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Déficit Administratif : Obstacle à la gestion des ressources pétrolières ?

Written by  Déc 22, 2003

Supposée être le reflet de l’histoire de sa société, l’administration publique tchadienne fortement influencée par le modèle français, connaît malheureusement un déficit depuis fort longtemps. Son inadaptation aux réalités socio-culturelles et aux nombreux changements mondiaux en matière de gestion publique est à n’en point douter, un frein au développement de la société tchadienne.

L’avènement du Tchad à l’ère pétrolière suscite déjà beaucoup d’espoir et d’enthousiasme au sein de la population tchadienne, déjà amoindrie par l’anarchie politique. Mais avec une administration quasi inexistante et presque à la remorque des plus nantis, il y a lieu de se demander si cet espoir n’est pas que dessin chimérique. Il en est de même pour le collège de contrôle qui aura toutes les misères du monde pour remplir sa mission.

En effet, la population tchadienne compte aujourd’hui sur les revenus du pétrole afin d’avoir accès aux biens de première nécessité et à un changement surtout dans le contexte social où d’importantes études comparatives ont montrées qu’elle est l’une des populations la plus pauvre de l’Afrique.

L’administration publique tchadienne faisant face au libéralisme politique et ses corollaires des libertés individuelles connaît un déséquilibre qui se traduit par le manque de volonté, le clientélisme, la corruption et la résignation.

Est-ce que ce déséquilibre administratif est dû à un pouvoir fortement centralisé ou simplement à un pouvoir très dirigiste ? La question reste donc posée.

En 1998, on avait assisté à une tentative de réforme de l’administration dans le but de lui donner sa place sinon de lui rendre ses lettres de noblesse. La cellule technique chargée du suivi de la mise en œuvre de la réforme de l’administration publique (CESRAP) créée en décembre 1998, rattachée auprès du ministère de la fonction, du travail, de la promotion de l’emploi et de la modernisation était supposée apporter des solutions aux maux dont souffre l’administration publique tchadienne.

Cette cellule technique, scindée à deux étapes, était composée du comité de pilotage et de la commission technique interministérielle chargée de la réforme, avait fait des recommandations. Malheureusement, ces recommandations n’ont pas été convenablement mises en pratique. En effet, l’échec de cette réforme ne nous surprend guère, car sa démarche laissait pressentir déjà un doute quant à l’absence d’une réelle évaluation endoformative et récapitulative qui, à notre sens, est une étape très importante dans un pareil processus.

Le temps nous a vite rattrapé et nous constatons malheureusement que les recommandations qui ont été faites sont restées muettes jusqu’à date. Et nous continuons à payer fort le fruit de notre mauvaise gouvernance. La manne pétrolière n’est pas en reste de cette mauvaise gouvernance. La preuve, un premier versement de 6,5 millions de dollars porté le 24 novembre sur un compte offshore du gouvernement tchadien, risque fort d’être mal géré simplement parce que notre administration n’est pas suffisamment organisée et responsable. En effet, comme dans bien d’autres cas, ce n’est pas un problème de ressources, mais plutôt un problème d’utilisation (savoir-faire) de ressources qui fait défaut dans notre pays.

Le collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières (CCSRP) n’aura pas la tâche facile, car il est confronté à une administration pléthorique et en grande partie très bureaucratisée avec toutes les conséquences que cela comporte. Or, pour que le Tchad sorte de sa léthargie actuelle et s’oriente davantage vers une bonne gouvernance, nous pensons qu’il devrait remplir un certain nombre de conditions préalables, à savoir : l’État de droit, la démocratie et par conséquent, une administration impartiale et compétente. Si ces préalables ne sont pas remplis, il serait très difficile au collège de contrôle d’assurer une bonne opération. Les conditions paraîtront peut être trop exigeantes, mais elles sont indispensables, voire sine quoi non.

Il faut admettre que pour un pays comme le Tchad qui fait désormais partie des pays producteurs de pétrole, il est qu’à même indispensable de s’assurer d’une administration efficace et transparente. Par ailleurs, nous ne sommes pas pour autant pessimistes. Au contraire. Mais nous pensons énergiquement qu’il est temps de réfléchir sérieusement sur la question de notre administration publique. Pour ce faire, il faut évidemment aussi tenir compte de notre culture politique qui se veut un changement radical dans son ensemble. La culture politique tchadienne doit évoluer avec son temps.

Les revenues pétrolières devraient permettre au Tchad d’accélérer la réalisation des objectifs du millénaire parmi lesquels la lutte contre la pauvreté, la relance économique pour ne citer que ceux-là. Aussi, pour atteindre ces objectifs, il faudra plus de volonté politique et de responsabilité dans le sens de la bonne gouvernance. C’est là tout le grand défi du collège qui est de s’assurer que les ressources seront utilisées de manière efficace et efficiente afin d’améliorer les conditions de vie de tous les tchadiens. Surtout de s’assurer aussi à ce qui n’y est pas une confusion entre la bourse publique et la bourse du prince.

Finalement, nous ne le dirons jamais assez, une bonne redistribution équitable et efficiente des ressources économiques est quelque part conditionnée par la présence d’une administration responsable et dynamique.

Lona Ouaidou, Ramadan