samedi 4 février 2023

Que retenir de la 4ème édition du Festival Dary ?

Written by  Jan 23, 2023

La 4e édition du Festival Dary lancée depuis le 24 décembre 2022 sur le slogan « Notre pays, nos merveilles » tire à sa fin. Que retenir, en bon et en mauvais, de ce grand évènement culturel ?

Ce festival est bien un moment exceptionnel. Un moment qui, peu à peu, s’est installé dans l’esprit du public. Un moment où les Tchadiens oublient leurs éternelles querelles, se retrouvent, chantent, dansent, mangent, boivent un peu pour « faire la fête », pour se déconstiper, se dégourdir. Bref pour fraterniser encore plus.

Rien n’a été facile pour les organisateurs. Beaucoup a été fait, mais beaucoup trop reste à faire. Il ne faudrait pas se contenter de ce résultat, il faut encore faire plus, faire mieux pour que Dary progresse mieux et se professionnalise plus. Il faut aussi que Dary mette à l’avant les artistes tchadiens sans fermer la porte aux artistes étrangers. « La culture c’est ce qui reste lorsqu’on tout perdu », selon une expression bien connue, au Tchad cette assertion a tout son sens. La culture, c’est ce qu’il y a de plus rentable et de plus rassembleur.

L’objectif de valoriser la culture tchadienne et de sensibiliser les citoyens sur le vivre-ensemble s'est un peu détourné de son objectif principal malgré des belles prestations des différentes danses traditionnelles, des expositions des produits locaux et des concerts géants qui sont les symboles de l'unité.

Pour récapituler, à 24h de coup d'envoi, les réseaux sociaux tchadiens s’étaient mutinés contre les parapluies multicolores aux couleurs arc-en-ciel qu'ils ont qualifiées de signes LGBT (homosexuel). Et le raccourci a vite été fait sur les organisateurs commandés par un réseau LGBT tapis dans l’ombre. Œuvre satanique selon les détracteurs du festival. Alors que cette couleur représente en réalité la diversité, l’harmonie et la paix, pas forcément la communauté LGBT. Ce groupe n’a fait que récupérer ces couleurs pour en faire son symbole. Bref, le comité d'organisation a bien fait de retirer les parapluies. C’était une polémique futile qui allait entacher le festival pour rien, surtout que plusieurs extrémistes religieux ont trouvé l’occasion de discréditer l’évènement.  

Le jour du lancement le 24 décembre dernier, le président de Transition accompagné de sa délégation sont venus assistés à la cérémonie, durant le défilé devant le président, il y a « remplacement numérique instantané » des habitants urbains de certaines provinces ont mis d'autres habitants ruraux à la touche pour représenter leur région.

L’aspect culturel et plaisant de l’évènement a été assombri par une division latente accompagnée de repli identitaire au sein de certaines communautés. Il y a eu le malentendu entre les ressortissants de la province du Ouaddaï qui se sont retirés du festival pour revenir après. Aussi il y a eu quelques « têtes brûlées », chantres de la haine qui ont formé un cercle en scandant « birti barr râ » à travers les réseaux sociaux qui a choqué le public et à froissé d’autres communautés. Il y a eu également bagarre entre deux femmes en pleine prestation de leur province, de la discrimination communautaire, le retrait de la province de Mayo-Kebbi Ouest.

L'aspect pervers de l’évènement a été l’incivisme du public, mais aussi les harcèlements et les attouchements des filles durant ce festival, les querelles entre les jeunes au milieu de la foule, etc.

L’aspect affaire du festival a laissé plusieurs commerçants amers par rapport aux coûts des stands entre 150 000 à 300 000 sans véritable retour sur investissements, les vendeurs de crèmes glacées, de café, paient 100 000 pour le pousse-pousse. Des vendeurs, venus de loin attirés par les retombés économiques de Dary disent avoir perdus beaucoup d’argent contrairement aux propriétaires de parkings qui sont contents de leurs investissements.

L'élection Miss Dary a suscité des réactions, deux provinces ont refusé de présenter leurs candidates. Ils ont traité cette élection d'impudique. Ils estiment qu’une femme ne peut défiler devant un homme, selon le coran. La candidate de la province du Moyen Chari a remporté l'élection Miss, une polémique a suivi sur les réseaux sociaux.

L’aspect sécurité a été bien géré malgré leur brutalité, les forces de l’ordre ont fait un bon travail. À chaque 5 mètres, il y a un agent de sécurité qui veille. Plus de 100 faux badges ont été confisqués à la rentrée.

L’aspect hygiénique du festival a été catastrophique. Par exemple, l'insalubrité avec des toilettes nauséabondes est à améliorer.

Dans cette grande messe culturelle, il y a plusieurs manquements. Notamment l'absence remarquée des écrivains, des poètes et des conteurs. Les organisateurs doivent pour les prochaines éditions intégrer les femmes et les hommes des lettres. La littérature est un aspect majeur de la culture. Dary ne doit pas être réservé uniquement aux danses folkloriques et aux concerts géants.

Enfin, l'aspect le plus important est les concerts géants. Des grands artistes locaux sont écartés. Le comité d'organisation se défend et affirme qu’une liste a été ouverte pour que les artistes viennent s'inscrire accompagnés de leurs managers. Mais le Comité n'a pas contacté des artistes à dimension internationale comme Célestin Maoundoé, Bâton Magique, etc. pour donner une tribune à des artistes internationaux notamment Naza et Youssoupha plus deux autres artistes soudanaises. Il n’est pas question de fermer la porte à ces artistes, mais il est question de donner le leadership et le devant de la scène aux artistes tchadiens. Malgré les manquements, festival Dary s’est définitivement installé. Et c’est une excellente nouvelle.

Noël Adoum

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