La politique française au Tchad semble prendre un coup ces dernières heures au Tchad. La haine contre la France et ses intérêts est remarquée à travers les actes et les paroles de certains Tchadiens qui se disent exaspérés par le soutien français à la junte militaire. Plusieurs Tchadiens pensent que la France a abandonné le peuple tchadien pour ses intérêts personnels. Ialtchad Presse vous propose des réactions des Tchadiens et l’analyse du politologue Dr Évariste Ngarlem Toldé.
Difficile d’aborder la question de la politique française au Tchad sans que les réactions des Tchadiens ne soient vives. Yacoub Saleh est habitant du 3e arrondissement de N’Djamena, capitale tchadienne. « Ne me parlez pas de la France. Même le nom me fait vomir. Ils sont mauvais ces Français-là. Jamais la France ne veut nous coller la paix, mais Dieu les voit. Elle rendra un jour compte pour ses ego envers le peuple tchadien» déclare ce jeune homme de 28 ans, très fâché.
Nous sommes au quartier Moursal, dans le 6e arrondissement. Nous rencontrons M. Nouba-asra Tarasdé. Selon lui, il n'y a rien à cirer avec la France. «La France continue à nous enterrer, mais toute la malédiction de Dieu sera sur eux. Ce sont des gens très mauvais, les Français», a clamé ce monsieur d’environ 58 ans.
Pour Dr Evariste Ngarlem Toldé, Politologue, enseignant chercheur à l’Université de N’Djamena, si la France est indexée c’est parce que les Tchadiens voient sa main dans ce qui se passe dans leur pays. «Vous savez, l’impression qu’on a c’est comme si, la France a cautionné le changement du régime sinon sa continuité qui n’est autre que monarchique, dès l’instant ou le fils prend la place du père. C’est ce qui a fait que les Tchadiens portent un autre regard sur la France», dit-il.
Pour le politologue, tout le monde sait le rôle joué par la France depuis l’indépendance du Tchad jusqu’aujourd’hui. L’enseignant chercheur précise que ce dernier temps, il y a une rude concurrence en Afrique avec la présence des Chinois, les Turques, les Américains, mais aussi de la Russie. «La France veille à sa chasse gardée qu’est le Tchad. Un pays stratégique et un allié dans la lutte antiterroriste», dit-il. D’après Dr Évariste, la France joue ce jeu et les Tchadiens la considèrent comme soutenant ce régime anticonstitutionnel. Il rajoute en rappelant que la France a joué la complice dans la mort ou le départ du président Tombalbaye. En 1978-1979 poursuit-il, la force française dirigée par le Général Forest à l’époque et le gouverneur qui assurait le service de renseignement avait laissé les rebelles entrés dans la capitale et créer une guerre civile pour chasser le président Félix Malloum du pouvoir. Et «ceux-ci ont plié bagages et ont laissé les Tchadiens dans le désarroi», affirme-t-il. Le politologue rappelle encore que même en 1990, la France a fermé les yeux pour que Hissène Habré soit battu à plate couture par la rébellion du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) en ne fournissant aucun renseignement aux forces gouvernementales.
Dr Évariste note également que la France donne l’impression encore d’un soutien actif au Conseil Militaire de Transition (CMT). Elle le fait simplement parce que le fils prend la place du père à un moment ou tout le monde appelle à un retour à la constitution avec une transition civile. « C’est trop pour les Tchadiens qui ont vu la France faire toujours des coups bas dans ce pays. Elle fait du Tchad un terrain ou elle pratique son sport favori, utiliser les gens qu’elle veut», analyse-t-il.
Aujourd’hui, affirme-t-il, les Tchadiens ont compris cela et personne n’est dupe. « Il vous souviendra il y a quelques années, la France est intervenue pour bombarder une colonne rebelle qui fonçait sur N’Djamena, la capitale. C’est tout récent en 2008, en 2006. La France sait ce qu’elle veut au Tchad : préserver ses intérêts», argumente Dr Évariste. Le Tchad précise le politologue, reste un territoire stratégique pour la France et elle n’est pas prête à lâcher prise. D’après lui, la France ne pourrait que placer ses alliés fiables à la tête de ce pays. Le clan Deby Itno semble encore être dans leur viseur pour continuer l’œuvre de lutte contre le terrorisme dont le Tchad est un pivot. « C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la haine que les Tchadiens manifestent contre les intérêts français», explique-t-il.
«L’UA divisée sur la question du Tchad, risque une sortie très affaiblie...»
Pour le politologue, au sein de l’UA, la question a surgi au premier jour et la difficulté était prévisible. Selon lui, les textes fondateurs de l’UA disaient que, dès l’instant qu’un régime arrive au pouvoir par des voies inconstitutionnelles, il est tout de suite condamné et sanctionné. Or, évoque-t-il, l’UA n’a pas condamné ni suspendu le Tchad parce que le président Deby Itno avait joué un rôle important dans la lutte contre le terrorisme et s’est fait de nombreux amis dans les pays francophones. « Les anglophones et les Lusophones pensent qu’il faut mettre le Tchad sur le banc des accusés en attendant les éventuelles négociations », indique l’enseignant chercheur. Les textes fondateurs disent clairement que ce qui se passe au Tchad est un coup d’État et la décision inhérente c’est la condamnation, estime Dr Évariste. D’après lui, l’UA a joué à la prolongation en envoyant une mission d’enquête, mais c’était sans compter l’abnégation des anglophones et Lusophones. D’autres pensent que si on condamne le Tchad, ils n’auront pas un partenaire fiable ni dans le G5 Sahel ni dans la lutte contre le terrorisme. Ainsi l’UA se retrouve divisée sur la question de la situation qui prévaut au Tchad, dit le politologue. « Si l’UA n’utilise pas la sagesse dans sa décision et soutient le CMT au-delà de tout, elle en sortira très affaiblie », conclut Dr Évariste Ngarlem Toldé.
Moyalbaye Nadjasna
La marche pacifique initiée par la plateforme Vision nouvelle a eu lieu ce mercredi, encadrée par les forces de l’ordre. Reportage.
C’est la première manifestation pacifique autorisée et encadrée par les forces de l’ordre sous le régime militaire dirigé par le Conseil Militaire de Transition (CMT). Et la vedette de la marche est la plateforme Nouvelle vision, un regroupement de 42 partis politiques et 158 associations et organisations de défense des droits de l’Homme.
Tout a commencé au rond-point Hamama dans le 8e arrondissement de la ville de N’Djamena, point de rassemblement des manifestants. Il était 6h du matin. Des membres du comité d’organisation s’activent à régler des derniers détails. Déjà, les éléments de la Police ont pris position aux différentes intersections du trajet. Pas de présence de la police antiémeute, le GMIP. Non plus des militaires. Rien que la Police nationale et la Police municipale.
Vers 7heures, des manifestants, transportés en bus, arrivent peu à peu. Pas de tee-shirts, pas d’insigne quelconque, sauf une banderole portant le nom de la plateforme et des pancartes avec des inscriptions. Les manifestants reçoivent des dernières consignes de l’équipe de l’encadrement et de la sécurité. A 7h35mn, le top départ est donné. Le cortège s’ébranle. En tête de la marche, le président de la plateforme, Mahamat Adoum, les membres du comité d’organisation ainsi que les présidents et secrétaires généraux des partis et associations membres de la plateforme. La circulation est automatiquement bloquée. Un véhicule de la Police avec gyrophare ouvre le passage. Tandis que d’autres véhicules de la Police bourrés d’hommes bouclent la queue du cortège. Au milieu, les manifestants sont en grande partie des femmes.
Sur un tronçon d’à peu près cinq kilomètres, plus d’une centaine de personnes ont marché pacifiquement pour la cause de la paix. Des mots tels que « oui à la stabilité », « oui à la paix », « non à la guerre » sont scandés par ces manifestants.
8h27. Le cortège atteint le point d’arrivée : le palais du 15 janvier. Une cérémonie se tient encore là. Des discours ont été faits. Des motions de recommandation ont été lues. D’après le président de la plateforme Mahamat Adoum, cette marche vise à rechercher la paix. « Nous marchons pour la paix », répète-t-il. Pour lui, le contexte actuel est inquiétant, d’où la nécessité de soutenir le CMT pour conserver la paix. « Le soutien de la communauté internationale est indispensable pour le CMT le peuple tchadien en ce temps difficile », plaide-t-il.
Tirant le bilan de la marche, le président du comité d’organisation de cette marche, Abdelsalam Hachimboh estime que c’est une réussite. « Le bilan que nous dressons est positif parce que c’est une première dans l’histoire du Tchad avec l’arrivée de la démocratie, organiser une manifestation pacifique sans aucun incident est un pari gagné », se réjouit-il.
Toujours d’après lui, ce succès est la résultante d’une bonne organisation en interne. « La plateforme a tout mis en œuvre pour que cette marche soit un modèle. Et pour cela, nous avons mis un sous-comité qui est chargé de l’encadrement et de la sécurité », dit Abdelsalam Hachimboh. Même si le nombre des manifestants est faible, le président du comité d’organisation trouve que la marche a été organisée sur un temps record. « Nous sommes un peu talonnés par le temps. Et c’est aussi le mois de Ramadan. Donc tous ces paramètres n’ont pas incité les gens à venir nombreux », a-t-il justifié.
9h10mn, la cérémonie prend fin. Les manifestants reprennent le chemin du retour dans des bus déjà apprêtés. Le président du comité d’organisation promet des prochaines activités qui seront d’une grande envergure.
Il faut signaler la présence de quelques mineurs lors de cette marche. Ce que déplore Abdelsalam Hachimboh qui interpelle les autorités à redoubler de vigilance pour corriger les incohérences constatées pour les prochaines manifestations.
Christian Allahadjim
L’association l’Amicale des anciens Auditeurs du symposium sur la Sécurité transsaharienne et la bonne gouvernance (SST/TCHAD), au cours d’un point de presse fait ce 11 mai au palais du 15-janvier entend apporter sa contribution pour conforter la paix et favoriser la cohabitation pacifique des Tchadiens.
Selon la Vice-présidente de l’Amicale des anciens Auditeurs du symposium sur la Sécurité transsaharienne et la bonne gouvernance (SST/TCHAD), Mme Fatimé Assarah Abdel Aziz, la préoccupation actuelle c’est la survie du Tchad. Pour elle, la mort du président de la République Idriss Deby Itno le 20 avril dernier a laissé le pays dans l’incertitude. Elle rajoute que le pays est devenu l’épicentre des tensions au Nord, Est, Sud et Ouest. D’après elle, leur amicale qui se veut une plateforme d’échange et de fertilisation des idées entre ses membres veut offrir ses bons offices afin de faciliter le dialogue et la médiation entre les filles et fils du Tchad sans distinction. « La violence ne mène nulle part et ne peut servir qu’à enfoncer le pays dans l’abîme et les populations dans le désarroi », dit Mme Fatimé Assarah Abdel Aziz.
Pour la vice-présidente, le Tchad a tout essayé. Depuis 60 ans d’indépendance, dit-elle, le Tchad n’a eu que 8 à 11 ans de paix pour se consacrer à son développement. Le reste du temps déclare-t-elle, le pays l’a passé à contenir la sécheresse, les inondations, les attaques aviaires et acridiennes, les coups d’État, les rebellions, des conflits intercommunautaires, les conflits avec la Libye, les conflits religieux et la liste n’est pas exhaustive. Elle promet que leur association va rencontrer toutes les forces vives de la nation, les partenaires et les pays amis soucieux de la stabilité du Tchad. « Objectif, recueillir les avis des uns des autres pour déboucher sur un dialogue non seulement inclusif, mais global et profond », précise Mme Fatimé Assarah Abdel Aziz.
D’après la vice-présidente de l’Association SST/TCHAD, les solutions aux problèmes tchadiens ne peuvent se trouver qu’entre les Tchadiens. Elles ne peuvent venir de l’extérieur, d’où la nécessité pour chacun de consentir un sacrifice salutaire, renchérit-elle. « Pour qu’il y ait la paix, il faut un dialogue. Ce dialogue doit être inclusif sans marginalisation de qui que ce soit », précise-t-elle. Elle soutient que leur amical regorge des compétences capables d’une synergie d’action nécessaire à relever le défi actuel. Nous sommes résolument engagés dans une bataille pour la solution à la crise actuelle que traverse le Tchad avec la contribution de tous ceux ou celles qui sont préoccupés, note-t-elle.
A noter que l’Amicale des anciens Auditeurs du symposium sur la Sécurité transsaharienne et la bonne gouvernance (SST/TCHAD), a été créée le 18 avril 2013. Son objectif est d’améliorer la capacité des forces de défense et de la sécurité ainsi que celle de la société civile à réagir efficacement afin d’aider le gouvernement à préserver la paix, l’intégrité et l’unité nationale du Tchad. L’amical œuvre dans la sensibilisation, la formation continue et les renforcements de capacités. Il s’investit aussi dans les études et recherches dans le domaine de règlement des conflits et la bonne gouvernance. L’amical est laïque, indépendante, apolitique et à but non lucratif. Il regroupe en son sein, des officiers supérieurs de l’Armée, de la Gendarmerie, la Police, des administrateurs, des représentants des organisations de la société civile et des personnes ressources. Le slogan de l’Association «l’amical SST/TCHAD» est Sécurité-Paix-Développement.
Moyalbaye Nadjasna
Par un communiqué rendu public hier, sur sa page Facebook, l’Union Nationale pour le Développement et le Renouveau (UNDR), justifie l’entrée de ses membres dans le Gouvernement de Transition. In extenso voilà en substance ce que dit le post.
« Après la mort du président Deby Itno, les Tchadiens s’attendaient à ce que tous ceux qui incarnent l’ancien régime soient balayés tout d’un coup. La réalité est qu’il faille tenir compte de l’instinct de conservation ou de sécurité de ceux qui détiennent encore le pouvoir. Le 20 avril, le Conseil Militaire de la Transition CMT est mis en place. Il a fallu qu’un gouvernement de transition soit également formé. Chose faite le, 2 mai dernier. C’est une équipe constituée de 40 membres, dont 2 militants de l’UNDR. Un gouvernement qui n’a fait qu’activer la colère des organisations de la société civile qui n’y figure pas. Les Tchadiens mécontentements ont vivement réagi. »
Pourquoi l’UNDR est entré au gouvernement de transition? Voilà la question qui taraudait l’esprit des Tchadiens qui n’arrivaient pas à comprendre la prise de position de l’heure. Et pourtant, en date du 27 avril dernier, Saleh Kebzabo soutenait la marche anti CMT. « L’avenir du Tchad après Deby, être dans toutes les structures de la transition pour suivre de près l’élaboration des textes fondamentaux du pays et ceux concernant les élections», telles en sont les raisons du revirement de l’UNDR, note le document.
Toujours pour justifier l’entrée de l’UNDR dans le gouvernement de transition, le communiqué invoque l’incertitude créée par la mort inattendue du Président tchadien Idriss Deby. D’après les arguments avancés dans le document, la mort du président Deby Itno aurait pu aboutir à une guerre civile, vu l’intensité d’animosité entre les communautés. Selon toujours le même communiqué, il s’est trouvé qu’un groupe d’officiers s’est constitué et a pris le pouvoir, à sa tête le fils du défunt président. Le document, de rajouter que, la population dans son entièreté a désapprouvé la succession dynastique au pouvoir. Beaucoup de Tchadiens ont réclamé le retour à l’ordre constitutionnel, indique le communiqué. Pour renchérir la justification de la présence de l’UNDR dans la transition, le communiqué indique qu’après analyse faite de la situation, se tenir à l’écart permettra au Mouvement patriotique du Salut (MPS), parti du président défunt et de ses alliés de continuer à gérer le pays. «L’UNDR a une grande expérience électorale et politique. Ce qui pourrait aider la transition a créé des conditions aux élections libres et transparentes. Les camarades figurant dans la transition, veilleront afin de détecter les manœuvres consistant à manipuler les élections.», note le communiqué.
A en croire le communiqué, le président du parti le Calebasse, le président de l’UNDR faisait partie des acteurs politiques consultés par les médiateurs nationaux et internationaux. « Certains militants ont même proposé que le président de l’UNDR accepte d’être Premier ministre si on le lui propose. D’autres l’ont suggéré de se réserver pour les élections présidentielles à venir», dit le communiqué.
Des avis contradictoires sont relevés aussi lors des échanges sur la page Facebook du parti.
Selon un militant engagé de l’UNDR, « il faut que le président joue franc jeu et non penser aux intérêts égoïstes, l’alternance doit être de mise tout en tenant compte de son âge pour les futures élections »
Un autre internaute, très remonté, affirme « vous vous êtes trompés largement, mais le peuple ne vous suivra pas dans cette voie ». Le même rajoute que les arguments avancés ne sont pas convaincants, « et si le CMT décide, il en a le pouvoir, de démettre à mi-chemin vos militants entrés au gouvernement, qu’allez-vous faire ? ». Pour lui si l’Undr allait entrer dans ce gouvernement de transition, pourquoi alors appeler les gens dans la rue avant de mieux réfléchir ? s’est interrogé l’intervenant.
Le Conseil paix et sécurité de l’Union Africaine (UA) se réunit ce 10 mai à Addis Abeba, en Éthiopie suite à la situation sociopolitique au Tchad. Il va se pencher sur le rapport de la mission de l’UA envoyée à N’Djamena, le 29 avril sou l’égide du Nigérian Bankole Adeoye et l’ambassadeur djiboutien, Mohamed Idriss Farah, président du Conseil de paix et sécurité de l’UA. Des décisions sont attendues à l’issue de cette réunion.
Le Conseil paix et sécurité de l’Union africaine examine le rapport de sa mission dépêchée semaine dernière à N’Djamena, capitale tchadienne, suite à la situation sécuritaire du pays. Il faut rappeler qu’après le décès du président tchadien Idriss Deby, l’armée s’est emparée du pouvoir et a mis à la tête Mahamat Idriss Deby Itno, fils du défunt chef de l’État. Un Comité Militaire de Transition (CMT) a été mis en place suscitant des contestations de l’opposition politique démocratique et de la société civile. Ces mécontents dénoncent un coup d’État institutionnel et réclament un retour à l’ordre constitutionnel. Depuis lors des manifestations pacifiques violemment dispersées se répètent à travers le pays. Conséquences, des Tchadiens meurent et sont blessés graves pour avoir manifesté. Ce lundi, cette réunion du Conseil de sécurité de l’UA va se servir des éléments recueillis dans le rapport de mission afin de prendre des à l’encontre du Tchad. Sanctions ou pas sanctions.
Des sources révèlent que le rapport de l’enquête de l’UA au Tchad pose aussi des conditions au Conseil militaire de transition qui a pris le pouvoir. Le rapport note entre autres, le respect strict d'une transition de 18 mois maximum, l'organisation d'un dialogue national inclusif aboutissant sur un partage du pouvoir entre militaires et civils, comme cela s'est fait au Soudan. Rappelons que le Conseil paix et sécurité semble divisé sur une ligne de conduite face à la situation qui prévaut au Tchad. Selon les sources divergentes, certains pays proposaient la suspension du Tchad de l’UA en raison de la prise de pouvoir qu'ils qualifient de « coup d'État militaire ». D’autres proposaient à l’UA de déroger exceptionnellement à ses principes et d’accompagner la transition au Tchad. Car, argumentaient-ils que ce pays « est un verrou essentiel contre le terrorisme en Afrique et qu'il est fragile ».
Sur les traces de la mission de l’UA
Le Conseil paix et sécurité de l'UA a envoyé le 29 avril sa mission au Tchad. Cette mission a rencontré les nouvelles autorités, à commencer par le chef du Conseil militaire de transition, Mahamat Idriss Deby, fils de l’ancien président, les partis d’opposition, les organisations de la société civile, les diplomates en poste à Ndjamena ainsi que les représentants des organisations religieuses. Objectif : veiller à la bonne marche de la transition en cours.
Signalons qu’une manifestation timide a eu lieu le 8 mai, violemment dispersée par la police. La coordination des actions citoyennes a déploré une dizaine de blessés dont trois graves et une cinquantaine d’arrestations sur l’ensemble du territoire. Le Procureur de la République de Ndjamena note une vingtaine d’arrestations dans la capitale et un manifestant blessé par balle réelle. Le 19 avril, Addis Abeba, le Président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat avait réitéré l’attachement indéfectible de l’UA aux solutions pacifiques des problèmes africains par la voix du dialogue et de la recherche du consensus.
La France a salué, lundi dernier la formation par la junte d'un gouvernement de transition dirigé par un Premier ministre civil incluant plusieurs membres de l'opposition. Elle demandait aussi que la transition soit d'une durée limitée. Paris relevait que limiter la transition permettrait au retour rapide à des institutions démocratiquement élues. La France affirmait aussi soutenir l’initiative de l’UA d’accompagner le Tchad dans la transition.
Moyalbaye Nadjasna
Engagés depuis avril sur les théâtres des opérations au nord Kanem, les éléments de l’armée tchadienne ont regagné N’Djamena dans la matinée du 9 mai. Un signe qui marque la fin des hostilités, disent les autorités militaires.
Ce sont plusieurs unités de l’armée nationale tchadienne engagées sur le théâtre des combats les mettant aux prises avec les rebelles du FACT depuis avril au nord Kanem qui sont de retour dans la capitale, N’Djamena. En tête du convoi, le chef d’état-major général des armées (Cemga), le général Abdelkérim Daoud Brahim. Il était sur place pour superviser les opérations de ratissage, selon le ministre de la Défense, Daoud Yaya Brahim.
Selon le Cemga, les rebelles sont anéantis. « Nous avons la maîtrise de la situation dès le début. Nous avons amené des prisonniers et des matériels. Au terrain, il ne reste rien. Je demande aux populations de rester tranquille; tout est dans l'ordre maintenant », rassure le général Abdelkerim Daoud Brahim.
Comme butins de guerre, plus d’une centaine de rebelles fait prisonniers et une dizaine de véhicules avec des matériels récupérés ont été présentés à la presse à l’état-major général des armées. D’après le CEMGA, certains de ces prisonniers sont des pauvres qui se sont fait enrôler pour de l’argent. D’autres, dit-il, se sont retrouvés là par force.
Parmi les prisonniers se trouvent deux cadres importants de la rébellion du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad ( Fact). Il s’agit de celui qui se présente comme directeur de la section gendarmerie et l’autre comme commandant des opérations. Le premier a été arrêté entre la frontière Niger-Tchad. Le second à Nokou, au nord Kanem. Pas des nouvelles du chef rebelle, Mahamat Mahdi Ali. Selon le commandant des opérations du FACT, leur groupe a travaillé aux côtés des forces du Maréchal Halifa Haftar, considéré comme l’homme fort de l’Est libyen. En contrepartie, ils ont reçu armements et équipements militaires. Leur objectif, renverser le régime de N’Djamena dirigé par le défunt président Idriss Deby Itno.
C’est dans ce climat de confiance que le président du Conseil militaire de transition, le général Mahamat Deby Itno a effectué son premier déplacement à l’étranger depuis sa désignation le 20 avril. Il s’est rendu à Niamey ce lundi 10 mai. Dans la capitale nigérienne, le chef de l’État tchadien a eu une séance de travail avec le président Mohamed Bazoum. Puis il s’est rendu dans la zone des trois frontières pour galvaniser les unités tchadiennes déployées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel.
Il faut le rappeler, les éléments du groupe rebelle du FACT dirigés par Mahamat Mahdi Ali ont fait leur incursion au Tchad le 11 avril dans la zone de Tibesti. Après des combats éclair, ils sont parvenus à atteindre le nord Kanem. C’est là que des combats atroces les ont opposés à l’armée tchadienne entre le 17, le 18 et le 19 avril. L’armée a, dans un bilan, évoqué la mort de 300 rebelles, plusieurs matériels de guerre récupérés et près de 300 prisonniers. Depuis lors, aucun autre bilan n’a été communiqué sur les combats qui ont repris depuis le 27 avril. En réaction aux autorités militaires, le Fact répond par une phrase en affirmant que « c’est loin d’être fini ».
Le président Deby Itno n’est plus. On a tout dit sur lui. En bien et en mal. Moi, le premier. Il faudra se résoudre à tourner la page. Avant de la tourner, je voudrais revenir commenter une fois encore les évènements de ces dernières semaines.
Mort du président
Version officielle : Le Maréchal est mort au combat les armes à la main. Il est mort comme il a vécu, intensément. Depuis qu’il est entré dans la vie des Tchadiens, il y a bien longtemps, il avait quelque chose qui le distinguait de ses prédécesseurs : sa patience. Une patience mesurée, calculée, réfléchie qui a fait craquer amis et adversaires. Sa patience était sa plus grande force. Lors de son dernier meeting, il avait demandé pardon aux Tchadiens pour s’être emporté. Les Tchadiens, je pense, lui ont déjà pardonné.
Version non officielle : Le Maréchal aurait été assassiné? Par qui? Pourquoi? Mystère et boule de cristal. Je n’ai pas arrêté de fouiller. D’interroger. De questionner. Je continue à m’interroger. Je n’ai comme réponses que des histoires invraisemblables. Sans têtes. Ni queues. Ces histoires mises ensemble ne tiennent pas, comme on dit, la route. Sacré Maréchal. Du haut des cieux, il dira certainement…. « en faite….disons… », son expression favorite. Et passera à une autre expression, « restez unis, mais dans la République… ». Il a marqué ce pays. En bon ou en mauvais. Chacun fera ses comptes.
Mythe?
Un mythe est-il en cours d’être né? Difficile de se prononcer. Si j’étais le conseiller du Maréchal, je lui aurais suggéré d’être Empereur. Un peu comme Napoléon. Tiens son autre surnom « le Napoléon d’Afrique », attribué par le journaliste français Pierre Elkabbach, un de ces jours où son pouvoir avait vacillé. Et qu’il a réussi à s’en sortir.
Le président Deby Itno n’aurait-il pas pardonné au président de l’Assemblée nationale (PAN) de refuser de lui succéder? Je crois que oui. Parce que la toile d’araignée tissée par le défunt serait difficile à détricoter par le PAN. Alors pourquoi accepter?
Non, la bonne question c’est : pourquoi avoir refusé?
D’abord est-ce pas par loyauté? Presque 30 ans au côté du Maréchal. Le PAN Haroun Kabadi (HK) a refusé d’assumer l’intérim que lui reconnaissent les textes transitoires de la Constitution. Il a refusé donc le pouvoir au pays des hommes qui aiment le pouvoir. Pourtant c’est un homme de pouvoir. Qui a sa place aurait refusé? Peu de personne pour ne pas dire personne. Est-ce ce refus n’est pas plutôt de la sagesse? De l’intelligence? Il a donné ses raisons : maladie et âge respectable. Quoi d’autre aurait empêché HK? La peur? Je ne crois pas. Le manque d’ambition? J’en doute. Du haut de ses 70 ans passés, seul lui sait pourquoi. Il faut respecter sa décision. Mais on finira par le savoir un jour. Peut-être que l’écrivain Ali Abdramane Haggar a raison de dire qu’il a manqué de courage. Mais peut-être que HK a totalement raison d’avoir refusé. Et réserve aux Tchadiens une grosse surprise.
Toujours est-il que HK est encore à la manette. Presque omniprésent. L’Assemblée Nationale après être dissoute par la junte est reconduite avec HK à sa tête jusqu’à la mise en place du nouveau Conseil National de transition (CNT). Fort probablement que le même Kabadi sera à la tête du CNT. En cette période difficile, il serait plus utile là qu’ailleurs.
Entre-temps, que deviennent les partisans de l’ex-régime? Les opposants? La société civile? Les politico-militaires? Chacun se cherche. Chacun voit midi à sa porte.
Avez-vous découvert, comme moi, lors des funérailles que le Tchad était presque la « Corée du Nord de l’Afrique ». Je n’exagère pas. J’ai une preuve qui plaide pour ma farfelue thèse : les pleureuses de la Place de la Nation le jour des funérailles. C’était hallucinant. Non? C’était de l’émotion? Ok mais…
Avez-vous constaté aussi que, au lendemain du décès du Maréchal, les informations n’ont pas aisément circulé. Tout a été verrouillé aux premiers jours et aux premières heures. Les rumeurs et les « fakes news » ont envoûté les Tchadiens. Bref, c’était plus de peur que de la rumeur vénéneuse. Bon en notre « République presque Gondwanaise » on a réussi, pour l’instant, une succession dynastique en douceur. Le cataclysme prévu s’est éloigné, mais il faut continuer à surveiller la « marmite Tchad » comme du lait sur le feu ardent des passions du pouvoir.
Enfin, les Tchadiens ont un Conseil Militaire de Transition muet. Pas étonnant ce sont les plus gradés de la grande muette. Ils ont également un Premier ministre sans envergure. Ils feront avec. Ils ont opposition démocratique « gaga », ils l’observent. Ils ont société civile fâchée, ils la surveillent. Ils ont une diaspora excitée, ils s’en amusent. Malgré à ces tensions, les Tchadiens sont, étonnement, stoïques. Un vieux papa m’a dit « mon fils, les gens s’agitent, mais Allah à son plan ». Allah? Avec le ramadan, je lâche prise. J’avais envie de lui crier « Allah n’est pas obligé » comme le titre du roman du célèbre écrivain ivoirien Amadou Kourouma. Je me suis abstenu. Et j’ai monologué dans ma barbe, « sacré Tchadien, fataliste au bout du bout du bout ».
Bello Bakary Mana
Le ramadan est un mois sacré pour les fidèles musulmans. C’est aussi l'un des cinq piliers de l'Islam. Les musulmans tchadiens ont commencé le jeûne empruntant le neuvième mois du calendrier lunaire musulman, le 13 avril. Ce jeûne doit bientôt prendre fin avec la célébration de l'Aïd el fitr. Pour comprendre le sens de cette fête, Ialtchad Presse a rencontré le Secrétaire général du Conseil supérieur des Affaires Islamiques au Tchad (CSAI), Cheikh Abdadayim Abdoulaye Ousman. Reportage.
Il est pratiquement 10 heures lorsque nous entrons dans la grande cour de la grande Mosquée de N’Djamena, capitale tchadienne. Plusieurs personnes démunies, des femmes veuves, des enfants, des personnes handicapées et des vieillards remplissent la cour. Ils sont venus pour les prières, mais aussi pour bénéficier des actes de bienfaisance en ce mois saint de l’islam.
Reçu par le Cabinet du SG Cheikh Abdadayim Abdoulaye Ousman, très rapidement sommes introduits à son bureau. D’un air affirmé, le SG du Conseil supérieur des Affaires Islamiques au Tchad (CSAI), nous reçoit à son tour avec amabilité. Sans tarder nous échangeons sur le sens de la fête de l'Aïd el fitr. Selon lui, la communauté musulmane a deux fêtes. Le premier est l'Aïd el fitr qui marque la fin du jeûne de ramadan et la seconde c’est la fête de Tabaski appelée l'Aïd el Ad Ha. Ce sont des célébrations musulmanes qui datent du temps du prophète Mohammed, informe-t-il. Cheikh Abdadayim que les fidèles musulmans suivent le chemin de leur prophète. Pour lui, qui dit une fête dit la joie même s’il y a d’évènements qui peuvent signifier aussi douleur. Pour lui, la fin de Ramadan se fait en tenant compte de l’apparition de la lune, elle a lieu 29 ou 30 jours après le début du ramadan. Tout est compris dans le Saint Coran que ce soit lunaire ou solaire. « Pour comprendre, il faut savoir que le calendrier musulman est, contraire au calendrier grégorien occidental. Comme les cycles de la lune sont plus courts, le Ramadan commence à chaque fois dix à douze jours plus tôt que celui de l'année précédente. Le début, mais également la fin du Ramadan sont déterminés par l'apparution de la lune dans le ciel», explique-t-il.
Pour le SG du CSAI, lorsque le jeûne s'achève, les musulmans croyants célèbrent la fin du ramadan : l'Aïd el-Fitr qui signifie fête de la rupture. Selon lui, l'Aïd el-Fitr n'est pas que l'occasion de faire la fête. C’est l’occasion de rassemblements familiaux et amicaux durant lesquels on se présente des vœux de bonheur et de santé en ce jour de fraternité. Dans le monde entier dit-il, les musulmans fêtent l'Aïd el-Fitr, en préparant un repas riche avant de se livrer à des prières. D’après Cheikh Abdadayim, Il est également du devoir des fidèles de garder une partie de leur nourriture pour les plus pauvres. Les bons actes doivent se poursuivre, a-t-il indiqué pendant ce temps de bénédiction.
« Cheikh Abdadayim, il faut du bon sens des fidèles pendant la fête »
Le SG du CSAI soutient qu’il n’est pas bon pour un musulman de se mettre rapidement en colère pendant le ramadan. « Je vous conseille plutôt d’être ouvert, faire preuve de maîtrise de soi. Soyez tolérants et pardonnez toujours au-delà de tout. C’est vertueux. Quand on est dans un esprit d’adoration, il faut suivre les conditions et les conseils», recommande-t-il. Cheikh Abdadayim exhorte les fidèles à persévérer dans les prières en commun dans les mosquées mêmes après le Ramadan. Pour lui, Il faut continuer même dans les Nafales (jeûnes et prières volontaires) pendant et après le ramadan.
«Ce que nous déplorons dès que le ramadan finit, quelques fidèles se jettent dans le péché à travers les actes interdits. Aller dans les bars, livrer des bagarres, repartir vers la vie de débauche, constituerait des obstacles selon, les Oulémas pour les imposteurs de rater la miséricorde d’Allah », dit le SG du SCAI. C’est la même chose lorsqu’il s’agit aussi du pèlerinage signifie-t-il. D’après Cheikh Abdadayim, le ramadan est un entraînement qui permet de bien se comporter et continuer sur le bon chemin.
Durant ce mois bénit, les musulmans promeuvent les interdits et doivent traiter durement leur corps. Une manière de purifier leur esprit. Ni boisson ni nourriture, les restrictions s'appliquent également au tabac et aux relations sexuelles. Une fois la nuit tombée, les fidèles ont le droit de se réunir pour « rompre le jeûne ». À noter que le Ramadan est synonyme de recueillement et de méditation.
Moyalbaye Nadjasna