dimanche 5 février 2023

IaltchadTribune

IaltchadTribune (100)

Il n’est de meilleur ciment social que le travail.

Au Tchad, qui est responsable de nos malheurs et qui ne l’est pas ? Quand des médecins, professeurs, ingénieurs, vétérinaires, ou agronomes etc. se reconvertissent dans la politique ou cherchent des bureaux climatisés au lieu d’exercer leur vocation première, on doit se poser des questions.

A bien voir, lire et écouter, sur la toile (Internet), les Tchadiens n’auront que leurs yeux pour pleurer les années ou même les décennies à venir. De l’intérieur comme de l’extérieur la vue est sombre. Journalistes, analystes, étudiants, tous convergent vers la théorie et la politique.  

Chers compatriotes, notre passion pour la politique nous empêche de voir la réalité pratique de notre économie même si cette dernière est primordiale. L’énergie fournie pour changer la politique actuelle de l’extérieur, peut être adaptée et transposée à l’économie, pour le bien être de la population tchadienne et donc nous tous.

Le pays produit des biens agricoles et d’élevage, mais personne ne veut en parler : peut-être qu’on attend Microsoft pour créer des emplois. Les tomates, les mangues, la gomme arabique, le sorgho ….pour ne citer que ceux-là, sont vendus sans valeur ajoutée. Le manque de volonté politique et la concentration de têtes pensantes dans la capitale et les bureaux ne donnent pas de perspectives d’avenir.
Tout le monde veut s’enrichir et donc les raccourcis pour atteindre tous les rêves, c’est la politique. En politique et commerce on n’a pas besoin d’aller à l’école argumentent certains, surtout dans les « carrefours ». Je me réserve de commenter ce dernier.

Au Tchad comme partout en Afrique, il est rare d’entendre un homme politique parler dans sa campagne de créations d’emplois et des entreprises pour faire vivre la population dans sa dignité. (Un atelier avec 2 employés est une entreprise).
Le langage de nos hommes politiques est celui hérité des négriers blancs et des colonialistes qui pillaient le continent en promettant quelques paquets de sucres ou des pacotilles aux autochtones. Aujourd’hui, l’héritage perdure grâce à la démagogie des hommes politiques, à l’ignorance et à la pauvreté des populations qui manquent de tout.

Dans les campagnes politiques on promet monts et merveilles : si vous votez pour moi je vous construirais des hôpitaux, des écoles ; vous aurez beaucoup d’argent, etc. Jamais vous n’entendez le mot emploi même dans la démagogie. (Le travail qu’il a fui pour la politique). Cette façon de faire a atteint le peuple à tel point que celui qui ne promet rien n’a rien car personne ne vote pour lui. Un crime démocratique contre le pauvre peuple qui n’est pas éduqué et formé pour cette « démocratie bâtarde » discutable sur ce continent.

Par ailleurs, personne ne peut ignorer la situation que vivent les Tchadiens aujourd’hui. Mais rien n’empêche de mettre l’économie en avant, qu’on soit en démocratie ou en dictature. Toutes les grandes démocraties occidentales ont vu les dynamismes économiques avant la démocratie. Car la démocratie est difficilement compatible avec la pauvreté et l’ignorance.
La politique, tout le monde en parle en théorie, mais en pratique elle est aussi la gestion, l’économie, l’administration, la résolution du chômage…

Étudiants des tous bords, universitaires, enseignants, chefs d’entreprises, consultants, politologues, politiciens, il est temps de se débarrasser de ces lunettes intellectuelles dont la visibilité est un peu encrassée et se limite à des visions théoriques.

Pourquoi ne pas faire des rapports voire même dix (10) pages chacun selon sa compétence et polluer les bureaux de l’état, comme ça au moins demain on pourra dire que j’ai proposé mes idées et qu’on me les a jetées à la figure.
Selon un dicton « La théorie c’est quand on sait tout et rien ne fonctionne, la pratique c’est quand tout fonctionne et que l’on ne sait pas pourquoi ». En faisant beaucoup de pratiques, certaines choses peuvent bouger sans se rendre compte. Et faire des rapports, c’est déjà faire un pas vers la pratique. Nous devrions nous mettre au travail, apprendre sans arrogance « aide-toi, le ciel d’aidera » de l’extérieur ou de l’intérieur, chacun peut apporter ses idées dans le ministère de sa compétence. Je suis convaincu que la réussite communautaire ou collective est la somme des réussites individuelles

Le Tchad appartient à tous les tchadiens et les adversaires politiques ne sont pas des ennemis. Des réunions à paris pour changer la donne c’est bien, mais une réunion pour l’économie et l’investissement sera plus que bien.

«Qui d’autres que les tchadiens doivent porter leurs causes ?»

Issa Mahamat Abdelmamout

L’échec patent du mot d’ordre de « ville morte » lancée conjointement par la CPDC, les partis alliés et la société civile, y compris l’UST, devrait être l’occasion pour les acteurs publics de réviser leurs critères d’analyse. En effet, fort du succès indéniable du boycott massif du référendum et du vote du « non » par les partisans même du pouvoir MPS, l’opposition avait commis sa première erreur d’appréciation en croyant en la paternité de cet événement. Il est vrai qu’en l’absence d’une rétrospective rigoureuse des processus passés, la CPDC peut se targuer d’avoir été l’auteur du mot d’ordre de boycott du référendum. Cependant, en analysant autrement les données, on pourrait soutenir que la manière assez cavalière avec laquelle le pouvoir MPS avait procédé au recensement, ne pouvait qu’encourager ce mouvement de boycott massif. Le recensement s’était fait à domicile, en l’absence des chefs de famille allés travailler. Beaucoup d’électeurs avertis étaient déjà exclus du vote par ce procédé. Moi-même, qui avait demandé dans la presse locale aux compatriotes de se faire recenser, quitte à ce que les forces politiques et de la société civile prennent leur responsabilité pour répertorier et dénoncer les fraudes sur les listes électorales, je ne réussirai jamais à obtenir une carte d’électeur !

Une autre raison du boycott massif a été donnée par les compatriotes Dingamnaïssem Nébé et Donangué Guy Blaise dans leur témoignage du 25/05/05 « Ne touchez pas à la Constitution » in Ialtchad.com (forum actualités) : Si, sur 5 millions de cartes d’électeurs produits, seulement 1.400 000 auraient été distribuées dans le Sud majoritaire, arithmétiquement il était difficile au pouvoir de faire sortir physiquement 3.600 000 électeurs des bourgades du Nord pour voter « oui ». Ce qui était un « auto-boycott » organisé par le pouvoir lui-même, faute d’électeurs physiques pouvant aller voter ! Les autres raisons ont été largement relevées par la presse locale, mais le point commun de démotivation des citoyens était : « ça ne sert à rien d’aller voter si mon choix ne sera pas pris en compte ».

Avec cette lecture plutôt critique, on peut minimiser l’effet du mot d’ordre de la CPDC tout en lui reconnaissant une part de la gifle du 6 juin dernier. Maintenant, de là à appeler à la « ville morte » pour les mêmes raisons évoquées, les enjeux n’étaient plus les mêmes entre l’opposition et la population. En effet, autant la population ne croit plus à la voie des urnes, autant elle n’a pas perçu l’issue de la stratégie de « ville morte » de l’opposition. Au vu des réalités africaines, est-ce que la ville morte seule pourrait contraindre le pouvoir à renoncer à ses intentions ? Seuls des naïfs pourraient s’y laisser prendre ! Alors, l’échec du 27 juin serait un autre camouflet infligé cette fois-ci à l’opposition pour son manque de réalisme et ses mauvais choix.

L’opposition tchadienne ne s’est pas encore remise en cause sur trois points fondamentaux :

  • Son instabilité chronique qui déroute ses propres militants appelés à défendre tour à tour des positions contraires du jour au lendemain, tantôt pour, tantôt contre le pouvoir selon que ses leaders sont ou non aux affaires ;
  • Le manque de courage personnel de ses leaders, refusant toujours de prendre la tête des marches pacifiques, au motif d’éviter les balles des mercenaires du régime, ils ont préféré les mots d’ordre lancés depuis leurs salons de thé comme si la masse citoyenne devait leur servir d’appât ; avec un électorat de plus en plus rajeuni, impatient au changement et nerveux, l’attitude des leaders de l’opposition a créé un fossé d’écart sous leurs pieds. À titre d’exemple, après l’enterrement du jeune militant de l’UDR abattu en 2000 par la police GR devant chez M. Kebzabo, les femmes décidèrent spontanément de marcher. A la surprise générale, celles des leaders s’engouffrèrent chacune dans leur voiture au lieu de donner l’exemple : les autres femmes, sidérées, renoncèrent alors de servir d’appât pour ses grandes dames de la République et leurs époux !
  • Enfin, le péché mignon de l’opposition tchadienne est la marche du caméléon : en effet, en dehors d’aboutir toujours au schéma de gouvernement d’ouverture sans programme commun ni pouvoirs réels, les pressions envisagées par l’opposition visent souvent le cours terme, surtout les intérêts corporatistes des leaders. Cela, la population semble l’avoir compris après 14 années de tâtonnement, en comparaison avec les expériences plus encourageantes d’autres pays africains où l’esprit de responsabilité était à la vraie mesure des enjeux.

Tout ceci aura pour effet d’installer durablement le pays dans les errements et l’échec total de la démocratie, et justifiera un jour l’avènement d’une dictature transitoire pour remettre de l’ordre. Un pouvoir qui poserait des actes contraires à la volonté des citoyens même légalement, et une opposition qui n’arrive pas à se mettre à la hauteur des vrais enjeux populaires, c’est le meilleur décor pour l’avènement imminent de révolutionnaires intransigeants et intègres. La « révolution des mangues » préconisée par M. Sougui Nour ou la proposition de sortie de crise en 8 points faite par M. Bourma Daoud Ahmat dont l’essentiel figure dans le Manifeste de la Renaissance Nationale (tous in www.ialtchad.com ), sont des probabilités qui échapperaient totalement au pouvoir et à l’opposition dans leurs capacités analytiques et tactiques actuelles. Comment en serait-il autrement quand les indicateurs sociaux et économiques au rouge vont même cesser bientôt de clignoter (exemple de l’agonie de la filière coton) ? Une opposition responsable devrait savoir choisir les bons mots d’ordre face à un pouvoir minoritaire certes, mais fortement soutenu de l’intérieur par une intelligentsia de la bouffonnerie et des cercles néocoloniaux insensibles à la liberté des peuples qu’ils exploitent et oppriment depuis des générations. Déjà affaiblie en elle-même, malgré ses potentialités indéniables, l’opposition tchadienne risquerait de signer sa propre perte en ne faisant pas son autocritique.

En un mot, la classe politique, pouvoir et opposition, vient de subir la correction magistrale et simple des citoyens les 6 et 27 juin dernier. Chacun fait comme s’il ne s’agissait pas de lui, mais les choses ne font que commencer. Car, contre toute attente, un jour viendra où le sort du pays se jouera en définitive dans la rue…Parions-le !

Enoch Djondang

Ce qui s’est passé c’est une question d’hystérie qui ne laisse personne indifférent et qui nous montre comment nous sommes gouvernés. Un gouvernement de léthargie qui ne se souci d’aucune éthique de responsabilité et de vouloir faire dans la règle de l’art. Comment expliqué que le chef de l’Etat d’une grande nation comme le Tchad qui se veut un modèle en Afrique central ne soit pas informé par son entourage de la date fatidique de décret de promulgation de du référendum après modification de la Constitution. Si nous comprenons bien le chef de l’Etat lui-même a déclaré tout récemment que le « Kermesse de désordre est terminé » mais là nous voyons le contraire et le désordre continue de sévir de plus belle.  Nous avons des institutions juridiques, un ministère de tutelle, des conseillers juridiques à la présidence, à la primature, à l’assemblée nationale et j’en passe. Nous avons un gouvernement structuré avec des secrétaires généraux du gouvernement. Nous avons le cabinet civil du président de la république qui doit être un système de veille et d’alerte du président de la république.

Dirigé un pays est différent de diriger une entreprise, et même dans ce second cas une entreprise est un centre décision compacte qui gère son information à temps réel pour être au-devant des meilleures entreprises côtées.

Le pape du Management Kotler disait « Gérer son entreprise c’est géré son information et géré son information c’est géré son avenir ». Dans la tracée des choses, nous assistons à une situation où le chef de l’Etat n’est pas tenu informer des cruciaux problèmes de son pays, ou simplement il est mal entouré, ou bien encore il est entouré par des gens qui ne se soucie que de leur intérêt personnel sans loyauté et dévouement à leur chef. Dans ce cadre je n’accuse pas Idriss Déby de laxisme, mais ceux qui l’entourent et qui obéissent comme des bénis Oui – Oui. Nul n’est prophète dans son pays. Déby n’est pas prophète au palais rose. Et même s’il est, il a besoin d’être conseillé, d’être contredit, d’être confronté dans ses idées afin de trouver des solutions idoines aux problèmes posés. En un mot il ne peut pas tout faire. Et c’est pour ça qu’il a délégué des responsabilités, et ceux qui l’ont doivent y veiller et en assumer la responsabilité et non pas se laisser guider par un cerveau qui n’est pas le tient.

Le peuple Tchadien a besoin d’être gouverné autrement, par des Hommes capables qui prennent des initiatives, des patriotes ayant un sens civique et l’amour de leur patrie.

Aujourd’hui on se trouve devant un dilemme. La date officielle de la promulgation du décret de referendum est passée, et il n’est prévu dans aucun passage de la constitution de promulguer le décret dans deux ou trois mois après modification mais dans 15 jours plus 8 jours de grâce qui fait en tout 23 jours après modification de la constitution.

L’attention de l’opinion nationale et internationale a été attirée par l’opposant Ngarlédji Yorongar. Depuis c’est un silence de mort qu’on observe du côté de la présidence de la république et de l’assemblée nationale. Le dernier remaniement gouvernemental ne dit rien au peuple tchadien. Nous voulons des réponses justes, des solutions appropriées, un issu de sortie favorable et bénéfique pour tous. Donc il faut poser le problème dès maintenant et en débattre, si possible initier des rencontre entre gouvernement – opposants- société civile. Ne restons pas à la dernière minute pour mettre le peuple Tchadien devant un fait accompli sans justice et antidémocratique. Par ce que si Déby a été choisi pour être élu c’est dans la démocratie que cela doit se passer même si beaucoup n’y croit pas trop. Mais chacun de nous est appelé à défendre l’image de son pays quoi qu’il en soit, n’oublions pas que nous sommes d’abord des Tchadiens par de vers tout et Déby est le président de tous les tchadiens.
La démocratie n’est plus un objet de l’histoire, ni assujettie à des conditions de possibilité. Elle est une revendication essentielle de toutes les sociétés, un droit fondamental qu’exigent les hommes dans tous les lieux et toutes les sociétés, quoi qu’en disent les derniers culturalistes. Il est, à jamais, acquis que la seule légitimité acceptable est la légitimité démocratique. Le défi même de l’époque est d’inventer la démocratie là où les «conditions» ne lui sont apparemment pas favorable. L’onde choc provoquée par cet oubli peut être considérée comme à l’origine du fossé existant entre l’«élite intellectuelle» et les «masses». Si les premières, emportées par les bouleversements à l’échelle mondiale, ont fait de la démocratie leur cheval de bataille, les secondes, bien que conscientes de son caractère salutaire, y cherchent encore leurs marques. L’on doit s’interroger alors sur les causes d’un tel décalage dont l’une des conséquences déplorables est la perte de repères, voire une crise d’identité politique qui ne dit pas son nom. Il y a une sorte de statisme qui donne l’impression d’une vie politique mouvementée au Tchad. L’agitation sociale est aggravée par une crise d’identité politique, dans une série de convulsions dont on n’est pas sûr de l’issue bénéfique au sens de la gestation d’un cadre nouveau. Autrement dit, nous voyons depuis plusieurs mois une scène politique mouvementée sur laquelle les acteurs se cherchent des rôles lorsqu’ils ne se contentent pas de faire de la figuration. On dirait même qu’ils trouvent leur utilité sociale dans ce seul fait d’être là où cela se passe. Au mieux, de faire bonne figure pour ne pas perdre la face. Une telle situation ne peut conduire qu’à de multiples interrogations. Est-on arrivé à une impasse politique et sociale sans l’avouer ? Ou bien, la génération d’hommes politiques en place a-t-elle atteint toutes ses limites ? Ou encore, ne doit-on pas reposer la question de la place et du rôle des partis dans notre démocratie ? Le plus inquiétant, cependant, est que tout le monde est quasi convaincu de l’inexistence de toute alternative alors que nous nous trouvons dans un pays dont l’action et la lucidité de la société civile et des forces vives doivent faire leçon en Afrique centrale. A-t-on définitivement cru au caractère indispensable de la politique politicienne telle qu’exercée par les entrepreneurs politiques au sein des différentes formations qui agitent notre quotidien, jusqu’à oublier d’attirer l’attention de chef de l’Etat sur un sujet aussi capital ?

L’expérience historique en matière politique a démontré que la reproduction sociale et la perpétuation du système clientéliste a été la malheureuse et seule constante depuis l’indépendance du Tchad. Et c’est comme si tout le monde, en même temps d’y croire, s’en accommodait. La croyance au caractère incontournable de l’engagement partisan, avec un militantisme alimentaire devant servir les intérêts particuliers, au-delà de toute préoccupation éthique, s’enracine bel et bien. Pourtant, avec l’avènement de l’alternance, il y avait un état d’esprit positif qui inspirait autre chose. Il y avait, là, une occasion en or de procéder à la révolution des mentalités après celle des urnes qui en était, sous certains angles, le signe annonciateur. Malheureusement, comme pour donner raison aux tenants de l’holisme méthodologique, l’homme-acteur devient vite prisonnier du système et la machine infernale se remet à tourner dans le même sens pour les mêmes «classes».

Devant une telle situation, où le débat public se réduit aux invectives renvoyées et reformulées, on doit, déceler les signes d’une usure. C’est que le débat - s’il en est un - ne fait plus sens et que les politiques de tous bords n’ont plus la capacité de résoudre les problèmes et de comprendre les demandes sociales qui ne manquent pas. Les citoyens ordinaires ont comme l’impression d’être oubliés et de ne plus servir que de vivier électoral que viennent se disputer des entrepreneurs-militants lors des différentes échéances. Le pays vit au rythme d’une éternelle campagne électorale. On a oublié que cette dernière servait à discuter les différents projets rivalisant de patriotisme, de sérieux, d’ambition à l’approche d’une élection. A défaut de projets convaincants, les différentes formations partisanes se réfugient dans le maniement de discours de type utopico-sophiste, lorsque le machiavélisme politique reste l’apanage d’une caste.

Notre actualité politique fournit des exemples d’une pertinence incomparable de ce processus de l’évolution cyclique du discours et des attitudes militantes. On fait la critique du système en place tant qu’on y est pas associé, pour finir par son apologie irraisonnée lorsqu’il nous ouvre ses mailles. Si seulement la nouvelle recrue devait, ainsi, contribuer à l’amélioration du système qu’il intègre dans le sens d’un apport positif, la transhumance serait, paradoxalement mais salutairement, une chance pour la politique. Mais, généralement, c’est le contraire qui se produit. Avec le malheureux effet d’en faire une voie d’ascension sociale au mépris de toutes les valeurs tant vantées par les chantres de notre nationalisme alors débordant.

Lorsque les partis et acteurs politiques se renvoient la responsabilité de l’extrême politisation de l’Etat qui devait être le garant de l’éthique de la neutralité objective, c’est qu’on est en mal de repères. Le fait que la société civile devient, de plus en plus, la cible des attaques politiques, est un signe que les formations partisanes ont dilapidé leur capital dans des querelles insensées et se sont rendu compte de leur homogénéité d’action et de vision. Si on se vaut tous, doivent-ils penser, les adversaires changent de bord et le combat de nature ! Une extrême prudence s’impose, alors, pour la société civile qui ne peut se transformer en parti des acteurs ordinaires, mais doit rester l’alternative et faire l’écho des préoccupations générales noyées dans les eaux troubles de la compétition politique. Cette dernière est, certes, l’arôme nécessaire à la confrontation des idées indispensable à la viabilité du système démocratique. Cependant, lorsqu’elle se fait aux dépens de l’acteur principal qu’est le citoyen, elle repose, avec acuité, le problème de la représentativité politique qui n’est pas qu’un simple idéal. Une concertation élargie à toutes les forces vives serait un début de solution à cette crise d’identité politique. Il ne s’agit pas de pourparlers dans lesquels on perdrait son âme pour être écouté, ni de se rejeter mutuellement pour se faire entendre. Simplement, il faudrait arriver à un état d’esprit citoyen qui aiderait à dédramatiser la contradiction et en faire le socle de la critique constructive. Autrement dit, les différentes ambitions que les acteurs politiques - du pouvoir comme de l’opposition - ont pour le Tchad, doivent motiver l’action de chacun. Sans faire de l’opposition systématique ni de l’entêtement politique, tous doivent travailler pour l’évolution de la chose commune et l’émergence d’un Tchad émergent.

Ceci ne veut point dire une uniformisation qui tuerait le débat, véritable stimulant permettant l’éclosion de toutes les énergies positives. Seulement, on devrait arriver à cet état d’esprit selon lequel toutes les bonnes idées pour le Tchad seraient à prendre au-delà des appartenances partisanes et des ambitions personnelles. Si on arrive à ce stade, la démocratie, alors libérée de la mainmise des partis et des entrepreneurs politiques, comme idéal ou système permettant un développement harmonieux pourrait, enfin, commencer à faire sens. Et de là nous trouverons peut être ensemble une solution à cet imbroglio. Reste à savoir que doit-on faire démocratiquement pour trouver une alternative devant cette situation. C’est un sujet qui nous interpelle tous, loin d’une démocratie excessive à la Tchadienne.

Adoum GAGOLOUM

L’angoisse exprimée par le peuple tchadien face à ses politiciens semble de plus en plus inquiétante et devient comme un effritement qui mérite aujourd’hui une réflexion pour revivifier le pacte fondamental par lequel est lié le peuple Tchadien à ses gouvernants.

Face au déficit communicationnel, l’histoire a ainsi placé le pays au cœur d’inévitables tensions entre les libertés individuelles et les libertés collectives, entre la recherche du profit et la quête de l’intérêt général, entre la toute-puissance du marché et la nécessaire intervention de l’état. Et, si on est arrivé là c’est parce qu’on est mal parti et continue souvent à mal partir.

Interpellons nos dirigeants sur la quintessence de la communication politique. Il serait urgent pour que notre pays s’accomplisse, s’armer d’une philosophie propre aux réalités tchadiennes.

Pour ne pas plagier il faut savoir innover et qui dit innovation doit tenir compte de la nécessité de contextualisation par rapport l’environnement socioéconomique du Tchad. Les tenants du succès d’une quelconque initiative sont certes peu nombreux dans notre pays et ceux qui le sont ne tiennent pas compte de ces réalités socioéconomiques.

Contrefaire, copier, démarquer, imiter, piller voilà comment on fait de la politique au Tchad, or il fallait non seulement soigner son image et son verbe, voir le désir de plaire périodique mais éveiller le peuple tchadien sur ce qui se passe dans son pays et ensuite dans le monde.

La communication politique est désormais incontournable au niveau de l’échiquier politique tchadien. Elle peut être parfois une arme redoutable pour contrecarrer certaines attaques d’une opposition farouche. Et à ce niveau le régime de Deby est moins présent. Pourtant Déby a été celui qui a su le mieux à faire usage : « Le MPS vous a emmené un grand cadeau et ce cadeau n’est ni or et ni argent, c’est la démocratie ». Cette communication n’est-elle pas masquée le fait qu’il n’y avait pas de réels programmes et des initiatives démocratiques. Une communication persuasive qui est devenue à la longue une communication spectacle, celle qui triomphe aujourd’hui dans notre pays. Mais de spectacles, il n’y en a pas tous les jours. Il faut faire appel aux idées qui elles doivent être permanentes dans le sens d’une communication persuasive. Et c’est là le bât blesse avec le régime actuel, c’est qu’on ne sait pas même pas montrer ce qu’on a fait et ce qu’on fait, expliquer ses actions quand elles paraissent douteuses et s’expliquer sur ces silences et ses absences lorsqu’ils suscitent des interrogations. C’est aussi cela l’expertise en communication politique, ce n’est pas seulement créer le feu lors des grands moments électoraux, c’est aussi savoir entretenir la flamme après la victoire.

Le plus souvent nos dirigeants, nos opposants font campagne sans un réel programme politique structuré, ferme et prometteur. Nous ne sommes pas là pour écouter des insultes ou des insinuations à l’égard d’autrui. Il faut distinguer ce qui objectivement est bon et utile pour le peuple de ce qui emballe, attire ou diverti le peuple. La spécialité des politiciens c’est de jouer sur le deuxième cas qui est sûrement utile pour les politiciens mais pas forcément pour le peuple.

Le peuple tchadien dans sa majorité est suffisamment mature pour faire la part des choses entre le divertissement et la réponse à son besoin socioéconomique pour lequel le politicien s’est engagé, juré, promis. La communication politique a des effets sur l’entendement des tchadiens, cela résulte d’une stratégie combien pensée.

Manier très mal la parole publique peut coûter à un régime ou à un parti politique candidat. Il faut cultiver la communication dans la sincérité et dans une volonté réelle de faire pousser des idées entre le peuple qui doit être souverain et les responsables politiques.

Les hommes politiques notamment doivent comprendre qu’ils ne sont aucunement des ennemis mais des adversaires dans la complémentarité des idéologies et modèles politiques. L’homme politique doit surtout se comporter comme un véritable éducateur et par conséquent toutes ses actions doivent être concrètes et justifiées.

Le peuple tchadien à bien marre de ce jeu politicien qui pollue de plus en plus le climat social et économique du pays. Il ne s’agit pas de se réfugier derrière une idéologie ou un modèle économique spécifique pour nourrir des rêves de développer un pays. L’Etat et son peuple doivent être acteurs car il faut avant tout être républicain, c'est-à-dire des hommes et des femmes qui se veulent progressistes et donc prêts à servir la cause de la nation et non malheureusement ceux qui veulent en jouir sans participation sous forme de travail honnête et efficace. L’Etat républicain n’est pas seulement chargé d’établir des règles et de veiller au respect strict de la déontologie. Il doit légitimement intervenir pour favoriser la rentabilité de toutes les activités économiques dans le pays notamment les entreprises nationales et même privées et voire favoriser également la constitution de grands groupes de taille internationale. L’Etat républicain se doit aussi lorsque l’emploi est menacé et la cohésion sociale minée, de participer au sauvetage économique. Cette République ne peut nouer des alliances que dans le partage de ses valeurs les plus élevées et dans le but de les défendre conformément à sa vocation universelle. Enfin, l’Etat républicain doit se saisir de tous les problèmes de la cité et être donc l’expression du peuple car c’est l’expression du vrai, du beau, du juste. C’est défendre en un mot les aspirations et les ambitions du peuple. Lorsque tous ces piliers sont enfin suivis par l’Etat, il appartient maintenant au peuple de l’aider et de le soutenir à franchir le cap car être républicain aujourd’hui, c’est résister aux tentations individualistes, corporatistes, communautaristes de notre société. Ce n’est pas s’accrocher à des comportements purement opportunistes induits par des intérêts personnels tel que cela se passe aujourd’hui dans le système politique tchadien (et c’est très dommage), mais, au contraire, approfondir des principes porteurs d’un projet politique moderne. C’est enfin agir avec conscience que la République c’est lorsque son peuple se sent acteur de son propre développement et prêt à assumer son propre destin.

Ainsi face aux défis de la mondialisation, c’est seulement par la conjugaison de ces efforts que le pays pourra sortir «la tête de l’eau» ; car le développement d’une nation n’est pas l’extension à la dimension de la planète de toutes les activités économiques et l’adoption par toutes les nations et les communautés d’un modèle économique et social.

Cependant, il est clair que ces notions ne sauraient être de simples danses de style et doivent renvoyer à des phénomènes de management de types nouveaux concrets et palpables. La bonne gouvernance et la transparence ont comme corollaires la lisibilité et la visibilité de l'action gouvernementale et sont forcément sous-tendues par une politique de communication sans détours.

Les rapports des corps de contrôle étatiques décelant des manquements graves à l'orthodoxie des règles de la comptabilité publique doivent être portés à la connaissance de l’opinion publique et ce, sans préjudice des sanctions encourues par les auteurs. Cette dynamique doit guider tous les actes de gouvernement.

Cette publicité entraîne 3 conséquences majeures : 1) L'effectivité de l'accès des journalistes aux sources de l'information 2) L'exorcisation du phénomène de la rumeur publique 3) L'éclosion d'une société civile. Si on lui prive l'information par la grande porte, il l'aura par la petite porte. La rumeur publique procède de la même logique, moins on communique plus développe la rumeur publique.

Enfin il ne saurait y avoir d'éclosion d'une société civile sans la disponibilité permanente des actes des gouvernants relayés à grande échelle par les mass-médias. En effet, dès que les actes des gouvernants sont connus par les citoyens à tous les niveaux, s'instaure inéluctablement une discussion informelle sur leur opportunité ou non qui à son tour est relayée par les mêmes mass-médias de façon ascendante. L'on parle alors de feed-back auquel les gouvernants ne sauraient être insensibles. Ainsi l'opinion publique arrive-t-elle à influer sur les actes des gouvernants ? Et aujourd'hui plus que les efforts légitimes du journaliste tendant à obtenir l’information qualifiée à tort de confidentielle, c'est le déficit de communication à temps réel sur des questions sujettes à discussion comme celles du pétrole ou des marchés publics voir encore des nominations complaisantes.

J'estime que le débat est intéressant dans la mesure où il pose un problème central dans le commerce social qu'il soit diagonal, transversal ou vertical comme c'est malheureusement le cas le plus souvent. En effet un examen critique de la communication des hommes politiques tchadiens ou plus précisément ceux qui sont aux commandes de l'Etat laisse apparaître une logique unilatérale pour ne pas dire dissymétrique. Les hommes politiques bombardent le public de slogans et de formules sans toujours se poser des questions sur la réception qu'en fait ce dernier. Et ceci est en porte à faux avec la logique même de la communication qui suppose une identification commune à un certain nombre de codes et de valeurs, condition nécessaire au succès communicationnel. Or on note qu'il y'a un décalage manifeste entre les soucis premiers de ces hommes politiques et les besoins exprimés ou diffus des populations locales. La conséquence immédiate est que le débat politique, depuis longtemps, tourne en boucle sur des thèmes récurrents qui ont pour noms invectives ou promesses à tout va entre autres.
Il nous semble dès lors opportun de circonscrire le cadre à l'intérieur duquel les horizons communs sont déterminés et définis nécessitant au passage honnêteté et désintéressement chez les politiques-gouvernants et éducation et discernement chez les populations. Il y'a du chemin avant d'épouser les paradigmes communicationnels tels que connus à l'heure actuelle dans le monde.

La communication politique ne doit pas se résumer aux discours, meetings, émissions de radios et télés, interviews.
Donc, il faudrait dès à présent faire la nuance et éviter de ternir l'image du politique.
Même, une vie de famille exemplaire est un atout en communication politique.

Adoum GAGOLOUM

Après 14 ans d’absence, j’ai fait un court séjour au pays.

Je vais vous faire partager, sans prétention aucune, quelques observations que j’ai eu à faire durant mon séjour. Ces faits, d’autres les ont déjà relevés avant moi, mais en parler encore et encore, pourra, je l’espère, faire réveiller les consciences.

Et enfin, c’est un peu ma contribution, ma petite pierre, pour le moment, dans l’édification d’un Tchad plus beau, plus grand et plus vivable.

Quelques faits marquants :

1 – N’Djaména ou «Une ville sans Maire »
Premier constat : N’Djaména semble n’a pas un maire. Si oui, on dirait qu’il ne sait pas pourquoi il occupe ce poste.
La première impression que j’ai eu de N’Djamena, c’est la saleté de la ville. Quatorze ans après, rien n’a changé. Les rues sont envahies d’ordure ménagère. Les sacs plastiques tapissent les rues. Les égouts sont béants et les eaux usées et tous autres déchets y sont stagnants. Tout le monde déverse ses ordures dans la rue, sans savoir qu’il se nuit à lui-même car ces ordures sont la source majeure de pas mal des maladies et cet état de fait entraîne un problème de santé public.

Comparativement à N’Djaména, Moundou, où j’ai eu à séjourner pendant deux jours, est beaucoup plus propre. J’ai eu l’impression que la population est mieux sensibilisée sur la salubrité. Il y a moins de sacs plastiques dans les rues et cela me fait dire qu’il y a un maire à Moundou.
À mon humble avis, il faut sensibiliser la population. Les gens peuvent se réunir en association de quartier, association de rue, afin de gérer eux même leurs problèmes immédiats et en suite de proposer des solutions aux autorités.

Prenons un exemple : un monsieur qui a une villa et une voiture qui coûtent plusieurs millions, habitant un quartier où sa villa est entourée des maisons en poto-poto avec une rue transformée en dépôts d’ordure, les caniveaux bouchés, ce monsieur-là peut initier la mise en place d’une association et de prendre en charge une partie des frais d’entretien, de ce fait, il se rendra service à lui-même.
Il faut absolument des initiatives individuelles pour le bien collectif.

  2 – Le mépris du pauvre
J’ai été témoin de plusieurs événements qui montrent le mépris qu’ont certains de nos compatriotes envers les plus faibles, les plus pauvres, bref envers l’autre.
J’avais un voisin, au cours de mon séjour, qui avait mis sur le trottoir un énorme groupe électrogène dont le bruit empêchait de dormir même les occupants d’une maison qui se situerait à 500 m, alors que ce voisin, tranquille dans sa chambre climatisé, son salon électrifié passe une nuit sans souci. C’est du tapage nocturne.
À cause de cette personne, d’une seule personne et sa famille, des nourrissons, des enfants, toute une famille, tout un carré ne peuvent pas dormir tranquillement, d’où le cortège de toutes les maladies dues à un trouble de sommeil.
S’il était un citoyen consciencieux, ce monsieur placerait son groupe à l’intérieur de sa villa et le munirait d’un silencieux. Il semble que cet accessoire coûterait « un peu cher ». Vu l’état de sa villa, cela peut être très modique pour lui. Il a choisi l’économie de cette somme à la santé et le respect de ses voisins. Attention, il n’est pas le seul à avoir un tel comportement, il y a en à chaque coin de rue.
Je suis écœuré par ce comportement. À mon humble avis, les gens doivent dénoncer ces agissements en justice et demander des dommages et intérêts. Mais comme les Tchadiens sont fatalistes (Allah bess sawa) et beaucoup de ceux qui me lisent diront « Pourquoi faire ? Rien ne va changer ».

Au contraire, tant qu’on n’en parle pas, c’est difficile que les responsables s’en rendent compte. À force de dénoncer ces faits, de multiplier des plaintes cela finira, incontestablement, par avoir un résultat. J’en suis sûr et j’en appelle à mes chers compatriotes Tchadiens pour qu’ils ne baissent pas les bras. Réveillez-vous les gars. « Rome ne s’est pas faite en un seul jour ».

3 - Les interminables barrières des brousses
Ces barrières interminables à l’intérieur du territoire national, tout le monde en a parlé, a dénoncé, a crié jusqu’à l’épuisement et moi aujourd’hui j‘en joins à ma voix à ceux qui m’ont précédés. Il y a une barrière de police et/ou de gendarmerie et/ou de douane, à chaque entrée d’un village.
Pourquoi les paisibles voyageurs (petits détaillants le plus souvent) sont-ils rackettés au vu et au su de tout le monde ? Pourquoi ne voit-on pas les conséquences sur l’économie du pays, d’autant plus que l’économie informelle tient une place très importante dans l’économie du pays ?

Toutes ces dépenses supplémentaires seront supportées par le consommateur final qui est très souvent le pauvre paysan et éleveur du fin fond du pays.
Pourquoi il n’y a pas la libre circulation de biens et personnes à l’intérieur du pays ? Où sont passés nos dirigeants dont la première responsabilité est de s’occuper du pays et du bien-être de sa population ? Où sont-ils ?

4 – Les Urgences des hôpitaux sont Urgences que par nom
Je vais vous relater un fait dont j’ai été témoin et acteur.
Un jour, vers 2 heures du matin à Moundou, on cause avec mon frère, quand on apprend que son épouse est tombée dans le coma. Vite on transporte la malade à l’hôpital central. Arrivée aux urgences, je porte ma belle-sœur dans mes bras et cours pour la déposer à l’intérieur sur un brancard. Entre temps dans la même salle, sont assis autour d’une table, une aide-soignante, un infirmier et une troisième personne. Bien que je porte une mourante, personne ne daigne bouger. Je me retourne vers eux et les informe que j’amène une personne dans le coma. Alors un dialogue bizarre s’engage avec l’infirmier. Sans bouger de sa place, l’infirmier me lance, « est ce que tu as le carnet ?»
Je réponds « mais, je vous dis qu’elle est dans le coma et vous me demander un carnet. Occupez-vous d’elle et moi je m’occupe du carnet ».
Il persiste : « mais il me faut son carnet pour noter les observations ».
Je perds ma patience et on se lance des incivilités et ceci pendant une bonne dizaine de minutes. L’infirmier, s’estimant agresser a appelé les forces de l’ordre, alors que ma belle-sœur se trouve dans un état critique.
Immédiatement, un gendarme de garde, à demi-réveillé, se pointe et demande « est ce que c’est vous qui agressez les médecins ?» avant qu’on ne lui réponde, il reconnaît un de ses supérieurs et demande à tout le monde le calme. 
Quant à l’infirmier, lorsqu’il comprend la situation, se tait un moment avant de continuer à insulter la fonction annoncée et refuse catégoriquement de prendre en charge la malade. L’autre infirmier et l’aide-soignante, à leurs tours, refusent catégoriquement d’assister la mourante (non-assistance à personne en danger). Par chance, le vacarme a réveillé, je dis bien réveillé, l’infirmier major de garde qui dormait dans une pièce voisine. Excédé mon frère prend son épouse pour l’amener vers un autre lieu de soins mais l’infirmier major l’en dissuade, ainsi que nous aussi, et lui demande de le laisser traiter la malade.
Finalement, après une demi-heure, la malade est prise en main par un corps médical dans ce qu’on appelle « Urgences de l’hôpital de Moundou ».

Bien évidemment, j’ai bien fait savoir à cet infirmier, qu’il n’a aucune conscience professionnelle, aucune déontologie de son métier, aucune éthique médicale.

Il semble que c’est aussi monnaie courante à travers tout le pays et je propose qu’il faut là également réagir pour changer la situation car, ces genre d’infirmiers sont des brebis galeuses et ne doivent pas salir la réputation d’autres qui sont bien plus meilleure et dont la présence permet d’éviter beaucoup de drames.

5 – Le téléphone portable
Évidemment, cet outil est plus que nécessaire dans le monde de technologie dans lequel nous vivons, mais je pense que bon nombre de nos compatriotes ont compris autrement l’utilité de cet appareil (exception faite, pour les gens qui s’en servent comme outil de travail). C’est le suivisme et le m’as-tu vu de mes compatriotes, cette fierté déplacé (pourquoi l’a et moi pas) de vouloir vivre au-dessus de ses moyens, de copier les autres même si on n’a pas les mêmes revenus.

Je ne comprends pas qu’une personne qui habite un quartier quelconque, dans une maison non électrifiée, avec un revenu mensuel incertain, se procure un téléphone portable. Cette situation à plusieurs conséquences :

  1. a) Il doit charger régulièrement la batterie de l’appareil, comme il n’a pas d’électricité chez lui, il doit se déplacer chez les gens pour quémander de l’électricité.
  2. b) Il doit acheter une carte téléphonique prépayée tous les deux mois au minimum (à vérifier) même s’il n’a pas encore consommé ses unités téléphoniques
  3. c) Étant donné que cette personne a des revenus incertains, cela entraîne des problèmes financiers en plus.

6 – L’absurdité du Tchékitine (jeter de billets de banque au cours des soirées musicales)
On doit interdire (même par une loi) cette pratique d’un autre âge, une pratique pervertie par des inconscients.

Comment imaginer qu’une personne saine de corps et d’esprit, puisse verser plusieurs dizaines de milliers de francs en une soirée, rien que parce qu’un petit musicien, griot de temps modernes, lui déclame quelques fausses louanges.
Que ressentent ces gens lorsqu’ils passent devant un mendiant qui cherche uniquement à manger à sa faim ?
C’est une insulte envers ces braves pères (ou mères) de famille qui se saignent pour assurer le quotidien.

Je suis sûr que les adeptes de cette pratique, ont quelque part, un parent, un ami ou un voisin, qui ne prend pas les 3 repas quotidiens. Je suis sûr que le commerçant qui a constitué sa fortune sur la base des économies des centimes, ne sera jamais de ces gens-là.

Que le bon Dieu, le Tout Puissant Miséricordieux, vienne en aide à notre beau pays.

Je tiens à remercier mes frères, sœurs et amis qui m’ont comblé de bonheur au cour de ma présence au milieu d’eux. Comme on l’a dit quelque part, « si l’étranger qui va chez quelqu’un sait tout ce qu’il apporte à son hôte, il serait jaloux et repartirait avec » ; si vous savez ce que vous m’avez procuré comme bonheur, vous en serez jaloux.

Et puis il y a ma mère. Dame courage, comme bien d’autres fils et filles en ont sans en apprécier la valeur. Merci à ma mère qui m’a pardonné, m’a serré dans ses bras malgré le tort que je lui ai causé suite à cette longue absence. Un pardon qui m’a permis de me réconcilier avec moi-même.

Saleh GOUKOUNI

Il y’a 20 ans, disparaissait feu Idriss MISKINE (Que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde). Nous avions voulu matérialiser cette commémoration par la parution d’un ouvrage intitulé
 « Vie et mort d’Idriss MISKINE. ».

Nous n’avions pas été à la hauteur pour publier le dit ouvrage de manière concomitante avec la commémoration du vingtième anniversaire de la disparition du défunt. Nous faisons notre, la conviction de l’homme d’Etat qui avait dit : « Nul n’est besoin d’espérer pour entreprendre ou de réussir pour persévérer »

Mon propos aujourd’hui et ce, à titre personnel répondre à une lettre émanant de Monsieur Néné Hémir TORNA, pas pour l’intérêt que je porte au contenu dont l’auteur a réussi l’exploit de faire émerger de ma mémoire une vielle Assertion de Bossuet : « Il faut être économe de ses mépris, il y’a tant des nécessiteux. », mais essentiellement raconter modestement l’homme : : Idriss MISKINE.
Mais puis- je m’empêcher de révéler et répondre aux élucubrations truffées dans la missive de Torna ? D’où un écrit en abyme comme il vous sera donné de constater.

Monsieur TORNA officier de police et à Sciences-po. (pas moins), avait traité des sujets pourtant sérieux avec légèreté, et une confusion déconcertante.

Soit, Mr TORNA avait suffisamment connu l’homme au point de savoir des choses et qu’il n’a pas tout dit, et que nous autres ignorons et par conséquent, nous échappent. Ou il ne sait rien du tout de feu Idriss, et par des contorsions olympiennes, il avait slalomé de tergiversations en contrevérités. Périlleux exercices.

MISKINE, nom prédestiné n’était pas homme à aimer les honneurs encore moins à être idolâtré. C’était simplement un homme imbu d’idéaux, un soixante-huitard dans sa forme adolescente et à la sauce tchadienne. L’homme un peu rebelle qui luttait à contre-courant comme dirait Kafka. Il n’était pas de ceux qui cherchaient le pouvoir pour le pouvoir.

Après l’avènement de 1975, l’arrivée des militaires au pouvoir. Le CSM (Conseil Supérieur Militaire.) avait par souci de représentativité, proposé par deux fois au défunt un poste ministériel. Du haut de ses 26 ans, la tête sur les épaules, il déclina les offres. Attitude interprétée à contrario comme sympathie pour le FROLINAT. Désintéressé était l’homme.

En 1978, quand Habré dans la faveur de la réconciliation nationale, consulta Idriss pour une entrée imminente dans le gouvernement qui devrait être constitué ; Il n’avait pas fallu moins de trois réunions regroupant ses différents amis et proches pour l’en dissuader Ces consultants de circonstance partaient de supputations et d’objectifs différents. S’il y’avait de ceux qui donnaient leurs avis inspirés par le souci national, en évoquant la réconciliation des fils du Tchad comme tremplin pour un Tchad stable qui s’attellera à son développement, en place et lieu des guerres fratricides. ; Aux nordistes pleins d’amertumes, revanchards qui considéraient qu’il est impensable qu’Idriss n’aille épauler Habré dans cette tâche ardue qu’est l’établissement de la règle de 14 préfectures.

Un autre groupe se distinguait sous le sceau de la discrétion, En misant sur le défunt, en espérant que la présence de Miskine à coté de Habré contrarierait le dernier dans ses desseins ambitieux et démesurés. C’étaient les sympathisants idéalistes du grand FROLINAT.

Ne manquaient pas à la concertation ceux pour lesquels, être ministre n’est pas seulement un honneur personnel mais la gloire de la région voire celle du village.

Tous étaient en désaccords selon l’approche mais d’accord pour qu’il aille. Équilibriste.

Vinrent les événements de 1980, notre pays sombra dans la grande tourmente de son histoire.

A l’instar de nos gentillets politiques (actuels), des tendances variaient en nombre croissant qui n’a d’égal que le taux d’inflation des républiques bananières.

Les FAN étaient une des composantes. Idriss MISKINE comme d’autres hommes pétris de nationalisme et de sincérité tels Ousmane GAME, Abdramane HAMDANE (qu’ils reposent dans la sérénité) avaient déterminé leurs positions, fait leur choix et pris leur camp. Animés par leurs idéaux, ils croyaient fermes faire prévaloir la prééminence des valeurs telles : la lutte contre l’injustice, l’abolition du népotisme dans un TCHAD un, indivisible, digne et souverain dans ses frontières.

Perspicaces étaient ceux qui doutaient que Habré n’incarnait pas ses valeurs. Habré avait relativement (par rapport aux autres chefs de tendances) l’adhésion des tchadiens et suscitaient même l’admiration de bons nombres d’africains. Il serait intellectuellement malhonnête de ne pas le reconnaître.

En cette triste période : La menace libyenne était patente. L’idée expansionniste de Kadaffi passait dans sa phase hégémonique. À juste titre, l’ombre de Kaddafi avait galvaudé les louables intentions des brillantissimes tchadiens autant intègres que sincères qui se trouvaient au sein du GUNT, Messieurs Goukouni, Acheikh, Négué djoko entres autres. Amenés à composer avec d’individus ternes avides « du macaroni libyen » l’expression est d’Habré.

Le C.C.F.AN , arrivé au pouvoir se trouvera gangrené par son propre « Boss ». Le nationaliste se métamorphosera en super claniste non sans avoir cultivé le régionalisme. Machiavélique dit-on ! L’U.N.I.R est devenu le D.E.R.G . Habré le clone de MENGISTU, en plus criminel. Le despotisme institutionnalisé, le liquidationnisme le lot des tchadiens.

Alors les hommes intègres qui juraient de changer le Tchad s’étaient trouvés aspirés, broyés, réduits à néant par un système alimenté par d’autres Tchadiens pernicieux, cyniques et vénaux ceux-là.

TORNA : « l’ignominie qu’a connue la communauté hadjaraye de 1987 à 1990 a une relation directe avec l’engagement quasi aveugle du défunt. » Affirme notre fin limier d’officier de police.-N’eûrent-été la légèreté et la précipitation dont vous faites montre dans vos convictions, nous serons tentés de vous demander de diligenter l’enquête sur la disparition du défunt-. Enfin ça sert à quoi un officier de police ?

Soyons sérieux. .Y’a-t-il lieu de rappeler à notre officier, qu’Idriss MISKINE que nous portons certes encore dans notre cœur est décédé le 07/01/84 et qu’il avait été enterré le même jour. Établir une corrélation entre ‘l’ignominie qu’a connue la communauté hadjaraï et Miskine, ne peut relever que de l’imagination fertile d’un adepte de navets policiers.

En effet après la disparition d’Idriss, un climat de suspicion s’était installé entre les ressortissants du Guera (et pas seulement) et Habré. On parlait du mal-être Hadjaraye généré par la disparition subite d’Idriss dans des circonstances douteuses. Dans tous les milieux, chacun allait de sa version, à tel point que lors d’une réunion de solidarité des ressortissants du Guéra, le représentant d’un notable arabe déclara en substances : « Alors que les autres se concertent la nuit tombée, vous mes frères hadjaraïs, vous vous réunissez en plein jour.» Remarque avisée qui interpellait à la vigilance.

Justement les autres : Habré entouré de quelques proches occultes concevaient un plan à inscrire dans un programme sciemment élaboré pour contenir toutes tentatives ou prétendues telles, en éliminant boys, bouchers, officiers ou combattants de base, intellectuels ou analphabètes. Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple : Le générique Hadjaraye suffisait. Seuls Messieurs Mahamat NOURI et Taher GUINASSOU furent parmi les rares à signifier à Habré leurs désapprobations et se sont désolidarisés de l’entreprise.

L’ordre donné les agents de la D.D.S (police politique) et la garde présidentielle. Passèrent à l’action. Nombreuses étaient les victimes qui avaient été cueillies dans leur sommeil, lesquelles subiront les supplices les plus abominables dont seuls les bourreaux de la D.D.S, ingénieusement en excellent. Le Tchad de Habré peut s’en glorifier. Les rescapés -comprenez ceux qu’on n’a pas réussi à mettre la main dessus ont rejoint d’une façon ou d’une autre les montagnes se réorganisèrent : Le MOSONAT était né.

Notre officier parlait d’ignominie. Ignominie…dites-vous ? C’est un euphémisme de grande taille. Ce fut un carnage. Emporté dans votre élan vindicatif, vous considérez qu’Idriss MISKINE en est le responsable. .Pendant que vous y êtes pourquoi ne pas lui attribuer : « Pendez-moi, brûlez mes villages, quant aux miens faites en des bûchers ».N’est-ce pas du Molière ça ! Changeons les décors.

L’idée de L’AJEG (Association des Jeunes du Guéra.) n’était pas mue par une quelconque considération tribale, et d’ailleurs le nom de Miskine ne peut être approprié à des telles approches. Encore moins que les zaghawas aient fait des émules chez les hadjarais. (comme s’ils ne sont faits que pour singer). L’étroitesse d’esprit peut mener à tout. Quand on honore des hommes tels Djamous, GODY Haroune et autres braves anonymes (qu’ils reposent en paix.). C’est au-delà d’une préconception tribale. Ils bénéficient d’une autre dimension, celle-là est nationale. Ils avaient contribué à la destitution de Habré et c’est le peuple Tchadien entier qui en est leur reconnaissant. Car ils ont sacrifié tout ce qu’ils avaient de plus cher, leur vie. Pour une cause juste de surcroît s’ingénier à confiner ces vaillantes personnes à leurs régions c’est blasphémer leurs mémoires. La victoire du 1er décembre fut celle d’un peuple, quoiqu’ usurpée par la suite par des opportunistes de tous bords. Et plus consternant l’usage honni du pouvoir qu’en font leurs anciens compagnons vivants ceux-là.

Le recours au prisme n’a pas d’espace dans la logique d’un Tchad uni et Solidaire que nous clamons de toutes nos forces.
-« Dieu se rit des créatures qui se plaignent des effets dont elles chérissent les causes. »

Je vais tenter de répondre à la fameuse « question qui vous taraude depuis quelques moments », vous dites bien depuis quelques moments. Vous n’êtes pas trop enclin à faire travailler votre mémoire. La question d’autres se la posent depuis des décennies Je vous cite : « Pourquoi les hadjaraïs sont utilisés comme accessoires pour la conquête du pouvoir ? Et une fois au pouvoir…» Formulée par mes soins en m’inspirant de la conception que vous avez de la chose, votre question peut être comprise comme telle : Les hadjaraïs ont toujours été avec d’autres bien sûr, de tous les combats et répondent absents quand il est question du partage du gâteau n’est-ce pas ?

Votre question me parait tout à fait légitime quand on se met dans la logique conceptuelle de leurs différents compagnons d’armes. La question, et la réponse (votre désir en somme) que vous attendez sont malsaines dans leur essence, s’il faut inscrire une telle approche dans un cadre large, national. Faut-il continuer à cultiver un tel état d’esprit sans perpétuer les maux dont est sujet notre cher pays ? N’est-il pas urgentissime de songer aux voies et moyens qui pourraient nous permettre d’éradiquer ces pandémies afin que le Tchad soit viable ? Autrement, nous nous retrouverons face à de tels phénomènes de façons itératives et récurrentes qui conduiront notre pays de son agonie actuelle à une disparition inéluctable. Surpassons-nous mais ne soyons pas masochistes.

En effet notre officier de police et à sciences Pô à Marseille justement, trouve que les hadjaraïs sont utilisés comme accessoires dans les différents combats. Accessoires, je récuse le mot à moins qu’en dehors du bel accent chantant, les marseillais prennent leurs aises en définissant autrement les mêmes vocabulaires de la langue française. Ou faut-il accorder cette bévue, à l’actif de faute d’attention, histoire d’avancer. Mais je vais m’hasarder dans la voie anthropologique pour lever toute équivoque :
Le hadjaraï (pas de la ville comme ils aiment à le répéter) est le produit d’un environnement physique et social cristallisé par la rudesse spatiale, un relief abrupt où il faut composer adroitement avec des éléments hostiles, des normes éthnosociales rigides, une éthique ferme.

Ces éléments ont fait cet homme sociable, affable, discipliné mais insoumis (durant la colonisation, se voyant dominés et impuissants face aux forces coloniales, une centaine de jeunes filles et garçons gravirent la montagne une fois arrivés au sommet, ils se sont tenu les mains et se sont laissé tomber dans le vide.)–témoignage révélé dans un ouvrage dont l’historien KODI Mahamat a dans sa bibliothèque et dont j’ai égaré les références.- Le hadjaraï par essence est sincère, fidèle et confiant (qualités qui frisent la naïveté ou perçues comme telles) ; Il ne redoute pas le sacrifice. Il est en général courageux et endurant.

Ses qualités intrinsèques n’ont pas échappé aux colons : Au Tchad, Le Guéra constituait le principal réservoir supplétif de l’armée française en difficultés. L’embryon de l’armée nationale tchadienne et de la gendarmerie est constitué en bonne partie des ressortissants du Guéra. Paradoxalement, nombreux étaient décorés de la croix de la valeur militaire par la (mère patrie) et remerciés pour services rendus à la France, mais n’auront pas l’aptitude militaire de franchir le grade fatidique d’adjudant-chef dans les corps nationaux. Une consolation : En janvier 1973 la promotion de la gendarmerie avait été baptisée à titre posthume : promotion DAGA.

En 1979, des bataillons entiers (anciens de l’armée nationale) avaient rejoint les F.A.N. de Habré faisant le gros de troupes. Tandis qu’autour de l’intrépide ’Abdelaziz Izzo Miskine, bon nombre de ressortissants du Guéra combattaient dans les F.A.P. de Goukouni ; alors que le chef d’état-major de C.D.R. de feu Acyl Ahmat( que la terre lui soit légère), n’était autre que le Vaillant Gamané (que la paix soit sur lui). La région du Guera de par ses fils était à elle seule une tendance. Erreurs d’appréciation des uns et des autres ? Engagements sans à priori justifiés par des raisons (idéologiques) qui excluaient l’exclusivité d’une considération régionale et/ou tribale ?

Notre souhait aurait été que ce potentiel conjugué aux efforts d’autres hommes de bonne volonté aurait pu contribuer à un Tchad autre que celui que nous connaissons.

La philosophie du hadjaraï parait incompatible et s’accorde mal avec la forme de la gestion de la cité à laquelle nous commençons à nous faire. Paradoxalement, par sarcasme on nous prête le « nom » de caillou. Étymologiquement caillou vient du latin calculus d’où l’origine du mot calcul en français. On ne prête qu’aux riches dit-on, alors que le hadjaraï n’intègre pas le calcul dans ses calculs tout simplement parce qu’il n’en est pas question quand il s’agit des rapports humains. La parole donnée est un gage, un pacte scellé est sacré. Il lui arrive de ne pouvoir se détacher de son moule. Il a toujours tendance à penser que l’autre a la même échelle d’appréciations d’éthiques que lui. Ce qui n’est pas le cas dans ce Tchad de prédateurs.

C’est à vous donner la nausée n’est-ce pas Monsieur l’officier de la police ? Un peu d’antiémétique ne vous fera pas du mal. Au point de vous renier car tout simplement vous accusez la nature et ou le destin, et Je vous cite : « Que le sort a fait que nous soyons de la même région…». Courage, fuyons les montagnes.

Pour faire simple, je vais être amené à recourir à feu Senghor qui dans une réflexion de bon sens et qui doit interpeller tout bon nègre disait : « Il n’y a pas des français noirs, il y’a des noirs français.» Subtile approche. Incombe à vous alors de faire de votre propre mot compliqué et complexé « L’hadjaraïtude » ce que bon vous semble.

Officier rompez le rang.

Faites une cure d’antihistaminique qui vous guérira de l’allergie des ponctuations dont vous souffrez. Vous aurez le mérite d’épargner à vos lecteurs d’interpréter confusément vos propos dont l’un des paragraphes : souligne : « Particularité démontrée avec la découverte des charniers à 150 mètres de son domicile de quartier de sabanghali le 16/12/1980 feu Miskine ne pouvait ignorer l’existence ». Rien que ça ! Un peu d’exercices et on retrouverait les victimes de cette barbarie (Que Dieu ait leurs âmes) dans la cour de la maison du défunt.

Vous trouvez « Que le génocide survenu quelques années après n’était que bêta ». Quelle que soit la position de votre variable, il existe des valeurs qui lui sont soit supérieures, inférieures ou égales. On ne va pas se livrer à une algèbre macabre et litanique mais retenez seulement que le génocide défini comme l’extermination en masse d’un groupe pour une raison ou une autre ne peut être gradué (et sur quelle échelle ?) Un génocide est un génocide.

-‘’Chacun préfère plutôt croire que juger’’ Sénèque.

Et subitement. Vous pensez aux points là où on ne vous attend pas. Salut l’artiste. « Il n’est pas dans mon intention d’absoudre quiconque loin de moi toute idée de distribuer de bons et de mauvais points». Commencez déjà à être généreux avec vos points à vos propres phrases. Et si vous voulez qu’on s’emploie à donner des points. Au vu et à la lecture de votre papier duquel je retiens le contenu, stylistiquement incohérent, constitué des phrase biaisées (manque de courage dans l’intention), un argumentaire insuffisant, un fond vindicatif révélé par des phrases où les vocabulaires les plus courants sont écorchés, une syntaxe démembrée.. Pour tous ces attendus, Monsieur l’officier vous méritez un zéro pointé.

Il n’est pas original que d’affirmer à être loin et longtemps de son terroir, nous perdons non seulement notre état d’âme mais aussi nos réalités. Savez-vous qu’en bons montagnards chez les hadjraïs, la représentativité de la communauté (même traditionnelle) ne repose pas sur un hypothétique croisement des chromosomes. En clair ce n’est pas une question d’hérédité ou un fait systémique. Le chef est désigné en fonction de sa probité, de sa personnalité, de sa prestance…Au chef désigné de ne pas trahir la confiance qui lui est faite et qui lui confère la légitimité. D’être à la hauteur. Autrement il est destitué comme il a été désigné. Ceci étant souligné, les représentants actuels qui souffrent d’insuffisances à votre goût, et rassurez-vous.

Je ne vous déments pas, mais je m’interroge quelles marges de manœuvres ont-ils ?

Pour réaliser votre vœu (au cas où vous regagnez le rang) : pour les faire partir il ne suffit pas de se contenter du gentillet espace que nous offre le site ialtchad. Il faut plus.

À bas alors les tenues de parades, d’officiers soient-elles

Rien n’est plus aisé que de se retrouver au sud de la France et vilipender des jeunes « quelques » selon vous- pourquoi pas 2 ou 3 pendant qu’on y est-qui s’évertuent à se retrouver au sein des associations (que vous trouvez modestement caricaturales), afin de confronter leurs idées, approfondir des réflexions avec le seul souci de dégager des projets susceptibles d’améliorer le lendemain ?

Contrairement à ce que vous avancez les jeunes de l’AJEG ne sont nullement en quête d’un symbole mais s’identifient à un homme dont les qualités humaines, entre autres : le partage méritaient le respect. Tout ce qu’il entreprenait, il le faisait avec abnégation. Humain, tolérant (en dépit de ses fulgurants emportements connus de tous), son courage et sa témérité forçaient l’admiration et le respect des combattants indisciplinés. Idriss Miskine incarnait le tchadien fier et sans complexe dans un Tchad à l’image du Guéra où musulmans (avec des imams de renom), des chrétiens (les 2 premiers jésuites tchadiens) et des animistes (des chefs de culte margaï respectés) cohabitent en intelligence et en harmonie. Oui à cet homme tout simplement en l’homme que les jeunes de l’AJEG (pas qu’eux) se reconnaissent... Attitude qui nous réconforte d’autant plus que cette jeunesse fait montre d’une prise de conscience en parfaite adéquation avec les soucis de tout digne tchadien : Un Tchad de paix, de tolérance et de solidarité excluant les considérations religieuses, régionales.

Haï ou adulé Idriss Miskine ne laissait personne indifférent. À cet égard, même ses adversaires pas ses ennemis comme il aimait à le répéter, trouvaient en lui l’homme fédérateur, l’homme du consensus.

L’option du 3e homme susurrée dans certaines chancelleries ne gambergeaient pas dans l’esprit des politologues ès affaires tchadiennes par hasard. Elle traduisait le souci de matérialiser l’aspiration d’un peuple tchadien dépassé par les affres des soubresauts politico-militaires de leur pays.

Approché par les milieux français, Idriss Miskine de retour de Paris s’est confié à Habré -pas moins-. Fidélité, naïveté, Je penche pour les deux. Habré n’a pas attendu longtemps pour traiter de ‘’pauvre imbécile le conseiller de François Mitterrand ‘’ lors d’une conférence de presses qui a eu d’échos en France. Le journal le monde en avait fait la une.

Soupçonneux, était Habré qui adepte des pratiques occultes, avait demandé le concours d’un marabout du nord du Cameroun féru en voyances afin de lui déterminer le devenir de son règne. La prédication n’avait pas tardé et révélait : Votre futur remplaçant se prénomme Idriss. Ca peu heurter les incrédules et ébranler la rationalité. Rien n’eut été su si le vénérable marabout par acquis de conscience ou par remords avait dépêché un de ses disciples auprès de la famille du défunt pour leur exprimer sa compassion et ce, après la destitution d’Habré bien sûr et la prise du pouvoir par Idriss…Déby celui-là.

En 1980, j’avais eu le privilège de recevoir une lettre (très révélatrice) émanant d’Idriss alors qu’il partait à Nairobi via Kinshasa accompagné de Monsieur Ali Salim. Laquelle lettre (dont je suis encore en possession) mentionnait dans un des paragraphes : « …Quant à moi ne te fais pas de soucis. Au moment où notre pays traverse la plus dure, la plus rude histoire de son existence ma vie n’a de sens qu’en témoignant d’une manière positive pour son devenir, son avenir en tant qu’État, en tant que Nation. Je peux disparaître d’une minute à l’autre par une balle ou par une fatalité quelconque. Ainsi je serai arraché aux miens... ;».

Au-delà du caractère prémonitoire de la lettre, ces passages impriment la volonté inébranlable et l’ambition de l’homme pour son pays, tout en ayant conscience du sacrifice à consentir.

En devisant avec quelques politiques tchadiens (adversaires d’hier, amis ou anciens compagnons jusqu’à la ‘’fatalité’’) avec lesquels il m’avait été donné de partager l’intimité du contenu de la lettre, une fois la tristesse nostalgique contenue, des gorges encore nouées et vibrantes s’accordent : finissons l’œuvre.

Oui œuvrons pour « l’avenir, le devenir de notre pays en tant qu’Etat, en tant que Nation.».
À Dieu nous appartenons et à lui nous retournons
MISKINE repose en paix.

Doungous DAGA NANGTERLE

Où s'arrêtera la fulgurante ascension de Mahamat Hissène ? L'ancien directeur de publication du Progrès a décroché, en l'espace d'un an, les postes si convoités de premier vice-président de l'Assemblée nationale et de secrétaire général du MPS, au grand dam des nombreux militants de la première heure. Sous d'autres cieux, de telles promotions seraient célébrées comme le triomphe du mérite et de la compétence. Au Tchad, et dans le cas de Mahamat Hissène, elles exemplifient le règne de l'arbitraire et la manipulation du système politique à des fins purement égoïstes.

Alors qu'un congrès ordinaire du MPS venait de se tenir, c'est un congrès extraordinaire du Conseil national du salut (comité central) qui a élu MH. « par acclamation ! » Un scénario qui choquerait jusqu'aux Nord-Coréens ! On est en droit de se demander comment celui-là qui n'avait recueilli que deux voix (dont la sienne !) aux élections primaires du 4e arrondissement de la capitale, a réussi à faire l'unanimité au plan national.

« Nous nous opposons à la candidature de Mahamat Hissène au 5e arrondissement car ce dernier a été déjà battu aux élections primaires du 4e arrondissement, » avaient écrit ses camarades du parti dans un communiqué de presse daté du 8 février 2002. Ce même jour, ils adresseront à la Ligue tchadienne des droits de l'Homme une lettre dans laquelle ils accuseront leur parti « qui prône la démocratie » de « faire fi des aspirations » des militants et leur imposer « des candidats du sommet. » Dans une autre missive adressée au Bureau exécutif national, les militants avaient mis en demeure leurs leaders nationaux en termes clairs : « Voilà, nous vous écrivons une fois de plus pour dénoncer l'imposition de votre candidat baladeur et impopulaire Mahamat Hissène dans notre circonscription électorale du 5e arrondissement. »

Cela n'empêchera pas le nouveau SG du MPS de prétendre au lendemain de son récent « plébiscite » que la démocratie s'est renforcée au sein de son parti. « Auparavant, le SG était désigné par le Congrès. Maintenant, il est désigné par le CNS (Conseil national du salut.) C'est pourquoi, je dis qu'on a réduit le pouvoir à ce niveau pour le redonner plus bas » a-t-il déclaré dans une interview publiée par son journal Le Progrès le 24 novembre 2003. Comme si les 363 membres du CNS étaient plus représentatifs que le Congrès du parti ! Poursuivant sur la même lancée, MH assure que les dirigeants du MPS veulent en faire « un parti de masse. On va sentir le MPS beaucoup plus dans ses cellules plutôt qu'au bureau national, à N'Djaména. » Quelle hypocrisie de la part de quelqu'un qui a été imposé aux militants de la base !

Pour l'ancien patron du Progrès, tout est apparences, tout ce qui est d’origine louche peut toujours être blanchi à coups de beaux discours et subterfuges. MH ignore cependant une dimension élémentaire de la communication humaine : dès l'instant où l'on dit ou écrit quelques mots, on se révèle beaucoup plus qu'on ne le souhaite. Prenons un exemple. Dans son interview au Progrès du 24 novembre 2003, le tout nouveau SG du MPS a déclaré : « Mon sentiment, c'est d'abord celui de la servitude à l'égard du parti. » Or, le dictionnaire  Le petit Robert nous enseigne que le mot servitude signifie « état de dépendance totale d'une personne ou d'une nation soumise à une autre. » Dans le même registre, ce dictionnaire signale des mots comme asservissement, soumission, sujétion !

En voulant nous dire qu'il comptait se mettre au service du parti, MH nous a involontairement révélé son vrai sentiment : celui de n'être qu'un pantin, simple instrument d'une machination visant à préserver le statut quo au Tchad. Ce qui nous amène à nous intéresser aux éléments qui ont amené les tenants du pouvoir à miser sur notre ex-confrère. « L'ancien directeur de publication du quotidien Le Progrès n'a pas de personnalité, donc est manipulable et malléable» écrivait Benjo dans N'Djaména Bi-hebdo du 11 juin 2002 ; « corvéable à satiété, girouette politique, serviteur zélé, » convient Bakary Mana Bello, éditorialiste du site internet Ialtchad. Comme on le voit, la triste réputation de MH est désormais solidement établie.

Pour leur part, ses commanditaires espèrent capitaliser sur sa capacité exceptionnelle à attiser les dissensions entre nordistes et sudistes, entre « christiano-animistes » et musulmans. L'intéressé lui-même situe son ère de gloire à la sombre époque des tendances politico-militaires, l'ère d'un Tchad morcelé. Tous ceux qui suivent sa carrière depuis 1979 savent qu'il n'a pour rêve que de mobiliser l'électorat nordiste autour de la religion et garantir la pérennité du Nord au pouvoir. Aujourd'hui, il se trouve à un doigt de son objectif : en effet, le tout nouveau Secrétaire général du MPS est aussi le Secrétaire général de l'Union des cadres musulmans du Tchad.

De là à proclamer que le MPS « parti naturel des musulmans » il n'y a qu'un pas déjà allègrement franchi en 2001 par l'imam Hissein Hassan Abakar. On se rappelle que ce dernier avait accusé Ibni Oumar Mahamat Saleh, leader du PLD, de s'être allié aux Kirdi contre Idriss Déby, le candidat musulman à la présidence.
Rassurez-vous, il reste encore à MH assez d'intelligence pour s'enfoncer personnellement dans pareil pétrin. Il en laissera le soin à son journal Le Progrès qui, notant le 15 juillet 2002 que l'imam Hissein Hassan Abakar avait « essuyé tous les tirs francs, même de certains musulmans » a conclu, comme à regret : « Le chef de la communauté majoritaire du pays est ainsi réduit au silence quant à son implication politique. »

Abdéramane Barka, l'héritier de MH à la tête du Progrès, et auteur de ces lignes, n'a pas réalisé que ce qui est légal n'est pas nécessairement acceptable aux yeux de la religion. Si, sur le plan strictement légal, l'imam était dans son droit, ce n'était pas le cas sur le plan moral ou religieux. Le candidat des musulmans doit être nécessairement le plus pieux d'entre eux. Or, l'imam ne nous a pas démontré en quoi le président Déby est plus musulman et plus pieux qu'Ibni!

Dans l'esprit des sudistes, MH est le chantre de la division Nord-Sud, Musulmans/Christiano-Animistes. Son nom est associé aux cris de guerre de janvier 1979 : « Hissène Habré est l'oil des musulmans » ou encore « le musulman est le frère du musulman. » A tort, car ces mots avaient été proférés par des fidèles lors d'une prière à la grande mosquée de N'djaména. Mais ils reflètent parfaitement la vision du monde du député Mahamat Hissène. Car, au lieu d'attirer l'attention de ses compatriotes sur cette dangereuse dérive, le journaliste MH s'était contenté de se poser cette question naïve : « la parabole de la vue peut-elle être considéré comme le signe d'un réveil politique ? » (Editorial du bulletin ATP No 4565 du 27 janvier 1979.) En d'autre temps, il n'y a pas plus « visionnaire » que lui ! Ainsi, il n'a pas hésité à réclamer « la formation, même au rabais, » de jeunes médecins nordistes pour soigner leurs parents. à la place des médecins sudistes qu'il accuse d'abandonner progressivement la région septentrionale.

Tout comme MH, nos dirigeants, à commencer par le président Déby, ne crachent pas sur la carte régionaliste ou confessionnelle. Pierre Darcourt cite un exemple édifiant dans son ouvrage Tchad, chemin de la liberté consacrée à notre général-président. L'auteur relate les propos d'un certain colonel Monti à propos des premières recrus du centre d'instruction de Koundoul en 1982. Selon ce colonel, tous les candidats les mieux notés étaient sudistes. Mais deux jours plus tard, il n'y avait que des nordistes. « Les candidats sudistes avaient disparu. J'en ai parlé à Déby. Vous savez ce qu'il m'a répondu ? « Inch'Allah, mon colonel. Je n'ai pas besoin de lettrés obéissants, mais de combattants dégourdis » rapporte le colonel Monti dans le livre de Darcourt.

On se rappellera toujours l'étrange silence du gouvernement tchadien lorsque Le Temps avait publié une fiche du colonel Soumaine Daoud datée du 26 septembre 1996 et adressée au président Déby. Celle-ci proposait purement et simplement le recrutement exclusif de jeunes « nordistes musulmans » au sein de la gendarmerie. Le colonel avait, lui aussi, fait état du « manque d'efficacité » des recrus sudistes. Lorsqu'on regarde la classe dirigeante aujourd'hui, on note clairement cette volonté de marginalisation des sudistes et, de plus en plus, de certains nordistes.

Pour revenir à l'ancien directeur du Progrès, c'est une personne qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Dans un éditorial de décembre 1994 intitulé « De la carrière des mots en politique, » MH reproche aux évêques tchadiens de s'inquiéter de l'apparition dans des pays voisins « d'un islam conquérant pour lequel le concept de laïcité est inadmissible. (.) Que trois de ces évêques soit des Français ne facilite pas davantage le dialogue ! Au contraire» souligne-t-il. Voilà un individu qui a fait toutes ses études en français, et qui se prétend subitement incapable de dialoguer avec des Français ! Le premier vice-président de notre Assemblée nationale devrait logiquement utiliser un interprète lorsqu'il s'entretient, de nos jours, avec des responsables ou des diplomates français !

Pour MH, rien n'est permanent, rien n'est sacré. Les relations, les accords et les engagements se font et se défont au gré des intérêts personnels. Ainsi, parlant de la décision de Lol Mahamat Choua de rompre son alliance avec le MPS, MH nous dit : « Quand on fait une alliance avec quelqu'un, on s'attend toujours à ce que cela marche ou que cela s'arrête. C'est un mariage. Le mariage est par essence rejetable.» On devine le sort des femmes sous le code musulman de la famille que MH et ses compères proposent et qui est défendu par certaines musulmanes !

Contrairement aux autres militants MPS qui sont précipités sur des postes ministériels pour en être éjectés quelques mois plus tard, MH a choisi de se rendre utile sans rien demander en retour. Cette stratégie a payé. Il s'est rendu tellement indispensable que tout a été mis en œuvre pour le hisser à la vice-présidence de l'Assemblée et aujourd'hui au secrétariat général du MPS. « Je dis qu'en politique, chacun a ses calculs » a-t-il affirmé au Progrès le 24 novembre.

Directeur de la communication du président Déby, MH quittera ce poste pour lancer  Le Progrès  en 1993 en vue de faire contrepoids à  N'djaména Hebdo, considéré comme journal d'opposition. « C'est un journal que nous le MPS avons créé. Moi-même j'étais chargé de financer ce projet sur instruction directe de Déby quand j'étais directeur de cabinet en 1992. Puis en 1993 quand j'étais ministre, » explique l'ex-conseiller présidentiel Hassan Fadoul Kitir en avril 2001 dans une interview accordée au site Alwhida. Jusqu'à son élection à l'Assemblée, M. Hissène ne perdra jamais de vue sa mission de désinformation. Et si vous avez remarquez, depuis son départ du Progrès, tous les billets qu'il signait sont maintenant publiés sans auteur. Je le soupçonne d'utiliser cette astuce pour continuer d'écrire dans le journal et décrocher des flèches sans être vu !

Dans les milieux de la presse tchadienne,  Le Progrès  a toujours fait cavalier seul, ne s'associant aux initiatives communes qu'à contrecœur. MH y a introduit la notion de « journal d'information » qui « rapporte des nouvelles variées, sans volonté de culpabiliser ou de disculper un groupe. » Un concept qu'il oppose à celui de « journal d'opinion, » qui « sélectionne des informations pour conforter son idéologie ou pour dénigrer ses adversaires. » MH se croyait vraiment à l'abri. « Le Bon Dieu m'a doté d'une adresse qui m'a permis d'éviter des pièges, même si certains passages ont été très étroits, » se vantait il encore en 1999 (article Ni vérité expurgée.) La même année, il écrivait dans l'article Temps ou Progrès, chacun assume ses risques : « Vous n'allez pas nous demander de faire comme vous pour vous servir de couverture ! »

Aussi, j'ai été très surpris de lire dans le site internet Tchadforum que Mahamat Hissène, directeur de publication du Progrès, a été interpellé pour quelques heures par la police le 25 septembre 2001. « On lui reproche la publication d'un article intitulé « qui veut la tête de Déby ? » dit le site qui cite aussi la cinglante mise au point des autorités à propos de cette affaire :« Aucune menace ne pèse sur la tête le président de la République Idriss Deby. »
Ainsi, notre grand journaliste n'a pas pu résister à l'attrait du journalisme d'opinion, et s'est fait prendre comme un bleu !

Dès son arrivée à l'Assemblée nationale, et malgré cette désagréable expérience, notre nostalgique du parti unique a proposera un projet de loi modifiant le fonctionnement du Haut conseil de la communication. Son objectif ? Placer le HCC sous la coupe du pouvoir exécutif ; ce qui a amené Gata Nder à relever l'inquiétude « suscitée par l'initiateur de cette loi dont la démarche ne peut que paraître suspecte aux yeux d'un certain nombre de journalistes. » (Ndjaména Bi-Hebdo No 638 du 23 au 27 /12/02)

Toutefois, ceux-là qui croient avoir politiquement asservi MH pour leur usage personnel feraient mieux de se tenir sur leurs gardes. Car lui aussi fait sûrement ses calculs. Pour le SG du MPS comme pour ses commanditaires, de gros nuages s'amassent à l'horizon. Ainsi, notre ambassadeur à Washington, Ahmat Hassaballah Soubiane, membre fondateur du MPS, vient de jeter un pavé dans la mare. Dans une lettre à ses camarades du parti, il appelle le MPS à « rompre avec le folklore, l'irrationnel et l'égoïsme, et avoir le courage, oui le courage de voir les choses en face, d'analyser avec lucidité la situation actuelle, et le risque qu'elle comporte. »

Amine Togou, correspondant du site Internet Ialtchad.com, observait de son côté le 28 novembre dernier: « que restera-t-il d'un Mahamat Hissène, sinon qu'une silhouette et une honte aux yeux de ceux qui ont toujours pris du recul par rapport à la politique actuelle du régime et cru à la grandeur des hommes.
L'histoire donnera raison à Timothée Donangmaye. » Ce dont MH ne se remettrait probablement jamais. Mais à qui la faute s'il a choisi de lier son sort à un système politique désuet ? Chez nous en pays Ngaoumbaye, nous disons : «La mante religieuse vit d'herbe et meurt en même temps qu'elle ! »

Timothée Donangmaye

Le totalitarisme est de retour. Et quel retour pour ce système politique dont l’éradication semblait pourtant acquise depuis la fuite du tyran Habré. Habitué au simulacre de multipartisme et aux différentes formes de consensus démocratique fantasmagorique telle que la « démocratie consensuelle et participative » et autre « front républicain », on avait fini par céder aux illusions de ce qu’il est convenu d’appeler « la géopolitique » dans son acception triviale. Au demeurant, tout le monde (hommes politiques et populations) semblait être satisfait de la nouvelle donne : un chef d’Etat ‘‘naturellement’’ nordiste secondé par un chef de gouvernement ‘‘absolument’’ sudiste. Sauf que ce deal fait du chef de l’Etat une autorité absolument inamovible et du premier des ministres un personnage naturellement révocable. En clair, cette équation donnait Un seul Chef nordiste et de multitudes de chefaillons sudistes.

Et pourtant, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, toute la classe politique du pays voyait en cette foire de la magouille, l’expression d’une « réalité tchadienne » comme si le Tchad avait une certaine particularité politique si extraordinaire qu’il était nécessaire de ne pas bousculer les traditions. Le choix de l’inanité ayant fait l’unanimité, certains hommes politiques ont même cru devoir troquer leur fonds électoral contre un bail primo ministériel dont le caractère éphémère est si évident qu’en douze ans de pouvoir Deby, huit premiers ministres ‘‘sudistes’’ se sont vu congédier sans avoir eu le temps de mettre en œuvre les actions politiques envisagées. Juste le temps de familiariser avec les agents de service et avant même d’avoir eu l’occasion de jeter un coup d’œil sur les projets laissés en suspens par le prédécesseur du successeur… du successeur… du successeur ….de Jean Alingué, que sonne la cloche du départ. La longévité à la primature reste une surprise. Et la nomination d’un premier ministre nordiste apparaît, dans le paysage politique tchadien, non pas comme une surprise, mais comme une grossièreté surprenante. Et pour cause !

Dans la trivialité de la géopolitique et sans que cela ne soit inscrit quelque part, on avait fait de l’appartenance à la région méridionale, le critère principal à l’accession au poste du premier ministre dans notre pays. Conséquences, aucun sudiste ne doit aspirer à diriger un jour le Tchad. Inversement, tout homme politique nordiste se doit, au risque de s’exposer à la vindicte debyenne, de se ranger derrière le « père de la démocratie », héritier du Frolinat. Du caractère insensé de cette géopolitique, il résulte donc que, pour tout citoyen qui aspire à faire de la politique, la voie est toute tracée : ou bien on est sudiste et donc potentiellement chef de gouvernement, ou bien on est nordiste et obligatoirement ouaille de Deby. L’affirmation par la compétence étant, par hypothèse, exclue pour les septentrionaux (le cas Ibn Oumar président du PLD en est une illustration).

Reste que, si cette cabale renforce les liens entre les pourfendeurs de la démocratie et leur permet de mieux protéger leurs intérêts immédiats, elle n’a pas non plus manqué de créer un précédent que la félonie de Deby vient pourtant de démentir avec la nomination de Moussa Faki comme premier ministre. Contrairement aux affirmations de Moustapha Malloumi[1][1] qui voit dans la nomination de l’ex-directeur de Cabinet civil de Deby, un précédent politique, je ne crois pas que cette farce fera jurisprudence. La symbolique de cette nomination inattendue aura bien évidemment un certain impact sur l’opinion nationale et dans une moindre mesure sur celle de quelques observateurs de la tradition politique tchadienne, mais les habitudes ne seront nullement ébranlées. Mieux, cette nomination est peut-être un prologue à un retour au totalitarisme, lequel n’a pas totalement disparu avec le régime Habré, loin s’en faut. Les réflexes de la dictature ont la vie dure et les vassaux ne manquent pas sous le ciel tchadien.

Depuis quelques années déjà, de l’Assemblée nationale au Palais Rose en passant par la plus Haute juridiction de notre pays, le spectre de la dictature plane sur nos institutions. Les décisions les plus importantes sont prises non pas en toute liberté par les institutions mais sous l’instigation et la pression du chef de l’Etat. Les ouailles préfèrent fermer les yeux ou diviniser Deby comme à leur habitude tandis que l’opposition n’a plus voix au chapitre depuis sa défection lors des élections législatives. Dopé par les visites successives du Président Chirac et de la ministre français de la Défense, le président Deby retrouve peu à peu ce que depuis quelque temps, la « folie » démocratique semblait vouloir lui ôter : l’amour de la dictature. Le chef de l’Etat semble n’avoir plus peur de rien, l’une des plus grandes démocraties du monde lui accorde sa confiance et lui réaffirme son soutien quant à sa politique ; les institutions de Bretton-Woods l’encouragent également dans sa politique de chasse aux sorcières. Les opposants politiques sont sommés de rentrer au bercail, les pays amis leur accordant hospitalité sont menacés de représailles…c’est à peine si le chef de l’Etat ne se serait pas subitement découvert des pouvoirs semblables à ceux qu’exerce actuellement sous l’œil sidéré du monde, le Président américain.

Moussa Faki saura-t-il s’affranchir du joug présidentiel et s’affirmer en tant que chef de gouvernement, c’est-à-dire initier et prendre des décisions tout en impulsant la politique qu’il aura choisie de mettre en œuvre ? Lui qui « doit tout » à son parrain pourra-t-il savoir lui suggérer une meilleure idée que la sienne comme cela devait l’être de tout chef de gouvernement digne de cette estampille ? Aura-t-il les coudées franches ? Si des fortes personnalités comme Nagoum, Kassiré et Moungar ont dû courber l’échine, le nouveau premier ministre ne sera peut-être que l’agneau du service. La réorganisation de l’armée, la restauration de l’autorité judiciaire, le nettoyage de la douane, la sécurité intérieure, la santé, l’éducation et surtout la gestion prochaine des revenus pétroliers sont des questions sur lesquelles aucune impasse n’est permise. Les huit premiers ministres sudistes n’ont su ou n’ont pu y apporter la moindre solution parce qu’apparemment ces questions sont « intouchables ». Moussa Faki sera-t-il l’homme providentiel ou la solution démentielle, autrement dit, un premier ministre facilement manipulable et corvéable à merci ?  Nous lui souhaitons ample lucidité.

Lyadish AHMED

Nous sommes en juillet. N’Djamena, notre capitale, nous lorgnent avec une vulve tuméfiée par-dessus un vagin éclaté, prête à consommer un plaisir adultérin et crapuleux avec la saison des pluies. Impudique, me traiteront certains puritains et autres pudibonds du pays mais il n’existe pas d’autres termes pour décrire le visage hideux d’une ville insalubre, une capitale malsaine. Une métropole assujettie par le moindre crachin et asservie par la moindre pluie.

Oui, la capitale du Tchad, en connivence avec la pluie, étale son anatomie déplaisante et se gonfle de mille cloques promptes à s’abcéder en autant des cloaques putrides polluant tout notre environnement. Les nids-de-poule, les fosses septiques à ciel ouvert, les détritus et autres déchets domestiques se disputent les artères publiques et piquent nos narines d’une exhalaison nauséabonde. Dès les premières pluies, les eaux stagnent et isolent chaque quartier, faisant des nous, du coup, des îliens temporaires. La ville entière devient fleuve et bonjour les pirogues !

Des enfants dénutris et sans garde s’éclaboussent des eaux souillées et se jettent à corps perdus devant les engins à deux ou quatre roues. Des adultes, fesses en l’air, piquent du nez le sol contagieux, accomplissant ainsi la prière mahométane dans les décombres fétides d’un environnement honteux. D’autres hommes lèvent les coudes, culs vissés sur des tabourets instables et sirotent une liqueur frelatée issue des tonneaux malpropres. Le tout, les pieds dans des eaux venant des mares souillées où flottent des cadavres hétéroclites, y compris ceux des humains.
Là-bas au marché, dès 6h, les bouchers se disputent des morceaux de viande disposés et traînés à même le sol, sous mille essaims de mouches. Leurs acharnements et leurs saletés majestueuses n’envient en rien les efforts des charognards autour d’un cadavre en putréfaction avancée.
Ici, sur une grande artère de la capitale des individus hystériques s’approprient de la voie publique, imposant aux autres citoyens leur façon sauvage de fêter un mariage ou un rapt. A quelques mètres de là, une famille impose son deuil à toute la population en obstruant toute une principale rue par une bâche arrogante et incivique.

Où est la mairie dans tout ce pandémonium ? Celle-ci, par son bras armé aux bérets d’or, a passé le clair de son temps à rançonner les cyclistes et pousse-pousse ainsi qu’à détruire quelques hangars de certains pauvres citoyens, respectant ceux d’autres. Quelques autres contractuels de la mairie, réveillés sur le tard, essaient de curer les caniveaux qui se truffent aussitôt de leurs contenus abandonnés aux berges.
De toutes les bévues de la mairie, il nous est légitime de se demander de ce qu’elle veut faire de ces fameux monuments, les uns aussi laids que funestes, construits aux grands ronds-points de la ville. Des monuments qui coûtent excessivement chers et engloutissant des faramineuses sommes qui aurait dû être utilisées pour des buts plus nobles, des buts d’hygiènes ! En effet la mairie croit avoir tout fait pour rendre N’Djamena toute coquette en construisant quelques édifices sur ses carrefours. L’une de ces constructions nous étonne par son aspect insolite et son regard funéraire et mortuaire, c’est ce qui convient d’appeler le tombeau d’Adago Yacouba, l’ex-maire de la ville et initiateur de ladite bâtisse. Il s’agit de ce qui est bâti sur le rond-point de l’ANAT (ancienne présidence.) C’est un tombeau d’où émergent des bras sans coudes se terminant par des doigts boudinés et nains, soutenant un globe terrestre sur lequel la carte du Tchad caracole avec une forme monstrueuse ne respectant aucune échelle élémentaire de la géographie, apprise à l’école primaire. Cette stèle funéraire fait de l’ex-maire un homme qui aurait eu une vie antérieure dans laquelle il serait un gardien des tombes. Ce tombeau-là, aussi lugubre que disproportionné, nous apprend-t-il que le monde et le Tchad doivent leur existence grâces aux mânes des morts ? Fantastique esprit païen !
Une autre bévue de la mairie de Simon B. (actuel maire) est celui d’avoir modifié le monument du rond-point du Camp Hassan Djamous, connu sous le nom du rond-point des Bœufs. En effet, contre tout bon sens, la mairie par le bras de ses architectes décida unilatéralement de délaver l’édifice et d’ajouter sur le monument des hures d’hippopotames qui se trouvent être trop minuscules par rapport aux têtes des bœufs. Ces effigies d’hippopotames, par leur taille insignifiante, se confondent à des portraits de varans. Encore un défaut lié au bon sens et à l’échelle qui trompe nos jeunes cadets dans leurs pouvoirs interprétatifs !
À quoi servent les ronds-points ? Pourquoi y construire des monuments ou d’édifices aussi onéreux ?
Ces ronds-points nous donnent des tournis car nous sommes contraints de faire des circumambulations éreintantes, types de rite tyrannique que personne n’a souhaité de le faire. Et nos maigrelets revenus sont dilapidés pour avoir été utilisés afin de parer les groins disgracieux de ces surfaces minuscules divinisées par la mairie. Ce sont vraiment les dieux à vénérer de notre chère mairie.

N’Djamena n’est pas une capitale. Elle est un bidonville qui ressemble à une favela de Brésil ou un township de Kampala. N’Djamena nous donne des prurits mérités de notre infâme incivisme et les rares efforts de la mairie s’évanouissent dans le chahut général de nos manquements irrépressibles. Notre culture commune sur l’hygiène est la suivant : jeter tout dans la rue pour que l’Etat ou les autres citoyens s’en occupent ! Ainsi l’enfer de la mauvaise hygiène parcourt les labyrinthes de la capitale avec une allure dépravée et écœurante sur une musique hystérique, sans rime et sans raison. N’Djamena a perdu sa grâce et rampe comme une bête malpropre dans sa fuite éthylique et nauséeuse. Dans la capitale du Tchad, la propreté est une invention et la mauvaise hygiène, une réalité quotidienne. Les maladies évitables par la bonne hygiène nous reluquent avec leurs expressions terrifiantes et nous étouffent par leurs caresses brûlantes et surtout mortelles : choléra, tétanos, conjonctivites et trachome, salmonelloses (typhoïde), méningite, tuberculose etc.…

Parler de N’Djamena enveloppée dans le linceul de la pluie nous laisse en effroi. La peur de braver le vibrion du choléra nous hante les esprits. Nous vivons dans le « wait and see » et cela ne nous empêche pas de penser aux propos de quelqu’un qui a dit :  « aucun peuple ne verra changer son destin tant qu’il ne changera de comportement. »

Djiddi Ali Sougoudi Sidim

Généralement, quand nous parlons de guerre au Tchad, nous ne voyons que des belligérants tchadiens issus de groupes et régions hostiles et parfois soutenus par des mercenaires venus de l’autre côté de la frontière selon les affinités. C’est une vue très partielle de la réalité des enjeux que constitue notre pays. En vérité, les causes et les sources extérieures de notre drame national sont les facteurs déterminants à ne pas ignorer dans toute analyse et toute démarche visant à trouver des solutions durables et profitables.

La première guerre extérieure du Tchad, en dehors de la colonisation française, était franco-anglaise à la bataille de Fachoda, guerre perdue par la France. Ensuite, la France néocoloniale sera confrontée aux velléités hégémoniques arabes sur le Tchad par la Libye et le Soudan via le FROLINAT. Cela durera quinze années en termes de guerre civile jusqu’à ce que, par accord tactique, la France sauve la mise en soutenant le même camp que les Arabes. La troisième guerre tchadienne vit l’alliance de la France et des USA contre l’expansionnisme territorial libyen sous Hissène Habré. Une fois encore, la France sauva sa mise par la foudre des FANT (Forces Armées Nationales Tchadiennes), pendant que, sous la loi du silence, 40.000 de nos compatriotes disparaissaient dans les ténèbres de la répression politique. Aujourd’hui, c’est la quatrièmeguerre qui commence sous nos yeux, cette fois entre la France et les USA sur le Tchad.
Pourquoi cette nouvelle guerre ? D’un point de vue géostratégique, plusieurs raisons semblent la justifier. La première est la construction de l’Europe et le triomphe du libéralisme économique dans le monde, mettant les pays dominants en concurrence loyale. En conséquence, il ne devrait plus avoir de pré-carré, de chasse gardée en Afrique, chacun pouvant s’installer là où ses capacités technologiques et l’offre d’intérêts nouveaux le permettrait. La seconde découlant logiquement de la première, c’est que les puissances industrielles allaient redessiner la carte du monde en fonction des découvertes avérées des zones potentiellement riches. Alors, la France s’est vue marcher sur les pieds par le géant américain qui réfuta la thèse gaulliste de la pauvreté du sous-sol tchadien par la découverte d’un lac de pétrole alléchant. La troisième raison concomitante est la capacité d’une puissance de réaliser son impérialisme en exploitant effectivement les richesses qu’elle convoite. Là encore, le pays de Bush, par Banque Mondiale et Esso interposées, démontra qu’il est le plus fort et que l’enclavement du Tchad ne sera en rien un frein à ses nouvelles ambitions sur le continent. La réalisation du pipeline Tchad-Cameroun bouleversera définitivement la donne pays enclavé = pays pauvre. Alors interviendra l’autre raison, le contrôle de l’économie du pays. Initialement, la filière coton était le poumon dominé par les intérêts français, mais atteint d’une tuberculose nécessitant une longue et hypothétique cure. Aujourd’hui, la principale richesse est le pétrole qui sera géré d’une manière originale totalement incompatible avec les méthodes Total Elf du golf du Congo. À partir de ce moment, il ne reste plus à la France que des symboles à défendre au Tchad.
Le symbole le plus sacré, c’est sa présence militaire qui rappelle que c’est elle qui décide de la gouvernance de ce pays. Et cela doit aller de pair avec ses intérêts ou du moins à un rythme contrôlé par elle. Malheureusement, après une décennie d’expérimentation du discours de La Baule, ni le rythme ni les pas de danses ne semblent convenir aux Tchadiens. C’est que ceux-ci ont pris conscience de leur isolement et de leur grand retard par rapport aux autres pays africains et au monde moderne, et aussi de l’aubaine inespérée de l’exploitation de l’or noir. Alors où prendre les ordres ? À Paris ou à Washington ? Concrètement, la direction de Washington a pris le pas sur Paris devenu une simple escale, à cause notamment du poids des institutions de Brettons Wood dans la gouvernance du pays. Apparemment, les voix anglo-saxonnes, qui ne se considèrent pas comptable des décennies d’errements et de déchirements des Tchadiens, semblent aller vers les horizons prometteurs que ces derniers croyaient leur être fatalement interdits. Même en matière de formation universitaire et technique, on observe une forte attirance des jeunes tchadiens vers les plateaux d’Amérique du Nord (USA, Canada) et un désintérêt pour l’Hexagone.

Comme toute nouvelle guerre, il faut des thèmes publicitaires pour en préciser la nature et l’ampleur éventuelle. Nous y avions été copieusement servis à l’occasion de la commémoration de deux fêtes nationales de taille cette année : celle de l’Indépendance des USA le 1er juillet et celle connue du 14 juillet français. En ces circonstances, les représentants officiels des deux grandes puissances vont ouvrir la boîte à pandores, c’est le match dont le reportage en direct suit. Il y a schématiquement deux équipes sur le terrain : d’un côté le camp du régime de M. Déby et ses alliés, avec pour coach Son Excellence Jean-Pierre Berceaux, Ambassadeur de France et, de l’autre le camp des forces dites du « Changement » comprenant l’opposition CPDC, la société civile (Associations de Droits Humains, Syndicats) et surtout en ligne d’attaque la presse privée indépendante écrite et audiovisuelle, avec pour coach Son Excellence Marc Wall ambassadeur des USA et coach adjoint la Banque Mondiale. Mais à l’occasion du référendum constitutionnel, le match avait subitement pris une tournure inquiétante pour le camp du régime, en l’absence du capitaine. Alors le coach Son Excellence Jean-Pierre Berceaux a préféré s’emparer du brassard de celui-ci et de prendre sa place sur le terrain, sans enfiler le maillot de l’équipe.

Cette intervention inattendue rend le match encore plus passionnant, car la ligne d’attaque adverse menée par la presse indépendante a semé une grande confusion dans la défense du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) au pouvoir. C’est pourquoi l’illustre Représentant de la France gaulliste préféra se substituer au Haut Conseil de la Communication (HCC) et à l’ODEMET (Observatoire de Déontologie et Ethique des Médias), pour redonner l’avantage à son équipe. Le retour du grand capitaine Idriss Déby sur le terrain, en pleine forme, présage une pluie de cartons pour tacles et pugilats à main armée. La seconde mi-temps et les prolongations risquent d’affecter la sous-région CEMAC et le Darfour, car les réservistes Hassaballah Soubiane, Hassane Merdégué, Mahamat Nour et consorts des rébellions armées s’impatientent de remplacer les blessés et les cadavres du match. Or, le Général Déby n’aime pas les prolongations et préfèrera mieux en finir avec ses adversaires avant la fin du temps réglementaire, en l’occurrence les présidentielle de 2006. Du suspens pour les « incidents de parcours » en perspective.

L’Ambassadeur Marc Wall des USA a annoncé la tactique suivante, extraite de son discours historique du 1er juillet dernier, en rappelant les valeurs de la Révolution américaine : « Ces valeurs vivent dans le cœur de chaque américain, que tout être humain naît égal aux autres ; que nous avons le droit de vivre en liberté ; que le peuple devrait choisir son propre gouvernement ». Il commet une lèse-majesté historique en positionnant son pays sur le podium international des libertés : « Les gens à travers le monde entier luttent aujourd’hui afin de réaliser ces valeurs dans leur pays ». De là, un simple pas pour entraîner le Tchad au rang des supporteurs logiques : « Le Tchad est confronté au défi de la construction d’une démocratie. Devant lui se trouve une tâche urgente : la mise en place de ce que Koffi Annan appelle « le changement paisible et constitutionnel du pouvoir ». Le peuple tchadien va choisir ses chefs politiques dans une série d’élections durant l’année qui vient ».  Alors, le Représentant de l’Oncle Sam sort l’As de pic, une véritable communion avec les tendances actuelles de l’opinion nationale : « Vous seuls pouvez choisir votre avenir. Mais nous partageons l’espoir de tous ceux qui croient que vous ayez le droit de le faire à travers un processus électoral ouvert et crédible. Nous partageons la conviction que les votes du peuple tchadien doivent être comptés sans manipulation ; que les listes électorales doivent être justes ; Que toutes les voix doivent se faire entendre, sans crainte de harcèlement ; que les droits des groupes minoritaires doivent être respectés ; Qu’aucun groupe n’est au-dessus de la loi ; Que le jugement rendu par vos bulletins de vote doit être respecté par tous ; Et que la violence ne doit jamais être tolérée. Le Tchad, tout comme mon pays, a connu les affres du conflit civil. Notre espoir est que les Tchadiens vont maintenant se réunir pour forger un consensus, dans le cadre de votre constitution, à propos de la direction de votre nation ». Au passage, il fait un clin d’œil accusateur aux Français comme pour se moquer de leur présence militaire perpétuelle et inefficace : « Et dans le cadre de notre coopération avec le Tchad dans la lutte contre le terrorisme, nous gardons toujours à l’esprit ce simple fait : que les démocraties ont besoin des soldats et des policiers bien formés et efficaces, et que ces soldats et policiers doivent toujours respecter les droits de ceux qu’ils protègent ». Un vrai bouquet de fleurs aux ADH qui s’occupent particulièrement du suivi de cette situation. Et M. Marc Wall d’esquisser le V de la victoire par forfait ou abandon de l’adversaire : « C’est un défi que vous seuls pouvez relever. Mais, comme le Président Bush l’a dit, « quand vous soutenez la liberté, nous vous soutenons ». Les mots utilisés et la logique des idées ne sont pas des erreurs de traduction en français de ce discours peu ordinaire.

Ce discours de M. Wall, au nom du Président Bush, intervient pendant que les journalistes sont l’objet d’un harcèlement et de menaces, et après que les USA venaient de fournir un appui matériel substantiel aux communicateurs. Il y a match parce qu’il y a des adversaires, et la réaction du coach adverse ne s’est pas fait attendre. Son Excellence Jean-Pierre Berceaux, devant le parterre des hauts-fonctionnaires venus célébrer avec lui le 14 juillet, passa à une contre-attaque digne du ton observé entre Français et Américains sur le conflit iraquien. Dans un langage ferme, il rappelle son rôle immuable de « Chef de terre tchadienne et grand maître des rites politiques initiatiques ». Et l’éminent diplomate montrera ses gants et sa matraque à la presse indépendante pour la rappeler à l’ordre : « Laissez-moi évoquer un sujet important ; il s’agit de la liberté de la presse et de la déontologie des journalistes ; La France, depuis toujours, est un ardent défenseur de la liberté de la presse… Mais la France est là pour défendre la liberté de la presse, elle ne saurait cautionner les déviances d’une certaine presse et le manque d’éthique de certains journalistes ou de ceux qui prétendent l’être. Oui, la France soutient et soutiendra une presse d’investigation et non pas une presse manipulatrice qui confond faits et commentaires ; Oui, la France soutient une presse libre et indépendante et non pas une presse partisane ou inféodée à certains intérêts particuliers ; Oui, la France soutient et soutiendra une presse honnête et sincère et non pas une presse raciste qui exacerbe le communautarisme et dresse les groupes ethniques les uns contre les autres à l’intérieur du Tchad ; Oui, la France soutient et soutiendra une presse qui respecte les droits de l’homme et non pas une presse qui désigne à la vindicte populaire d’honorables citoyens tchadiens présentés comme traîtres à leur ethnie, en les qualifiant de façon humiliante de « Laoukoura » ; Oui, la France soutient et soutiendra une presse qui respecte la dignité nationale tchadienne et non pas une presse qui cherche à salir, par tous les moyens , l’image extérieure du Tchad et des Tchadiens ». Jamais une telle vision rébarbative de la presse n’a eu cours en France, même dans les milieux extrémistes du Front National. Jamais un pays étranger n’est entré dans des détails aussi subjectifs à l’égard de personnes ayant un nom propre (Garondé, Samory, Didama, etc.), leur donnant des pouvoirs et une influence que nous sommes tout surpris de découvrir maintenant. À dire que ces personnes modestes soient à la base de toutes les violations massives et systématiques des droits de l’homme, donc qu’elles commanditent même les faits macabres quotidiens commis par des agents impunis et incontrôlés du régime ? Les conflits intercommunautaires et le tribalisme seraient l’œuvre de la presse indépendante ! C’est elle qui aurait défait le savant maquillage de « l’image extérieure du Tchad et des Tchadiens ! »

La rage de la France à leur égard sera encore rappelée à la fin du discours : « Cependant, il faut souligner que les médias ont pour mission de sensibiliser et d’informer la population, pas de la manipuler et encore moins d’instiller la haine raciale ou d’encourager les conflits ethniques internes. Aussi est-il indispensable, pour les responsables des rédactions, de veiller à ce que le code d’éthique et de déontologie du métier de journaliste soit appliqué correctement ». Le HCC et l’ODEMET sont désormais disqualifiés pour n’avoir pas perçu tous ces dérapages graves cités par l’illustre Représentant de la France du 14 juillet 1789. Le retour dans les prisons de la Bastille tchadienne est promis aux brebis galeuses en ces termes : « Ne vous laissez pas dominer par ceux qui, en votre nom, utilisent des procédés détestables, indignes et mensongers pour provoquer le scandale et qui, s’abritant dans vos rangs, tentent de ruiner l’excellente réputation de votre corporation ». Le comble ! La caution claire à une chasse aux sorcières dans les milieux de la presse indépendante suggérée par la France ! Tellement que nos rédactions sont mineures et immatures, elles se sont laissées infiltrées par des mercenaires venus tout droit de la radio des « mille collines » du Rwanda ! Et la France veut prévenir un génocide, au vu du nombre de fois que des mots tels que « racistes », « ethnies » sont placés dans ce discours historique à classer au même rang que celui dit de « Brazzaville ».

Pourquoi un tel acharnement contre la presse d’un pays indépendant ? Pourquoi ce chantage pour rappeler l’époque de la dictature, comme si la France regrettait ce « cadeau » de La Baule qu’est la liberté d’expression « mal utilisée » par les Tchadiens ? La réponse est simple : le rôle joué par la presse privée écrite et audiovisuelle par rapport au référendum a du considérablement gêné le travail routinier des barbouzes françaises rompues dans la manipulation médiatique de tels évènements. La fête promise après cette formalité institutionnelle est compromise, comme à Abidjan et à Lomé. L ‘amertume se traduit donc par l’agitation des vieux masques qui font peur aux élites tchadiennes : le rappel de notre sombre passé. C’est incroyable que Son Excellence Jean-Pierre Berceaux ne prenne même pas soin, dans sa croisade contre la presse indépendante, de dénoncer préalablement l’arbitraire et l’illégalité des arrestations des communicateurs par l’Agence Nationale de Sécurité (ANS) et la «régularisation » des poursuites après coup. Des déviances qui semblent se justifier eu égard aux péchés graves dont il accuse, au nom de la France du 14 juillet 1789, les pauvres journalistes et collaborateurs de presse. Sûr que les demandes de visas pour la France seront examinées à la loupe pour les communicateurs, selon que leur plume ou leurs commentaires plaisent ou non au parapluie des intérêts français locaux. La condamnation prononcée par le tribunal de N’Djaména remanié pour la circonstance ce 18 juillet 2005, à de lourdes peines de prisons contre Garondé Djarma (3 ans de prison ferme) et Samoryngar (3 mois de prison ferme), conforte le constat de la force de l’ingérence française directe dans les affaires tchadiennes. La peur qui s’en suivra pour les autres devrait permettre aux esprits de « se calmer » et d’accepter le cours des évènements selon la volonté souveraine de Paris : c’est ça la Françafrique !

Si la presse et la classe politique se laissent faire, les Français auront les coudées franches pour se livrer à leurs jeux favoris de division et de défaire le consensus national actuel dont a fait mention Son Excellence Marc Wall des USA, mais que rejette catégoriquement la France. Moyennant les méthodes brutales connues, d’ici quelques mois, l’opposition, la société civile et les libres penseurs que nous sommes, après avoir encaissé des coups sérieux voire fatals, n’auront pas d’autres choix que de venir s’effondrer, comme des momies dans leurs sarcophages, autour « d’une Table Ronde apaisée » pour recevoir le coup de grâce de la démocratie hasardeuse. Du moins pour ceux qui ne seront pas déjà au cimetière des « incidents de parcours » ! Voilà comment notre génération sacrifiée, qui n’arrive pas à s’adapter aux vieux schémas de la Françafrique, devrait comprendre le discours historique du 14 juillet 2005 à la Résidence de France à N’Djaména !
Nous rappelons que M. Jean-Pierre Berceaux n’est pas le premier ambassadeur français à violer son statut diplomatique de neutralité, pour se jeter dans l’arène locale. De tout temps, ses prédécesseurs l’avaient fait à chaque fois que le pouvoir qu’ils soutenaient était en difficulté. Ainsi, en 1994, le très distingué ambassadeur Aubin de La Messuzière crut bon, en s’impliquant fortement dans la vie politique tchadienne, de corriger le charabia local. Ce qui lui valut la levée de boucliers de l’Association des Etudiants de l’Université du Tchad (AEUT). Les étudiants tchadiens développèrent, dans une lettre ouverte datée du 13 janvier 1994 d’une virulence inouïe, l’idée d’actes de terrorisme contre les intérêts français au Tchad.

Pour ces jeunes n’ayant connu que la guerre et les turpitudes d’une classe politico-militaire défaillante, la politique française était à la base de tous les maux du pays. Alors, sans se cacher, la très officielle AEUT promit de prendre en otage le Premier Représentant de la France officielle, M. De La Messuzière ou certains coopérants français, pour obliger au changement des rapports bilatéraux incriminés. « Nous faisons savoir à la France qu’elle continue de garder son silence complice face à l’aggravation de la crise sociale que traverse le Tchad. Etant donné que la France est au centre de la prise de grandes décisions au Tchad,…la France a intérêt à changer sa politique au Tchad et doit la changer. On ne le répétera jamais assez : la politique française de ses colonies, et en particulier au Tchad, consiste en la protection de ses intérêts. Dans cette situation d’escroquerie qui va galopante, les dignes fils du Tchad ne peuvent s’empêcher de s’y opposer au besoin l’enrayer », écrivaient-ils dans la lettre ouverte à M. De La Messuzière. Et d’ajouter : « En ce qui concerne la politique française au Tchad, nous ne cesserons de dénoncer les velléités hypocrites et égocentriques de la France qui, par l’entremise de certains pantins tchadiens, malmène justement et présentement la gestion du pays. Pour la France, le Peuple tchadien doit demeurer dans un état de pauvreté et de misère continue, malgré ses potentielles richesses. Quant à la coopération militaire française au Tchad, n’en parlons plus car elle est source de lutte et de division. Nous constatons avec regret que la présence militaire française au Tchad ne profite qu’à une caste de privilégiés au détriment du peuple tchadien. C’est pourquoi Élèves et Étudiants exigent le départ immédiat et sans condition de ces forces militaires françaises. Car ce que les soldats français font au Tchad ne reflète pas ce que nos grands-parents ont fait pour la France après l’appel de Londres du 18 juin ».

Les animateurs actuels de la presse privée indépendante, des associations humanitaires et des syndicats sont majoritairement issus de cette génération d’étudiants révoltés de 1994. Leurs regards et leurs récriminations envers la politique française en Afrique n’ont guère changé, bien au contraire. Son Excellence Jean-Pierre Berceaux devrait s’en rendre compte lors des dîners de « conditionnement » auxquels il les convie régulièrement à sa résidence. La loi naturelle voudrait que ces espèces de « Blé-Goudé » à la Tchadienne arrivent inévitablement un jour au pouvoir dans leur pays, même en empruntant les voies tortueuses de la force si tel était le seul chemin possible. Quel sera alors l’ampleur du fossé idéologique et d’intérêts, du conflit de générations entre ces jeunes et les maîtres vieillissants de la Françafrique ? L’Histoire nous le dira bientôt !

      Confusion entre faits et commentaires ? Incitation à la haine tribale ? Le coach français a déjà tout dicté les qualifications requises aux dossiers des journalistes pourchassés à la justice. Pourtant, les affrontements intercommunautaires sont connus : Yomi, Bongor, Bisney, Moïto, Ninguillim, etc. Aucun observateur, aucune enquête indépendante et impartiale n’a établi jusqu’ici un lien de causalité et la responsabilité des médias, tant gouvernementaux que d’opposition dans ces conflits sanglants et répétitifs. Les centaines de victimes de la haine tribale sont tombées sous les balles de groupes connus et impunis à ce jour : n’y a-t-il pas de règles de déontologie de cohabitation pacifique et de loi pour ces groupes particuliers ? Il aura fallu ce 14 juillet 2005 pour découvrir une autre lecture lunaire des faits macabres avérés de la vie quotidienne et nous craignons que cette lecture originale inspire les rapports des barbouzes à Paris et justifie de nouvelles répressions dans notre pays. Car les « Papon » du Tchad s’appellent désormais Garondé, Samoryngar, Nadjikimo, Didama, Tchanguiz et les autres qui seront bientôt débusqués, selon le vœu de M. Jean-Pierre Berceaux. La Lettre ouverte des Kréda ? C’est une fabrication de Samoryngar coordinateur du Journal L’Observateur, un pauvre « Laoukoura » inoffensif ! La haine tribale et ses faits d’armes, c’est le vieux Garondé, auteur du livre « Témoignage d’un militant du FROLINAT » paru chez L’Harmattan ! Le cerveau de la rébellion à l’Est, c’est Didama le Directeur du Journal Le Temps ! Les détournements massifs et la corruption ambiante, ce sont des inventions d’une presse d’intoxication « qui désigne à la vindicte populaire d’honorables citoyens tchadiens présentés comme traîtres à leur ethnie ». Presse partisane ? Y a-t-il un seul organe de presse en France qui ne soit partisane et qui ne relève d’intérêts politiques ou économiques connus ? M. Jean-Pierre Berceaux, au nom du droit d’ingérence historique de la France, somme la nôtre de se comporter en extraterrestres ou en apatrides. Et quoi encore ?

Pour toutes ces raisons et d’autres, la bénédiction urbi et torbi vient d’être donné pour une remise au pas de la démocratie tchadienne selon le rythme et les modalités dictées par la France jusque dans les plus petits détails des rédactions privées.
Dix années après l’incident « isolé » de l’AEUT, au vu des réactions immédiates du camp du « Changement », nous vivons la résurgence des sentiments anti-français qui couvaient poliment. Les grands collectifs tels que l’Union des Radios Privées du Tchad (URPT), la coalition des associations de défense des droits humains, le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET), la CPDC ont fustigé, en des termes plus virulents que l’AEUT en 1994, la politique française au Tchad comme une vieille rancœur longtemps camouflée. Le sentiment anti-français renaît sous un nouveau jour au Tchad, après la Côte d’Ivoire. Mais cette fois-ci, il y a un rival de taille qui ne lésinera pas sur les moyens pour gagner la mise ; Contrôlant déjà la principale richesse du pays, il lui reste le cœur des Tchadiens : les USA de Georges Bush ! A suivre…

Enoch Djondang

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