Chronique

Chronique (87)

J’écris cette chronique comme journaliste, mais aussi comme Peul. Pourquoi? Pour lever le voile sur les souffrances des miens, les Peuls nomades et éleveurs. Pour sensibiliser le public tchadien, le monde et les autorités. Enfin, je l’écris pour exprimer mon ras-le-bol. Comme l’a si bien dit un ami,  « les éleveurs sont doublement victimes : d’un côté, ils sont victimes des exactions. Et de l’autre, ils sont présentés systématiquement comme des fauteurs de trouble »…

Contexte : j’ai vu une vidéo poignante d’une femme peule qui demande au président de transition (PT) Mahamat Idriss Deby de voler au secours des éleveurs peuls afin d’arrêter les exactions dont ils sont victimes depuis la mort du Maréchal président Idriss Deby Itno. Cette vidéo est révoltante, mais de pareils abus n’émeuvent plus personne au pays. Il me semble qu’une bonne partie de nous, Tchadiens, avons perdus le sens de l’indignation.

La dame précise qu’en cette période de chasse aux votes (allusion au futur référendum), il faudra que le PT dise aux militaires véreux, aux administrateurs indélicats (préfets, sous-préfets, gouverneurs) et à certains citoyens  malhonnêtes d’arrêter de faire des éleveurs peuls une machine à cracher des billets de banque. Subtilement, elle demande donc de troquer le vote des éleveurs peuls nomades contre leur sécurité.

Il faut le dire, le redire que ces exactions sont connues de tous, mais personne ne veut trouver de solution. Parce que plusieurs en tirent profit. Les nomades peuls sont finalement victimes des règles du code de conduite peul, « le Pulaaku » qui est un ensemble de valeurs peules.

Voici en vrac quelques-unes : « le mougnal », (patience, réserve) ou le « sabourr » en arabe tchadien. Le « semteèndé » (honte, pudeur), le « hakkilo » (la réflexion, agir avec intelligence), le « neddhaaku » (dignité, amour propre), etc. Dans cette communauté, quoiqu’il arrive, il faut se comporter en Peul. Il faut avoir ces principes chevillés au corps.

J’ai l’habitude lorsque je discute avec les membres de la communauté de leur dire « ce fameux code nous perdra dans ce pays ».

A ce code, il faut ajouter, par exemple, l’interdiction de mendier. Il m’arrive d’échanger dans les rues de la capitale, N’Djamena, avec de jeunes dames, des adolescents de plus en plus nombreux, en leur demandant pourquoi ils s’adonnent à la mendicité ? Savent-ils que c’est une pratique interdite par la communauté? Ils me répondent invariablement, « nous avons perdu notre bétail. C’est honteux, mais c’est mieux que d’aller voler ». Mon cœur se serre. Je vide mes poches, baisse la tête et je disparais honteux dans la nature.

Un jour dans un camp de nomades peuls lors d’une causerie, un parent me lance, « sais-tu quelle est la seconde ressource du Tchad après le pétrole? »

Moi : « L’or »

Lui : « Non. Le Peul éleveur et nomade »

Moi : « Arrête, tu exagères »

Lui : « Non. Partout dans ce pays, les éleveurs peuls souffrent. On spolie leurs richesses à cause de leur bétail ».

J’étais surpris et bouche bée. Il finit par me lâcher, avec pudeur, « parlons d’autres choses. Comme tu es journaliste, le jour où tu voudras écrire un livre sur ces exactions, j’ai des tonnes d’histoires à te raconter ».

Cette vidéo a réveillé en moi un sentiment de ras-le-bol. Tout pour les autres, rien pour l’éleveur nomade. Cet éleveur sans village fixe. Cet éleveur qui erre dans la brousse est aussi un citoyen à part entière comme cet agriculteur fixé dans son terroir. Et qui se plaint à longueur d’année de l’éleveur. Comme ce militaire qui traque à la grandeur du pays l’éleveur. Comme cet administrateur civil qui ne cesse de faire les poches de l’éleveur. Dans ce vaste pays, l’éleveur est caricaturé, vilipendé, qualifié de trafiquant, de coupeur de route, de brigand. Traîné dans la boue par une certaine presse comme le vilain citoyen. Que cela cesse.

Enfin, dans la vidéo cette dame a pris la parole en mettant de côté le « Pullaaku », signe que c’est trop. Elle est meurtrie dans son être en violant le Pulaaku. Surtout qu’elle est une femme issue d’un milieu conservateur. M. le PT, il est temps de s’occuper aussi des éleveurs peuls avant que cela ne soi « un problème peul ». Écoutez  cet appel. Et prenez des mesures pour stopper ces exactions. C’est notre patrimoine commun qui disparaîtra si rien n’est fait.

Bello Bakary Mana

Surprise sur prise. La défaite de Succès. Le succès de Mahamat. Voilà comment je résume en 8 mots le retour au pays du principal opposant Succès Masra, la signature d’un accord dit « de principe » qui a fini par être l’accord.

Accord surprise sur prise

La surprise : Ce sont les conditions dans lesquelles se sont déroulées les modalités et la signature de cet accord qui ressemble fort bien à un accord précipité. Pas le temps ni le recul nécessaire n’a été donné au président des Transformateurs de peser, de se poser et d’apposer sa signature. Selon plusieurs sources, des choses se sont passées, des téléphones ont sonné entre 3 capitales africaines, entre 2 aéroports, entre 2 avions pour dénouer une situation sur fond de mandat d’arrêt international. Masra s’est-il rendu de son gré à Kinshasa? Avait-il le choix de refuser de s’y rendre? Lui a-t-on forcé la main pour signer? Flous, mystères et pressions ont entouré les retrouvailles de Kinshasa...

La prise : C’est évident, la personne de Succès Masra (SM) est une grosse prise. L’homme politique qui a défrayé la chronique s’est finalement rendu à main nue. La prise a été belle. Elle est bien symbolisée par la prière de l’opposant à sa descente de l’avion lorsqu’il embrassa la terre tchadienne. Un retour sans tambour, ni trompette. Une rentrée à la sauvette en Terre Promise.

La défaite, la victoire

J’ai lu et relu l’accord pour me faire mon avis. J’ai cherché les détails, les exceptions, etc. Rien. Ils n’existent pas. J’ai fini par faire mien l’avis d’un ami et éminent juriste, après lecture, il m’écrit : « C’est une simple déclaration d’intention dépourvue de toutes obligations, d’objectifs et de chronogramme ». Succès et ses militants n’ont rien obtenus de concret. Ils ont capitulé. Pour parler vulgairement comme un camerounais,  ils sont dans la sauce longue, le « Tankoull ». Il sera difficile pour eux de s’en sortir parce qu’ils se sont engagés à dialoguer de façon permanente, à faciliter le retour à l’ordre constitutionnel dans le délai imparti (à souligner), etc.

Dès son atterrissage, SM a décrété 40 jours de deuil pour les morts du 20 octobre. Entre temps, un important rendez-vous politique aura lieu : la campagne référendaire et le vote. Donc, Succès et ses amis ne se prononceront pas. Ils ne feront pas campagne. Les Tchadiens ne sauront pas de quel côté, ils voteront. Bref, la transition est validée par Les Transformateurs. Les chicanes, les contestations, le débat sur la transition font partie du passé.

Le coup administré par Mahamat est mortel. Il est dans ce point de l’accord qui dit « Dans le même esprit d’apaisement de l’accord de Doha et en cohésion avec l’engagement du Président de Transition, à initier, au courant du mois de novembre 2023, une loi d’amnistie générale pour tous les acteurs civils et militaires impliqués dans les événements du 20 octobre 2022 ». L’opposant n’a rien obtenu en retour. Pas d’enquête indépendante sur les morts et les disparus du 20 octobre. Rien. Fini. Terminé. Pour amnistier, il faut d’abord juger. Ils sont où ses militaires qui ont tiré sur les manifestants? La victoire du général président Mahamat Idriss Deby est totale. Sur tous les fronts. Sur toute la ligne. Le 20 octobre est passé en pertes pour l’opposant Succès et en profits pour le président Mahamat.

Bello Bakary Mana

La nouvelle du limogeage du ministre du pétrole Djerassem Le Bemadjiel semble une surprise mais au fond ce n’est pas une surprise en soi. Ce sont les raisons avancées qui m’intrique. Le Bemadjiel est-il le génie de l’arbre qui cache la forêt des malversations ? Est-il victime d’une cabale ?

L’ex-ministre n’est pas un enfant de chœur dans le « Golgotha politique » tchadien.

D’abord, il a fait son entrée en politique grâce, dit-on, à son « génie ». Surnommé en boutade « le génie gambaye », il est, disent ses admirateurs, l’inventeur d’une formule et d’un système d’énergie interne sans apport d’énergie externe. Rien de moins. L’invention s’est révélée être fausse, selon ses détracteurs. Trop tard le génie était déjà hors de son laboratoire. L’entreprise Schlumberger l’a recruté comme Technicien supérieur, il s’est formé pour passer ingénieur. Il est récupéré par le défunt Maréchal Deby père par l’intermédiaire de son oncle l’ex-Premier ministre Emmanuel Nadingar. Il est nommé directeur général de la raffinerie de Djermaya. Il est cajolé et propulsé ministre du Pétrole.

Ensuite, il subit la colère du Maréchal. Il est accusé de détournements des revenus pétroliers et incarcéré dans la retentissante affaire Glencore ou des fonds vautours ont mis leur grappin sur le pétrole du pays. Il a même été accusé, emprisonné, pour être à la fin blanchit. Double surprise, il a été libéré et nommé ministre des Hydrocarbures et de l’Énergie.   Le « génie » a-t-il agit seul ? Jamais. Impossible. Il a été un important maillon du système Deby père et Deby fils. Son limogeage ressemble plus à une punition pour l’exemple, pour l’excuse.

J’ai de la difficulté à croire qu’il ait bidouillé seul, dans son coin, des malversations. Les raisons sont ailleurs. Selon plusieurs sources, la président de transition cherche le coupable des délestages, du manque d’énergie pour justifier l’échec de ses multiples promesses sur le triplement de l’augmentation de la production énergétique. Qui peut mieux porter le chapeau que le ministre Le Bemadjiel. Le « génie » a le profil parfait, son passé, le même poste. Il est de nouveau remis dans sa bouteille. Certaines sources parlent même de son retour à la case prison, dans les jours à venir, son laboratoire. Ceux qui le connaisse disent qu’il dénonce une cabale montée par un groupe d’intérêt, contre sa personne. Il affirme détenir les preuves de son innocence.

Enfin, le génie cache la forêt des malversations. Il risque d’être relâché dans cette forêt sans être inquiété. Et même espéré rebondir sur la branche d’un autre arbre.

Bello Bakary Mana

Jour après jour, il y a une année, s'ouvre la première année de la phase II de transition marquée par la dissolution du Conseil Militaire de Transition (CMT) et la prestation de serment du président de transition, Mahamat Idriss Deby Itno pour une durée de 2 ans définie selon les résolutions du dialogue national inclusif et souverain (DNIS). Une année plus tard, quel bilan ?

L'an 1 de la seconde phase de transition a commencé avec la nomination de gouvernement d'union nationale le 12 octobre 2023. A sa tête un ex-opposant à Idriss Deby père, M. Saleh Kebzabo et quelques mécontents de l'ancien régime qui avaient combattu les armes à la main le régime Deby. 8 jours plus tard, la tragédie du 20 octobre 2022 s'est produite. Ceux qui contestaient Mahamat Idriss Deby fils ont été réprimés. Une répression inédite. Des morts par certaines, des arrestations et des enlèvements par milliers.

La semaine qui suit cette répression a été terrifiante. Les voix discordantes sont amoindries par cette nouvelle forme de « démocratie armée ». Le désormais président de transition est le seul maître à bord. Contrairement aux premiers 18 mois, la première année phase de la seconde transition, liberté de manifestations sont abusivement restreintes.  Le président de transition est vénéré et loué par ses courtisans. L'héritier sans s’en rendre compte se retrouve a exercé le pouvoir d'un président élu.

Une idée lui a été soufflé à l’oreille : des tournées à l'intérieur du pays. Elles sont engagées sur le dos des contribuables tchadiens pendant que les denrées alimentaires connaissent une flambée exponentielle. Tel un président élu ou un candidat en campagne présidentielle, il sillonne le pays. En une année il met à la retraite certains généraux et élèves d’autres au même grade.

La première année de cette seconde phase a été aussi celle de critiques acerbes des actions du gouvernement. D'abord, la mise sur pied de la Commission Nationale chargée de l'Organisation du Referendum Constitutionnel (CONOREC) a été fortement critiqué du fait de sa composition. La crédibilité de cette organisation remise en cause ainsi que tout le processus d'enrôlement. Cette institution n'est pas la seule, il y a aussi les organes de pilotage, de contrôle et de suivi-évaluation des résolutions et recommandations du dialogue national inclusif et souverain (DNIS).

Ensuite, la recrudescence des conflits n'a pas cessé. Plus de 37 cas de violences inter et intracommunautaires ont défrayé la chronique, à l'Est, au Centre, dans le Lac-Tchad et au sud du pays. La puissance publique a démontré ses limites et n'a pas souvent pu s'imposer pour régler le conflit devant la justice républicaine mais par le prix du sang (Dia). Les règlements des conflits par l'État paraissent incongrus pour plusieurs tchadiens qui se demandent où est passée la justice ?  Cette phase est aussi marquée par les grèves des magistrats. Ils ont dénoncé à maintes reprises le projet de Constitution qui, selon eux, ne garantit pas l’indépendance du pouvoir judiciaire. Ils réclament aussi une meilleure condition de travail.

L'électricité reste toujours un défi pour cette seconde phase de transition. Les promesses faites par le PT lors de sa prestation de serment pour la multiplication fois 3 de la capacité énergétique de la ville de N'Djamena avant fin janvier 2023 a été un échec. Les N'Djamenois subissent trois fois plus de délestage que les 10 dernières années. Les vagues de protestations dans les quartiers se multiplient, N'Djaména est sombre comme un tombeau. Certains commencent à remplacer les câbles de la SNE par des panneaux, les pénuries de carburant, les flambées des prix des denrées, du transport. Tout échappe à la transition.

L'an 1 de la deuxième phase de la transition a été chaotique. Le Président de Transition et les membres du gouvernement sont interpellés pour redresser la barre avant qu'il ne soit trop tard.

Abderamane Moussa Amadaye

J’écris cette chronique pour m’interroger sur l’état de la transition. Où en sommes-nous ? Vers où allons-nous ? 

Je vous rassure que je ne possède pas une boule de cristal. Je ne consulte ni marabouts, ni les oracles. J’esquisse des prédictions hasardeuses sur ce qui pourrait arriver en m’inspirant des faits d’actualité.

Alors on est rendu là, dans une transition de campagne permanente. En prétextant de vouloir toucher du doigt « le vrai vécu des Tchadiens », la mission de la transition est jetée aux oubliettes. L’envie à peine dissimulable du principal acteur de la transition Mahamat Idriss Deby de demeurer président.

Un exemple factuel parlant...

Hier samedi, le président de transition (PT) a bouclé sa tournée de 23 régions en grande pompe lors d’une rencontre politique dans la capitale tchadienne, N’Djamena. Il a d’abord dressé les succès de la première phase : révision du fichier électoral, le futur referendum, a présenté la transition comme une chance historique pour refonder le pays. Il a fait une tonne de promesses : l’électricité vert, l’électricité thermique, des lampadaires, des kilomètres de bitume, des collecteurs d’eau, des avenues à réhabiliter, deux nouveaux hôpitaux, etc. C’est père Noël, les bras pleins de cadeaux, qui rend visite avant l’heure, aux millions de Tchadiens qui en arrache tellement leur vie est de plus en plus difficile.

Entre temps, les Tchadiens sont interdits de manifestation, le travail de la presse est entravé, un mandat d’arrêt est lancé contre le principal opposant, plusieurs membres de son parti sont arrêtés, les groupes rebelles sont sur les pieds de guerre quelque part dans le sud-libyen, les politico-militaires rentrés au bercail sont mécontents, le programme Désarmement démobilisation et réintégration (DDR) tarde à démarrer, etc. Les Tchadiens sont épuisés, dépités, découragés par toutes ces péripéties.

A la question vers où allons-nous ? Vers le néant, enfin, peut-être…

Je n’exagère pas. On m’a raconté qu’un célèbre journal avait titré, il y a des décennies, en Une : Tchad, État néant à cause de la guerre civile entre Tchadiens. Je ne souhaite pas une autre guerre pour mon pays mais inexorablement il s’achemine, une nouvelle fois, vers le néant.

Bello Bakary Mana

Il y a quelques jours le ministère des Transports et de la Sécurité Routière a annoncé un nouveau Code de la Route qui rentrera en vigueur le 20 octobre prochain.

La circulation au pays et surtout dans la capitale tchadienne, N’Djamena, est une vraie jungle. Les accidents de la route sont légions. Conséquences : des milliers de morts, des milliers de blessés, des milliers d’handicapés à vie. Les incivilités sur la route sont quotidiennes. Les Tchadiens étant des sanguins, les accidents tournent parfois à la bagarre, aux engueulades, etc.

Analysé froidement, ce nouveau Code est une excellente nouvelle. Pour reprendre la formule des frères Dupont et Dupond dans Tintin la célèbre bande dessinée «… je dirai même plus.. », c’est une solution pour atténuer les souffrances et les vies brisées sur les routes tchadiennes.

J’étais heureux de saluer cette bonne nouvelle dans mon édito ou ma chronique lorsque je suis allé naviguer sur le réseau social Tiktok, histoire de me détendre. Je tombe alors sur un extrait vidéo du virulent et pragmatique Cheikh Mahamat Ahmat alias Faki « handicapé ». Il dénonce ce code avec des arguments simples en affirmant, je traduis ses propos en arabe locale en les résumant, lorsqu’il s’adresse aux gouvernants.

Cheikh Mahamat Ahmat : « ...le Président, le Premier ministre, le gouvernement, le ministre du commerce, le président des commerçants, les délégués, les députés se sont réunis. Pas de route, des rues cabossées, plein de nid de poule, des herbes partout au lieu de se réunir pour trouver des solutions pour faire baisser les prix sur les denrées alimentaires, ramener l’eau. Ils se sont réunis pour parler du port du casque sur la moto. Le casque c’est du riz? Du macaroni? Vous n’avez pas peur du Bon Dieu? Au moment où votre peuple a faim, vous refusez de parler des denrées alimentaires. Honte à vous. Haram à vous… ».

Il rajoute pour conclure, « …pire, ils dressent les hyènes (les policiers) pour aller s’attaquer aux chèvres (le public, usagers motocyclistes et automobilistes). A partir du 20 octobre, les policiers là, seul Dieu sait ce qu’ils feront dans cette ville… ».

Les prêches aux allures populiste de ce Cheikh sont vachement intelligentes. Cette sortie me parle, me touche. Et j’imagine elle touche aussi des milliers des Tchadiens. Je suis déchiré entre la vérité du Cheikh et la responsabilité des pouvoirs publics.

L’application stricte de ce Code préservera certainement des vies. Pouvoir s’acheter à manger pour manger à sa faim aussi sauvera des vies.

J’avoue que j’aime les prêches du Cheikh. Elles sont réalistes et praticopratiques. Il parle tellement bien du quotidien difficile des Tchadiens qu’il est devenu, pour moi, un peu notre « conscience morale ». Nous avons tous oublié qu’il y a quelques années l’histoire du port de casque a soulevé la colère « des clandomen » ou les mototaxis. A l’époque le maréchal Idriss Deby Itno a reculé de peur que la fronde ne mute en autre chose plus dévastatrice pour son régime. Le général Mahamat Idriss Deby reculera-t-il ? Lui qui assure juste une transition. Le GBS (gros bon sens), comme disent les Canadiens français, le recommande. Surtout le volet port de casque. Même si au fond il faut commencer quelque part à discipliner les Tchadiens avec ce Code.

Bello Bakary Mana

La nomination du général Ramadan Erdebou au mois de mai passé, comme Directeur général de la Société nationale d’électricité (SNE), a été soulignée avec satisfaction par certains. Mieux, elle a été saluée avec jubilation par plusieurs. Ils avançaient son intégrité de militaire comme argument comme si cela suffisait pour ramener de l’électricité à tous. Et en tout temps, 24/24.

Ceux avec lesquels j’ai échangé, à l’époque, étaient presque tous déçus que je leur dise : « non soyons sérieux, il n’est pas compétent pour la tâche. Sa place est dans les casernes. Pas à la tête de la SNE. Surtout qu’il y a dans ce pays des Tchadiens qui ont fait preuve de leur compétence en la matière ».

Je finissais la discussion en leur disant, « on en reparlera, je crains le pire… ».

Les plus gentils lâchaient cette interrogation, « tu souhaites qu’il s’embourbe? »

Les plus méchants, virulents, disaient, « Bello, rien ne trouve grâce à tes yeux, toi. Ce type est bien et intègre ».

Je me taisais pour ne pas envenimer la discussion. Ils étaient des fanatiques finis du Général. Pas parce qu’ils l’aiment d’amour pur. C’est parce qu’ils croyaient, désespérément que le général crierait : lumière. Et lumière se fera dans tout le pays.

Je n’écris pas cette chronique pour narguer mes contradicteurs, ni même pour leur signifier que j’avais raison, mais pour leur dire : j’attends encore le résultat positif de notre général intègre à la SNE. Je crois qu’on vit le pire : l’obscurité pour presque tous à tout temps.  Même en saison de pluie. Voilà son bilan après plus de 90 jours.

Pourquoi est-il en train d’échouer sous nos regards? Je répète : parce qu’il n’est simplement pas qualifié pour l’emploi. Vous voyez que cela n’a rien à voir avec son intégrité. Il est peut-être un bon soldat, un excellent général, mais il n’est pas à la bonne place. Et il ne comprend pas ce qu’est la gestion d’une société parapublique comme la SNE.

La preuve, il serait en dispute avec son supérieur le ministre de l’Énergie à cause d’une nomination bidon. Au lieu d’obéir à son ministre, manu militari, il refuse. Et pourtant c’est un militaire qui connaît la règle de la hiérarchie chère à l’armée, comme elle l’est aussi pour l’administration. Chaque jour qui passe fait de la SNE un « boulet noir » pendu sur la tête des Tchadiens.

Entre temps, les deux têtes de l’exécutif de la transition sont occupées à d’autres choses. Le président de transition (PT) est en balade de campagne dans la campagne tchadienne. Il a oublié sa promesse faite de ramener l’électricité pour tous. Le Premier ministre de transition est impuissant. Les Tchadiens sont dans l’obscurité. L’économie est dans le noir. La capitale N’Djamena s’endort sans électricité aux sons chaotiques des groupes électrogènes et les N’Djamenois chaque nuit, dans l’obscurité, n’ont que cette prière à la bouche « Allah bane ââ loum ». Traduction : Dieu les maudisse.

Bello Bakary Mana

La décision de la suspension pour 8 jours du journal en ligne Alwihda et de son directeur de publication (DP) M. Djimet Wiché par la Haute Autorité Des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA) est un premier coup d’essai pour intimider les médias en ligne.

La Hama justifie sa décision en soutenant que deux papiers de mon confrère Djimet Wiché contenaient des « propos injurieux au président de transition et des propos communautaristes de nature à porter atteinte à la cohésion et à la discipline au sein de l’armée ». Connaissez-vous la signification de cette phrase dans les états autoritaires ou dictatoriaux? Elle signifie une « offense au chef de l’État ». Sommes-nous dans une dictature? Je ne crois pas. Pour tout dire, j’étais curieux de comprendre cette décision que je trouve disproportionnée et injuste.

Je suis alors allé relire la mission de la Hama sur le site officiel de l’organisation. Et oh surprise, je découvre ceci : « La Hama est une autorité administrative et indépendante chargée, entre autres missions, d’assurer la liberté et la protection de la presse, de garantir l’accès aux sources d’information et aux moyens publics d’information. Il doit par ailleurs, veiller au respect de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans la presse, la communication audiovisuelle et en ligne ».

Alors, je me suis posé cette question. Pourquoi pour si peu la Hama est prompte à punir, saisir, fermer, intimider? Alors que sa mission est d’assurer la liberté, la protection de la presse et l’expression pluraliste. En fermant Alwihda pour 8 jours et en punissant Djimet, elle va contre ses propres principes.

J’ai toujours cru que la Hama est sous la pression des longs bras qui la pousse à prendre des décisions injustes contre les médias privés et les journalistes. Pire, elle croit que sa mission c’est d’être une béquille politique au service de la présidence. Sinon comment comprendre cette attitude envers les médias.

La suite de cette décision injuste a visiblement encouragé certains à faire du zèle. Selon notre confrère, des agents l’on prit en filature le poussant à trouver refuge chez l’habitant du coin pour passer la nuit hors de son domicile. Je n’ai jamais cru entendre un tel récit digne d’un film hollywoodien en cette période de transition où les journalistes devraient être libres de critiquer, d’investiguer pour bien informer les Tchadiens. Cette transition n’est pas aidée par la Hama, qui comme la Tour de Pise, penche toujours d’un côté sous l’influence des certains tapis à la présidence de la République. Bref, si tout cela arrive c’est par la faute du journaliste tchadien qui a cédé à vil prix l’indépendance de son organisation au pouvoir politique.

Bello Bakary Mana

Je devais écrire une chronique sur les 63 ans d’indépendance du Tchad. J’ai vite abandonné l’idée. Au lendemain de ce 11 août je suis donc allé faire mes lectures quotidiennes des nouvelles du monde comme pour éviter celles du pays. Je n’ai pas pu m’en empêcher. Je clique. Et je tombe sur cette phrase de M. Caman Bédou Oumar dans une entrevue dense qu’il a accordée dans nos colonnes. Il parle des Tchadiens en affirmant avec conviction « qu’on n’est pas seulement bon à rien, on est mauvais en tout ».

Comme disent les jeunes N’Djamenois « grando kalamak sey » (le grand-frère a dit la vérité) à 90%.  J’ai trois exemples pour illustrer comment nous sommes presque mauvais en tout.

Dossier pétrole : Vous avez vu les membres de l’équipe de choc des négociateurs du dossier pétrole décoré et élevé au Grade de Commandeur et faits officiers. Ils chantaient partout avoir gagné sur toute la ligne au sujet du dossier COTCO. La célébration de nos champions négociateurs, leur élévation et leurs médailles n’ont rimé à rien parce que le Tchad a perdu la première manche du jugement en référé. L’arbitre a donné raison à Savannah qui reste actionnaire à 41, 06 % du capital de COTCO. Les autorités se sont murées dans le silence et le déni.

Dossier référendum : Durant le Dialogue national inclusif et souverain (DNIS), la question de la forme de l’état avait chauffé les esprits. Étant participant représentant des médias j’avais senti la peur bleue du président du présidium la veille du débat en plénière sur la question. Il avait même convoqué un huis clos avec quelques représentants de différentes « corporations ». Lors des débats, j’avais pris la parole pour dire qu’il fallait plutôt proposer 2 constitutions, une en faveur du fédéralisme, et une autre pour l’État unitaire fortement décentralisé, mais un seul référendum. Les Tchadiens choisiront. Voilà que le mauvais génie tchadien a encore frappé. Ils ont tout fait pour que les Tchadiens votent sur la seule constitution de l’État unitaire décentralisé. Personne n’est dupe. C’est un tour de passe-passe pour faire gagner l’option de l’État unitaire. Une filouterie pure et simple inspirée par notre malfaisance.

Dossier Armée nationale: Cette institution représente parfaitement le mal faire tchadien. Plus de 600 généraux, en majorité analphabète, sur 100 000 hommes pour une population d’une dizaine de millions. Cela frise le ridicule. Même la puissante Chine avec ses plus d’un milliard d’habitants et plus de 2 millions de soldats n’a que 200 généraux comme l’a si bien dit M. Caman. Pourtant dans le dossier de « askarié » (militaire) on s’y connait. Non? Je ne suis pas sûr de cela. Une chose est certaine, on est plutôt « une bonne bande de guerriers violents et indisciplinés »

Enfin, factuellement c’est cela le pays. Seul le monde des arts, de la musique, des lettres et des médias privés qui brillent par leur ingéniosité. Bref, dans ce pays on est finalement tous des « bons en rien et mauvais en tout ».

Bello Bakary Mana 

Le président de transition (PT) Mahamat Idriss Deby a été invité à Abuja au Nigeria pour se joindre à la réunion d’urgence de la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à la suite du coup d’État au Niger où le président élu Mohamed Bazoum a été destitué. Il a été désigné médiateur à la surprise de tous. Mais une petite gêne, en petit caractère est écrit au bas du contrat : « un médiateur sans mandat acté de la Cédéao ».

En apprenant la nouvelle, j’ai compris pourquoi il a été invité. Je me suis alors posé cette question : ces dirigeants ouest-africains sont-ils sérieux? Non. Ils ne le sont pas. Pourquoi?

D’abord, le Tchad n’est pas membre de la Cédéao. Il est curieux que cette responsabilité soit accordée au président de mon pays. Le fait que le Niger soit notre voisin n’est pas suffisant. Le PT devait décliner poliment cette invitation et cette responsabilité. Pis, probablement le Tchadien a accepté la mission en espérant un jour le retour de l’ascenseur où lui aussi aura besoin que cette Cédéao plaide pour lui. Erreur. Il est aujourd’hui le seul militaire qui a fait un coup d’État et qui est ami avec la politique française en Afrique. Cette même classe politique de la « si grande France » qui mène la vie dure à ses collègues militaires. La politique de deux poids, deux mesures prend tout son sens.

Ensuite, je ne vois pas comment le président de transition va faire pour que ses amis « militaires et putschistes »; un peu comme lui, accepteront-ils de l’écouter? Lui aussi est en pleine médiation. Lui aussi est doublement fautif pour avoir piétiné la Constitution de son pays. Lui aussi a violé son propre engagement en ne respectant pas le délai de transition de 18 mois. Lui aussi a pris le pouvoir par la force. Lui aussi semble se préparer à ne pas respecter l’appel de l’Union africaine (UA) lui demandant de ne pas se présenter aux prochaines élections. Il y a dans cette mission quelque chose d’incongru.

Enfin, la Cédéao ne semble pas être aidée par le discours agressif des autorités françaises. C’est pourquoi le président de transition tchadienne devrait se tenir à l’écart. Il a déjà plein sur les bras avec sa transition à lui. Il n’a aucun intérêt à jouer ce rôle complexe dans un contexte compliqué. Pourquoi un président légitime et démocratiquement élu comme le Béninois Patrice Talon ne peut pas être désigné médiateur? Surtout que son nom était sur toutes les lèvres. Pourquoi un président en fin de mandat comme le sénégalais Macky Sall ne pouvait-il pas mieux assumer ce rôle? À l’allure où les choses se déroulent, il risque gros au cas où la junte nigérienne refuse de céder. Et la Cédéao, refusant de perdre sa crédibilité, s’engage militairement à chasser la junte nigérienne. Il ne faut pas oublier que Wagner et le président russe Poutine ne sont pas loin et voleront, peut-être via le Mali ou le Burkina Faso en sous-main, au secours des putschistes.  Bref, cette mission confiée au président tchadien, arrivé au pouvoir par la force, sans expérience de médiation et étranger à la Cédéao est maladroite et dangereuse.

Bello Bakary Mana

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