seïd : La date de la création de Soubyanna Music coïncide avec la date de la proclamation de l’indépendance du Tchad. C’est le 11 août 2002. Les objectifs qu’on s’est fixés dans notre groupe d’avant c’est-à-dire Safi Music étaient foulés aux pieds par nos leaders et on a préféré créer notre propre groupe et continuer notre aventure musicale.

Ialtchad Presse : Quelle est la raison fondamentale de votre scission avec votre ancien groupe Safi Music ?
Caman Seïd :
Ce qui importe pour nous présentement, c’est la projection vers le futur. L’avenir de Soubyanna Music, l’avenir de notre carrière musicale sont entre autre nos soucis majeurs. Le showbiz évolue au Tchad. L’industrie de la musique s’émancipe de plus en plus dans notre capitale. Au-delà des concerts qu’on donne les week-ends ; Soubyanna Music est une institution, une école qui a pour leitmotiv la promotion de la musique du terroir. Vous conviendrez avec moi que la problématique de l’originalité de la musique tchadienne est un sujet des débats dans le milieu culturel actuellement. Soubyanna Music est en perpétuel création pour apporter sa pierre à l’édifice afin d’assoir un genre musical authentique aimé et accepté des mélomanes et du public. Soubyanna Music se mets au-dessus de certains  débats stériles, de certaines considérations à l’époque de l’âge de la pierre taillée pour donner plus de visibilité à la musique tchadienne. Le temps a réparé les frustrations du passé de Safi Music ; on a muri. Maintenant que la page est tournée, parlons du présent et du futur. Il y a toujours eut des scissions dans des groupes, ce n’est pas un phénomène nouveau et extra. Considérez les choses comme telles et mettons cela dans les calendes grecques.

Ialtchad Presse : Il y a une sorte de contraste, une concurrence pas du tout heureuse entre Soubyanna Music et un Ex membre du groupe, Marouf Placide alias Cidson Obama. Pourquoi cette tension larvée ?
Caman Seïd :
Parlez plutôt de pseudo conflit parce qu’en réalité, il n’y a pas de conflit entre nous. En plus, de quelle concurrence parlez-vous, et sur quel plan d’ailleurs ? (ironisant) je ne savais pas que vous avez de la peine à distinguer le jour et la nuit. On ne compare jamais une institution à un individu. Ce sont les médias et certains animateurs des radios de proximité et une frange de la population qui ont créé ce pseudo conflit. Il a voulu voler de ses propres ailes, c’est plutôt encourageant. Cependant, je ne tolérerais plus qu’on parle de manière subjective de Soubyanna Music. On n’aime pas construire dans ce pays. On aime plutôt détruire. C’est dommage. Le Tchad est immense, que celui qui veut voler de ses propres ailes, n’a qu’à voler mais je conjure qu’on laisse tranquille Soubyanna Music.

Ialtchad Presse : Pourquoi n’appelez-vous pas le chat par son nom ?
Caman Seïd :
Je ne veux point faire de la publicité de quelqu’un. Pourquoi Soubyanna Music doit le caresser dans le sens du poil. Nous  sommes des intellectuels, des personnes réfléchies, cadres de Soubyanna Music raison pour laquelle nous ne voudrons pas nous prêter  à certains jeux futiles. Cependant, à un moment donné, il faut taper des points sur la table pour faire taire certains énergumènes qui tiennent des propos incongrus à l’endroit de Soubyanna Music. Nous assumons notre responsabilité et l’avenir  dira qui a raison.

Ialtchad Presse : Qu’est-ce que Soubyanna Music fait de concret pour la promotion de la musique tchadienne ?
Caman Seïd :
Soubyanna Music est une école. Nous avons une dizaine de jeunes qui ont intégré le groupe sans toucher auparavant un instrument musical. Maintenant, chacun d’eux excelle dans son instrument de prédilection. Nous, les cadres, essayons de leur transmettre les connaissances que nous avons acquises tout le long de notre parcours musical. Nous avons un cadre culturel ouvert et accessible à tous les autres artistes pour leur spectacle. Nous comptons enregistrer notre troisième album. À cet effet, nous allons inviter quelques artistes musiciens nationaux en featuring  avec nous. Ceci, pour encourager le brassage et l’inter relation entre nous. Nous avons aussi contacté des musiciens internationaux de renom pour entrer au studio avec nous et le contact est établi.

Ialtchad Presse : Ne trouvez-vous pas très monotone vos prestations tous les week-ends dans votre royaume culturel ?
Caman Seïd :
Vous empêchez vous de boire de l’eau plate pour étancher votre soif ? « Non » me répondrez-vous surement. Eh! Ben, les fans et supporters de Soubyanna Music ont toujours soif de nous. Cette sympathie et attachement inconditionnel de nos fans et supporters méritent des réponses. Cette réponse, c’est jouer pour eux. Nos fans aiment ce qu’on fait, la preuve, ils sont présents tous les week-ends à nos concerts avec le même enthousiasme.  Je ne peux vous décrire cette alchimie, cette ambiance qui prévaut dans nos concerts. Nous formons une grande famille, la communion est extraordinaire entre nous. À N’Djamena, il manque des cadres et structures de divertissement pour que les  gens viennent se relaxer pendant les weekends.  Ne soyez pas surpris, si je vous dis que nos supporters nous suivent à Sarh, Moundou, Abéché pour suivre nos concerts. C’est notre humilité et professionnalisme qui nous créditent ce capital de sympathie. On parle de monotonie lorsqu’une activité devient chiante. Or, nous, même si on joue de lundi à lundi, nos supporters répondrons toujours présents et nombreux.

Ialtchad Presse : Vous avez deux albums (Eternel et Se souvenir…) sur le marché discographique, vous avez votre cadre (Royaume Culturel) pour vos spectacles. Vous vous estimez satisfaits ?
Caman Seïd : La construction de notre cadre pour nos productions est certes un pas de géant quand on sait que la situation socioéconomique des artistes musiciens tchadiens est peu reluisante. Cependant, l’enregistrement des deux albums reste pour nous un chantier à peine entamé. Nous progressons lentement mais très surement. Ces réalisations sont loin d’être une fin en soi.

Ialtchad Presse : Vous êtes l’un des groupes le mieux structuré au Tchad jouissant d’une autonomie financière relative. Comment gérez-vous ce statut et cette image ?
Caman Seïd :
Donnez à César ce qui est à César. Ne lésinez pas sur les mots. Soubyanna Music est actuellement et, reste jusqu’à preuve du contraire, le meilleur groupe musical du Tchad. Nous avons une structure qui est l’épine dorsale de l’Association culturelle de Soubyanna Music. Nous avons le président avec ses deux vices, un manager, un chargé de communication, des conseillers. Côté artistique, nous avons le chef d’orchestre, le directeur artistique, des chargés de matériels et de discipline, un leader des jeunes etc. lorsqu’une structure s’organise bien, elle prospère. Mais cela n’explique pas que Soubyanna Music roule sur l’or. Nous avons énormément de difficultés d’ordre matériel et financier mais avec la grâce de Dieu et le soutien de nos supporters  nous tenons encore la barque. On s’organise bien et c’est cela la force de Soubyanna Music.

Ialtchad Presse : Voilà un an que Talino Manu est mort. Vous qui l’avez côtoyé des années durant, quel sentiment vous anime à cet effet ?
Caman Seïd :
Talino Manu reste pour nous sur le plan humain un grand frère, sur le plan artistique une icône, un leader incontesté. L’artiste qu’il est, a laissé un grand vide à combler dans la famille des artistes. J’éprouve une joie immense en voyant Toumaï Star Accadémy pérenniser l’héritage artistique de Talino Manu. Je crois qu’on doit soutenir ce groupe. Repose en paix MANU ; c’est le moins qu’on puisse dire.

Ialtchad Presse : Quels sont les projets avenir de Soubyanna Music ?
Caman Seïd :
Bientôt, vous aurez sur vos téléphones portables et sur les écrans de votre téléviseur deux clips inédits et en exclusivités de Soubyanna Music pour annoncer l’album de nos clips. Le public réclame depuis longtemps et nous allons répondre à leur requête parce que le public compte beaucoup pour nous. Nous fignolons la dixième année d’existence  de Soubyanna Music que nous allons fêter à N’Djamena, Moundou et Abéché. Voilà pour le moment le moins qu’on puisse vous dire sur nos projets avenir.

Ialtchad Presse : Votre dernier mot …
Caman Seïd :
« Le crapaud a beau coasser et se gonfler, il n’atteindra jamais la taille de l’éléphant ». J’adore cette maxime ivoirienne qui met en relief un batracien et un pachyderme. C’est plein d’enseignement. Et pour finir, permettez que je félicite votre Magazine pour cette importance qu’il accorde à la culture tchadienne en consacrant une place de choix aux artistes musiciens. Ialtchad Presse, l’appellation est subtile et perspicace. Longue vie à vous.

Interview réalisée par Dingamnaïel Kaldé Lwanga

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