mercredi 16 juin 2021

Musique : interview Kaar Kaas Sonn

Written by  Oct 08, 2003

Kaar Kaas Sonn de son vrai nom Noël Flavien Kobdigé, né en 1973 à Sarh fait plus intello qu'artiste. En effet Kobdigué est titulaire d'une licence en droit, maîtrise en relation internationales, premier cycle ENAM (Diplomatie) et actuellement en DEA à Genève. Auteur-compositeur, ce jeune rappeur, sympathique et presque toujours jovial est aussitôt devenu un personnage incontournable sur la scène musicale Tchadienne. Aujourd'hui, grâce à notre talentueux artiste, le Rap conquiert petit à petit le cœur des jeunes de N’Djamena, longtemps bercés par des sonorités bantoues et soudanaises.

Ialtchad Presse : - Revenons sur tes débuts pour ceux qui ne connaissent pas ton histoire, comment as-tu commencé à faire de la musique ?
Kaar Kaas Sonn : En 1992, j'étais en classe de terminale au lycée technique commercial de N'Djamena. Il y avait le rap. Il y avait MC SOLAAR -c'est un monument pour moi, et mon rêve de le rencontrer reste vivace. Je me suis mis à l'imiter et c'était parti! D'abord, j'ai été fondateur de TIBESTI, groupe qui fait notre fierté. Je quitte le groupe pour entrer à l'ENA. Je continuais à écrire des textes. Juin 95, je chante lors de la fête de la musique au centre culturel français de N'Djamena!!! En septembre de la même année, je fais mon premier enregistrement dans mon salon à Moursal. Les gens trouvaient ça bien et j'ai dû continuer. 98 je vais à Bangui pour la maîtrise et de retour je suis recruté comme stagiaire à la présidence de la république (j'étais major de ma section Diplomatie à l'ENA) et j'enseignais l'administration des entreprises dans un institut. 

Une fois de plus, l'occasion de ne pas faire du rap se présente. C'est en 99 que, sélectionné pour représenter le Tchad en France (Questions Pour Un Champion), j'enregistre une cassette avec Aimé Palyo. Arrivé en France, ça a déclenché le délire. On était à Giverny, chez Claude Monnet, grand peintre Français devant l'éternel que j'adore, et c'est là que les choses se mirent à tourbillonner. Julien Lepers me fait chanter dans son émission. De retour à N'Djamena, concerts et cafés-concerts s'enchaînent. Grâce au centre culturel français! En 2000, sort l'album "Ballades d'un récalcitrant"; je me produis au Festival LAFRICAFOLIES à Verdun sur Garonne, en France. 2001, je fais un concert en faveur des enfants avec l'UNICEF et dont la moitié des recettes a été versée à une association qui s'occupe des enfants de la rue.

Ialtchad Presse : Quels ont été tes inspirations pour le choix du Rap, ton style et ta voix ?
Kaar Kaas Sonn : Je m'inspire du vécu quotidien. En fait, je me pose trop de questions et pousse des réflexions avec le rap. C'est une musique hautement intellectuelle et c'est ça que j'adore dans cette musique, comme Bob Marley le faisait en son temps avec le reggae. Je fais un rap de salon, c'est-à-dire un rap que tout le monde pourra écouter. Je ne vois pas de raison de cantonner le rap dans la rue. Si l'on pense souffrir des serres du système, il faut bien dire au système son désaccord. Il y a de plus en plus de sauvagerie comme si toute l'évolution de l'humanité était en train de se muer en animalité. Avatars?
On voit bien que celui qui enseigne le pardon ne pardonne pas, ceux qui parlent de démocratie pratiquent le coup d'État, les défenseurs de la paix sont des  marchands d'armes, etc. Face à ce dérapage, j'essaie d'exorciser l'inhumanité de l'humanité pour enseigner l'humanité de l'humanité à l'humanité. En gros, je milite pour le désasservissement des peuples asservis.

Ialtchad Presse : - Ton nom est peu commun, que signifie Kaar kaaas sonn ?
Kaar Kaas Sonn :  Kaar Kaas Sonn vient de KWARE KU SEN. En ma langue, le nanjere, cela signifie "l'Enfant qui connaît".
 
Ialtchad Presse : - Peux-tu nous parler de ton 2ème album « chic choc chèque » ?
Kaar Kaas Sonn : Chic choc chèque est un disque réalisé à Sarh au Tchad. Je voudrais prouver qu'on est bons parfois dans ce bled. Malheureusement, le studio a pris feu et le produit avec. Ce n’est pas grave!!! Quand, en septembre 2000 je rentrais de vacances de France, une émission passait sur la radio Dja FM et là, on disait que les filles émancipées à N'Djam ont trois copains: Le premier est le mec avec qui elle sort, le deuxième est celui qui "assure" et le troisième banque. Donc chic choc chèque. Mais il y avait aussi des délestages intempestifs de la STEE qui ont bousillé mon ordinateur (combien de Tchadiens avaient été -ou sont- victimes de ces âneries!) Voilà pourquoi, je pose la question : qu'est-ce qui marche dans ce système pourri?

Ialtchad Presse : - Parlons de tes réalisations récentes, peux-tu en dire plus sur votre travail avec le groupe Français « LE POINT G » ?
Kaar Kaas Sonn : Actuellement, je travaille avec un groupe basé au sud de la France, le POINT G. Ils sont archi cool et le travail se fait positivement. On prépare un festival en été en France.

Ialtchad Presse: - Prévois-tu une tournée au Tchad ?
Kaar Kaas Sonn : Je rêve de retourner au Tchad. Le pays me manque énormément déjà. La chaleur des gens; mais aussi partager la misère de mes parents et amis, monter sur une scène et voir tous ces jeunes gens acclamer quand je touche du doigt certains aspects de leur vie. C'est magique, le Tchad!!!

Ialtchad Presse : - En tant que musicien, quel regard portez-vous sur la musique Tchadienne de nos jours ?
Kaar Kaas Sonn : La musique tchadienne est très bonne. Je ne comprends pas pourquoi les Tchadiens ont cette désaffection pour la musique faite chez eux. Je disais que je fais une musique sans public pour un public sans musique. C'est avec joie et engagement.

Ialtchad Presse : - Question: ton rap est-il engagé ?
Kaar Kaas Sonn : Dire que mon rap est engagé serait du pléonasme! Le rap se définit par son caractère engagé par essence. Je fais un concert pour les enfants ou les personnes qui souffrent de lèpre, c'est ça l'engagement. Certaines choses méritent qu'on en parle. Ne pas le faire serait de la démission et le faire trop tard serait de la lâcheté. Ça coûtera ce que ça coûtera, mais n'est-ce pas mieux de souffrir pour une cause juste que de ne pas souffrir du tout et laisser l'injustice gagner notre existence? Faut-il baisser les bras et laisser sombrer dans l'oubli collectif des valeurs -et vertus- comme la justice? Je ne rêve pas de parler de ces valeurs à mes enfants, un jour, comme on parle de dinosaures aujourd'hui.

Ialtchad Presse : - Quels sont tes projets pour le futur ?

Kaar Kaas Sonn : les projets ne manquent pas. Faire de nouvelles œuvres. Depuis que je suis à Genève (octobre 2001), j'ai écrit plus de 60 textes. Quand je vais finir mes études, je vais m'y mettre à fond.


Ialtchad Presse : - Tes passions ?

Kaar Kaas Sonn : le mic, la musique, le basket, le foot (je suis profondément attristé par l'élimination précoce de l'équipe de France et des équipes africaines). L'écriture aussi, car j'ai fait un recueil de poèmes en 2001 et quelques nouvelles publiées par le réseau de lecture publique de la coopération française.

Ialtchad Presse : - La francophonie?
Kaar Kaas Sonn : Le français est une très belle langue. Et cette langue, devenue notre patrimoine commun à tous les francophones, est en train d'être supplantée par d'autres. Devons-nous baisser les bras et laisser sombrer ce patrimoine?

Ialtchad Presse: - As-tu un message à passer à tes fans et aux ialtchad ?
Kaar Kaas Sonn : Je tire mon chapeau à ialtchad, qui devient notre tribune commune pour bâtir un Tchad autrement. Bien à vous. À mes fans et ceux qui aiment ce que je fais, je suis fan de vous et vous embrasse fort. Ressentez cette chaleur de N'Djamena dans ce baiser. Tendrement, Kaar Kaas Sonn
Ialtchad Presse : - Kaar Kaas, ialtchad vous remercie
Kaar Kaas Sonn : Merci à vous   

Interview réalisée par    
Brahim Wardougou  

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