samedi 2 juillet 2022

Artiste rappeur et slameur Ray's Kim EDM

Mai 29, 2022

Il est jeune. Il est fringuant. Il est rappeur, slameur. Il est le roi du « bounda rap ». C’est un artiste engagé. Il s’est engagé politiquement avec le parti Les Transformateurs. Il dit vouloir changer les choses. Sur son état civil, il s’appelle Djasrabé Kimasson Miyelmiyon alias Ray’s Kim, son nom d’artiste. Nous recevons ce jeune artiste pour parler de son engagement, des actualités du pays. Et de tant d’autres choses….

Rappeur, slameur, défenseur des droits, politique porte-parole du parti Les Transformateurs, quel titre ou quel casquette vous résume le mieux ? Et dans lequel vous vous sentez le plus à l’aise.

J’aime particulièrement qu’on me définisse comme rappeur, slameur, je suis à l’aise dans mon assiette.

Pourquoi ?

Parce que c’est ce que je fais. C’est ce que j’aime faire. Et ce n’est qu’à travers ça que j’arrive à m’étendre. À pouvoir exercer dans tel ou tel domaine en tant que défenseur des droits humains, en tant qu’activiste politique, aller jusqu’à même m’engager dans un parti politique. Vous l’avez tantôt dit, je suis l’un des porte-parole. La base c’est le rap, je me vois plus rappeur parce qu’on n’a pas de limite.

Ça donne plus de liberté ?

Oui, oui ça donne plus de liberté que certains n’auraient pas eu. Par exemple je rencontre des gens au quotidien qui me dise qu’il aurait aimé faire ce que je fais, mais dans leur boulot ils ont signé des contrats. Alors que moi je n’ai signé de contrat avec personne. C’est ce qui fait que cela m’apporte un peu plus de liberté, je peux étendre mon champ un peu plus comme je veux.

Un peu plus de liberté, un peu plus du plaisir, on va dire un peu plus du bonheur peut-être ?

Bon, à chacun sa conception du bonheur. Il gît partout. Et comment lui donner une valeur, chacun regorge en soi-même le bonheur. Moi je le vis à travers min art, à travers ce que je fais. Je le fais avec tellement d’amour, beaucoup de sincérité, beaucoup d’honnêteté. Et quand je finis de le faire en toute sincérité, je peux dormir tranquille.

Ce nom d’artiste Ray’s Kim d’où il vient ? Et qu’est qu’il signifie ?

Ray’s Kim, ce non, je ne suis pas vieux, je suis jeune, mais j’étais plus jeune qu’aujourd’hui. Et dans le domaine du rap, on cherche toujours un pseudonyme qui puisse faire genre et entre-temps j’ai des amis qui prenaient plus les noms américains, un chez les rappeurs français, les Mc, fc. Moi dans le premier temps j’ai pris le nom Oustass.

Oustass comme en arabe qui veut dire Maître ?

Oui oustass, après j’ai su qu’il y avait quelqu’un d’autre qui s’appelait oustass. Je voulais tellement être différent…

Être purement tchadien, purement africain ?

Je voulais être purement moi. Et du coup je me suis dit, si on allait pour Raïs, cela fait trop président. Mais en réalité mon Ray’s à moi, il ne fait pas président. Ray’s, le « R a » ça fait race et le « y’s » c’est tout une philosophie, toute une idéologie, toute une pensée qui renvoie à un « son » de vouloir changer. Donc, la race en colère. Et le Kim c’est le dimunitif de mon patronyme Kimassom, c’est la colère des descendants de Kimassom. Et devant tu vas trouver « EDM » qui veut dire enfant de merveille, tu vas trouver le « bounda boys », tu vas trouver « l’ambassadeur de la forêt de Dembé » e roi…

Justement Ray’s Kim, le « roi de bounda », c’est votre genre musical ? Bounda boss c’est quoi ?

En réalité le « bounda hip hop » c’est un style de musique. Non pas de musique, mais c’est l’exploitation non parlée dans notre société, qui existait dans nos foyers, mais qui n’était pas mis en valeur on l’a copié aux enfants désœuvrés dans les marchés qui leur servait de code pour faire face à une société qui les marginalise, qui n’a pas d’oreilles pour les écouter. Alors ils ont créé le « bounda » qui est un ensemble de codes. Un moment donné Maoundoué est rentré du Burkina Faso. Il m’a dit : « c’est bien, mais ce que tu fais n’est pas suffisant. Il faut oser quelque chose, si tu peux mettre cela en valeur, ça va te donner de l’originalité, le « bounda » avec le petit parlé de la rue. Pour moi quand j’écrivais les textes, je me voyais en « Aimé Césaire ». Quand il me ramène aux trucs de la rue, je me suis dit « mais quel manque de respect ». Il n’a pas lâché prise jusqu’à ce que je pose sur son titre « bounda hip hop ». Et cela a été un coup de maître. Il m’a dit tu as vu parce que ce un truc original.

Vous vous êtes renseigné sur la signification du mot « bounda » sous d’autres cieux ?

Oui, c’est un peu vulgaire, mais chacun sa définition du mot « bounda ». Chez nous ici c’est un parlé de la rue à l’exemple du « rouchi » ivoirien ou du « francanglais » camerounais ou d’autres, parlés des différents pays. Une fois que Maoundé m’a convaincu et on a fait un coup de maître, j’ai décidé au Tchad de porter plus haut le bounda, c’est ainsi que je dis de la rue à la scène. Autrement un langage né dans la rue et porté sur la scène par un artiste.

Le « bounda » est devenu pour vous une identité artistique ?

Oui, absolument. Et c’est aussi dans le travail que je fais quotidiennement. Un de ces 4 matins, il va se positionner, le « rap bounda » pour le Tchad. Comme en Côte-d’Ivoire, on dit le « rap ivoire », au Cameroun on dit le « rap-camer » ou bien le « rap mboa ». Ici aussi on peut créer le « rap bounda ». J’invite les jeunes, même s’il le font déjà, à s’intéresser à ce parlé, à le valoriser pour qu’on ait une identité propre à nous Tchadiens mais pas à moi.

Vous avez une identité politique maintenant. Une question me trotte dans la tête. Qu’est-ce que vous êtes allé faire dans cette galère de politique ?

Comme je vous ai dit, je n’ai aucunement de limite à conquérir le savoir. Je suis toujours en perpétuel conquête du changement. Je le veux jusqu’aujourd’hui pour ma société, mon quartier, pour mon pays, pour les hommes et les femmes que je fréquente. Ce n’est pas juste des paroles ou un couplet, parce que depuis le début de ma carrière je suis resté sur cette droite ligne là : celle de pouvoir interpellé, critiquer et proposer.

Vous vous êtes encarté chez les Transformateurs, est-ce que vous ne perdez pas un peu de votre liberté ? Parce qu’on sait que dans les partis politiques, il y a une ligne, ce qu’il faut dire, ce qu’il ne faut pas dire.

Je pense que jusqu’aujourd’hui cela ne s’est pas fait sentir parce que je suis d’abord artiste, mon caractère artistique nul ne peut m’enlever mon identité d’artiste qui est au-dessus de tout. Nul ne peut piétiner ma liberté d’artiste au détriment de quoi que ça soit. Je suis arrivé en politique parce que je cherchais un cadre qui puisse me donner plus de force, plus de directives à pouvoir mettre les forces dispersées pour les mettre ensemble. J’ai commencé par les mouvements citoyens. J’ai milité dans le mouvement « iyina », cela n’a pas marché. On fait appel à moi dans les différents mouvements pour donner de formation aux jeunes, je suis toujours disponible. Moi-même j’ai créé des plateformes avec des amis qui s’appelle « au nom du respect ». Tout cela dans le but  d’arriver à quelque chose, mais au fil du temps, on se rend compte que c’est un peu très loin de la réalité.

Ce n’est pas le bon véhicule alors ?

Je pense que moi je ne devrais pas être dans ce compartiment. Je peux être dans ce compartiment politique tout en étant dans l’autre compartiment artistique. Si on me dit que je suis politique et que je ne peux pas occuper le compartiment artistique alors je vais me contenter du politique. Chez les Transformateurs avec Succès Masra avant qu’on ne lance le mouvement Les Transformateurs, il me fait comprendre, demande suivez-moi. Il m’explique de long en large, cela nous a pris deux semaines de discussion sur discussion jusqu’à ce qu’il arrive à me convaincre.

Vous dans cela, vous avez obtenu votre marge de liberté. C’est cela ? Vous êtes Transformateur mais vous restez d’abord artiste ?

La liberté, ça ne se discute pas, je ne la mets pas sur la table pour discuter. Elle est automatique. Nul ne peut mettre ma liberté en tant qu’artiste sur la table pour conditionner quoique ça soit. Impossible. Je peux faire la politique en journée, mais le soir je reviens je m’assois et je réfléchis en tant qu’artiste.

Samedi 14 mai, Ray’s Kim, il y a eu une grande manifestation contre l’ingérence française au Tchad. D’abord, quels ont été vos impressions en tant qu’artiste, en tant que citoyen ?

Bien la marche du 14 mai qui a drainé beaucoup de monde d’abord des silhouettes qu’on n’avait pas vu dans les marches était sorties. Une marche a vu la participation des Tchadiens venus de tous les bords. C’était déjà cela, on le recherchait depuis longtemps. Voir les Tchadiens sortir de partout pour une seule cause : le changement, la liberté…

La présence Française au Tchad, vous qu’est-ce que vous en pensez ?

Moi en tant qu’artiste si vous me suivez, cela a toujours été mon combat. Je l’ai toujours dit, la France c’est notre souffrance, on vit sous la France dans la souffrance. J’ai toujours dénoncé la France, je dénonce toujours la France, je dénoncerais toujours la France tant qu’on aura un manque à gagner. Tant qu’on n’aura pas notre indépendance totale. Tant qu’on ne sera pas vu comme un État qui peut porter au pouvoir qui il veut, mais que ça soit d’abord mis en consultation par la France qui peut imposer ou maintenir qui elle veut alors dès cet instant moi je ne ferai que la critiquer.

Bien, là c’est le Ray’s Kim artiste. Le politique maintenant, vous êtes secrétaire général à l’art et à la culture, votre parti les Transformateurs s’est désolidarisé de la grosse manifestation du 14 mai dernier contre l’ingérence française au Tchad. C’était une erreur ?

Non pas du tout, ce n’était pas une erreur. C’est la communication autour de la marcher qui a poussé les Transformateurs à la retenue.

Quelle communication ?

Il y avait des tracts qui circulaient sur Internet. Il y a une page qui appelait à combattre les Zaghawa du Soudan, déjà quand tu entends un truc comme ça, tu écoutes, ça sonne Zaghawa, ça sonne ceci ou ça sonne cela.

Zaghawa pour nos téléspectateurs, c’est le groupe ethnique du président, on va dire comme ça

Exactement. Et cette page a pris ce tract pas simplement pour mobiliser les gens, mais pour mettre mal à l’aise Les Transformateurs en disant que ce tract a été conçu par Les Transformateurs et que ces derniers appellent à ce qu’une partie du pays se lève contre une autre partie. Ils ont fait 2 jours de lynchage médiatique.

Pour être clair Ray’s Kim ce tract, on a laissé croire que c’était Wakit Tamma qui a fait le tract. Et les Transformateurs sont venus dirent que cette marche était une marche contre une ethnie donc ils se désolidarisent, c’est cela ?

On a laissé entendre clairement que Les Transformateurs appellent à marcher contre une ethnie, on appelle à marcher contre un pays. Et que dans la politique que Les Transformateurs veulent installer une politique contre une ethnie, contre un pays. Les Transformateurs, c’est une politique de partenariat, une politique égale de pays à pays, de pouvoir discuter d’égale à égale. Les Transformateurs ont toujours demandé de ne pas brûler le drapeau d’un pays. Est-ce que vous Tchadiens, vous serez content que quelqu’un brûle le drapeau tchadien ? Ce qu’il faudra recadrer, c’est de dire que nous ne voulons pas de l’ingérence politique comme la Francafrique, la politique de la France vis-à-vis de l’Afrique, vis-à-vis du Tchad. Mais pas dire qu’on est contre la France, ça sème de la confusion quand même.

Est-ce que vous n’avez pas refusé de participer par lâcheté ? Est-ce que vous n’êtes pas dans un vieux schéma ? Est-ce qu’après coup, vous n’allez pas reconnaître que vous avez fait une mauvaise lecture ? Les Tchadiens ne vous ont-ils pas surpris ?  

En toute sincérité, ce qui nous amené comme vous dites à nous désolidariser, c’était pour que le président qui était en voyage puisse entrer en contact avec l’équipe dirigeante de Wakit Tamma afin d’éclaircir certains points parce qu’on est surpris par un tract sur les réseaux sociaux. Un tract dont on n’a pas été à la base dont on nous a vilipendés sur le Net. Nous ne sommes pas un parti qui est venu se rallier à Wakit Tamma, mais nous sommes à la base de ce mouvement.

Donc c’est une erreur ?

Non. Ce n’est pas une erreur

C’est une lâcheté ?

Non, pas une lâcheté.

Ialtchad était sur place à la manifestation. On a vu les militants Les Transformateurs parmi la foule malgré votre désolidarisation. Est-ce que ce n’est pas un désaveu ?

Non, pas du tout.

Il y a eu des arrestations. Des leaders tel que Max Loalngar sont jetés en prison. On ne vous entend pas plus que ça. Pourquoi ?

Si juste après leurs arrestations le parti Les Transformateurs a fait un communiqué sur sa page officielle pour appeler à leur libération et condamner la procédure de leur arrestation.

La question qui fâche Ray’s Kim, le problème du Tchad c’est la France ?

Le problème du Tchad, c’est la France, oui. Mais c’est aussi les Tchadiens.

Pourquoi ?

Parce que ce sont les Tchadiens qui signent des contrats de partenariat avec la France. Ce sont les Tchadiens qui suivent les directives que leur donne la France. Ce sont les Tchadiens qui acceptent d’être copains de la France. Au Mali par exemple qui fait face à la France ? Ce sont des Maliens qui refusent que la France pille leurs richesses, à les rabaisser. Ils ont décidé de prendre leur destin en main et dire non. Aujourd’hui nous, nous pouvons nous mettre ensemble pour mettre à la tête de ce pays des dirigeants qui puisse défendre les intérêts de notre pays d’abord. On peut accuser la France de mettre le Tchad dans cette situation, mais la première obligation revient d’abord aux Tchadiens.

Dialogue national pointe son nez, vous êtes optimistes ?

Oui je suis optimiste, c’est mon état d’esprit de chaque jour. Je ne veux pas être fataliste, pessimiste. Je suis optimiste parce qu’en face ce sont aussi des hommes. Ce ne sont pas des machines. Pas de dialogue taillé sur mesure, mais un dialogue sincère où les Tchadiens viendront parler de leurs problèmes pour trouver des solutions.

Les massacres de Kouri-Bougoudi, qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est de l’irresponsabilité du gouvernement.

Réalisation Bello Bakary Mana

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