dimanche 5 février 2023

IaltchadTribune

IaltchadTribune (100)

La question qui se pose est celle de la justification de cette guerre : d’après les groupes armés, le postulat posé est le suivant : il n’y a pas d’autre manière de faire partir le président Deby que l’usage de la force. Mais ils oublient que cette logique peut être reproduite à l’infini. C’est pourquoi, la raison militaire prônée par ces belliqueux est une absurdité et comme telle, doit être refusée. Il s’agit d’un jeu à somme nulle. Car il y aura toujours un gagnant et un perdant. Pour moi, tout candidat au trône tchadien doit être inspiré par le bien- être des Tchadiens ; or ceux-ci ont déjà assez payé pour cette grosse bêtise de laquelle ils croyaient être délivrés. Désormais, ils souhaitent participer démocratiquement à la gestion de la République et tirer profit eux aussi de notre pétrole. Les aspirations de tout Tchadien ne pourraient être satisfaites qu’à la faveur d’un pouvoir élu pour mettre en œuvre une politique basée sur la satisfaction de l’intérêt général.

Essayons de développer cette notion de l’intérêt général.
Nous savons que tous les gouvernements qui se sont succédé au Tchad depuis le coup d’état du 13 avril 1975 ont progressivement délaissé cette notion, au point de la confondre avec l’enrichissement personnel dans la gestion du bien public. Cette tendance s’est aggravée dès lors que, des individus, par centaines, habitant de surcroît les quartiers huppés de la capitale tchadienne, ont commencé tout bonnement à « fêter leurs millions, voire milliards ».  Comme par hasard ces individus, sous prétexte qu’ils appartiennent à au groupe ethnique au pouvoir ou assimilé à celui-ci, pouvaient s’enrichir au détriment de l’Etat. Après tout, (disent-ils) n’ont-ils pas amené au trône tel ou tel président ? Aussi, l’esprit revanchard qui habitait ces maquisards ne devait-il pas les conduire au pillage du denier public ? Ils pensent que la chose publique « chokol ana hakouma » appartient à tout le monde. Oui c’est vrai. Mais seulement, le tout  le monde dont il s’agit s’appelle le peuple  tchadien en tant qu’entité nationale et non pas un groupe d’individus véreux et parvenus, sans scrupule et sans respect et ne sachant parler que le langage de la violence.
Les membres de l’actuelle rébellion, de loin ou de près sont ces individus qui se sont servis sans vergogne des biens publics pour s’enrichir. Et, comme si le pouvoir économique ne suffisait pas, ils essayent à présent de conquérir son volant politique de façon violente. De qui se moque-t-on ? Qui est donc le dindon de cette farce ? Je vous le donne en mille : le peuple tchadien, cette entité abstraite et muette, au nom de laquelle ils justifient leur guerre !
Comme le disait Tonton David, ce jeune chanteur Réunionnais dans une de ses chansons, « je suis sûr qu’on nous prend pour des cons, j’en suis certain ». Que les Tchadiens ne se laissent pas duper par ces opportunistes, au discours fallacieux et qui, pas plus tard qu’hier, ont largement bercé dans le système politique actuel, en connaissent la culture les contours qu’ils ont eux-mêmes largement dessinés.
S’ils veulent le pouvoir, qu’ils apprennent déjà à respecter cette notion qu’est l’intérêt général, sans lequel la gestion de la chose publique (le pouvoir politique) devient une absurdité.
Il ne suffit pas d’être un gradé de l’armée pour prétendre gouverner un pays. Il ne suffit pas non plus d’avoir tel ou tel diplôme, d’avoir fréquenté les coulisses de la présidence pour être un bon dirigeant politique. Encore faut-il que l’on fasse ses preuves en se présentant devant le peuple pour avoir une légitimité.
Inutile de rajouter que la présidence de la République tchadienne n’est pas une chasse gardée. Il appartient au peuple tchadien qui, lui seul doit décider qui est susceptible de le gouverner harmonieusement et paisiblement.
Pour que le peuple cesse d’être le dindon de la farce, il doit dire non aux opportunistes de tout bord, armés ou non, dont l’unique préoccupation se limite à la satisfaction de leurs intérêts personnels en pillant les biens publics, détruisent et tuent des parents à Adré et à Biltine, allant jusqu’à s’allier avec les diables du Darfour soudanais pour parvenir à leur fin.

Par ailleurs, il ne faudrait pas non plus que le Président Deby limite sa politique à répondre ponctuellement au problème posé par la rébellion. Le statu quo ne suffit plus. Loin s’en faut.
Il doit se dire que le pouvoir n’est pas une fin en soi mais juste une mission, un cadre permettant à l’homme politique de poursuivre des objectifs d’intérêt général, c’est-à-dire la satisfaction collective, non exclusive des besoins du peuple, en lui fournissant divers services publics. L’efficacité de l’homme politique se mesure à l’aune de la satisfaction de l’intérêt général.
Pour satisfaire cet intérêt général, il faut assurer la bonne gouvernance économique et politique. Cela passe forcément par une large ouverture politique et une transparence dans les élections démocratiques. Or les ces éléments semblent connaître un balbutiement  notoire depuis décembre 90, où le président Deby a affirmé avoir « apporté la démocratie aux Tchadiens ».
Il est bien vrai que le peuple tchadien qui a tant souffert des guerres avait dans les années 90, besoin de la stabilité politique. De ce point de vue, le premier mandat de président Deby fut salvateur.
En revanche, le deuxième mandat, fut sans doute un de trop, même s’il pouvait être encore perçu comme nécessaire, tant les ténors politiques sudistes dussent s’imprégner de la culture démocratique eux aussi, eu égard au règne du régime précédent. Par ailleurs, la démocratie étant un processus autant qu’un apprentissage, il fallait un certain temps : un brassage multiethnique et multiconfessionnel était nécessaire aux partis politiques pour asseoir leur notoriété nationale et internationale. En outre, il fallait cultiver un certain charisme à défaut de l’avoir de façon innée, prédéterminée pour l’exercice du pouvoir, même si ce n’est pas le seul critère.
Aujourd’hui, la plupart des leaders politiques du Sud comme du Nord ont acquis sans conteste cette dimension, en plus de leurs compétences et savoir-faire politiques. Il est donc grand temps qu’ils aspirent légitimement et démocratiquement au pouvoir, celui que seul, leur peuple tchadien leur confie pour la défense de l’intérêt national. Cette analyse exclut catégoriquement toute autre forme de conquête du pouvoir politique au Tchad, car coûteuse à tous égards.
C’est l’on pousse l’analyse à son terme, la constitution du Tchad ne devait pas être relookée.
C’est la raison pour laquelle sa modification a soulevé un tollé général et fut condamnée par l’opposition dans son ensemble.
Pour elle, ainsi que pour la plupart des observateurs, il s’agissait d’une manœuvre de bas étage destinée maintenir au pouvoir le régime actuel. C’est un mauvais coup porté par le MPS à la démocratie.
C’est sans doute la raison du mécontentement de la classe politique qui s’estime à juste titre lésée dans sa course pour la conquête du pouvoir suprême. Quoi de normal, car après tout l’objectif de l’homme politique n’est-il pas d’être élu ?
Pour les frères armés, la solution est tout simplement militaire : par les armes le Président est rentré dans N’Djaména, par les armes il doit N’Djaména ! Quelle triste et tragique équation ?
Pauvre Tchad. C’est à croire tu ne dois ton existence, voire ta survie qu’à des combats fratricides violents.
Mais alors à quoi tu peux bien servir sans ta population ? Qui donc peut te mettre en valeur si ce ne sont tous tes enfants ?
Ces questions si simples dans leur conception m’amène comme l’a fait mon frère Gaya PLE Seïd à souligner in fine les points suivants :
 -  associer toutes les parties en présence au débat démocratique, seul à même de dégager un consensus politique dans l’intérêt national ;
 -  le Président Deby peut être amené, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation, à redistribuer de nouvelles cartes en prenant des initiatives fortes sans pour autant compromettre sa légitimité de chef de l’Etat. Une des solutions de sortie de crise ne serait-elle pas de revenir sur la réhabilitation de la constitution ? Si telle est la volonté du peuple, et si cela peut amener les rebelles à déposer les armes, alors, pourquoi pas ?
 -  Les Tchadiens doivent montrer une certaine maturité politique pour faire une autre publicité qui vante les mérites du Tchad, plutôt que celle qui décourage l’investissement direct étranger au Tchad (IDE).
 -  Il n’y a aucune revanche des uns à prendre sur les autres de manière à éviter les jeux à somme nulle (gagnants-perdants). Ces genres de jeu ont à maintes reprises, conduit le Tchad à des situations inefficaces, dans la mesure où les acteurs (les protagonistes ici) n’arrivaient pas à se coordonner autour d’un idéal commun : l’intérêt général du peuple tchadien notamment.
Aujourd’hui le pays essaie de se frayer un chemin lui permettant de défendre sa respectabilité au plan international. Nous devons tous être mobilisés pour y contribuer de façon constructive et non le contraire. C’est la raison pour laquelle je rejette la solution guerrière qui est pour moi, la pire des sottises. Nous devons rompre avec ce modèle trop coûteux à tous points de vue, pour nous tourner vers le modèle alternatif incarné par les urnes.

Abia Maal

Combien de survivants du régime Hissein Habré pourront assister au procès si l'ancien Président tchadien n'est jugé que dans trois ans ?

Cette question taraude les victimes au lendemain de l'annonce faite par le Ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio. Près de dix-sept années se sont écoulées depuis que Hissein Habré a fui le Tchad et est venu se cacher au Sénégal, où il vit un exil doré, grâce aux millions de dollars qu'il a volés au Trésor public tchadien.

Les huit années de son règne ont été marquées par une pratique systématique de la torture, par des détentions arbitraires et une répression aveugle et sanglante dans le sud du Tchad, ainsi qu'à l'encontre des ethnies arabes, hadjerai et zaghawa, toutes musulmanes. Une commission d'enquête a estimé à 40,000 le nombre des exécutions sous le régime Habré

À la chute de ce dernier, les victimes ont pris la ferme résolution d'obtenir justice. Renonçant à un procès au Tchad, dont les gouvernements successifs n'ont jamais présenté de demande d'extradition au Sénégal – lesquels n'offriraient de toute façon pas les garanties d'un procès équitable -, elles se sont tournées vers la justice de son pays d'exil, le Sénégal.

En 2000, après dix ans d'attente, elles sont parvenues à le faire inculper au Sénégal pour complicité de crimes contre l'humanité, d'actes de torture et de barbarie. Malheureusement, des ingérences politiques ont amené la justice sénégalaise à se déclarer incompétente. Ce revers n'a toutefois pas affaibli l'opiniâtreté des victimes qui ont, dans la foulée, déposé des plaintes en Belgique en vertu de la loi de compétence universelle. En effet, le 27 septembre 2001, le Président Abdoulaye Wade avait déclaré que « si un pays, capable d'organiser un procès équitable - on parle de la Belgique - le veut, [il] n'y verrai[t] aucun obstacle ».

Après quatre années d'enquête menée par une équipe policière judiciaire spécialisée dans les crimes internationaux, la justice belge a donc délivré un mandat d'arrêt international contre Habré et a demandé son extradition. Arrêté en novembre 2005, il ne sera toutefois pas extradé, un tribunal sénégalais refusant de statuer sur la requête. Sous la pression des Nations Unies, dont le Comité contre la torture avait condamné le Sénégal pour manquement à son obligation de juger ou d'extrader Hissein Habré, le gouvernement sénégalais a annoncé qu'il demanderait à l'Union africaine (UA) de se prononcer sur une «juridiction compétente ». En juillet 2006, l'UA a demandé au Sénégal de juger l’ancien président tchadien « au nom de l'Afrique », ce que Wade a accepté. Une décision qui a fait renaître l’espoir. Certes, l'adoption fin janvier d'une loi par l'Assemblée nationale permettant de juger au Sénégal les pires crimes commis même en dehors de son territoire, représente une avancée importante. Mais rien de concret n'a été mené jusqu'a maintenant, et notre espoir s’est envolé de nouveau, cette fois-ci à cause des déclarations de M. Gadio, qui a considéré que l'instruction prendrait au moins trois ans encore. M. Gadio a critiqué notre « empressement » alors que c'est le Sénégal qui pendant seize ans a refusé de traduire Habré, et ce en dépit de ses obligations internationales !

Combien encore de mes clients mourront d'ici à trois ans, comme Samuel Togoto et Sabadet Totodet qui ont été parmi les premiers à porter plainte à Dakar en 2000 ?

Du côté de la justice, il semble difficile de parler d’empressement pour une affaire qui a débuté il y a sept ans. Si le Sénégal avait respecté ses obligations internationales en 2000, lorsque Habré fut pour la première fois arrêté, ce dernier aurait été jugé depuis longtemps. Si le Sénégal avait extradé Habré vers la Belgique en 2005, il serait aujourd'hui devant la cour d'assises de Bruxelles.

Si le Sénégal projette d'ouvrir rapidement l'instruction et de reprendre le travail mené par la Belgique des années durant, nous sommes convaincus que, tout en respectant les droits de la défense, le procès pourrait avoir lieu bien avant trois ans.

Il est certain qu’enquêter et poursuivre des crimes commis massivement il y a plusieurs années dans un autre pays se révélera complexe et coûteux. De plus, nous avons pu constater, en 2001 et en 2005, que Habré a utilisé notre argent à bon escient et que ses partisans, y compris religieux, forment un groupe de pression puissant au Sénégal. La communauté internationale doit donc proposer son aide au Sénégal. D’autant que Dakar a fait des efforts - comme l'adoption récente de la loi permettant de juger Habré sur son sol - qui attestent de sa bonne volonté.

Le Sénégal est aujourd’hui en mesure d’offrir un procès exemplaire en matière de lutte contre l’impunité, encore faut-il que les principaux acteurs - victimes, témoins et accusé - soient encore vivants. Une justice qui tarde à être prononcée est un déni de justice.

Jacqueline Moudeina (Présidente de l'Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l'homme et avocate des victimes de Hissein Habré)

Au Tchad sous le régime actuel du président Idriss Deby Itno, la classe politique au pouvoir semble n’avoir pas de volonté politique sérieuse pour restaurer la paix et la stabilité dans le pays. Les Tchadiens le savent bien car, toutes les élections organisées n’ont pas été libres et transparentes, moins encore démocratiques. Les institutions étatiques mises en place et souvent présentées à l’opinion publique nationale et internationale, ne servent que le Chef de l’Etat, son cercle politique immédiat et ses proches. L’absence d’une démocratie acceptable, le non-respect des droits et libertés, la militarisation excessive, la mauvaise gestion et la corruption, entraînent de facto l’inégalité et la misère sociale dans le pays, et plongent les populations à vivre constamment dans l’insécurité générale, la terreur et la désolation. Le recours de certains Opposants politiques à la force armée, est la conséquence immédiate résultant du refus de l’instauration d’un environnement politique normal basé sur des confrontations politiques et pacifiques, conditions nécessaires pour une paix réelle et un développement durable au Tchad.

Les activités des partis politiques devenues inutiles ou du moins tombées en désuétude, laissent la place à la prolifération de la rébellion armée. Toute négociation politique pour une réconciliation nationale véritable est transformée en théâtre de folklores médiatisés. Les Accords de paix n’aboutissent pas à un consensus national fiable. La réconciliation est perçue par le pouvoir comme une récupération des opposants ou une allégeance au régime en place, parfois en échange des sommes importantes, abusivement soutirés du Trésor public, alors que les fonctionnaires et Agents de l’Etat ne perçoivent pas à temps leur salaire. Dès qu’un Accord de paix est conclu, les signataires et anciens opposants sont négligés, oubliés et parfois même humiliés. S’ils contestent et exigent l’application desdits Accords conclus, soit ils sont arrêtés, soit ils disparaissent dans des conditions parfois mystérieuses. Et aucune investigation ou instruction des autorités judiciaires sur leur disparition n’est faite.

Le principal Accord important obtenu était lors de la Conférence Nationale Souveraine. Mais son application a été torpillée par les dirigeants au pouvoir, leurs partisans politiques et autres partis alliés de la mouvance présidentielle. Ainsi, les Accords politiques à caractère global obtenus à la CNS, ou dans un cadre restreint et séparé, avec certaines Organisations politico-militaires ou des partis politiques légaux, n’ont jamais été respectés, ni appliqués. Malgré cela, des Tchadiens de la Diaspora retournent au pays pour participer à son développement économique et social. Mais grandement déçus de nos réalités anachroniques, ils quittent aussitôt le pays pour vivre à l’extérieur, même s’ils ne sont pas des opposants politiques. D’autres, choqués des pratiques arbitraires quotidiennes, optent pour la lutte armée et rejoignent le maquis. Ces derniers temps, des affrontements armés se succèdent d’une région à une autre, des blessés graves et des morts tragiques se multiplient. Et le président Deby persiste à vouloir anéantir la rébellion armée par la force. Cela pourrait être possible mais pas sûre, car depuis les années 1965 la rébellion armée n’a jamais été éradiquée par la force, même avec l’appui des forces étrangères.
Nous avons toujours proposé le dialogue et la négociation pour le règlement de nos conflits, car au Tchad personne ne peut éteindre le feu par le feu. Pour le pouvoir ou la rébellion, le recours aux armes peut être une dissuasion, mais pas une solution à un différend politique. Les conséquences des affrontements armées sont énormes et destructives pour le Tchad. Dépassé par l’ampleur de la rébellion armée et du conflit avec le Soudan, le président Deby cherche la médiation des pays amis et de la Communauté internationale. Tout en persistant dans son refus de négocier avec ses Opposants armés, il lance des appels à la réconciliation nationale, mais aussi pour l’envoi des Casques bleus de l’ONU dans la sous-région, afin d’éviter que ces conflits et affrontements se généralisent et emportent son régime.

Malgré ses déclarations contradictoires par rapport à ses actes, certains politiques Tchadiens avertis lui proposent une rencontre globale, pour trouver un consensus réel, pouvant épargner les populations civiles de souffrances perpétuelles. D’autres nouveaux amateurs et arrivistes qui persistent à faire leur entrée dans le giron des politicards, se tiraillent naïvement et proposent aussi des Conférences de paix, sans savoir réellement comment le préparer et y parvenir. Inconscients de leur inexpérience politique, ils perdent de vue qu’on ne résout pas les conflits du Tchad par la dialectique théorique et surréaliste. Qu’elle soit <inclusive ou exclusive>, l’essentiel n’est pas là, mais plutôt dans l’acceptation même du principe de la tenue de cette rencontre par les principaux acteurs concernés. L’adoption d’un consensus conduisant à un Accord crédible, l’application et le respect des décisions à prendre viendront en seconde phase. Le président Deby a lancé le 29 Décembre 2006 à Kyabé, un appel de paix et de réconciliation nationale. Cet appel est-il sincère ou c’est pour la propagande politique. Et où en est-on dans l’Opposition ? Présentement, aucun consensus clair n’apparaît au sein des organisations politico militaires, ni entre les partis politiques de l’intérieur ou de l’extérieur, moins encore au sein des membres du COPORT, et pas non plus au sein de la Diaspora tchadienne des États-Unis, du Canada ou de l’Afrique de l’Ouest, et dans d’autres régions du monde…

L’accord politique global si accord il y a, ne sera viable que si les dirigeants au pouvoir et de l’Opposition armée, écartent leur vision traditionnelle et clanique de l’Etat, se retrouvent,  se décident d’associer des formations politiques sérieuses et des personnes ressources, pour réfléchir sereinement ensemble sur des questions politiques de fonds liées à la survie même de la nation tchadienne et enfin de proposer des solutions consensuelles acceptables pour tous, et dans l’intérêt de nos populations meurtries. Et pour sa crédibilité personnelle et celle du pays, le président Deby doit nommer des cadres de grande envergure pour assumer des hautes fonctions dans l’Administration tchadienne. L’amateurisme et le tourisme administratif de ses parents, alliés ou protégés politiques, ne sert pas son régime, ni notre Administration, et ne fait que ternir l’image du Tchad par rapport aux autres Etats du continent qui avancent positivement.

Les conflits et affrontements armés, tout comme la mauvaise gouvernance ont toujours bloqué le Tchad à se développer. Ainsi, un cessez le feu est certes nécessaire, mais cela arrangerait-il le gouvernement au pouvoir qui profite de la guerre pour piller le trésor public et certaines Organisations politico-militaires, qui persistent à s’accrocher aussi longtemps sur leur logique de guerre, pour satisfaire leurs intérêts occultes sur le dos du peuple tchadien.

Il serait donc utile de s’entendre pour décider d’un Cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire, suivi d’une Amnistie générale. Aussi, les pourparlers doivent déboucher sur l’adoption d’une période réaliste de Transition, pouvant permettre une préparation sérieuse des prochaines élections. Or, avec l’absence d’une réelle Armée nationale tchadienne, qui doit assurer le respect de l’ordre public et garantir à chaque citoyen la sécurité et le droit de voter librement, il n’est pas possible d’organiser des élections sereines et crédibles dans l’immédiat. Des élections sont certes nécessaires pour déterminer l’audience politique du pouvoir et de l’Opposition, mais l’insécurité générale dans le pays ne le permet pas. Il n’est donc pas réaliste politiquement d’envisager des élections avant la fin du mandat actuel du président Deby Itno, même si cela est obtenu de manière contestée. Mais les élections législatives doivent précédées les présidentielles. 

En attendant de réfléchir et voir comment ces élections devraient se tenir, certains pensent déjà au recours à des Forces extérieures. Mais au Tchad, les dirigeants au pouvoir, l’Opposition politique et même la rébellion armée, tous subissent les pratiques néocoloniales des Forces étrangères stationnées dans notre pays. Il n’est donc pas question de soumettre encore aujourd’hui le Tchad à un système qui se rapprocherait du Protectorat. Notre salut viendrait peut-être des Forces multinationales des Nations Unies, avec des contingents provenant effectivement de plusieurs Etats. Encore faut-il bien négocier et préparer l’arrivée de ces Forces onusiennes au Tchad, afin de faire bénéficier à notre pays, des retombées non seulement politiques et sécuritaires, mais aussi économiques et financières.

Le président Hassan El Béchir refuse le déploiement des forces de l’ONU au Darfour, alors que le président Idriss Deby Itno le réclame depuis un certain temps. L’assistance sécuritaire des milliers de réfugiés soudanais et des civiles tchadiens déplacés est certes louable pour sauver des vies humaines, mais à quel prix et dans quelles conditions, le Tchad doit accepter cela et pour quel nombre des Casques bleus ? Le Secrétaire Général de l’ONU Monsieur Ban Ki Moon propose de déployer un effectif de six à onze mille hommes au Tchad et en République Centrafricaine. Notre pays accepte certes de coopérer avec les Nations Unies, mais les Conseillers politiques du Secrétaire Général, doivent être au moins objectifs, car le Darfour est au Soudan mais pas au Tchad. Même s’il y a réticence des autorités soudanaises, ce n’est pas au Tchad et à la Centrafrique d’absorber le maximum des Casques bleu de l’ONU au Darfour.

Bien que plongé dans ses stratégies militaires, nous conseillons au président Deby beaucoup de réserve et de suggérer plus tôt l’envoi des Forces de sécurité civile pour la protection des camps des réfugiés. Les Nations Unies payent très bien et il y a toujours des Etats qui veulent trouver du boulot à leurs contingents, mais cela ne doit pas se faire sur le dos du Tchad. C’est aussi une forme de protection de nos intérêts.
Si le Chef de l’Etat tchadien avait démontré dès son arrivée au pouvoir en 1990, sa volonté politique de restaurer la paix, par la négociation et le dialogue, la bonne gouvernance et la restructuration de notre Armée nationale, aujourd’hui il y aurait la stabilité au Tchad et nos forces de sécurité seront en mesure de faire face aux incursions des milices Djan-Djaouites. Mais tel n’est pas le cas, c’est pourquoi les rebellions tchadiennes se prolifèrent, les milices soudanaises entrent aisément dans nos territoires, et l’insécurité empêche nos populations civiles à vivre en paix. Alors dans ces conditions, quelle assistance humanitaire les réfugiés et les populations civiles déplacées pourront-ils en bénéficier ? Comment les Agences humanitaires peuvent-ils assumer leur mission ?

Si l’ONU déploie ses Casques bleus aux frontières Tchad-Soudan-Centrafrique, il serait indiqué de s’inspirer du récent exemple de la République Démocratique du Congo, et solliciter le moment venu, l’assistance des Forces onusiennes pour sécuriser le déroulement des élections au Tchad. Mais en attendant que des conditions acceptables soient réunies pour avoir une vie politique sereine, il est utile d’avoir une période de Transition, conduite par un Gouvernement de consensus, qui sera constitué après une large consultation politique. Dans ce gouvernement, seront représentés les principaux acteurs politiques ou leurs représentants, ainsi que des hautes personnalités indépendantes tchadiennes.

Ce gouvernement doit être dirigé par un Premier Ministre, issu d’un large consensus politique. De même, les opposants au régime de N’Djamena, doivent concéder au Président Deby de continuer son mandat en cours, quelque soient les conditions de tenue des dernières élections présidentielles de 2006. La participation au Gouvernement de consensus ne doit pas être un obstacle à tout Tchadien qui souhaiterait se présenter aux élections dans l’avenir. Notre démocratie serait encore de façade, si on exclut certains citoyens de participer aux prochaines compétitions électorales.

Quant au conflit du Darfour, bien que ses répercussions touchent directement le Tchad et ses populations civiles, cela est d’abord et reste un conflit interne relevant de la responsabilité des autorités du Soudan. Le règlement de cette crise devenue régionale, doit être laissé à l’Union Africaine et aux Nations Unies. Le Tchad doit régler ses problèmes internes indépendamment du conflit du Darfour, tout en respectant les droits et libertés de ses citoyens, mais aussi les principes universels du Droit international. Au cas où notre pays est agressé par des forces extérieures, aucun Tchadien n’accepterait que notre souveraineté soit bafouée.

Hassane Mayo Abakaka

L’interférence du Soudan dans les affaires intérieures du Tchad est très ancienne, multiple et sous diverses formes. Ainsi comme la Libye, le Soudan a toujours servi de base arrière et même de sanctuaire pour les Opposants politico-militaires en rébellion contre le pouvoir de N’Djamena.

Depuis 1959, les Tchadiens installés au Soudan se sont constitués en comité de dissidents dénommé :<Comité du Tchad Libre>, siégeant à Khartoum. Mais compte tenu de son hostilité à l’égard de ce Comité, l’ancien président Tombalbaye accusa plus tard les autorités soudanaises d’entretenir <un Gouvernement de la République Islamique du Tchad en exil>. En fait, il ne s’agissait que du Mouvement National de Libération du Tchad, MNLT transformé le 20 Avril 1965 en Front de Libération du Tchad, FLT de Ahmed Hassan Moussa, un ancien membre du Mouvement Socialiste Africain, MSA de Ahmed Khoulamallah, l’un des partis politiques interdits par le président Tombalbaye en 1962.

En 1965, des milliers des Tchadiens vivaient au Soudan et le FLT bénéficiait déjà à l’époque du soutien des fonds collectés par les travailleurs tchadiens du Gesirah. Organisé et bien structuré, le FLT s’engagea dans la lutte armée contre le régime de N’Djamena. En 1966, les dirigeants de l’UNT à savoir Issa Dana, Président et Mahamat Abba, Secrétaire Général, se sont concertés avec Ahmed Hassan Moussa du FLT, pour créer à Nyala au Soudan, le Front de Libération Nationale du Tchad, FROLINAT placé sous la direction d’Ibrahim Abatcha, Ce dernier, originaire et natif de la capitale tchadienne est membre de l’UNT, parti politique crée depuis le 16 Septembre 1958, mais interdit également en 1962.

En 1966, le Frolinat a mené plusieurs actions militaires dans les régions du Guerra, Ouaddaï et Salamat. Ces offensives localisées se sont étendues plus tard au Batha, au Chari Baguirmi, au Lac et à Bardaï. En 1972, la rébellion s’est généralisée dans les régions Est du pays et des groupes de combat du Frolinat se sont apparus même au Mayo Kébbi et à Léré. En 1974, la rébellion avait même attaqué la Garde nomade surveillant les installations pétrolières de la Continental Oil Company, CONOCO dans la région de Doba.

Aussi, les premiers dirigeants du Frolinat ont reçu le soutien des Tchadiens servant dans l’Armée Soudanaise, pour assurer la formation et l’entraînement de leurs combattants. De 1965 jusqu’au 1972, le Soudan a été pratiquement une base opérationnelle du Frolinat. Mais suite aux accrochages survenus en mai 1972, entre l’Armée soudanaise et les combattants du Front Populaire de Libération, le Frolinat fut réduit à la clandestinité. Ses activités sont interdites et son Bureau fermé. Heureusement qu’un autre sanctuaire s’est ouvert plus tard en Libye, du Colonel Kadhafi qui continue toujours lui aussi, ses interférences au Tchad, en soutenant tantôt le pouvoir de N’Djamena, tantôt la rébellion et parfois en essayant de les opposer ou les réconcilier comme ces derniers temps.

De même en Avril 1989, lorsque le Colonel Idriss Deby est entré en dissidence contre l’ancien président Hissein Habré, c’est au Soudan qu’il s’est refugé avant de conquérir les régions Est du Tchad. Le 1er décembre 1990, il prend le pouvoir à N’Djamena, grâce d’abord à un soutien actif de la France, avec l’appui des combattants du MPS, de Tchadiens résidant au Darfour, mais aussi des Soudanais. Et durant ses premières années de pouvoir, la présence massive des nouveaux Soudanais au Tchad avait suscité l’hostilité générale de l’ensemble des populations tchadiennes. Pour les Soudanais, surtout originaires du Darfour, le Tchad était leur nouveau El Dorado….

Aujourd’hui encore, avec la détérioration de la situation politique au Tchad, beaucoup de Tchadiens opposants politiques et officiers militaires en dissidence, ont trouvé refuge au Soudan. Suivant les traces de leurs aînés du Frolinat, et surtout décidés à défendre leurs droits de revenir un jour participer librement à la gouvernance de leur pays, ces frères de l’Opposition se sont organisés dans différentes formations politico-militaires. Ces organisations se fixent toutes comme objectif de renverser le pouvoir de N’Djamena, mais n’arrivent pas à constituer une seule Coordination de lutte pour atteindre leurs objectifs.

Avec l’éclatement du conflit du Darfour, d’autres Mouvements soudanais de lutte armée sont créés, et leurs leaders réfugiés au Tchad, bénéficient du soutien des autorités de N’Djamena. Alors, en réaction au soutien ouvert du président Idriss Deby Itno au Mouvement pour la Justice et l’Egalité, MJE, du Dr. Khalil Ibrahim, le président Hassan El Béchir qui avait déjà donné de larges facilités au Front Uni du Changement, FUC du Capitaine Mahamat Nour Abdelkerim, autorise le rassemblement au Soudan, d’autres Mouvements politico-militaires tchadiens, tels, l’UFDD du Général Civil Mahamat Nouri, la Coalition CNT-RaFD de Timan Erdemi, et même le CPR de Mahamat Amine Ben Barka, récemment crée, mais bien constitué par des cadres très déterminés.

Le soutien discret mais très actif du pouvoir de N’Djamena au MJE, qui parfois participaient aux offensives des Forces Armées tchadiennes contre les forces de la rébellion, a conduit les dirigeants de Khartoum à s’engager fermement et ouvertement pour déstabiliser le Tchad. C’est ainsi que les milices armées Djan-Djaouites du gouvernement soudanais intervenaient à l’intérieur du territoire tchadien et souvent dans les camps de réfugiés du Darfour, troublant ainsi les activités et actions d’Assistance ou de Secours mené par les Organismes et Agences humanitaires. En appuyant la rébellion armée tchadienne du Front Unis pour le Changement, malgré « les tirs de semence » des Forces françaises de l’Opération Épervier, le soutien du Soudan a conduit le FUC le 13 Avril 2006, jusqu’aux abords du Palais présidentiel à N’Djamena.

Avec le retour au bercail du Capitaine Mahamat Nour Abdelkerim du FUC, suite à l’Accord signé avec le président Deby en Libye, c’est par l’Union des Forces Démocratiques pour le Développement, UFDD du Général Mahamat Nouri, que le Soudan persiste encore à déstabiliser le Tchad. En appuyant la rébellion armée de l’UFDD et la coalition CNT-RaFD de Timan Erdimi, le président El Béchir réplique ainsi aux interférences du président Deby Itno dans les affaires intérieures soudanaises.

Ainsi ayant constaté l’ampleur des attaques de la rébellion du FUC en Avril 2006 et surpris par les récentes offensives militaires de l’UFDD et de la coalition de CNT/RaFD, le Chef de l’Etat tchadien monta la surenchère pour qualifier la rébellion tchadienne, des Mercenaires puis des Terroristes à la solde du Soudan, de l’Arabie Saoudite et d’Al-Quaida. Khartoum a été certes un point de transit de Ossama Ben Laden, mais le FROLINAT crée depuis 1966 au Soudan, avait certes des combattants arabophones et musulmans, mais pas des Islamistes fondamentalistes. De Goz-Beida en passant par Abéché, Adré, Ounianga Kébir et Fada, l’actuelle rébellion tchadienne continue non seulement de troubler le pouvoir de N’Djamena, mais de menacer sérieusement la stabilité du Tchad. Malgré le ralliement de l’ancien rebelle, le Capitaine Mahamat Nour Abdelkerim du FUC, devenu aujourd‘hui Ministre de la Défense, l’accalmie n’est pas encore garantie. Sa présence au Gouvernement est certes un atout pour le pouvoir de N’Djamena, mais aussi un signe de provocation de certains membres de l’entourage du Chef de l’Etat. Bref, le Conflit du Darfour tout comme les récents affrontements armés ont entraîné des centaines de morts et le déplacement des milliers des civils tchadiens et soudanais.

Malgré les multiples Accords signés suite aux efforts du Guide de la révolution libyenne, Mouammar Kadhafi et du président français Jacques Chirac, ou encore des autorités iraniennes, les relations bilatérales entre le Tchad et le Soudan restent troublées et marquées par la méfiance réciproque. Les Mouvements de rébellion contre les pouvoirs de N’Djamena et de Khartoum continuent d’exister et se renforcent. L’ONU cherche à envoyer ses Casques bleus pour servir de Forces internationales d’interposition. Le Soudan est ferme et réticent et le Tchad embarrassé, hésite. Que faire pour sortir de cette crise ? Tout dépendra des efforts concrets de paix à consentir par les Généraux Idriss DEBY ITNO et Hassan EL BECHIR en acceptant de négocier avec leurs rebellions armées en vue de trouver de solutions pacifiques acceptables pour tous et dans l’intérêt de leur pays. Cet engagement honorable dépendrait non seulement de leur volonté politique, mais aussi de leur maturité d’Homme d’Etat, capable de faire la paix pour l’avenir des générations futures.

Hassane Mayo-Abakaka

Dès la prise du pouvoir par le MPS en 1990, le domaine où le président Idriss Deby Itno a vraiment réussi et brillé, était la politique Étrangère. En 1991, l’Honorable Soungui Ahmed Kotoko et le Général Mahamat-Ali Abballah Nassour ont su brisé la gérontocratie du régime dictatorial de l’ancien président Habré, qui servait de blocage à la Diplomatie tchadienne, au profit de l’affairisme de certains barons et leurs Agents, placés dans nos Ambassades à l’Extérieur.

Au début du règne du président Deby, et indépendamment des contingences politiques et tribales subjectives, des cadres qualifiés et dynamiques, tous issus des sensibilités politiques variées, ont été nommés dans les structures du Ministère des Affaires Etrangères. Cette élite compétente et diversifiée dans sa composante sociale que politique, se donnait corps et âme pour servir l’Etat tchadien et défendre sa souveraineté et ses intérêts sur le plan international. A cette époque, les Cadres et Agents du Département, même n’étant pas membre du Parti au pouvoir ou appartenant à des formations politiques de leur choix, ont la confiance de leurs Ministres qui leur confiaient des responsabilités au sein du Département des Affaires Etrangères, sans aucune susceptibilité. Oui, ils ont compris que l’importance de la Diplomatie est loin, au-dessus des calculs d’un parti politique.  

Cela a créé donc un stimulus au sein du Département et donné un souffle nouveau et dynamique à la diplomatie tchadienne. La crédibilité du Tchad sur le plan international est ainsi constatée et reconnue au niveau des Etats et des Organisations internationales. Bien qu’avec des moyens humains et financiers limités les Cadres du Département des Affaires Étrangères et les Diplomates tchadiens, encouragés par l’engagement sérieux de leur hiérarchie, étaient motivés dans leur travail pour faire rayonner l’image de marque du Tchad sur le plan international. Cette période était presque l’apogée de la Diplomatie tchadienne. Le Tchad était respecté par tous ses voisins et partenaires internationaux, au niveau bilatéral que multilatéral. Il n’y avait pas de discrimination, pas d’intimidation, ni d’hostilité même verbale à l’égard des Agents et Cadres du Département. Il n’y a pas non plus de belligérance à l’égard de nos voisins et nos partenaires étatiques, moins encore à l’égard d’un parti politique ou d’une composante ethnique du pays.
La courtoisie comme dans notre jargon diplomatique existait entre tous et les uns les autres se respectaient au Département. Au niveau de la hiérarchie, il n’y avait aucune intimidation politique, pas de menace voilée, ni de diatribes primaires à l’égard des agents et de leur Communauté, quel que soit leurs origines. Le respect et la dignité des hommes étaient de rigueur.

Les Ministres Soungui Ahmed Kotoko et Mahamat-Ali Abdallah Nassour ont toujours associé dans leur mission extérieure des Cadres du Département, même s’ils ne sont pas de leur ethnie ou de leur connivence. La grandeur d’esprit de ces Hommes d’Etat, est certes un signe de respect pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs collaborateurs au Ministère. La course aux frais de Mission et aux Caisses d’Avance n’existait pas et chaque Fonctionnaire ou Agent qui traite un dossier est d’office désigné pour prendre part à la mission qui en résulte. Les Agents et Cadres du Ministère se perfectionnent dans leur domaine et zone d’activités. C’était réellement la transparence dans la gestion efficace de la Diplomatie tchadienne.

Aujourd’hui à l’ère pétrolière, le Tchad a suffisamment des ressources financières que dans les années 90. Les potentialités et ressources humaines existent et se sont même spécialisées grâce à l’expérience internationale des uns et des autres au sein du Département, mais aussi à l’Union Africaine, ou encore à l’ONU et dans ses Opérations de Maintien de la paix. Mais depuis ces derniers temps, la méthode de gestion de notre diplomatie qui devrait tenir compte des potentialités disponibles du Département, semble se stagner aux pratiques s’inspirant toujours des vestiges hérités de l’ancien régime. Des hauts cadres qui avaient servi au Département depuis des décennies, sont systématiquement combattus et injustement abandonnés à eux-mêmes et on puise des parents et cousins sans réelle qualification et expérience sérieuse pour faire leur promotion ; ou encore on déterre dans les quartiers ou a l’extérieur des inconnus du Département dont certains n’ont jamais été fonctionnaires pour les affecter dans nos chancelleries, au détriment des Agents qui ont servi longtemps au Ministère. Et on ne cesse de nous parler des reformes, d’économie à faire comme si l’Etat tchadien était en faillite. Tout cela au détriment des Agents et Cadres du Ministère qui croupissent et attendent l’exploit d’un messie, qui passent tout son temps à l’extérieur pour rouler pour lui-même et parfois évitant de rester au pays au moment des tensions avec la rébellion armée. Les Tchadiens n’ont-ils pas droit à un bilan, ou doit-on constamment continuer à naviguer à vue, sans évaluer ce qu’on fait et savoir vers quelle direction on va ?

Bien que le Département soit piloté par un Homme d’expérience, formé à l’ancienne École d’Outre-Mer, sa méthode de gestion semble démontrer ses limites. Ce Département qui doit être la vitrine du pays se présente à l’intérieur comme un Musée abandonné. Quels efforts ont été faits pour améliorer le cadre du travail des Agents ? Le travail de fond se fait à la base par les Agents, alors ne méritent-ils un environnement digne de la grandeur de notre Ministère de Souveraineté ?
Dans le contexte actuel de la mondialisation, chaque Etat doit tenir compte de sa spécificité et de ses moyens, mais n’y a-t-il un minimum de conditions de travail à ne pas ignorer ou tout simplement à respecter.

Vigilant ces derniers temps et bien informé de ce qui se passe au niveau des Ministères, le président Idriss Deby Itno a compris et décidé de décentraliser le Ministère des Affaires Étrangères et de le renforcer par la Coopération internationale. Cette décentralisation salutaire du Département des Relations Extérieures avec la création de Secrétariats d’Etat, confiés des Cadres politiques connus au niveau national et débarrassés du complexe néocoloniale de domination, nous espérons bien, s’il n’y a pas encore des entraves occultes, que les choses pourront s’améliorer positivement. Les Hommes d’Expérience et les Cadres de haut niveau existent bel et bien, alors pourquoi doit-on tergiverser par complaisance ? La Diplomatie qui est un problème d’Etat et non d’individu, doit être traitée en fonction des intérêts du Tchad et indépendamment de nos humeurs. Alors au cas où des tentatives du maintien du statu quo persistent, le Chef de l’Etat serait dans l’obligation de penser à une nouvelle alternative pour réellement sauver la Diplomatie tchadienne et honorer la crédibilité de notre pays.

La politique étrangère reste toujours un domaine réservé du Président de la République, qui est libre d’acquérir des conseils utiles auprès de qui de Droit, pour préserver les intérêts supérieurs de la nation tchadienne. Il n’y a pas certes dans ce domaine de monopole exclusif, ni de chasse à l’Homme, mais les Tchadiens doivent observer avec vigilance la gestion et le suivi de notre Diplomatie qui doivent être conformes aux intérêts du pays mais pas de ceux des individus.

Ainsi, comme la Diplomatie, la Mondialisation peut servir aujourd’hui de facteur de développement d’un Etat. Au moment où notre pays entre dans l’ère pétrolière, les Entreprises et Hommes d’Affaires tchadiens doivent avoir la possibilité de communiquer aisément avec le reste du monde, pour promouvoir le développement économique et commercial de notre pays. Depuis plus d’une année, il est impossible d’atteindre le Tchad par Fax à partir des Etats-Unis. Les responsables du Ministère et des Services des Télécommunications du Tchad ont-ils tenté de débloquer cette situation d’asphyxie partielle du Tchad ou bien continuent-ils de s’enfermer dans leur mutisme….
Et compte tenu des difficultés de l’Internet qui n’est pas à la portée de tous et du coup élevé du Téléphone dans notre pays, comment nos Opérateurs économiques, nos Entreprises et Sociétés nationales pourront-ils communiquer de manière régulière et réciproque avec les Etats-Unis d’Amérique. Actuellement les Tchadiens peuvent envoyer des Fax mais ne pas en recevoir des Etats-Unis. Alors, jusqu'à quand cela pourrait-il continuer ainsi ?

Préoccupée par cette situation d’isolement indirecte de notre pays, la Communauté Tchadienne de New York, saisie par beaucoup des Tchadiens, est dans l’obligation d’interpeller nos autorités en de ce Dossier. S’agit-il d’un problème d’arrière de contributions financières que le Tchad doit payer ou bien des problèmes d’ordre techniques à régler ? C’est le black-out total, on ne dit rien et ce sont les Tchadiennes en subissent. Contrairement aux allégations destructrices et tendancieuses de certains de nos responsables politiques en quête de notoriété auprès du Chef de l’Etat, il faut rappeler que l’Association des Tchadiens de New York, n’est pas du tout un parti politique, moins encore une faction politico-militaire. Elle a entre autres, parmi ses objectifs : - de promouvoir et de développer les relations Culturelles, économiques, commerciales et de partenariat d’Affaires, entre le Tchad et les Etats-Unis, mais aussi entre la Diaspora Tchadienne des États-Unis et les Tchadiens de l’Intérieur, y compris les Sociétés ou Entreprises commerciales, les Associations de Développement Communautaires. Alors notre question fondamentale est : Pourquoi le Tchad ne peut être atteint ou saisi par Fax, à partir des États-Unis d’Amérique ?

Nous constatons ces derniers temps, un défilé régulier du Chef de la Diplomatie tchadienne au pays de l’Oncle SAM. Il a certes des missions politiques importantes qui justifient son interminable tourisme, mais nous espérons aussi, qu’en dehors du Darfour, il a d’autres dossiers spécifiques qui peuvent rapporter au Tchad. La diplomatie de nos jours doit être multi dimensionnelle, mais surtout rentable pour le pays. Même s’il a des questions politiques traditionnelles relatives à la paix et la sécurité dans notre sous-région, le volet économique et commercial ne doit pas être minimisé, ni laissé aux oubliettes, car l’objectif final c’est de promouvoir le développement du Tchad. Pourquoi alors ne pas se concerter avec son collègue des Postes et Télécommunications pour faire d’une pierre deux coups, afin de tenter de débloquer cette situation d’isolement du Tchad face aux États-Unis. Nos Diplomates à New York, tout comme à Washington sont souvent bloqués et embarrassés par cette situation, car ils n’arrivent pas à saisir N’Djamena par FAX, et envoyer des documents urgents au pays. A-t-il songé à consacrer une minute de son séjour à cette situation ou s’est-il limité à s’épanouir uniquement de son tourisme de luxe au frais du contribuable tchadiens ?

Le Tchad malgré notre boum pétrolier reste toujours limité dans ses possibilités et ressources financières. Il est donc important de rappeler à certains de nos responsables politiques leur manière de faire. Le développement du Tchad ne doit pas également se reposer seulement sur l’Etat et les Services publics, mais aussi sur les activités de nos Opérateurs privés et leurs Entreprises. Mais, nos responsables politiques doivent leur créer les conditions et un environnement favorable permettant de concourir au développement et à l’épanouissement économique et social de nos populations. Alors quel effort notre Chef de la Diplomatie a-t-il déployé pour mettre un terme à cet isolement indirect du Tchad vis avis des États-Unis ? Est-il conscient que cela bloque le pays et crée un manque à gagner énorme pour nos Opérateurs économiques ?

Certes, la France est notre partenaire traditionnel, mais cela n’exclut pas la diversification de nos relations économiques et commerciales avec d’autres puissances incontournables comme les États-Unis qui pourront offrir au Tchad de grandes possibilités de développement rapide, durable et crédible. La course et l’agitation à la politique politicienne, sans une réelle évaluation sérieuse, ne doivent pas nous faire oublier la recherche des débouchés économiques pour le développement de notre pays. Ce second volet est beaucoup plus intéressant et rentable pour notre pays et ses populations.

Notre réflexion va certes retenir l’attention de certains et troubler celle des      autres. Mais c’est aussi une forme civilisée de confrontations pacifiques, qui pourrait améliorer notre méthode de gouvernance dans chaque secteur de l’Etat. Cela nous éviterait une généralisation globale couvrant des actes individuels toujours abusivement collés au dos du Chef de l’Etat, le Président Deby qui doit en supporter seul les carences ou les échecs de ses Ministres. Pour permettre au Tchad d’avancer, il est important de situer les responsabilités individuelles dans la gestion de chaque secteur de nos affaires publiques.

Les Tchadiens d’aujourd’hui ne veulent plus de discours vides, ni des diatribes primitives et discriminatoires sans lendemain, moins encore des déclarations belliqueuses qui divisent nos populations et entraînent des affrontements armés inutiles. C’est pourquoi les intimidations et campagnes des politiciens en mal d’assise sociale ne nous empêcheraient pas de continuer à réfléchir sur des questions politiques et économiques sensibles relatives au développement de notre pays, le Tchad. /-

Hassane Mayo-Abakaka

Dans notre observation et recherche sur les conflits du Tchad et la situation politique dans ce pays, nous avons identifié des centaines des formations politiques, des organisations politico-militaires et Associations de la Société civile. Toutes s’intéressent activement aux conflits qui déchirent le pays et opposent ses leaders politiques. De ce constat, nous nous posons la question de savoir : Pourquoi la question politique intéresse-t-elle si tant les Tchadiens ? La population du Tchad est inférieure à dix millions d’habitants. La Fonction publique tchadienne totalise moins d’un million de fonctionnaires. Depuis l’indépendance en 1960 à nos jours, le pays a connu plusieurs conflits sociaux, politiques et des affrontements armés, ayant entraîné des milliers de blessés et de morts.

Plusieurs tentatives de réconciliation nationale ont été amorcées selon chaque régime et de multiples Accords de paix sont adoptés et signés. Des élections législatives et présidentielles sont organisées, plusieurs Gouvernements d’ouverture ou de consensus sont formés, mais aucune solution définitive n’a été trouvée. Les dissensions entre les acteurs politiques, les défections au sein des partis politiques, dans les Organisations politico-militaires et les désertions au sein de l’Armée nationale, provoquent de vives tensions politiques et sociales dans le pays et entraînent souvent des affrontements armés avec leur cortège de malheurs sur des citoyens innocents.

Aujourd’hui les populations civiles tchadiennes en ont vraiment assez. Les militaires du gouvernement tout comme les combattants rebelles sont fatigués. Néanmoins, les leaders politiques du pouvoir ou de l’Opposition persistent dans leurs ambitions et tergiversent sur l’option à adopter pour aboutir à un compromis raisonnable. Vu la gravité et l’impasse de la situation, ces mêmes leaders politiques tentent de trouver une voie de sortie de crise. Des rencontres et concertations se multiplient, plusieurs émissaires dont l’ancien président tchadien Goukouni Weddeye, sont sollicités pour explorer la situation et rapprocher les positions. Certains des Opposants exigent un <dialogue inclusif> et le Gouvernement au pouvoir propose la <réconciliation nationale>. Bref, c’est déjà une bonne chose, car l’idée principale de négociation politique n’est pas écartée et il n’y a pas non plus de rupture totale. Mais comment avancer de manière concrète afin d’aboutir à des solutions acceptables pour tous et dans l’intérêt du Tchad ?

- Pour les partisans du <dialogue inclusif>, le débat sur les conflits du Tchad doit être soumis à une concertation générale, regroupant tous les acteurs de la crise tchadienne à savoir, les partis politiques, les politico-militaires, les Associations de la Société Civile, la Diaspora tchadienne, etc… sous la médiation de la Communauté internationale, pour aboutir à la mise en place d’un Gouvernement de Transition et organiser des élections libres et démocratiques. Cette position serait soutenue par les rebelles de l’UFDD de Mahamat Nouri et du RFC de Timan Erdimmi, mais aussi par les autres membres de la rébellion, tels le CPR du Dr Amine Ben Barka et la CNT de Dr Al Djineti  Allazam, tout comme l'Opposition politique de l'intérieur, telle la CPDC et le parti FAR, mais aussi  la Société civile.
Les enjeux de nos conflits sont importants et les stratégies à adopter semblent difficiles, mais est-il vraiment nécessaire de faire participer tout ce monde ? Cela ne nous ramènerait-il pas à une nouvelle forme de Conférence Nationale bis ? Le nombre des participants importe peu, mais c’est plutôt la qualité et la pertinence des propositions réalistes à présenter qui devraient mériter plus d’attention.

- Pour le Gouvernement tchadien, l’organisation d’une table ronde pourrait conduire à «la réconciliation nationale» et serait une opportunité de ramener au bercail les Opposants en exil. L’idée n’est pas mauvaise, si cela pourrait restaurer la paix et maintenir la stabilité dans notre pays. Mais cet appel lancé est-il général à tous, ou seulement aux politico-militaires de l’Est ? L’ancien président Goukouni Weddeye dans sa mission de bons offices a-t-il des propositions concrètes pour rassurer les frères de l’Opposition, non seulement de leur sécurité mais aussi pour un réel partage du pouvoir ? A-t-il de garanties pour l’amélioration de la méthode de gouvernance dans notre pays et dans l’intérêt national ? Son rôle à lui se limiterait-t-il à la médiation uniquement ou sera-t-il aussi impliqué avec son organisation, les FAP/CPR, comme partie prenante dans ces pourparlers ?

<Dialogue inclusif> ou <réconciliation nationale>, les belligérants ont-ils une réelle volonté de mettre fin aux conflits politiques et aux affrontements armés qui endeuillent les familles tchadiennes ? Les Tchadiens doivent-ils avancer vers l’essentiel ou perdre le temps sur des interminables querelles de procédure qui cachent d’autres intentions inavouées ? Cette <réconciliation nationale> ou ce <dialogue inclusif> doit-il être amorcé seulement avec les Groupes armés qui menacent la stabilité du pays ou également avec certains leaders politiques de Opposition de l’intérieur et de l’extérieur, afin de créer réellement une accalmie générale sur l’ensemble du pays ? L’objectif fondamental serait-il de restaurer la paix et la stabilité au Tchad ou bien de répéter les erreurs des années 79-80, en se limitant uniquement au partage des postes de responsabilité au Gouvernement et dans l’Administration ? Nos frères protagonistes cherchent-ils de vraie solution ou veulent-ils se reconstituer de nouvelles formes d’alliances stratégiques pour mieux gouverner et dominer la majorité silencieuse des Tchadiens généralement pacifiques ?
Les conflits en Afrique sont multiples, et quelle que soit leur ampleur, des solutions pacifiques sont trouvées, alors le Tchad ne fera pas l’exception. Les affrontements armés peuvent dissuader mais ne pas conduire à une solution définitive et durable. C’est pourquoi, le dialogue et la concertation sont toujours nécessaires, mais sur des bases objectives. La réconciliation nationale est certes bien possible, si les belligérants tchadiens font un effort pour ignorer leurs ambitions et intérêts personnels, penser à la souffrance des populations et trouver un compromis politique réaliste et viable pour restaurer la paix et la sécurité pour tous.
Tout leader politique Tchadien qui se respecte en tant qu’homme d’Etat, doit dépasser des visions clanique et régionale, pour accepter de gouverner le pays avec l’adversaire d’aujourd’hui qui pourrait être le partenaire sûr de demain. Et la mise en place d’un Etat démocratique et crédible fondé sur le respect des droits et libertés, sera un grand honneur pour le Tchad. Mais comment se présente aujourd’hui notre paysage politique de manière générale ?

Il y a d’un côté le Gouvernement, les politico-militaires et les partis politiques de l’Opposition. Et de l’autre côté, les Associations de la Société civile, les Syndicats, les Organisations de Droit de l’Homme et des personnalités indépendantes de la Diaspora. Bien que la chose politique intéresse tous les Tchadiens et chacun a ses ambitions, il faut faire preuve de retenue et aborder cette question de manière réaliste et objective, tout en situant chacun à sa place et devant ses responsabilités.

Les négociations politiques doivent se faire entre politiques, c’est-à-dire entre le Gouvernement au pouvoir, les Mouvements politico-militaires et les partis politiques de l’Opposition, légalement créés qui contestent le pouvoir et font des propositions réalistes. Les Associations de Droit de l’Homme, les Syndicats et les Organisations de la Diaspora, ne peuvent être que des témoins et observateurs, tout comme certains partis politiques alliés au pouvoir. Si certaines de ces Organisations ont des contributions importantes à faire, elles peuvent les présenter sous forme de propositions aux acteurs politiques en conflit. Mais de grâce, évitons des amalgames et le cafouillage, tirons les leçons des expériences passées pour avancer positivement et aboutir à de décisions historiques importantes pour enfin sauver le Tchad et l’avenir des générations futures. La paix et la stabilité dans notre pays mérite certes un effort de chacun et de tous, pour éviter la déstabilisation du Tchad et les ingérences intempestives d’autres Etats dans nos affaires intérieures.

Hassane Mayo-Abakaka 

La mise en œuvre des réformes des Institutions de la CEMAC, décidé par les chefs d’Etat de la sous-région lors du dernier sommet de N’Djamena (ironie du sort ?) est en passe de remettre en cause les acquis en ce qui le Tchad quant à sa position dans le Gouvernement de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC).

En effet, l’entrée au gouvernement de 3 autres pays que sont le Cameroun, la RCA et la Guinée Équatoriale avec des titres de Directeurs Généraux se traduit par une mise à plat de la structure actuelle de la banque centrale et une nouvelle définition des « chasses gardés » des États. Malheureusement, cela se fait au détriment du Secrétariat Général, poste qu’occupe le Tchad. Le comité ad hoc mis en place, par le Vice-Gouverneur, au sein de la Banque, tout en œuvrant pour renforcer l’influence de celui-ci, a littéralement vidé le Secrétariat Général de l’essentiel de ses prérogatives, lui conférant désormais qu’un rôle symbolique. Le projet d’organigramme de la Banque, entériné par le dernier comité ministériel, qui s’est tenu le 12 juillet 2007 à Yaoundé, fait que le SG perd 3 des 4 départements qui étaient sous sa responsabilité. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le ministre tchadien des Finances ne s’est pas empêcher de souscrire à cette entreprise de démantèlement.

Les manœuvres du V/Gouverneur.

Avant cette série des reformes, cette personnalité qui ne faisait que de la figuration, ne supportait pas le fait que le SG ait pu tirer son épingle du jeu dans le trio de tête gouvernemental. Notamment, il voyait d’un mauvais œil la parfaite entente entre MAMAPELOT et GATA, collaboration qui parfois, frisait la complicité et qui le mettait hors-jeu. Le départ dans les conditions que l'on sait du gouverneur lui apparaissant comme une aubaine, régler le compte à GATA, constitue alors son objectif primordial. Ce faisant, il s’attaque aux intérêts de tout un État.

Sous le couvert de reformer les textes de base de la Banque, il a mis, dans la précipitation, en place un comité « d’experts » taillé sur mesure afin d’atteindre ses noires desseins vis à vis du Tchad. Sur la composition de ce comité beaucoup d’encre et de salive ont coulé. Mais rien n’y fait. L’on a relevé entre autres comme dérives, la désignation sur la base fantaisiste, clientéliste et symbolique (à titre de faire-valoir) de certains membres ; la mise à l’écart des personnes reconnues notoirement comme ayant une « autonomie et indépendance d’esprit ». Bref, il avait fait la part belle à son pré carré et ses obligés. En plus, ce comité a travaillé dans un black-out total, le projet de textes, issu de ses travaux n’a, d’ailleurs, fait l’objet que d’une diffusion limitée, auprès exclusivement des personnes choisies et sélectionnées en raison de leur sensibilité ou leur appartenance supposée ou avérée au pré carré du vice-Gouverneur. Incohérences et aberrations sont signalées çà et là dans ce document. À titre d’exemple, couper le lien entre les Ressources Humaines et la Formation ; la Drh relavant de la mastodonte Direction Générale d’Exploitation, la DF, pour sa part, de la Direction des Études, Recherche. Si on admet que la formation est un volet de la politique du management des ressources humaines, cette proposition nous laisse perplexe. En plus, on semble n’avoir pas pris en compte de l’épineux problème de l’équilibre des pouvoirs qui a justifié ces importantes réformes, la création d’une Direction générale d’exploitation qui représente à elle seule, plus de 95 % des activités de la Banque , en est une illustration. C’est d’ailleurs vers cette Direction Générale que vont l’essentiel des anciennes prérogatives du SG. Cela s’appelle déshabiller Paul au profit de Pierre.

Selon toute vraisemblance, cette direction générale échoirait à la RCA, ce qui non seulement renforcera sa position, mais aussi, lui conférera le statut de grand bénéficiaire de cette redistribution des cartes. Et pour cause !

Ajouter au nombre des incohérences, cette confusion délibérément entretenue, selon laquelle d’un côté, le SG est la troisième personnalité de la Banque et de l’autre, il est placé au même niveau que les 3 DG.

Incivisme tchadien

Si l’unanimité se dégage quant à la nécessité de défendre les intérêts de la Communauté, pour autant, l’on ne peut aucunement accepter toute transaction qui tend à remettre en cause les acquis du pays. En l’occurrence, le nouvel organigramme de la Beac, telle que définie dans les conditions évoquées ci-dessus et, qui, manifestement, porte atteinte à la place du Tchad au sein de cette institution, devrait être dénoncée avec toute la vigueur qui soit et rejetée en bloc. Cependant, force est de constater du côté des représentants du Pays, aussi bien, au niveau du comité ministériel et du Conseil d’Administration qu’au sein de la Banque où deux personnalités occupent des fonctions importantes (SG et DCG), aucune réaction, à la hauteur de cette inimitié, n’a été notée. En revanche, une lutte de positionnement s’est engagée, en sourdine, entre les différents protagonistes autour du poste de GATA, qui lui-même, n’a pris aucune initiative de nature à sauvegarder les acquis du Tchad.  Du côté des cadres, une trentaine au total, on l’était à l’expectative. Certaines personnes, craignant les foudres d’un camp ou l’autre, préfèrent esquiver la question. D’autres, une minorité, sont ceux qui estiment qu’il y a lieu de faire quelques choses mais, ils n’ont pas été écoutés soit, en raison de leur jeune âge, soit par rapport à leur relative ancienneté à la banque.

Le Comble de tout cela, c’est la légèreté et le manque de sens de responsabilité du Ministre des Finances qui, tout le long des travaux du Comité Ministériel, n’a, à aucun moment, cherché à connaître la position des cadres de la maison sur les différents enjeux de ces réformes. Suffisance, arrogance ou orgueil primaire ou alors incompétence ? En tout cas, son attitude a été contre-productive pour le pays. À ceux (ou celui) qui l’ont (a) mis à ce poste d’en tirer les conséquences.

Tout n’est pas totalement perdu.

La date du 28 juillet 2007 : une opportunité.  À cette occasion, Le Tchad doit marquer son refus en récusant le nouvel organigramme de la Banque. Il convient de faire appliquer les réformes sans porter atteinte aux prérogatives du SG. Mieux, par souci d’efficacité de l’organisation, il serait judicieux de lui donner les missions de coordination des activités des directions générales. Bien sûr, un regroupement des directions centrales suivant des affinités fonctionnelles est possible.

Les Tchadiens sont interpellés, chacun en ce qui le concerne, là où il se trouve, afin de faire face à cette conspiration « subtilement » montée contre le pays.

Merci.

Mahamat DJARMA BOURMA

En suivant docilement les reportages de la TéléTchad sur la cérémonie de signature de l’Accord politique entre l’opposition civile et la mouvance présidentielle au Palais Rose, surtout le discours du président Alingué Jean Bawoyeu de la CPDC et les itw d’autres barons, je n’ai pu m’empêcher de replonger dans l’Histoire passée de notre pays. Ce n’est pas une réaction volontaire mais un réflexe exprimant les séquelles de traumatismes cumulés du fait d’être une victime de cette Histoire tchadienne. Je me suis retrouvé plongé dans les images des années 85.

En effet, il y une vingtaine d’années (qui passent pour deux ans à peine de surplace !), le président Hissène Habré venait de gagner la bataille diplomatique reconnaissant sa lutte pour la défense du principe sacré de la défense de l’Intégrité Territoriale du Tchad. Les conséquences étaient alors évidentes : les différents groupes politiques en exil (Brazzaville, France, Bénin, etc.) opposés à Hissène Habré, n’avaient d’autres choix que de « regagner le bercail » et de participer à l’exercice du pouvoir de l’époque, sans condition. Le président Alingué (suivi du général Kamougué et d’autres barons) était l’un des leaders de ce mouvement de « réconciliation nationale » qui ramena la plus grande partie des barons des régimes précédents et de nouveaux loups au pays. Ce revirement historique important contraint les derniers groupes politico-militaires actifs de la zone sous occupation étrangère, de rallier à leur tour les FANT (Forces Armées Nationales Tchadiennes). Le général Oki Dagache convoya la colonne FAP (Forces Armées Populaires) du défunt GUNT (Gouvernement d’Union Nationale de Transition), sur les instructions du président Goukouni Oueddey. Avec ce sursaut patriotique, les tchadiens marqueront d’une pierre blanche leur seule vraie victoire nationale collective, pour la défense de l’Intégrité Territoriale, au cours de l’année 1987.

Le président Alingué put alors sillonner le pays pour proposer au référendum la Constitution de 1989, ayant donné lieu à des élections législatives correctes mais dont les élus n’auront eu droit qu’à moins de trois mois d’existence. Le 1er décembre 1990 rappela tout le monde à d’autres réalités bafouées de l’Histoire. Ce jour-là, le monde découvrit avec horreur la face cachée du pays, à travers les rescapés de la sinistre DDS. Le Dr Gali N’Gothé, le syndicaliste Younous Mahadjir et d’autres survivants pourraient mieux en parler. Or, la commission d’enquête du juriste Mahamat Hassane Abakar pu établir, dans ses archives non publiées, l’identité, la date d’arrestation, la date probable de disparition et la cause de mort de près d’un millier de tchadiens par la DDS au cours de cette seule année 1986 où la plupart des barons de l’opposition au régime de Hissène Habré avaient regagné « le bercail ». N’eusse été le surcroît de travail demandé par une telle démarche journalistique, les extraits des discours du président Alingué ou du général Kamougué à l’époque diffèrent peu de ceux qu’ils tiennent encore aujourd’hui. L’élément le plus notoire est d’annoncer, à chaque fois, que « tout va bien désormais et la paix est de retour au pays pour de bon !». La suite, bien sûr, n’est souvent que plaisanterie de mauvais goût.

Par exemple, sitôt l’Espérance renaissait en 1987, les « réalités tchadiennes » gravées dans les caractères et les logiques personnelles des acteurs politiques reprirent le dessus. Après les « sudistes » en 1984 et les groupes « hadjeraï », les Béri (Zaghawa et Bidéyat) allaient, à leur tour, subir une répression féroce des FANT et de la DDS réunies, au cours de laquelle rien que le clan Itno perdit près d’une centaine de ses membres. La satisfaction du président Alingué, à la tête de la toute nouvelle assemblée nationale, sera de courte durée, car cette seule réalité suffira à mettre un terme à la fiesta politique à N’djaména le 1er décembre 1990.

Pourquoi rappeler tout ça ? Entre 1986 et 2007, une nouvelle génération est née et réclame aujourd’hui sa place. Elle fait au moins 60% de la population tchadienne. La génération des jeunes qui fuirent leurs maisons voire leur pays en 1979 (et laquelle j’appartiens) n’a toujours pas trouvé la paix et la tranquillité promise par la seule génération des acteurs qui animèrent les négociations et la signature de l’Accord susmentionnée. D’autres compatriotes attendent à Hadjer Marfaïne un signe des temps pour se décider s’il faille venir à N’Djaména dans un vol Toumaï ou en Toyota. C’est beaucoup trop de choses à la fois ! S’il fallait revenir à l’expérience de la DCP (Démocratie Consensuelle et Participative) ayant accouché le cadre légal que contestent aujourd’hui ses propres géniteurs et promoteurs d’alors ? Deux générations bloquées à cause d’une seule, cette surpression ne tardera pas à exploser un de ces jours, et comment ? Dieu seul le sait !

J’avais cru entendre le président Alingué mettre en garde, dans son discours, ceux qui dénigrent déjà cet accord négocié au frais et en vase clos dans les grands hôtels de la capitale. Peut-être un coup de pied à M. Yorongar ? Qu’il aie au moins l’amabilité de reconnaître à une frange importante de son peuple la légitimité du réflexe de prudence et de scepticisme, après tant de mirages ? Je ne me donnerai pas la peine de décortiquer les failles de cet énième « accord historique » arrosé par de larges sourires au Palais Rose. Car, comme le disait subtilement M. Mahamat Hissène à l’occasion, « mieux vaut encore ça que rien ! ». En attendant aussi le cocktail que produira la combinaison avec la démarche du groupe du président Goukouni et d’autres. Cependant, comme les N’Djaménois l’ont démontré lors de la panique du 22 mars puis du calme olympien du 13 avril 2006, plus personne n’entend fuir sa baraque quand les faces cachées des acteurs tenteraient de produire des évènements contraires à la logique de la paix.

Parce que, pour arriver à l’échéance fixée de 2009, après que les acteurs politiques se seront renfloués avec les revenus pétroliers, il y aura mieux que la question du vote, celles du vécu quotidien des tchadiens face aux injustices, aux discriminations régionales, à la violence et à l’impunité, à la corruption massive et à la gabegie financière, etc., toutes choses qui préoccupent prioritairement l’écrasante majorité des tchadiens.

Il y a deux générations qui s’identifient comme les victimes réelles des actes posés jusqu’ici par leurs aînés. Au-delà de l’imperfection des papiers signés avec de larges sourires, ce que ces jeunes tchadiens de tous les bords veulent pour se convaincre, c’est de constater que ces fois-ci, ce sont les bonnes fois où les acteurs politiques tchadiens sont de bonne foi ! Ils n’auront pas une autre occasion pour se moquer encore des gens ! Car nous savons tous que c’est la volonté réelle des uns et des autres qui fera que, avec ou sans accord, la paix devienne une réalité définitive dans notre pays, avec pour fondement la justice, la tolérance et l’équité.

Enoch DJONDANG

S’il fallait matérialiser les rumeurs du gros village de N’Djaména en évènements réels, il y a longtemps que nous aurions ravi la vedette à Sadr City, le quartier rebelle de Bagdad ! En effet, les tchadiens ont cette prétention de produire de l’eau fraîche dans des récipients posés sur des braises ardentes. Ces derniers temps, les contradictions récurrentes de la vie publique nationale ont quitté les sentiers du maquis (la fameuse montagne aux hyènes Hadjer Marfaïne) pour converger vers la capitale, à l’occasion des signatures d’accords dits « classiques » avec les politico-militaires (spécificité tchadienne) d’une part, et de l’accord « historique » avec l’opposition civile. Deux visions toujours divergentes des symboliques de l’Etat tchadien.

1) La première catégorie d’accords baptisés par l’un des grands ministres ‘accords classiques’, c'est-à-dire sans concession sur l’essentiel, devrait permettre à des groupes tribaux armés du Nord et du Nord-Est, de revenir en force dans la gestion du pays, aux côtés du pouvoir actuel. Un retour possible, dans la mesure où ces groupes répondent de la même philosophie de l’Etat et de la république que tous ceux qui se sont succédé depuis une vingtaine d’années à N’Djaména. Une fois de plus, leurs combattants issus pour la plupart des mêmes souches régionales que leurs chefs, viendront grossir le nombre de gradés et autres intrus de l’armée, aux frais du trésor public. Le défi pour le pouvoir en place, consisterait à les contenir, pour éviter qu’ils ne deviennent à l’intérieur de la grande muette, le levier par lequel le pire arrive un jour. Aucun « politico-militaire » rentré au bercail, n’a été capable, depuis décembre 1990, de se muer en parti politique civil, pourquoi ?

Quant aux chefs, rien de mieux que de se retrouver gratifiés des traitements pompeux de leurs nouveaux grades dont ils savent pertinemment qu’ils n’ont court que dans un pays anormal. Ces grades qui permettent, par ailleurs, grâce à une certaine idée biscornue de l’amnistie et de la récompense du guerrier, de se livrer à toutes sortes de trafics illicites, des coupeurs de routes aux vrais faux commerçants et fournisseurs de l’administration. Pour d’autres, il y a l’appât que représentent la quarantaine de postes de gouverneurs et adjoints, la centaine de postes de préfets et adjoints, le demi-millier de postes de sous-préfets et adjoints, auxquels il faut ajouter le poste très prisé de commandant de brigade et celui de brigadier de douane. Les quelques intellos têtes de file pourront aussi prétendre aux postes juteux de gestionnaires de projets et des administrations. Difficile, avec de telles contraintes persistantes, quelle que soit la volonté politique affichée, de mettre en œuvre les recommandations des états généraux de l’Armée et ceux de la Justice !

Le casse-tête pour le pouvoir sera toute la gymnastique à mettre en œuvre pour faire passer la pilule des nominations face aux susceptibilités de l’opinion publique et aux murmures des partenaires extérieurs, tous devant comprendre que « la paix n’a pas de prix », que nous devrions passer par cette énième déviance historique pour « apaiser » le climat général à travers le pays ! Sans oublier qu’il y a les inamovibles qui n’accepteront à aucun prix de faire la place aux nouveaux prétendants, au risque de menacer d’aller à leur tour rejoindre les dernières hyènes dans les grottes de l’Est et du Tibesti, armes et bagages. Ils détiennent la bonne carte routière du pays qui permet de voyager en toute saison et en toute sécurité en convois armés vers ces sanctuaires de toujours. La bonne gouvernance et la lutte farouche contre la pauvreté des masses populaires peuvent attendre le siècle prochain ?

Notre histoire récente nous a démontré que la guéguerre tchadienne est motivée par la volonté de certaines composantes de s’accaparer de l’Etat et de le gérer comme un patrimoine privé. Depuis que les exceptions à la règle écrite (la loi), les distorsions justifiées par la logique du plus fort, l’impunité et la complicité active des parrains extérieurs dans le pourrissement de la conjoncture politique, ont renversé complètement les valeurs et les vertus, chacun se dit que le Tchad, c’est à prendre ou à laisser à l’autre ! La difficulté d’arriver à la paix durable ne se trouve pas dans les modes de négociation, ‘inclusif ‘, ‘exclusif’ ou ‘séparé’, mais plutôt dans cette vision rétrograde de l’Etat et de la république qui a court malheureusement chez les acteurs les plus « puissants » de la scène publique. Quoiqu’on fasse, les déceptions et les drames futurs des tchadiens viendront d’abord d’eux !

2) La seconde catégorie, les partis politiques signataires de l’accord du 13 août 2007, devront trouver leur voie dans les cafouillages créés par les premiers, les seigneurs de guerre. En effet, sans armes, sans être assurés du soutien actif de leurs militants - qui ne descendront jamais dans la rue pour eux (aussi bien par peur de mourir que par manque de confiance et de conscience)-, et dans la limite des interventions des diplomates en leur faveur, on voit mal comment les rapports de force leur seront favorables durablement. Les politico-militaires ayant conclu des accords « classiques » avec le pouvoir en place, n’ont pas explicitement marqué leur adhésion totale et sans réserve à la règle du suffrage universel, en d’autres termes à l’accord du 13 août 2007 qui reste – somme toute – la meilleure référence politique positive du moment. Ce qui signifie que l’application intégrale des accords mettrait en conflit ouvert les uns avec les autres, c’est évident ! Les intérêts et la vision de la république sont diamétralement opposés entre les deux catégories.

L’un des points clés de l’accord du 13 août stipule que l’administration territoriale, instrument fondamental de la bonne gouvernance, devra être totalement démilitarisée et assainie : voilà l’un des points d’éclatement de la coalition gouvernementale hybride à venir ! En effet, personne n’est allé au maquis par amour pour le Tchad, sinon que pour lui-même et les siens, vérité reconnue et affirmée publiquement par l’un des « grands ministres » négociateurs. Alors, que va-t-on faire de tous ces nouveaux et anciens « colonels » de la réconciliation, pour beaucoup analphabètes et encore jeunes ? Où va-t-on les caser ? L’opposition civile aura-t-elle le courage de s’assumer totalement sur ce point de la gestion commune transitoire avec le pouvoir en place ? Avec quels moyens de dissuasion ? A voir…

Un autre point d’achoppement en vue sera l’application intégrale des clauses de l’accord du 13 août 2007 concernant les recensements prévus. Comment les données fournies par un tel recensement ne seraient pas utilisées par certains groupes politiques radicaux pour complètement démaquiller la « légitimité » des scrutins précédents de l’ère démocratique ? Les thuriféraires du parti MPS n’ont pas pris la précaution de faire mentionner –sauf erreur de notre part – dans l’accord du 13 août 2007 – la non rétroactivité de la portée de tels recensements sur la période antérieure à l’accord ? Au contraire de la précaution d’amnistie que tous les aventuriers se dépêchent d’obtenir avant de rentrer au bercail, pour rééditer en toute tranquillité leurs anciens forfaits ? Nous évoquons ce point parce que la perversité et la versatilité de notre élite sont devenues chroniques, et le risque de poignarder dans le dos au premier couac n’est pas de la simple imagination.

Un point concomitant au précédent est la capacité, pour le parti MPS, de payer son tribut à la paix, en allant à des élections « propres », au risque de les perdre éventuellement. En effet, l’application intégrale de l’accord du 13 août 2007 implique un changement de comportement de tous les acteurs électoraux, de la « majorité » présidentielle comme de l’opposition. Car si les conditions étaient vraiment réunies avec cet accord dans quelques mois, aucun d’eux ne trouvera d’argument ni pour boycotter, ni pour tricher moins encore pour contester. Des processus de réforme interne aux partis politiques de tout bord sont inévitables pour les rendre réellement démocratiques, plus dynamiques, plus ancrés dans la réalité des aspirations populaires, capables de proposer et de rassembler au-delà du « fief naturel » de leurs leaders. Ce qui devrait aussi réduire à quatre ou cinq les blocs politiques représentatifs, en lieu et place d’une centaine de partis autorisés, se croyant investis du pouvoir d’engager le peuple sans en avoir été mandatés. Quand on sait l’incapacité de nos leaders de s’entendre durablement et de se surpasser, il faut s’attendre à ce que la transparence électorale consacre et confirme les profonds clivages et antagonismes régionaux. Ce ne sera que partie remise, en attendant une nouvelle génération qui fera l’unité des tchadiens.

Deux visions antagonistes irréconciliables du Tchad, le politico-militaire et le politico civil risqueraient d’entraîner le peuple traumatisé et abusé du pays du troglodyte Toumaï à sa ruine définitive dans les mois à venir. Pour les uns, il est très évident que le politico-militaire n’est qu’un savant business macabre avec ses dégâts, ses victimes par milliers, sa rapacité et son anachronisme qui est au cœur du mal tchadien. Le régime du général IDI n’est pas plus diabolique que les dictatures qui l’ont précédé pour prétendre que le recours à la violence armée était la seule solution possible. A la vérification des maigres résultats voire des fiascos et rififi que ce mode de revendication sectaire a produit dans notre pays sur trois décennies, il faut avoir le courage, au niveau des élites, de confirmer à la suite de la Conférence nationale souveraine, sa prohibition définitive de l’évolution de notre pays. Les 80% des maux qui engluent le Tchad actuel sont conséquences logiques du cumul des œuvres du politico-militaire, au Nord comme au Sud : c’est la triste vérité !

Aujourd’hui plus que jamais, ceux qui ont choisi les valeurs de la démocratie et de la république (égalité des citoyens, loi unique et suffrage universel), sont placés devant leurs responsabilités avec l’application des accords dits « classiques » et « moderne » conclus dans notre pays. Plus que jamais ils auront à peser le poids des gestions irresponsables et calamiteuses successifs basées sur la force des armes et la violence politique depuis trente ans. Il leur sera difficile de tenir des postes de responsabilités vidées de leur substance, où les leviers de décision et les moyens répondent d’ailleurs, de l’informel. Au premier plan de l’accord du 13 août 2007 sont alignés les leaders appartenant à une génération qui n’a que très peu de temps pour convaincre, parce que l’existence de deux générations intermédiaires ayant déjà été hypothéquée. Cependant, il faut encourager des personnalités telles que le président Lol Mahamat Choua ou Ibni Oumar Mahamat Saleh qui sont la démonstration irréfutable que les « nordistes » ne sont pas forcément synonymes d’adeptes de la violence politique, du tribalisme dominateur ou ennemis de la démocratie pluraliste, pour briser certains clichés répandus, à cause justement de la propension à la rébellion armée dans le grand « Nord » !

Gageons que la baraka exceptionnelle et la longue expérience du général IDI permettront de concilier toutes ces contradictions évidentes, pour que l’horizon s’éclaire un peu pour les tchadiens ? Car si les politico-militaires n’ont pas été capables de s’entendre, après l’avoir chargé de tous les noms d’oiseaux, et finissent par se remettre à lui pour garantir leur place au soleil, n’est-ce pas de leur part l’aveu que sa « mission n’est pas encore terminée », en termes militaires ? Certains observateurs avertis craignent qu’un climat de cacophonie et de tensions genre ex-GUNT ne s’instaure dans le pays, par trop de contradictions en face. Si la confiance devrait revenir entre les tchadiens durablement, il faudrait que la normalité républicaine prenne le pas sur l’éternel conjoncturel. Sinon, nous reviendrons à la case départ d’ici peu, pour aller où encore ? Ya djamââh ????

Enoch DJONDANG

Le 26 juillet 2007 à Dakar au Sénégal, le président français Nicolas Sarkozy livrait à la jeunesse africaine un discours fleuve dans lequel il accusait les Africains d’avoir vendu leurs frères aux négriers européens. Ce discours, il le prononça dans le temple de Cheick Anta Diop, à un jet de pierre de l’île de Gorée (tout un symbole!) où se suicidèrent les millions d’esclaves noirs qui refusèrent d’embarquer dans les négriers français en partance pour l’Amérique. Voilà que trois mois après, le 29 octobre 2007, survient au monde un évènement qui, comme commandé par les forces de la Nature, rappelle exactement ce qui s’était réellement passé pendant l’esclavage. Cet évènement, c’est l’enlèvement de 103 enfants tchadiens, organisé par l’Ong française dénommée l’arche de Zoé, sous le faux prétexte humanitaire que ceux-ci étaient des orphelins. Pourtant, même dans le cadre des activités de l’Onu en zone de guerre, on n’a jamais vu une opération d’envergure impliquant la trappe officieuse de plus de 100 enfants en plein jour.

Le président français a officiellement critiqué l’action de l’arche de Zoé, la Secrétaire d’État aux affaires étrangères a présenté la France sous un beau jour, le ministre de la justice a évoqué l’aspect illégal de la procédure de l’Ong, mais aucun membre du gouvernement français n’a pu, au nom la France, demander les excuses officielles auprès du gouvernement tchadien, et personne n’évoquera la question des réparations aux familles tchadiennes. Ce qui a paru plutôt beaucoup plus simple et évident aux yeux du président français, c’était d’appeler le président tchadien, Idriss Déby, et de lui demander de libérer les membres de l’arche de Zoé impliqués dans l’opération.

Pourtant, la réalité est plus grave qu’elle ne parait. Car, en effet, il n’existe pas un autre terme plus parlant pour décrire les activités de l’arche de Zoé en Afrique que celui de l’«esclavage», entendu comme commerce des Noirs. Comment croire en cet humanisme qui veut qu’en 2007 de l’ère chrétienne, des négriers aéroportés soient encore à quitter la France pour aller au Tchad arracher à leurs parents des centaines d’enfants âgés de deux à cinq ans ? Les Français peuvent-ils s’imaginer un seul instant l’inverse, pour avoir une idée claire de ce que ressentent les Africains face à ce crime ? Les familles françaises dormiraient-elles si les avions tchadiens atterrissaient dans les campagnes de France et arrachaient les petits enfants français pour les vendre aux familles tchadiennes – Car, il faut le dire, l’arche de Zoé ne remet pas ces enfants gratuitement aux familles françaises – ? On a l’impression d’assister à de scènes de trappe dans la jungle, et on ne résiste plus à la question de savoir si nous sommes encore vraiment des hommes.
Nous avons désormais la preuve de ce que décrit l’historien guadeloupéen Jean-Philippe Omotunde, lorsqu’il démontre que c’est en créant les conditions de guerre civile en Afrique que la France et ses alliés européens trouvèrent le moyen de remplir leurs cargaisons d’esclaves noirs, et que ce furent les quatre cents ans que dura le crime qui permirent à l’Europe de construire sa fortune actuelle sur le dos de l’Afrique. Nous assistons donc là aux derniers gémissements d’une pratique qui n’a que trop duré et dont la France a de la peine à s’en défaire. Car, tout comme les esclavagistes du 15ème au 20ème siècle, l’arche de Zoé ne s’est pas souciée de l’état d’esprit dans lequel se retrouveront ces enfants une fois qu’ils auront pris conscience de leur vraie histoire. Et comme elle ne doit certainement pas être à son premier coup, l’arche de Zoé ne s’est pas souciée des pleurs des parents, des lamentations des femmes qui les ont mis au monde, du mal qu’elle cause à la démographie africaine, de l’illégalité qui entoure sa pratique. Ce dont elle s’est souciée, c’est encore et toujours cet orgueil qui vient de la race ; c’est encore et toujours cette appartenance à un grand pays : la France. Si l’arche de Zoé avait vraiment aimé l’Afrique et ses enfants, si son œuvre avait vraiment été humanitaire, elle n’aurait pas contribué à valider la pauvreté et les dictatures qu’ont toujours soutenues les gouvernements français en Afrique. Elle n’aurait pas exploité le contexte de pauvreté dans lequel vivaient ces enfants pour se faire de l’argent auprès des familles françaises. Non, elle n’aurait pas fait de cette pauvreté la raison d’être de ses propres pratiques esclavagistes : elle aurait lutté pour l’instauration de véritables démocraties en Afrique ; elle aurait approché les gouvernements de France et d’Europe, et leur aurait dit : « L’Afrique n’est pas pauvre. Elle a plutôt été appauvrie. Et nous sommes pour une grande part responsables de son malheur. Ayons le courage de contribuer à changer son destin. » L’arche de Zoé serait alors devenue, pour les Africains, l’arche de Noé.

La France s’est donc empressée de sommer le président Idriss Déby de libérer les neuf Français de cette opération épervier. Le président français s’est rendu personnellement au Tchad pour s’occuper de cette libération, se contentant de dire que les conditions d’un procès impartial ne seront pas réunies au Tchad. Or, ce n’est pas en France qu’elles le seront. La partialité de la justice française sera à la mesure du service que l’arche de Zoé, à travers cet enlèvement, lui aurait rendu. Examinons de plus près à quoi aurait ressemblé ce service.

Les femmes françaises et les enfants adoptés : On n’a jamais suffisamment critiqué l’action de ces Français(es) qui, au lieu de lutter auprès de leurs gouvernements pour changer le destin de l’Afrique francophone, se contentent des solutions rafistolées en adoptant les enfants de ces pays appauvris. Lorsque ces femmes et ces hommes, nombreux qu’ils étaient  dans cet aéroport parisien à attendre les 103 enfants tchadiens, privilégient les plaisirs de la vie et la profession au détriment de la maternité, ils ne rendent pas justice à l’humanité, car par leurs actes, ils soutiennent la chasse aux enfants dans les pays appauvris au nom de la satisfaction d’un certain rêve; ils font mal aux femmes d’autres pays qui ont connu les douleurs d’enfantement, au nom d’un certain droit à l’adoption. Déjà, par leur attente organisée à l’aéroport parisien, ils ont légitimé la complicité du gouvernement français et on se demande si cette complicité n’est pas liée à la nouvelle politique de l’immigration choisie.

L’Immigration choisie et l’esclavage post-moderne : Si l’esclavage du 15ème au 20ème siècle consistait à vider l’Afrique des hommes et des femmes adultes pour des besoins pratique de main d’œuvre, il se trouve qu’une telle pratique aujourd’hui est presque impossible en raison de la mondialisation et de l’augmentation du niveau d’intellectualité des peuples. Dans les démocraties occidentales, on recourt depuis un certain temps à la politique d’immigration qui consiste à attirer les intellectuels. Or, en Amérique du nord par exemple, les études ont démontré qu’il faudrait au moins deux cents ans à une population immigrante pour se sédentariser au point d’adopter les mœurs locales. Du coup, les candidats à l’immigration ayant des enfants sont les plus sollicités et les mieux traités. Ils jouissent des avantages sociaux énormes et les administrateurs ne manquent d’affirmer que l’avenir de la nation repose non sur eux, mais sur leurs enfants. La pratique de l’immigration choisie dans sa formule actuelle en France semble donc présenter des lacunes sérieuses, car l’intellectuel africain adulte qui arrive en Hexagone ne peut se laisser transformer en dix ou vingt ans. À faire de lui une marionnette de chef d’État africain ne garantit nullement la poursuite de la politique postcoloniale française.  La nouvelle génération des hommes d’États africains ne sera pas faite d’enfants de cœur. Elle sera constituée des jeunes nés après les indépendances, des jeunes qui n’ont pas connu le fouet colonial et la subordination aux ordres du « maître » blanc. Ce sera donc une génération différente de celle de Paul Biya, de Omar Bongo, de Sassou Nguesso, d’Eyadema, etc. Pour le prolongement de sa politique postcoloniale, la France ne saura certainement pas faire avec elle. Il faudra d’autres stratégies, il lui faudra des enfants qui n’auront pas connu leurs parents géniteurs, des enfants qui n’auront connu de pères et de mères que les «Blancs» et les «Blanches» de France et qui, ayant subi « la bonne éducation », pourront, d’une part, mieux intégrer les valeurs de la France  pour ne pas avoir à mettre les banlieues à feu, et, d’autre part, rentrer gouverner le pays africain pour lequel, arbitrairement ou non, ils auront, depuis le bas âge, reçu la nationalité. Ils pourront alors gouverner un pays comme le Tchad en ne rendant de compte qu’à Paris, ou encore un grand pays comme le Congo-Belge, qui regorge tant de richesses et où trône le Non-Congolais Kabila.

L’arche de Zoé nous rappelle ainsi les souffrances de nos pères et de nos mères. Elle nous rappelle les conditions dans lesquelles l’esclavage et la colonisation eurent lieu et comment ce fut possible que quatre cents millions d’Africains fussent déportés et déplacés pendant plus de quatre siècles. Voici qu’au cinquième siècle de la déportation, nous vivons la même pratique et souffrons de la même souffrance.
Mais nous espérons qu’un de ces jours, l’Afrique se libérera et cessera de considérer la France comme la malédiction qui s’abattit sur elle.

Maurice NGUEPE, Ottawa
Secrétaire exécutif de la JAC (Jeunesse Africaine du Canada)

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