dimanche 25 septembre 2022

IaltchadTribune

IaltchadTribune (96)

Étant définie comme l'étude des rapports entre les données géographiques naturelles et la politique de l'état La géopolitique ne fait pas seulement partie des sciences humaines mais elle est la science humaine, réaliste, qui a pour objet de déterminer, derrière les apparences, quels sont les caractères objectifs de la géographie physique et humaine qui conditionnent les choix stratégiques des acteurs de la vie idéologique, politique et économique.

C'est une science qui devrait être indépendante mais qui a été politiquement utilisée, et qui le demeure, notamment au travers de ses concepts fondamentaux et de ses concepteurs instrumentalisés par les acteurs eux-mêmes. 

Elle est l'étude des déterminants géographiques qui interviennent dans la politique des États, tant intérieure qu'extérieure. Ces déterminants relèvent de toutes les branches de la géographie.

Mais au Tchad, en l'appliquant, a-t-on réellement fait la comparaison entre ses effets positifs et négatifs ? Pour être un peu plus précis, prenons le cas de concours organisés pour l'accès aux différents instituts universitaires. Celui de la médecine en est un à revoir.

 Je me rappelle d'une conversation que j'ai eue avec une copine à l'approche des examens partiels à l'université au département de gestion. Devant passer le concours d'entré à la fac de médecine, je lui demandai si elle n'était pas stressée à passer 2 examens consécutivement, celle-ci me répondit en ces termes

- ma chère je suis sûre d'être retenu car ils tiennent compte du nombre de candidats par région et comme je suis la seule dans la mienne, je n'ai pas à m'inquiéter.

 L'état devrait essayer de se pencher un peu sur ce problème. Pourquoi favoriser certains candidats. Il y a sûrement qui auraient fait mieux mais ne sont admis car il faut que toutes les régions soient représentées même s'il faut que le soit disant représentant soit un cancre! C'est à plaindre quand on dit qu'il faut l'Homme qu'il faut à la place qu'il faut.

Cela est contraire à l'objectif de cette politique et ne cadre pas avec car, l'objet de cette discipline est d'étudier l'influence du milieu et du temps sur l'évolution et le comportement des peuples. Autrement dit, les peuples sont mis en condition, sont formés par le lieu physique dans lequel ils vivent et par les épreuves ou par les succès qu'ils ont partagés en commun au fil des temps. Ceci veut dire que comme les régions sont inégalement composées et que les climats, les reliefs, le régime des eaux, la fertilité des terres, créent un cloisonnement, et les peuples, par nature, se retrouvent être différents en fonction des zones territoriales qu'ils occupent. Cela veut dire, par corollaire, qu'il faut respecter les peuples tels qu'ils sont : ils ne sont ni bon ni mauvais, ils sont ce que la nature et le temps en ont fait, ils sont des facteurs indépendants des individus. D'où la nécessité de ne pas intervenir dans les affaires des autres peuples par respect, de ne pas les juger, tout du moins de ne pas les juger par rapport aux sentiments que l'on a de soi, ce que l'on fait aujourd'hui abusivement. L'on doit plutôt essayer de comprendre en respectant leurs modes de vie. C'est un défi à relever par tout fonctionnaire dans l'exercice de son métier dans quelle région du pays qu'il soit. 

D'autre part, c'est aussi nourrir le régionalisme et le ghetto culturel que de vouloir absolument doter chaque région de son natif en l'y affectant. On devrait plutôt se concentrer sur l'appartenance au pays et la faire passer avant les autres notions même si celles de région ou religion ne doivent pas être perdu de vue. Il faudrait que chaque être s'impose par ce dont il est capable ou mérite et non par ce qu'on peut lui tendre servi. Il faut de la volonté positive .pour faire quelque chose de profitable à son pays.

 Je crois qu'un tchadien doit servir le Tchad en premier même s'il estime qu'il doit à sa région. De ce fait, l'état contribue indirectement à la division nationale et la haine entre les tchadiens car on est tous issus d'horizons différents mais du même pays. Le service devrait au contraire être un moyen de brassage entre fils du pays dans la mesure où un sudiste qui exerce au nord (s'il fait bien son travail) ne sera qu'estimé par les autochtones et il en est de même pour un nordiste exerçant au sud. On sait que quand quelqu'un rencontre un être qui parle ou comprend le même dialecte que lui l'accueille comme un frère donc c'est un facteur qui vu nos diversités culturelles et de langues peut être perçu comme un plus.

 Pourquoi penser que l'autre nous rejettera alors qu'on n'est pas allé vers lui (toujours des préjugés n'est-ce pas un de nos dons)? On peut facilement intégrer un groupe quand on est courageux et ne se reproche rien mais quand on a peur, c'est qu'on reconnaît une certaine défaillance en soit.

De plus, la géopolitique est fatale dans certains domaines comme la médecine car l'exercice du métier demande une certaine aptitude. Un médecin est celui qui fait son travail par vocation, avec amour pas par ambition. Il doit être capable contrairement à un boucher qui apprend dans le tas. Autrement dit, face à une situation grave, il ne pourra que renvoyer à la mort son patient car il ne saura que lui administrer.

Comme résultat, la plupart des médecins se prennent pour le centre du monde devant leurs patients (d'ailleurs cette notion n'est plus de leur langage, autant dire clients pour eux) car ils n'ont pas un comportement digne de leur titre.

Normalement, la géopolitique qui est l'étude de la volonté du pouvoir appliquée aux situations de la géographie physique et humaine ne doit en aucun cas servir à légitimer les ambitions des uns et des autres. Ces acteurs sont multiples : hommes d'état, diplomates, cadres de l'armée, opinion publique.
Tous ces acteurs devraient être conscients des fruits de la géopolitique au niveau du pays et plutôt laisser l'état (qui est le seul critiqué en cas de problème quelconque) l'appliquer selon les normes requises.

Avoir dans chaque région son natif qui ne contribuera pas à son plus, ou un fils du Tchad tout court qui apportera sa pierre à l'édifice telles sont les deux options parmi lesquelles notre état doit faire son choix à l'ère où la question de santé est majeure en faisant fi des ambitions des uns et des autres.

Wahilo Diguera

Encore une année s’achève aussi pour notre pays ! Mais, encore une fois de plus, l’on n’aura pas noté d’avancée significative sur les plans politique, social et infrastructurel.

Sur le plan politique, le pouvoir en place continue à tout monopoliser : la présidence de la république et celle de l’Assemblée nationale, la primature et en bref, tous les postes clés de responsabilité depuis le plus haut sommet de l’Etat jusqu’au chef de village. Rien de mal à cela si le sens civique et citoyen pouvait être de mise à tous les niveaux ! Mais, ce qui constitue le menu quotidien de tant de citoyens tchadiens qui vivent justement et honnêtement du fruit de leur travail n’est que désolation croissante et même exponentielle. Cette désolation est tout naturellement imposée par l’incivisme notoire, endurci et par l’amateurisme qui caractérisent un grand nombre de ceux qui sont responsabilisés dans notre pays.

Je ne sais pas trop bien quel critère sous-tend la responsabilisation des personnes chez nous. Il me semble très original en tant qu’il échappe au bon sens. Plus on échoue, on détruit plus on est promu. Que sont devenus par la suite des personnes auxquelles l’on avait confié la gestion de la Cotontchad et de la Sonasut et qui les avaient bradées ? Non seulement elles n’ont pas été poursuivies par les services judiciaires à cause de leur appartenance au parti au pouvoir, mais à cause aussi de cette même appartenance et du bradage, elles ont été promues. Cet exemple n’est qu’un cas de figure du système qui parait désormais légal au Tchad.

Toujours sur le plan politique, le rapport entre le parti au pouvoir et les autres forces politiques de la société, en particulier l’opposition, est passé des accusations mutuelles à une opacité. Dans sa course pour modifier la Constitution afin de permettre à Deby de briguer un troisième mandat, le Mouvement Patriotique du « Salut » n’a pas voulu prendre en compte les suggestions de l’opposition pouvant permettre une bonne organisation des consultations électorales. D’où l’appel au boycott lancé par le Comité pour la Défense de la Constitution. Mais au sein de ce Comité, une voix se met en marge qui appelle la population à participer aux prochaines consultations électorales. Il n’est pas exclu que d’autres voix se détachent du Comité pour se joindre à elle le moment opportun. Aussi un des poids lourd de l’opposition qui opère en solitaire appelle-t-il, la population à voter. À qui le pauvre tchadien doit se fier ?  Les tchadiens dans leur ensemble, je me demande s’ils se sont déjà fiés une fois, à part les députés MPS, au parti au pouvoir. L’opposition, avec son incapacité à faire consensus autour d’un candidat énerve (sens étymologique) le peuple. Quel avenir, s’il en est un, pour le Tchad ?

Beaucoup de tchadiens parmi lesquels les étudiants avaient cru que l’exploitation du pétrole allaient changer du jour au lendemain leur condition de vie de façon générale. C’est ce qui a justifié leur mobilisation énergique en faveur de la réalisation de ce projet. Cet espoir s’avère maintenant un mirage macroscopique : le salaire des fonctionnaires continues à tomber de façon irrégulière ou à ne pas être payé sur des mois. Même situation pour les étudiants quant au versement de leur bourse. Les uns, pour se faire reconnaître le droit à la survie, arrêtent de travailler pendant des semaines. Et les autres, en plus de l’arrêt des activités, descendent dans la rue et organisent des casses pour attirer l’attention des gouvernants sur leur condition. Comment un pays peut-il aller de l’avant si, chaque fois, il faut cesser de travailler pour être payé ? Comment un pays peut-il être socialement stable si le voleur, le bradeur, l’incompétent reçoit des distinctions de toute sorte au détriment du travailleur consciencieux qui se voit imposer officiellement une sanction mortelle ? C’est triste, mais ainsi va le Tchad.

Cette sanction, il me semble que, les agents de l’ordre la ressentent jusque dans les os. Ils le font payer à la population par le racket, la violence à l’occasion soit de quelque contrôle à l’intérieur d’une agglomération soit au poste de contrôle sur des routes. Ce qu’ils oublient, c’est que leur concitoyen vive une situation identique à la leur. Mais il faut reconnaître qu’ils sont encouragés à exceller dans ces pratiques par l’impunité et par la complaisance même de l’autorité hiérarchique.

Au sujet des infrastructures, le Tchad est le pays le plus attardé en la matière. Il aura fallu attendre plus de quarante années d’indépendance pour que N’Djamena (la capitale) soit relié à l’une des principales villes par une voie bitumée. Encore aujourd’hui, pour aller d’une ville à l’autre, il est facile de perdre trois ou quatre jours en route pour un voyage qui aurait pu se faire en quelques heures. Le téléphone et l’électricité continuent à faire partie des objets de luxe. Les salles de classe sont pléthoriques tout simplement parce que le nombre des salles de classe disponible est très réduit ou par manque d’enseignants. - Des enseignants ! On note une grande carence dans les disciplines scientifiques dans nos collèges et lycées et cela dure depuis des années.

Une année passe et l’autre arrive dans une sorte de mouvement croissant, mais le Tchad, lui, ne veut pas rentrer dans ce mouvement naturel du temps ; il reste statique ou il fait le mouvement inverse. Où veut-il aller ? En tout cas, une histoire décroissante, personne n’en fera mémoire. Mais, tout n’est pas perdu. Il nous reste toujours la possibilité d’une véritable construction nationale à portée de nos mains par un usage plein d’humanité de notre volonté. Car notre gros problème réside dans le manque de volonté de changer, de changer nous-mêmes pour changer nos conditions, notre pays et son image.

Joyeux Noël et bonne année 2005 !

Christophe Koulyo

Lorsque des chefs d’une communauté religieuse revendiquent son poids démographique et ses fruits politiques plus que toute autre chose, il y a assurément anguille sous roche. C’est pourtant le spectacle que nous donnent depuis des années nos Oulémas et Cadres Musulmans membres de l’Union des Cadres Musulmans du Tchad (UCMT).

« Si nous n’étions pas sages et tolérants, nous aurions demandé tout simplement que différentes versions de code soient soumises à référendum (y compris un code strictement musulman). Les Musulmans étant majoritaires au Tchad, le Code Musulman aura toutes les chances de devenir le Code National, » avertissait Mahamat Hissène en sa qualité de Secrétaire Général de l’Union des Cadres Musulmans du Tchad, dans un droit de réponse adressé au « Temps » (No 200) en mars 2000. Au nom des Musulmans majoritaires toujours, le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques (CSAI) s’arrogera l’unique place réservée aux  religieux au sein du Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières alors qu’on sait que son Président, l’imam Abakar, serait incapable de dénoncer une quelconque fraude, lui qui ne peut trouver le moindre défaut au Président Déby.

Deux exemples parmi tant d’autres qui montrent que le devoir islamique de prêcher le bien et de dénoncer le mal a été renvoyé aux calendes grecques chez nous. Lorsque nos oulémas et cadres de l’UCMT ouvrent la bouche, c’est uniquement pour susciter la controverse sous le prétexte de défendre l’intérêt des Musulmans.  Cet intérêt est d’ailleurs si étroitement défini (Code Musulman de la famille, par exemple) qu’il ne sert que leurs propres intérêts. L’objectif réel du projet de Code Musulman de la famille en fait, était de mobiliser l’électorat musulman en faveur du MPS et du président Déby (et plus personne n’en parle depuis, du reste) ; ce qui explique entre autres la miraculeuse présence, au sommet de notre Assemblée Nationale, de la cheville ouvrière de cette entreprise, à savoir Mahamat Hissène.

Trop heureux, d’appartenir au camp le plus nombreux … et le plus fort, nos oulémas et cadres de l’UCMT savent que leur fortune et leur sort sont liés au régime en place. On s’attendrait pourtant à ce que des gens si prompts à brandir la bannière religieuse comptent plutôt sur Dieu ! S’étant placés pieds et poings liés au service du régime, ils ne sont d’aucune utilité à la communauté musulmane dont ils sont incapables d’exposer les vrais problèmes. C’est ainsi qu’ils se gardent de se prononcer sur la situation réelle que vivent les Tchadiens, celle qui est décrite par M. Kebzabo, mais aussi par d’autres Tchadiens dans les journaux et sur internet (exemple de l’appel d’Issakha Koty Yacoub sur le site du FNTR).

Dans sa lettre ouverte à MM. Lol Mahamat Choua, Abdoulaye Lamana et à l’imam Hissein Hassan Abakar (Le Temps No 325 du 27 novembre 2002), notre compatriote Moussa Adoum Guetty de Paris lançait ce déchirant cri : « …partout, il y a du sang des Tchadiens : dans les mosquées, les églises, les bars, les cabarets, les marchés, les écoles, les lacs, les fleuves, les rivières, les mares, les marigots, les caniveaux, vos chambres, l’eau que vous utilisez pour vous laver et faire vos ablutions, les repas que vous mangez quotidiennement.(…) Ainsi vous mangez, marchez, dormez et priez dans le sang de nos compatriotes. »

On s’attendrait à un éveil du leadership musulman tchadien, mais rien du tout. Pour les chefs de la communauté musulmane, les choses qui arrivent aux autres ne doivent pas empêcher la vie de continuer. Dans un mémorable article sur la responsabilité du journaliste, et pour justifier son approche sélective de l’information, Mahamat Hissène avait écrit : « pour 100 FCFA par exemplaire, j’espère que le lecteur ne me demande pas le sacrifice suprême » ; le sacrifice dont il parle étant simplement de rendre compte honnêtement des conditions de vie de ses compatriotes. Pourtant, le Coran dit : « O vous qui croyez ! Craignez Allah et soyez avec les véridiques. » (Sourate 9, verset 119, 9/119).  La tragédie, dans le cas de Mahamat Hissène, est qu’il est lui-même l’un des idéologues et le stratège de ce système qui l’empêche d’être véridique. Allez-y comprendre quelque chose !

De toute évidence, l’ancien Directeur du « Progrès » et Secrétaire Général de l’UCMT redoute plus la colère de nos dirigeants que celle d’Allah qui dit pourtant : « Ne craignez pas les hommes. Craignez-moi. Ne vendez pas mes signes à vil prix. » (5/47) Par leur silence, nos cadres Musulmans et oulémas encouragent les tenants du pouvoir à gérer le pays comme bon leur semble, au mépris des lois, sûrs qu’ils ont derrière eux le poids de toute la communauté musulmane.  Qui se chargera de rappeler à nos dirigeants cette injonction du Coran : « …ne faites pas comme celle qui défaisait brin par brin sa quenouille après l’avoir solidement filée, en prenant vos serments comme moyens pour vous tromper les uns les autres du fait que (vous avez trouvé) une communauté plus forte et plus nombreuse que l’autre. Allah ne fait, par-là, que vous éprouvez. » (16/92) Dans le cas du Tchad, les gens font pire : ils défont la quenouille que d’autres ont filée ! Les lois ne sont votées et les accords ne sont signés que pour mieux tromper l’opinion nationale et internationale.

Pour préserver le statu quo qui leur bénéficie tant, ceux qui se sont adjugés le titre de « porte-parole » de la communauté musulmane du Tchad entretiennent une savante confusion sur les préceptes de l'Islam. Ainsi, ils se gardent bien de rappeler qu’une société, qu’elle soit laïque ou islamique, doit être régie par des lois et que personne n’a le droit de se rendre justice. On croirait que Salaheddine Kerchid les avait à l’esprit lorsqu’il écrivait, dans son livre, « Le Vrai visage de l’Islam » (page 23) : « On apprivoise Dieu, on l'enferme entre des cloisons hermétiques ; on dévoile ce qu'il nous convient de dévoiler de Ses Écritures et on cache soigneusement le reste pour qu'il ne serve pas d'arguments contre nous le Jugement dernier. La religion, qui est le seul moyen de créer la grande fraternité humaine, devient un code de société secrète et un moyen de limiter les biens de ce monde à une poignée d'initiés et de purs».  Et cela est tellement vrai qu’aujourd’hui, dans de nombreux villages du Sud, les gens préfèrent se convertir à l’Islam dans l’espoir d’entrer dans le « club » plutôt que de continuer à « galérer » en tant que non-Musulmans ! Quel vrai musulman peut accepter cela ?

Fraternité humaine, dit Kerchid, alors que certains Tchadiens insistent que le musulman est le frère du musulman, et implicitement l'ennemi du non-musulman. Il y a ici une incompréhension du mot « oumma » qui, dans le Coran, désigne non seulement une communauté donnée, mais aussi l’humanité toute entière. Être musulman, c'est être le ciment d'une seule fraternité, son humanité. Il ne serait pas logique que Dieu crée l’ensemble des hommes, mais limite ses bienfaits et sa miséricorde à une partie d’entre eux seulement.

C’est bien ce que certains Musulmans de chez nous croient. «  ... nombre de Musulmans sont prompts, sous l'emprise de la colère et de la haine, à traiter de kirdi (paien, race d'esclave) leurs compatriotes du Sud. Bien que le sujet soit tabou, un historien musulman comme Mahamat Saleh Yacoub n'hésite pas [...] à reconnaître que ce trafic [l'esclavage, NDLR] a créé des sentiments de mépris et de crainte qui ne présentent pas a priori un atout favorable pour une intégration post-coloniale facile, » écrit le père Henri Coudraix. (Cité dans «  N'djamena, Déby entre Mobutu et tchador », document internet de l'Association « Survie. »)

Pourtant, Salaheddine Kerchid (p.66) explique bien que « ni la naissance, ni la couleur, ni la fortune ne nous donne une supériorité quelconque aux yeux du Créateur. Il ne nous juge que d'après notre piété et les plus pieux sont pour Dieu les plus nobles.» D’où vient-il qu’aucun de nos oulémas officiels ne prenne la peine de rappeler cette vérité à la communauté musulmane tchadienne ? La raison est simple : le système qui nous opprime est basé sur l’idée que les Musulmans Nordistes sont supérieurs au reste des Tchadiens.

Le défunt Abderahmane Dadi (cité par Roné en page 256 de « Tchad : l’ambivalence culturelle ») explique clairement cette politique de l’exclusion, s’il ne la justifie pas : « Entre coreligionnaires, il se crée un sentiment de fraternité qui ne s’étend pas aux non-coreligionnaires. L’appartenance à une même religion est un élément, union religieuse mais aussi politique dans le cas de l’Islam. Cette communauté de croyants laisse de côté les incroyants qui se trouvent être les populations soudaniennes animistes. »

L’ironie est que le même Dadi et nombreux autres viendront à plusieurs reprises à Washington pour jurer aux responsables de Banque mondiale que personne ne sera exclu de la gestion des ressources pétrolières et que les Yorongar et autres Delphine Kemneloum qui émettent des réserves à ce sujet sont des menteurs ! Comment s’entendre avec des gens qui renient jusqu’à ce qu’ils ont eux-mêmes écrit ?

Avec l’avènement des pouvoirs dits Musulmans au Tchad, on a assisté à la destruction systématique des repères socio-politiques et économiques. Ceux qui peinent le moins au travail sont ceux qui ne cessent d’accumuler villas, femmes, argent, richesses en tous genres, tout en gavant le peuple de discours creux. En paraphrasant le Coran (5/63), on est en droit de se demander : « pourquoi les oulemas et imams ne les empêchent-ils pas de tenir des propos mensongers et de manger des gains illicites ? » Kerchid rappelle de son côté la formule qui préserve la cohésion sociale : « tout salaire correspond uniquement à un bienfait pour autrui et ainsi on évite tout déséquilibre social et toute faillite des valeurs morales et matérielles. » (p.135). De toute évidence, nous avons passé ce cap il y a bien longtemps. Nous sommes à un stade où gagner sa vie en rendant service est considéré comme dégradant.

Il importe que les Musulmans de bonne volonté se fassent entendre de plus en plus pour changer cette perception peu positive que nous autres avons, aujourd’hui, de l’Islam tchadien. Qu’ils se reconnaissent ou pas au sein du CSAI ou de l’UCMT, ces organisations parlent et agissent en leur nom. Ils peuvent exiger la démission immédiate des dirigeants de ces deux organisations et leur remplacement par des Musulmans intègres élus par la communauté ; des gens qui auraient le courage d’exposer les vrais problèmes de la société. L’autre option est de lancer des organisations parallèles. Celles-ci feraient alors jonction avec nos églises pour porter un jugement moral sans équivoque sur la situation de notre pays et appeler aux bonnes actions en faveur de tous les Tchadiens. Ne pas tenter de corriger un mal dont on a conscience est certainement l’un des plus grands péchés qui soit. « Quel pire injuste que celui à qui on a rappelé les versets de son Seigneur et qui en détourna le dos, en oubliant ce que ses deux mains ont commis ? » fait en effet remarquer le Coran (18/57).

Les gens aveuglés par leur arrogance nous reprocheront de vouloir dicter aux Musulmans les normes de leur religion. Dans ce cas, ceux-là devront nous démontrer en quoi la collusion actuelle entre le pouvoir et les chefs religieux Musulmans se justifie et en quoi elle profite aux Musulmans ordinaires.

Timothée Donangmaye

A l’occasion de la nouvelle année 2005, permettez-moi de vous présenter mes meilleurs vœux de succès et de réussite pour votre Journal, mes vœux de santé, de bonheur et de prospérité pour vos rédacteurs et lecteurs et enfin mes vœux de paix et de sécurité pour notre pays, le Tchad. Ainsi, au seuil de ce nouvel An, il est certes bien d’adresser des vœux, mais il serait aussi intéressant de poser des questions qui permettraient à chacun de nous de réfléchir sur des sujets importants pour notre pays.

Dans les années 1995, on parlait de la <clochardisation des diplomates tchadiens>, article publié dans NDjaména-Hebdo par notre frère Mahamat-Ahmat Adamou. Aujourd’hui environs dix ans après, comment se porte la diplomatie tchadienne ? Y a-t-il une évolution positive ou négative ? Quels changements ou réformes ont-ils été entrepris ? Bien qu’il ne soit pas question ici de faire un bilan, peut-on savoir l’état actuel de notre diplomatie ? Quel est le sort de nos diplomates et dans quelle condition exercent-ils leur noble mission de représentation de notre pays ?
La politique étrangère relève généralement du domaine réservé du Président de la République. Quels efforts le Chef de l’Etat a-t-il fait pour améliorer la diplomatie tchadienne ? Et quels résultats nos multiples Ministres des Affaires Étrangères avaient-ils réalisés ?
La politique étrangère appelée aussi politique extérieure, est en principe le prolongement et l’expression de la politique nationale d’un Etat sur le plan international. La diplomatie n’est que la manière de sa mise en œuvre ou la méthode de son exécution par les agents et cadres du Ministères des Affaires Étrangères.
La crédibilité d’un Etat dépend certes de sa bonne gouvernance mais aussi de sa politique étrangère et de sa diplomatie. La réussite d’une diplomatie est liée à plusieurs facteurs mais surtout aux ressources humaines et financières mises à sa disposition. Et la volonté politique des hauts dirigeants du pays crée le déclic et donne souvent le stimulus aux diplomates.

Depuis le 1er décembre 1990, date de la prise de pouvoir du président Idriss Déby à nos jours, la diplomatie tchadienne a connu neuf Ministres des Affaires Étrangères(2). Il n’est pas question ici de les classifier bon ou mauvais, mais plutôt de savoir quelle réforme sérieuse notre diplomatie a-t-elle connue ? Nos ministres des Affaires Étrangères ont-ils eu le temps et les moyens d’accomplir leur mission ? Avaient-ils eu la volonté ou le courage de l’assumer pleinement ?
- Pour ce qui est des ressources humaines, notre diplomatie renferme des cadres expérimentés et compétents, capables d’assumer pleinement leurs fonctions et responsabilités, même au niveau international. Ces potentialités sont-elles exploitées suffisamment comme il le fallait ?
Au niveau national, avec la politisation abusive et négative de l’Administration tchadienne, les cadres et agents du Ministères des Affaires Étrangères ne sont pas réellement associés dans les grandes négociations internationales du Tchad. Ignorés parfois volontairement par leur propre Chef de Département ou parfois par méconnaissance de leur capacité réelle, certains croupissent dans leurs bureaux sans prendre aucune initiative. D’autres, découragés s’orientent vers d’autres Départements ministériels ou se résignent simplement chez eux, en observant à distance ce qui se passe. D’autres encore se font rares au Département et n’apparaissent que périodiquement pour percevoir leur salaire mensuel. Dommage!... Mais il y a aussi ceux qui malgré cette situation difficile et complexe, travaillent et font des propositions intéressantes qui malheureusement ne sont pas toujours suivies par les politiques.

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Ainsi, les Agents et cadres du Ministère des Affaires Étrangères sont marginalisés pour ne pas dire exclus des négociations importantes du Tchad. Libre cours est donc laissé à d’autres personnes à compétence aléatoire en négociation, qui se bousculent pour s’arroger le droit de participation à telle ou telle mission extérieure, sans défendre réellement et méthodiquement les intérêts du pays, moins encore rapporter de résultat tangible. Souvent aucun rapport de mission n’est établi ne serait-ce que pour permettre une bonne suivie dans l’avenir.
En cas même de nomination officielle de certains dans une Mission diplomatique tchadienne à l’extérieure, nos diplomates traînent six à douze mois entre les bureaux et services du Ministère des Finances pour se voir délivrer les titres de transport pour rejoindre leur poste d’affectation. Et ils partent généralement, dans un premier temps, sans leur famille.
Après la prise de service de leur fonction, ils attendent encore désespérément trois à quatre mois pour se voir mandater et percevoir leur salaire. Ainsi, ils deviennent de facto une charge supplémentaire pour les Ambassades qui n’ont d’ailleurs que de très maigres ressources financières. Parfois, certains payent eux-mêmes le transport des membres de leur famille, sans être remboursé par les finances publiques. S’ils persistent à réclamer le remboursement, leur dossier est systématiquement transféré et classé à la Direction de la Dette. Les frais de scolarité de leurs enfants et les frais médicaux, prévus par les textes officiels, ne sont pas payés par l’Etat. Pire encore en cas de rappel à la fin de leur mission, leur rapatriement au pays n’est pas immédiat. L’obtention des titres de transport pour leur retour au Tchad devient problématique et hypothétique, créant ainsi des frustrations et parfois des conflits inutiles. Nos diplomates sont donc obligés de mobiliser leurs amis et parents au pays, pour négocier avec les autorités et chefs de Services du Ministère des Finances, comme si leur rapatriement était une faveur et non un droit prévu par les textes nationaux. Abandonnés ainsi sans salaire et sans leurs billets d’avion de rapatriement, certains essaient de travailler temporairement dans le pays hôte pour soutenir leur famille. Mais au pays, certains politiciens opportunistes les qualifient d’Opposants politiques en exil. Face à cette situation, nos Ministres des Affaires Étrangères sont indifférents ou restent impuissants. Et nos Conseillers diplomatiques à la Primature et à la Présidence de la République ignorent totalement leur sort ou s’en soucient peu.

Notre pays a besoin de ses fils et de ses cadres. Nos diplomates, quel que soit le nombre des années passées à l’extérieur, ont acquis de l’expérience et du professionnalisme. Le Gouvernement tchadien doit-il encourager et faciliter leur retour au pays ou les pousser indirectement à l’exil ? Cette manière de faire ne favorise-t-il pas la fuite des cerveaux tchadiens vers d’autres horizons ?
Quant à nos Ambassades et Missions permanentes, elles sont très limitées en nombre actuellement. Mais leurs locaux sont vétustes et généralement avec des équipements qui datent des décennies. Certaines sont gonflées des agents et d’autres presque vides. Leur caractéristique commune est qu’elles sont laissées à la merci de certains faucons politiciens qui dès leurs prise de fonction, se cantonnent soit dans le mercantilisme primaire, soit à se servir abusivement pour ne pas parler de dilapider les maigres ressources de fonctionnement de nos Représentations diplomatiques. Si celles-ci deviennent rares, ils se lancent sans scrupule à brader nos patrimoines immobiliers acquis depuis des décennies et après tant d’efforts. Quelques exemples connus de tous méritent d’être rappelés.
- L’ancien Ambassadeur du Tchad aux États-Unis d’Amérique, M. Ahmat Hassaballah Soubiane, connu sous le vocable <Bavure> a troqué notre résidence de Washington D.C., pour soit disant avoir une nouvelle résidence descente. Il opte ainsi volontairement pour s’éloigner à l’Etat voisin de Maryland. Pour quel intérêt pourrait-on brader cette immense résidence du District de Columbia, en plein centre de Washington, pôle attractif de la diplomatie américaine et mondiale ? Comment cette transaction a-t-elle été menée et à qui profite-t-elle ? En fait, notre pays le Tchad bénéficie-t-il de quoi ?  Paradoxalement, à la fin de sa mission interrompue par le président Déby suite à leur fameux conflit pré-électoral, notre Ambassadeur confisque cette résidence du Tchad avec tous les autres biens y compris les voitures de fonctions de l’Ambassade. Sous prétexte d’exiger ses droits de rapatriement, bien qu’il est évident qu’il ne retourne pas au pays pour le moment, il refuse de libérer cette résidence à son successeur et se lance dans son opposition contre le président Déby. Drôle de manière de défendre les acquis constitutionnels et faire main basse sur les biens publics...
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- M.Ousmane Djidda, notre Ambassadeur au Nigéria, sous prétexte de préparer le déménagement de l’Ambassade du Tchad de Lagos à Abudja, s’est plongé également dans des confuses transactions immobilières, soulevant la réprobation des tchadiens, dans les journaux et Sites Web. Comment s’est terminée son affaire ? Seul lui-même pourrait nous éclaircir.
- M.Ahmat Abderahmane Haggar, notre ancien Représentant-Permanent aux Nations Unies, avec la complicité de son neveu M. Bichara Daoussa, ancien Ministre des Finances qui avait récemment le vent en poupe, a tenté sans succès de vendre la propriété de la résidence du Tchad de White Plaine à New York. Cette transaction a été stoppée grâce à la vigilance du Ministre des Affaires Étrangères de l’époque, l’honorable Mahamat-Saleh Annadif, et du président Déby lors de sa visite à New York en juin 1999.
Malheureusement son remplaçant M. Koumtog Laotekguelnodji avec la complicité de son Conseiller Issa Boukar, qui d’ailleurs avait déserté son poste, ont réussi à achever le bradage de cette propriété tchadienne de White Plaine, pour s’acquérir à quel prix et dans quelle condition un misérable ghetto de résidence dans les faubourgs de New York. Aussitôt la juteuse et douteuse transaction ficelée, notre Premier Conseiller déserta son poste de New York pour aller soi-disant se soigner au Soudan, mais rentre discrètement à N’Djamena…. Quant à l’Ambassadeur, à la fin de sa mission, il déclara qu’il avait acheté cette nouvelle résidence à crédit. En fait, sur les 700.000 dollars encaissés, notre Ambassadeur n’a payé que 200.000 $ et plonge ainsi volontairement le Tchad dans les dettes. Alors où sont passées les 500.000 dollars restant des recettes de la vente de notre propriété de White Plaine ? Pire encore bien qu’il a reçu ses billets d’avion pour le retour au Tchad, il opta pour laisser sa famille à New York, soit disant à la charge d’une Église. Drôle de manière de préparer un exil discret.

Au moment où tout le monde cherche à avoir une résidence dans les centres urbains, ce qui faciliterait le contact et les concertations avec les autres diplomates, nos stratèges politiciens-diplomates persistent et optent à s’isoler dans les périphéries et faubourgs, en échange peut-être de quelques subsides financières personnelles….Heureusement que pour le moment certaines de nos Ambassades ailleurs, sont épargnées. Ainsi, nous espérons que de telles pratiques mafieuses ne puissent pas tenter nos Excellences !
Il y a certes de problèmes de gestion, mais il faut noter aussi que le budget de notre Ministère des Affaires Étrangères est insignifiant et ne permet pas d’atteindre de grands objectifs d’envergure internationale. Souvent dans nos chancelleries, par faute de moyens ou par simple manie d’économie épicière, des réceptions et cocktails sont très rarement organisés et cela même à l’occasion des fêtes nationales historiques. Nos plénipotentiaires prennent fonction et quittent dans la clandestinité, sans même dire parfois au revoir à leurs collègues diplomates des pays amis ou à leurs compatriotes-résidents. Heureusement qu’il y a quelques-uns qui font de leur mieux pour représenter dignement le Tchad, mais ne sont pas du tout encouragés. D’autres, se considérants comme des politiciens zélés, ne trouvent leur salut qu’à produire de faux papiers de renseignements sur leurs compatriotes. Parfois, ils s’en prennent à leurs propres collègues diplomates tchadiens et agents d’Ambassade, les menaçant parfois ou les poussant implicitement à l’exil. C’est pourquoi une appréciation préalable de leur intégrité mérite d’être faite avant toute nomination. La diplomatie classique spécifiquement politicienne est de nos jours dépassée. Elle devient aujourd’hui un réel facteur de développement économique, culturel et social. Pourquoi alors ne pas lui consacrer une attention particulière et un budget conséquent, pour permettre à nos diplomates d’assumer pleinement leur mission ? Cela serait plus réaliste que de se précipiter d’ouvrir de nouvelles missions comme à Genève ou envisager d’autres à Montréal, Johannesburg et Tokyo, sans réellement définir leurs objectifs et évaluer au préalable leur coût financier.

-Sur le plan international, les Chefs de la Diplomatie tchadienne ne font aucun effort pour soutenir le maintien de nos quelques rares cadres dans les Institutions internationales. Moins encore, ils n’ont pas de stratégie conséquente, ni une politique de placement et d’intégration de nos anciens Diplomates, anciens Ministres, des hauts Cadres et Techniciens tchadiens dans les Organisations internationales. Aucune planification ou une projection à moyen ou long terme n’est envisagée. Le Tchad est membre de plusieurs Organisations internationales. Notre pays n’a-t-il pas le droit de négocier, de faire campagne, et de briguer des postes pour ses ressortissants dans les Institutions internationales ?
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Quelques soient nos possibilités, notre pays y contribue financièrement. Alors pourquoi ne pas envisager cette possibilité de faire participer les tchadiens qui ont le profile et la capacité à amorcer l’expérience internationale ? Le Tchad a-t-il épuisé le quota des postes qui lui reviennent dans certaines Institutions internationales ? Ces questions sont déjà soulevées par nos cadres et agents, mais la gestion opaque, personnelle et quotidienne de notre diplomatie ne laisse pas la possibilité de faire de projections d’avenir. Le Tchad est membre de l’ONU depuis les années 60. Est-il normal qu’après plus de quarante ans, il n’y a pas un seul tchadien fonctionnaire permanent travaillant au siège des Nations Unies à New-York ? Pourquoi sommes-nous si absents dans les Institutions et Organisations internationales ?
Quant aux ressources financières du Ministère, si on exclut les salaires des agents et diplomates, la plupart du budget du Département est souvent consommé par le transport des Ministres et leurs Caisses d’Avance. Nos Ministres voyagent souvent seuls, sans être accompagné des agents de leur Département. Et dans nos Représentations diplomatiques, ce sont souvent les dépenses personnelles des Ambassadeurs qui priment. Ils se font rembourser leurs frais médicaux et autres, ignorant parfois ceux de leurs collègues et agents. Le fonctionnement réel des services intérieurs et extérieurs, généralement relégué au second plan, se limite à l’achat de quelques paperasseries. Les mobiliers et autres équipements ne sont pas du tout renouvelés et restent vétustes, tant au Ministère que dans les Ambassades et Consulats, du fait qu’ils datent des dizaines d’années. Cette situation est connue de tous. Les responsables politiques, les membres du Gouvernement, les cadres et fonctionnaires tchadiens effectuent régulièrement des missions à l’extérieur. Ils visitent souvent nos Ambassades et Missions permanentes, rencontrent nos diplomates et sont informés de cette réalité. Comprennent-ils ou sont-ils conscients de l’enjeu de notre Diplomatie ? Personne ne réagit et la situation persiste. Le Chef de l’Etat est-il vraiment engagé à redynamiser la diplomatie tchadienne et lui donner le soutien politique et financier conséquent ? Le Tchad pourrait-il mettre un terme à la politique de sous-représentation symbolique dans nos Ambassades ? Peut-on enfin évoluer de la politique de la chaise vide dans les Organisations internationales à une réelle diplomatie d’action dynamique pour la défense de nos intérêts ?
Alors, quand pourrait-on espérer un changement réel et positif dans la méthode de gestion de notre Diplomatie ? Le Chef de l’Etat, le président Idriss Déby nomme nos Ministres des Affaires Étrangères et Ambassadeurs. Il leur fait confiance dans leurs missions respectives. Mais ces derniers assument-ils correctement leur responsabilité ? Font-ils des rapports périodiques de travail sérieux ou de simples notes de réclamation de fonds, d’interminables arriérés et remboursements ?
Nos Ambassadeurs ont-ils les capacités et surtout les moyens d’accomplir leurs fonctions ? Les Conseillers diplomatiques à la Primature et à la Présidence de la République assurent-ils correctement le suivi de notre Diplomatie ? Maintiennent-ils des contacts réguliers avec le Département des Affaires Étrangères et nos Ambassades à l’extérieur ? Suivent-ils les propositions et avis des cadres et agents du Ministères des Affaires Étrangères et de nos Chancelleries ? Ou bien portent-ils uniquement leur titre et s’agitent simplement au cas où le Chef de l’Etat ou le Premier Ministre leur sollicite tel ou tel dossier ?

Face à cette situation quelle Diplomatie pour le Tchad peut-on espérer à l’ère du millénium ? Quelques soient nos difficultés et problèmes internes, le Tchad doit soigner son image de marque et préserver sa crédibilité internationale. La pression de certaines Institutions internationales financières ne doit pas nous faire perdre de vue le choix d’une politique extérieure dynamique et tout azimute. Notre politique étrangère relève du domaine de la souveraineté nationale. Les tchadiens, à tous les niveaux, doivent l’assumer pleinement et correctement, sans aucune complaisance. L’honneur et la crédibilité de notre pays, le Tchad n’a pas de prix.

Hassane Mayo-Abakaka
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(1) - Membre fondateur et Secrétaire Général de l’UN (Union Nationale) de Abdoulaye LAMANA(1992-1997), Dr. Hassane MAYO-ABAKAKA, Diplomate de carrière, dispensait les Cours d’Histoire diplomatique et des Droit des Organisations internationales à l’ENAM de N’Djaména (1989-1997).Plusieurs fois Directeur au Ministère des Affaires Etrangères(1991-1997), il était  Premier Conseiller à la Mission Permanente du Tchad Auprès des Nations Unies à New York(1998-1999),puis devient fonctionnaire des Nations Unies chargé des questions politiques dans le Conflit du Sahara Occidental(2000-2002). Il est aujourd’hui Consultant international.

(2) - Il s’agit de:1-Soungui Ahmed Kotoko, 2-Mahamat-Saleh Ahmat, 3-Mahamat-Ali Adoum, 4-Fakadi Lockna-Vidina, 5-Korom Ahmed, 6-Ahmat Abderaman Haggar, 7-Saleh Kebzabo, 8-Mahamat-Saleh Annadif, et 9-Nagoum Yamassoum.  

Rien ne nous révèle autant au monde que les combats que nous choisissons de livrer. Dans tous les coins du Tchad, des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer les agissements des responsables administratifs et militaires qui n’en font qu’à leur tête. Au Sud, nombre de gens portent encore le deuil de leurs parents massacrés à l’arme de guerre par des compatriotes éleveurs ou commerçants originaires du Nord. L’ensemble des Tchadiens s’interrogent sur ce qui nous attend au-delà du référendum de mars prochain. 

Et c’est ce moment que choisit l’Union des cadres musulmans du Tchad (UCMT) pour brandir ses revendications d’un autre âge. Avant d’aller plus loin, quelqu’un peut-il me dire à quand remonte la dernière prise de position de l’UCMT en faveur des droits humains au Tchad ? De quand date la dernière dénonciation, par cette organisation, de ces coups d’Etat réels ou imaginaires, et dont on a si peur des auteurs qu’on n’a pas osé les identifier publiquement jusqu’ici ? Je ne me souviens pas du dernier appel de cette organisation à une meilleure gestion des ressources nationales. Acquis à la cause du prince, les militants de l’UCMT se gardent bien de faire des vagues de ce côté.

Khadija Marfouk pensait sûrement à de pareilles gens que lorsqu’elle écrivait : « Fuir sa responsabilité par le silence des lâches, devenir sourd aux cris des opprimés sous les fouets des oppresseurs, devenir aveugle devant le sang des innocents versé injustement. S’évader pour ne pas témoigner, trouver mille et une excuse pour s’éloigner : le travail, la famille ou une prière qui ne s’achève jamais… » [i][I] Et c’est pour masquer cette scandaleuse fuite de responsabilités que l’UCMT et ses militants relancent le débat sur le code de la famille, avec pour unique argument que le projet de code « FNUAP » de la famille… ne leur plaît pas et viole la loi islamique.   

Dans son dernier communiqué, l’UCMT s’insurge ainsi contre « la mise en chantier d’un projet de code pénal interdisant le mariage avant l’âge de la majorité fixé à 18 ans et en s’attaquant sans raison au droit de la succession musulman. »  Estimant qu’on « se livre à un dénigrement en invoquant la scolarisation des filles pour condamner leur mariage » cette organisation avertit qu’elle « s’opposera à tout projet tendant à imposer, arbitrairement et par la ruse, des lois sans fondement. »

Comme à leur habitude, les commanditaires de cette association jouent les victimes d’un système socio-politique hérité des traditions judéo-chrétiennes. Ils usent du chantage religieux pour empêcher tout débat, au sein de la communauté musulmane, sur ce dossier. Toute critique à leur égard est présentée comme une hostilité à l’égard de l’Islam et des musulmans ; un chantage auquel très peu d’intellectuels tchadiens – musulmans ou autres – sont en mesure de faire face de nos jours.

Traiter les chefs de file l’UCMT de « fondamentalistes » ou « d’islamistes » est un doux compliment à leurs oreilles, d’autant plus que cela leur épargne la tache de nous démontrer en quoi leur vision de l’Islam répond réellement aux principales exigences du Coran et de la Sunna.[ii][II]. Ces mêmes individus sont prêts à vous dire – lorsque cela leur convient – que l’Islam (sunnite) n’a pas de clergé et que la religion est une affaire directe entre l’Homme et Dieu. En clair, chaque musulman agit selon sa conscience. D’où vient-il alors que l’UCMT, avec la bénédiction du Haut conseil des affaires islamiques, s’arroge des responsabilités religieuses qui excèdent celles du pape ? Cette situation est d’autant plus dangereuse que les leaders de cette organisation ne sont pas des lumières en matière d’interprétation des textes religieux.

Le tout n’est pas de connaître par cœur ces textes ; encore faut-il avoir l’aptitude à les resituer dans leur contexte socio-historique d’origine. Il faut aussi et surtout avoir le courage s’interroger sur leur pertinence pour notre société moderne. « Puisqu’il y a eu des différences, et en plus des différences vitales, entre les différents interprètes et commentateurs, il ne peut être question qu’une interprétation particulière soit imposée à tous les gens d’une époque, et encore moins aux générations ultérieures» [iii][III] note si judicieusement Asghar Ali Engineer.

Prenons le cas de l’âge légal de mariage de la jeune fille que l’on voudrait fixer à 18 ans et qui chagrine tant l’UCMT. Dans le temps, lorsque la femme était uniquement destinée à tenir la maison et à procréer, on la mariait très rapidement, c’est-à-dire, pour de nombreuses traditions, dès qu’elle avait passé le cap des 12 ans. Mais de nos jours, les filles sont des citoyennes à part entière, ayant droit à l’éducation et à la formation professionnelle. Serait-ce juste ou même rentable d’abréger leur éducation au nom du mariage ? A ce que je sache, ce ne sont pas tous les musulmans qui veulent marier leurs filles adolescentes. A preuve, de plus en plus de nos compatriotes musulmanes poursuivent des études supérieures.

Par ailleurs, les recherches médicales modernes ont démontré, chiffres à l’appui, les nombreux dangers du mariage précoce des filles. Il y a un an ou deux, une petite Sénégalaise envoyée en mariage était décédée des suites d’hémorragie suite aux rapports avec un mari assez âgé pour être son père. Autre chose : dans les traditions où les filles sont mariées dès l’adolescence – femmes-trophée qui font la fierté du mari ! -- les hommes deviennent très exigeants. Pour eux, une femme de 25 ans est une vielle fille. Ainsi, en mai 2002, Wafâ Abd Al-Latif Al-al Shaykh, présidente de la section d’éducation islamique en Arabie saoudite révélait que 1,5 millions de Saoudiennes avaient dépassé l’âge du mariage [iv][IV]. Devinez le sort qui attend ces femmes, victimes de traditions prétendument religieuses !

Dans de telles sociétés, la femme n’est pas différente d’une chemise ou d’une moto qu’on change dès qu’elle est passée de mode. Ainsi, divers journaux ont récemment fait état du cas du Saoudien Saleh al-Sayeri, 64 ans, qui, à force de vouloir toujours de jeunes épouses, en était à sa 58e femme, 58 femmes, dont il ne se souvient plus tellement. Cette situation es facilité par une législation islamique qui donne toute la latitude à l’homme de divorcer sans trop de salamalecks ! C’est sûrement là une perspective très alléchante pour l’UCMT et ses militants ! Nos filles et sœurs musulmanes ne méritent-elles pas mieux ?

Cette association fait état d’attaques non fondées sur le droit de la succession musulman. Or, nous savons que ce droit, très influencé par les traditions patriarcales de la péninsule arabique, est défavorable aux femmes. C’est pourquoi, au Maroc par exemple, la loi sur la réforme du code de la famille (Moudawana) vise spécifiquement à « consacrer l’égalité juridique entre l’homme et la femme. »  Et cette loi marocaine fait passer l’âge minimum du mariage de 15 à 18 ans pour la femme et… l’homme[v][v]. L’UCMT prétendra-t-il que les Marocains et leur roi sont moins musulmans que les Tchadien ?

Cette tradition invoquée par nos « cadres musulmans » peut avoir des incidences bien au-delà de la communauté musulmane. Un exemple bien simple que l’UCMT fait semblant d’ignorer : le problème des enfants nés hors-mariage et qui, selon la tradition musulmane, n’ont pas droit à l’héritage de leur géniteur. En plus d’être injuste et illégale, cette pratique renforce l’irresponsabilité de certains individus qui vont « pondre » des enfants hors de leur foyer sans les reconnaître. À ce propos, quelqu’un m’a raconté une horrible histoire qui a connu une fin tragique. Un haut responsable musulman qui avait conçu une fille hors-mariage l’avait, par la suite, légalement reconnue. Cependant à son décès, sa famille rejeta catégoriquement la fille et la déshérita au nom de la tradition. Humiliée et dévastée, cette dernière se suicidera, plongeant sa famille maternelle dans une grande tristesse. Cela s’est passé, il n’y a pas si longtemps, à N’Djamena.

Évidemment, l’UCMT n’a pas poussé la réflexion jusqu’à ce niveau. Ses militants préfèrent le sombre voile de l’obscurantisme religieux, garant du statu quo dans notre pays. Il leur permet d’une part, de dormir tranquille, et d’autre part, de rassurer « en haut lieu » qu’ils tiennent toujours le bas-peuple dans le Septentrion, et que tout va bien dans notre pays. L’Islam, le vrai, invite les dirigeants de toutes les religions à se donner la main pour promouvoir le bien et la concorde. Les motivations de l’UCMT sont strictement politiques et il est dommage qu’aucun compatriote musulman n’ait eu, jusqu’ici, le courage de confronter ouvertement cette association sur ce terrain !

Timothée Donangmaye

[1][I]  “Al-Hour, l’Homme Libre”  texte publié sur le site SaphirNet.Info, décembre 2003.
[1][II] Recueil des actes et paroles du prophète Mahomet.
[1][III] “A propos de la méthodologie d’interprétation du Coran” texte tiré du site “études-musulmanes.com”en juin 2003.
[1][IV] Site internet “Chronologie de l’Arabie Saoudite.2002”
[1][V] Site Internet “Le Portail des Ong du Moyen-Orient”

Je présume que de nombreux compatriotes ont applaudi le discours prononcé par le président Idriss Déby à l’occasion du 8 mars, journée internationale de la Femme. Ils ont sûrement apprécié sa promesse de faire adopter dans les meilleurs délais, par l’Assemblée nationale, le projet de code de la famille. Si l’on s’en tient à ce discours, le président Déby, qui est lui-même musulman, rejette implicitement le projet de code musulman de la famille élaboré par l’Union des cadres musulmans du Tchad (UCMT.) « Le code de la famille, nous l’avons tiré de la Constitution. Et, cette constitution a été votée par tous les Tchadiens,» avait-il, en effet, martelé.

Cependant, j’estime que la sortie du chef de l’État sur cette question vient avec du retard. Car cela fait au moins un siècle – et j'exagère à peine ! – que l'UCMT et ses militants empoisonnent l'atmosphère nationale avec leur projet de code musulman de la famille !   Certains de leurs leaders ont même menacé de soumettre leur document à un référendum où il passerait comme une lettre à la poste, les musulmans étant, selon eux, majoritaires. Malgré tout, nous avons eu comme l’impression que le sujet ne préoccupait pas nos dirigeants.

Les seules prises de position gouvernementales avant celle du président de la République -- à ma connaissance tout au moins ! -- ont été celles de deux femmes... méridionales de surcroît : Mesdames Agnès Alafi et Fatimé Kimto. Or, nous savons que c’est dans la partie septentrionale du pays que les jeunes Tchadiennes accusent un grand retard dans le domaine scolaire. Un code musulman qui les sortirait de l’école dès 14 ans pour les marier ne ferait qu’aggraver cette situation. Pourtant, on ne dirait pas que le sort de ces jeunes filles préoccupe réellement au Nord.

Je suis, par ailleurs, déçu par le « timing » de la mise au point présidentielle concernant le code de la famille. Celle-ci avait sa place dans le discours présidentiel de Gounou Gaya (décembre 2004) sur la réconciliation nationale. Lorsque le président avait, à cette occasion, parlé de l’édification d'un « Tchad laïc » c'était le lieu de rappeler à l'ordre ces musulmans égarés de l'UCMT qui, avec l'appui des Oulémas et en violation de nos lois, tentent d’imposer un code musulman de la famille. Leur rejet du projet national de code de la famille n’a fait que renforcer l’incompréhension entre musulmans et non-musulmans au Tchad.

Les filles et les femmes ont toujours été victimes de toutes sortes d’injustices chez nous. Mais en ce qui concerne le code musulman de la famille, elles n’allaient être que les victimes collatérales d’un sombre dessein : celui de politiser et d’instrumentaliser l’Islam aux fins de pérenniser au Tchad un pouvoir nordiste et musulman. Il s’agissait pour l’UCMT de mesurer sa capacité de mobilisation des nordistes autour d’un thème religieux comme le code musulman de la famille. Par leur silence, nos frères nordistes et musulmans ont conforté l’UCMT dans sa conviction que le musulman soutient toujours le musulman, même si ce dernier nage visiblement dans une mer d’erreurs et l’ignorance.

« Moi, je dis que le code de la famille, c'est pour rendre la justice» avait déclaré le président Déby le 8 mars. En attendant jusqu’au 8 mars pour dénoncer – obliquement d’ailleurs ! -- le projet de code musulman, le chef de l’Etat en a fait un « problème de femme » uniquement. Il a, du coup, diminué la portée de sa déclaration.  Je ne vois honnêtement pas comment les Tchadiennes peuvent, aujourd’hui, « conquérir leur place au sein de la société » sans le concours des hommes qui tiennent tous les leviers du pouvoir !  C’est à ces hommes, notamment ceux de l’UCMT, qu’il fallait rappeler leurs responsabilités vis-à-vis de la Femme tchadienne.

Le président Déby aurait dû directement apostropher les militants de l'UCMT et, en tant que musulman, dénoncer la condition faite à la femme et la jeune fille musulmane au Tchad ; condition que l’UCMT veut perpétuer. J’estime que le président doit spécifiquement interpeller la communauté musulmane tchadienne pour lui expliquer la nécessité de protéger nos mères et nos femmes, d’éduquer nos filles et nos sœurs. Certes, les musulmans ne sont pas les seuls Tchadiens à marier leurs filles à 14 ans, mais c’est au sein de cette communauté qu’on trouve ceux qui veulent justifier cette pratique par la religion. Et c’est cette bombe qu’il faut désamorcer.

Ouvrons une parenthèse pour nous demander ce qu’il serait advenu si un projet code de la famille avait été plutôt proposé par des cadres chrétiens par exemple. Nous aurions vu une véritable levée de boucliers du gouvernement. Lorsque nos évêques avaient seulement offert de financer la formation -- par des agents du gouvernement -- de formateurs d'observateurs électoraux, le ministre de l’Intérieur ne s’était pas fait prier pour dénoncer cette « ingérence » dans les affaires de l'Etat. Par contre, pour le code, musulman, nos dirigeants ont tourné 7 fois la langue avant de parler.  Au Tchad, toujours deux poids, deux mesures.

L’histoire récente de notre pays regorge d’ailleurs de nombreux exemples où nos dirigeants ont choisi de regarder ailleurs quand les fauteurs de troubles se trouvaient être des musulmans ou des nordistes. Ainsi, à Moundou par exemple, « une série d’actes de vandalisme et de provocations ont été perpétrés par des individus, visant les intérêts des autochtones. Le 21 juin 1993, une manifestation de commerçants nordistes de confession musulmane s’est soldée par le saccage par ceux-ci de la librairie évangélique et la profanation de la cathédrale de la ville. En décembre 2001, des « inconnus » ont détruit la statue de Bambé, considéré par certains comme étant le fondateur de la ville.

(…) En novembre et décembre 2002, plusieurs maisons d’habitations des autochtones ont été incendiées à des heures tardives par des « inconnus. »  (…) le 6 juillet 2003, un conflit entre deux individus a dégénéré en bagarres généralisées où plus de cinq personnes ont trouvé la mort et neuf autres blessées, selon les sources officielles. Des biens publics et privés ont été saccagés[i][i]. » Ces derniers temps, des responsables gouvernementaux se sont rendus dans la région méridionale pour tenter faire la lumière sur de sanglants conflits, mais pas un seul n’a eu le courage de reconnaître par exemple que c’est toujours les nos frères nordistes qui font usage d’armes de guerre contre leurs compatriotes autochtones, c’est toujours les premiers qui se livrent aux actes de provocation.

C’est un scénario similaire – moins les Kalashs ! – que nous vivons actuellement avec la décision de l’UCMT de proposer son propre code de la famille quand bien même nos lois ne prévoient pas cette possibilité ! Ce n’est d’ailleurs pas la première instance de violation de la loi au nom de préceptes religieux... Ainsi, il existe, dans diverses villes tchadiennes de véritables « centres de dressage » créés par des musulmans intégristes où « des femmes et enfants jugés récalcitrants, sont enchaînés, enfermés et battus par leur famille » comme le rapporte l’agence Syfia dans sa livraison du 27 janvier 2005. Selon cette même agence, personne au gouvernement n’ose intervenir parce qu’il s’agit de « musulmans. »

Comme on peut le constater, le discours du président Déby n’a touché que le bout de l’iceberg ! Mais nos compatriotes non-membres de l’UCMT l’ont probablement applaudi à tout rompre. Et le chef de l’État doit, en toute logique, penser les avoir persuadés de son engagement pour la laïcité et l'égalité de tous les Tchadiens. Cependant, nous ne saurions nous contenter d'une simple déclaration alors que la cheville ouvrière du projet de code musulman si dangereux pour les filles et femmes musulmanes se trouve être Mahamat Hissein, le Secrétaire général du MPS et premier-vice-président de l'Assemblée Nationale !

Dans tout pays sérieux, lorsque le Secrétaire général d’un parti au pouvoir s’oppose de manière aussi radicale à une initiative majeure du gouvernement -- comme c'est le cas actuellement du projet national de code de la famille – il doit suivre sa conscience et démissionner ; ou alors on se doit de le « démissionner ! » Qu'un régime maintienne une telle personne aux commandes de son parti et à l'Assemblée nationale, cela nous montre que ce régime mène une autre politique en sous-main et que le grand discours sur la promotion de la femme n'est que de la poudre aux yeux ! Dans ce cas, il faudra nous expliquer qu’elle est cette mystérieuse « raison d’État » qui s’accommode de contradictions aussi flagrantes !

Je me demande d'ailleurs comment les femmes militantes du MPS interprètent le maintien de Mahamat Hissein au poste de Secrétaire général du parti après sa grande campagne contre le code de la famille et pour le code musulman ! Vont-elles prendre au mot le président Déby et se « mettre au diapason » pour demander des explications aux leaders de leur parti ou alors vont-elles agir en « femmes traditionnelles » et donner raison à l’UCMT et à son code oppresseur de la Femme ? À moins que leurs voix ne comptent tout simplement pas au sein de leur propre parti !

Timothée Donangmaye

[i][i] “Tchad et culture” No 231 de novembre 2004

Je ne voudrai pas me prononcer sur la polémique soulevée dans la nouvelle « affaire Dobian », entre le gouvernement et les adh. Car c’est de bonne guerre et c’est plutôt un indice de la dynamique de notre jeune démocratie. En effet, chacun des deux camps tente de tenir son rôle, même joué maladroitement. Dobian ne devrait pas oublier la constance de la traîtrise de certaines de ses anciennes amitiés militantes à en découdre avec lui ! Mais le problème qui nous intéresse est celui de l’extension de la loi 001 à tous les puits de pétrole qui seront exploités au Tchad.
Le gouvernement de M. Déby a eu le mérite d’initier la fameuse loi 001 sur la gestion des revenus du pétrole des trois puits actuellement en exploitation. Malgré les insuffisances de cette loi, le gouvernement pourrait avoir raison de cette limitation. Il faut avoir l’honnêteté de se rappeler la chronologie des évènements liés à l’exploitation du pétrole de Doba. Le processus de négociation et de management du projet a été graduel et tout le monde y avait été comme dans une nouvelle école. Les pétroliers et leurs sous-traitants (qui ne sont pas des enfants de cœur), la Banque Mondiale qui y joue presque son honneur, le gouvernement et la société civile, chacun a appris à tenir compte de l’avis des autres. La grosse difficulté pour le gouvernement, c’est sa politique de communication défaillante : il doit souvent rattraper sa négligence envers l’opinion publique par des mises au point encore plus nuisibles parce que faits sous l’effet de la panique et de la pression. Sinon, dans une certaine mesure, la position de mutisme du gouvernement est compréhensible : conscient d’avoir mal négocié ce dossier, le gouvernement fait de la loi 001 un levier correctif qui lui a permis d’obtenir vaille que vaille le financement du pipeline par des ressources non appropriées de la Banque Mondiale.
Mais ce que le gouvernement ne veut pas clairement dire, c’est que cette loi n’est plus avantageuse quand il doit s’agir d’autres puits pétroliers à exploiter. Nous allons relever quelques points d’achoppement :

1)   Le grand défaut de la loi 001 est celui d’avoir mis ensemble canevas de gestion transparente et clés de répartition des revenus pétroliers. En effet, si nous sommes tous d’accord que les revenus pétroliers devraient être gérés dans la transparence, il n’était pas prudent d’inclure dans la même loi une clé de répartition arbitraire des dits revenus. La définition des secteurs prioritaires qui devraient recevoir 80% des revenus pour la réduction de la pauvreté est trop contraignante pour n’importe quel gouvernement qui voudrait se donner les moyens d’une bonne gouvernance politique et économique.

2)   Pour mieux comprendre la difficulté, le cas du FACIL est assez éloquent : la gestion des 5% accordés à la région productrice est étroitement liée à la réalisation d’une bonne décentralisation administrative. Or, la politique de décentralisation en cours n’est pas dans les priorités de la loi 001. Le FACIL se trouve donc compromis pour longtemps dans sa mise en œuvre à cause de cette lacune de la loi 001.

3)   Bien des secteurs pourraient demain devenir prioritaires : le gouvernement pourrait valablement décider de consacrer une triennale budgétaire pour régler définitivement le problème de l’Armée par exemple (réorganisation des corps, équipement, casernement, formation, etc.), un chantier gigantesque attendu par tout le monde. Alors que dans le même temps, l’Administration territoriale aurait besoin de ressources adéquates pour son redressement total et sa modernisation comme préalable à la bonne gouvernance et au développement. Il ne faudrait donc pas s’enfermer dans les contraintes d’une loi qui a déjà fixé les quotas de répartition.

4)   La loi 001 voudrait épargner 10% des revenus pour les générations futures. En réalité, les Tchadiens ne maîtriseront pas facilement la gestion de cette épargne. C’est de l’argent public qui fera le bonheur des banquiers, alors que la notion de « générations futures » mérite d’être sérieusement débattue dans tous ses contours et non pas comme une vérité intangible collée à une loi votée à une époque donnée. Nous croyons sincèrement que le Tchad ne peut continuer de se contenter du statut de pays producteur, attendant que la Citybank lui verse chaque fois l’aumône. En tant que nationaliste, nous disons tout haut que le Tchad doit dès à présent se préparer à être actionnaire dans tous les consortiums qui vont exploiter ses gisements pétroliers. Il y a d’énormes avantages pour notre pays à entrer un jour dans le cercle de la grande magouille, c’est à dire des actionnaires de notre pétrole. Il ne faut jamais perdre de vue le fait historique que le pétrole a été la cause du renversement des régimes précédents et de la guerre civile ! Pour devenir un jour les maîtres de nos richesses nationales, donc de notre destin, nous devons développer dès maintenant des visions futuristes pour notre pays que d’être toujours à la traîne, gouvernement et société civile, des courants venus de l’extérieur.

5)  Que devrait être le contenu d’une loi sur la gestion des revenus pétroliers ? Elle devrait être limitée aux principes et aux mécanismes de la gestion transparente. Tout ce qui relève des opportunités économiques et des choix conjoncturels devraient être renvoyé aux décrets pris en Conseil des ministres, après de larges consultations d’usage bien sûr. En d’autres termes, pour tous les gisements pétroliers, il ne devrait y avoir qu’une seule loi, comme le réclame la société civile. Mais pour la répartition des revenus d’un nouveau gisement, le gouvernement devrait être en mesure de décider de leur affectation selon les priorités officiellement retenues, à commencer par la Stratégie nationale de réduction de la pauvreté (SNRP), celle de la Bonne Gouvernance (SNBG) et d’autres. Cela est plus conforme à la logique des budgets-programmes qui vont désormais composer la Loi des finances votée par les députés. Ainsi par exemple, s’il a été décidé la construction de 40.000 logements sociaux en trois ans, le gouvernement pourrait affecter une partie des revenus du puits X de Bongor ou Y de Kyabé à ce programme de réduction de la pauvreté par décret pris en conseil des ministres. Cela relève de ses prérogatives et n’empêchera pas que le processus de gestion soit transparent et suive les mêmes procédures de contrôle instaurées.

6)  Pour mieux se faire comprendre, prenons l’exemple de la Fonction Publique : une seule loi régit tous les fonctionnaires et agents de l’Etat ; cependant il y a des statuts particuliers légitimement revendiqués par des corps de métiers. En tant que citoyen averti, je n’accepterai pas que ma région subisse un jour les mêmes désagréments dus aux carences de la loi 001 que Dobian dénonce chez lui. Alors le système mérite d’être revu pour une plus grande capacité d’adaptation aux situations dans l’intérêt des populations et du Tchad.

7)  Par ailleurs, l’autre polémique soulevée il y a quelques mois par Dobian concernant le prix du baril de pétrole tchadien par rapport à la hausse des cours mondiaux, plaide aussi en faveur d’une plus grande prudence dans la rapidité du gouvernement à signer des conventions et à les faire ratifier deux semaines plus tard par le Parlement, pour le regretter et pleurnicher plus tard. Rien ne sert de courir ! Avec le pipeline et les trois puits actuels, nous sommes devenus attirants : ce n’est plus la peine de se comporter toujours comme des éternels « allaoro » devant les premiers venus. Nous devons prendre le temps de bien cerner les problèmes, surtout avoir des ambitions claires, de l’amour et un projet de société cohérent pour notre pays. Il n’y aura pas de bonheur et d’épargne réelle en faveur des « générations futures » si nous continuons à évoluer dans la brumeuse de nos mauvaises habitudes de gouvernance.

Avec cet éclairage, nous souhaitons recentrer les débats sur les véritables questions de fond non encore soulevées et dépasser les querelles rituelles entre les institutions politiques et la société civile. Peut-être sommes-nous mal informés par rapport aux cercles d’initiés sur ce dossier ? Cependant, en tant que citoyen, vivement que nous puissions être compris dans la clameur des passions actuelles !

Enoch Djondang

Le 10 octobre dernier notre pays le Tchad a marqué son entrée officielle dans le cénacle des pays producteurs de l’or noir à l’occasion d’une grande messe sur le site pétrolier à Komé. Depuis cette date qui a vu le chef de l’Etat ouvrir les vannes, jamais tout un peuple n’a autant cru en son avenir au point où même les plus sceptiques ont fini par céder aux sirènes d’un lendemain meilleur. Normal non !

Pays très pauvre et meurtri par plusieurs décennies de guerre fratricides qui ont fini par hypothéqué complètement son développement, l’exploitation du pétrole sonne aujourd’hui comme une aubaine et tout le monde s’est mis à rêver, à faire de grands projets et à parler développement, bref que CHAD IS BACK.

Seulement voilà dans cette l’euphorie et dans cet élan de rattrapage économique, il semble que la question de fond inhérente à la gestion de l’économie pétrolière ait été occultée ou du moins laissée entre les mains des spécialistes, pourtant c’est là que les contributions sont attendues le plus.

Etant producteur de l’or noir, le Tchad sera confronté à des problèmes particuliers de gestion de son économie, non seulement parce que les prix et les recettes pétroliers sont très instables et difficiles à prévoir, mais aussi, parce que le pays doit déjà penser au tarissement du pétrole. Cette grande incertitude qui entache les recettes pétrolières est une contrainte supplémentaire, et a des implications  budgétaires à court terme, tout comme le fait que le pétrole puisse tarir un jour soulève le problème complexe de viabilité et d’affectation des ressources entre les générations.

Certes, aujourd’hui il est peut-être tôt de parler du tarissement du pétrole tchadien alors même que son exploitation vient à peine de commencer et que de l’autre côté il est fait état de découvertes de nouveaux gisements qui ne demandent qu’à être exploités. Dans ce contexte, la contrainte liée au volume des réserves étant pour le moment levée, il reste que, le poids ce secteur dans l’économie, l’inexistence même de l’industrie pétrolière nationale, les lacunes de la fiscalité pétrolière ainsi que la taille du secteur non pétrolier et la situation des finances publiques sont entre autres des difficultés majeures à ne pas perdre de vue.

Alors se posent véritablement les enjeux d’une politique budgétaire qui cherche non seulement à satisfaire les besoins immédiats, mais aussi qui tienne compte des générations futures. Par conséquent dans une perspective de long terme, il est judicieux que la richesse pétrolière soit utilisée de manière à ne pas hypothéquer la vie les générations futures. Par souci d’équité et de responsabilité intergénérationnelle, voire par prudence financière, la politique budgétaire doit veiller à préserver la richesse publique, le pétrole y compris. Cela suppose d’après la théorie du revenu permanent que la consommation dépende du revenu permanent et dans le cas d’espèce, au rendement implicite de la richesse publique. Or le Tchad comme la plupart des pays petits producteurs de pétrole est price taker et de ce fait les autorités publiques doivent faire face à la volatilité des recettes pétrolières, liées aux fluctuations des cours du brut. Cette problématique demeure tant à court terme qu’à long terme, amplifiée par l’incertitude qui affecte la richesse pétrolière elle-même (évolution des cours, volume des réserves et coût d’extraction).

Il ressort donc de tout ce qui précède que tout consommateur rationnel adopterait une gestion budgétaire prudente, les pouvoirs publics tchadiens à juste titre se doivent de mener une politique budgétaire plus prudente que si les facteurs d’incertitude étaient saisis avec certitude. Ainsi, il est nécessaire de séparer les recettes et dépenses pétrolières et non pétrolières pour dégager un solde budgétaire non pétrolier comme variable principale dans la formulation de la politique budgétaire. Or si on se réfère aux statistiques budgétaires, jamais les recettes non pétrolières n’ont couvert les dépenses de la même nature, c’est pourquoi cette démarche qui vise à isoler dépenses et recettes pétrolières permettrait de mettre l’accent sur le solde primaire non pétrolier et de le rapporter à la richesse publique. Les revenus générés par le pétrole ainsi exclus par principe constituent tout simplement un financement (comme les dons) et permettent l’orientation de la viabilité de la politique budgétaire. Ainsi, les pouvoirs plaçant le solde non pétrolier au cœur de leurs préoccupations, se doivent de le soutenir en accumulant les actifs, une fois que le pétrole aura tari. En particulier le rendement de ces actifs devrait être tel qu’ils pourront financer le déficit non pétrolier et compenser l’épuisement des recettes pétrolières. Il faut éviter surtout de financer ce déficit non pétrolier en mobilisant les actifs ainsi accumulés au risque de drainer tous les actifs du pays et à pousser les pouvoirs publics à l’endettement qui nous installerait dans une dynamique de la dette explosive. Parce que les stratégies d’élimination des dettes ou de stabilisation du ratio (positif) dette nette/PIB ne sont généralement pas compatibles avec la viabilité budgétaire.

 Une autre approche, celle-là très prudente qui consiste à se fixer une règle qui cible un déficit non pétrolier égal au rendement prévu des actifs financiers : la règle du « un tiens vaut mieux que deux tu l’aura » qui prend bien en compte le risque qu’un choc réduise à néant la valeur des réserves pétrolières restantes( Ce peut l’apparition d’une source d’énergie concurrente, plus efficiente et plus rentable qui pourrait rendre le pétrole  pas obsolète mais ferait chuter ses cours tel que son exploitation se serait plus rentable) C’est une forme extrême d’épargne de précaution qui suppose la disparition des recettes pétrolières dans l’avenir.

Les enjeux pour le court terme se posent en termes de poids des recettes pétrolières dans le total des recettes. En particulier les recettes pétrolières constituant la grosse part comme c’est le cas actuellement, la gestion budgétaire à court terme se trouve être compliquée notamment la planification budgétaire et l’utilisation efficiente des ressources publiques du fait que les cours du pétrole sont extrêmement volatiles et imprévisibles. Parce que cette quasi-dépendance des recettes budgétaire par rapport au pétrole ainsi établie rend les finances publiques vulnérables, la volatilité des cours du brut entraînant celle des flux de trésorerie. Il est donc impérieux de lisser les dépenses publiques au lieu de les faire évoluer au gré des fluctuations des prix du pétrole. Ce qui suppose que les pouvoirs publics puissent modérer leurs appétits et non s’adonner à des dépenses somptuaires, à relents fortement électoralistes par exemple. Car les variations marquées et imprévisibles des dépenses et du déficit non pétrolier ont pour conséquence la déstabilisation de la demande globale, l’exacerbation de l’incertitude et la volatilité macroéconomique. Aussi une variation abrupte des dépenses publiques gêne–t-elle les investissements privés et pèse lourdement sur la croissance de l’économie non pétrolière. Il apparaît donc clairement que les variations marquées et imprévisibles des dépenses publiques sont coûteuses et qu’il est nécessaire que les autorités publiques les lissent face aux fluctuations des cours du brut.

Tout cela pourrait donner à croire que les autorités publiques n’auraient pas de marge de manœuvre, inquiétude d’ailleurs exprimée par le grand Enoch Djondang. Mais qu’on se rassure ! Les pouvoirs publics auront bien les moyens de leurs politiques à conditions qu’ils conjuguent ajustement et financement face aux fluctuations de leurs liquidités. En cela une solide position budgétaire et financière semble être la clé de réussite. Par exemple dissocier l’utilisation des recettes pétrolières des recettes courantes renforce le rôle stabilisateur de la politique budgétaire. Toutefois, il sera difficile à l’Etat de tenir s’il finance ses déficits budgétaires par des emprunts extérieurs et/ou intérieurs. Car si les craintes concernant la viabilité budgétaire augmentent, les taux d’intérêts extérieurs seront très élevés ou les biens les nouveaux prêts diminueront fortement. Quant aux emprunts intérieurs, l’effet d’éviction pourra jouer à plein tout comme des effets inflationnistes se manifesteront. Pour ce faire les pouvoirs publics devraient éliminer le biais inflationniste de la politique budgétaire pendant les périodes de vache grâce (le boom pétrolier) et viser des soldes budgétaires non pétroliers prudents, voire réduire à terme le déficit budgétaire non pétrolier. Ainsi pourrait se dessiner la marge de manœuvre budgétaire qui aura pour avantage de renforcer la côte de crédit du pays et de faciliter son accès aux marchés des capitaux.

Par cette contribution j’espère avoir apporté un éclaircissement sur cet arbitrage fait par la loi 001 en fixant à 10 % la part des recettes dites réservées aux générations futures et qui a donné lieu à un débat passionné et passionnant. Ainsi cette épargne constituée répond à des préoccupations amplement développées ci-dessus et les Tchadiens doivent comprendre cette nécessité, même si les besoins de l’heure sont immenses et tenaces. Ne pas le faire obéirait à cette logique qui dit qu’à long terme nous sommes tous morts. Pas vrai n’est-ce pas ? l’autre objectif de la contribution c’est de faire ressortir les conséquences économiques de la loi 001. Il a été démontré que si les dépenses publiques ne sont pas conduites pendant cette phase de boom pétrolier avec toute la prudence nécessaire, le pays doit se préparer à faire face à des crises certaines.

Lapia JAJOWAYE

L'Union des cadres musulmans du Tchad (UCMT) a obtenu du président Déby un beau cadeau à l'occasion de la Journée internationale de la Femme : un bonnet d'âne, ce célèbre couvre-chef " figurant une tête d'âne dont ont affublait les cancres pour les humilier. " (1) En annonçant son intention de faire bientôt adopter le projet de code national de la famille, le chef de l'État a du même coup signifié qu'il n'y a de place au Tchad que pour un seul code de la famille.

Du coup, l'UCMT qui se veut une sorte de " Hezbollah tchadien" tchadien ne sait plus que faire du sien. Cette association était pourtant persuadée d'avoir parfaitement anticipé les désirs du président Deby. Elle espérait pouvoir bientôt lui présenter, sur un plateau d'argent, le précieux bloc électoral musulman soudé autour du code musulman de la famille. Habitués à voir nos dirigeants faire ce qu'ils veulent, les cadres de l'UCMT étaient sûrs de leur coup. Pour ces pseudo-islamistes, ceux qui n'aiment le code musulman de la famille devaient comprendre que " le chien aboie, la caravane passe."

Les militants de l'UCMT n'ont pas pris en compte les contraintes auxquelles fait face le président de la République dans cette affaire. D'un : le chef de l'État ne peut pas soutenir un code dont le contenu s'inscrit à l'opposé du projet de code national de la famille pour lequel le gouvernement a obtenu le concours du FNUAP. De deux : notre pays ne peut pas non plus se donner un code qui viole ses engagements internationaux. Parmi ceux-ci, les Objectifs de développement du millénaire qui découlent de la " Déclaration du millénaire " de septembre 2000.

Les principaux Objectifs de cette Déclaration sont la lutte contre la pauvreté et l'éducation de la jeune fille. En leur point 3, ils ambitionnent, en effet, à " donner à tous les enfants, garçons et filles, les moyens d'achever un cycle complet d'études primaires " et surtout " éliminer les disparités entre les dans les enseignements primaires et secondaires d'ici à 2005 si possible et à tous les niveaux d'enseignement en 2015 au plus tard. " (2) Nous sommes déjà en retard par rapport à ces objectifs internationaux et ce n'est sûrement pas le moment de traîner les pas, même sous des prétextes religieux.

Une démarche rationnelle aurait permis aux militants de l'UCMT de le comprendre et de faire l'économie d'une humiliation publique. Mais lorsqu'on n'a passé son temps à en appeler aux pires sentiments des uns et des autres, à faire du chantage religieux, on n'a plus le temps de raisonner. La logique n'est pas vraiment le fort de ces gens. Je suis sûr que les militants de l'UCMT étaient nombreux dans la tribune, le 8 mars, pour assister aux célébrations de la Journée internationale de la femme ; une fête dont l'ambition, à savoir la promotion de la femme, s'inscrit à l'opposé de leur conception de la femme.

Hier, certains se plaignaient du retard du Nord au plan scolaire et professionnel au point de réclamer des quotas en vue d'assurer la formation de médecins et autres cadres ; aujourd'hui, les mêmes sont déterminés à barrer le chemin de l'école à la moitié féminine de la jeunesse nordiste ! Un scandale, surtout lorsqu'un professeur d'université comme Mahamat Seid Abazène s'embarque dans cette galère au nom de la religion, lui qui devrait plutôt battre campagne pour promouvoir l'éducation des jeunes filles !

Mon " ami " Mahamat Hissène s'est surpassé cette fois-ci. Secrétaire général du MPS, parti au pouvoir, premier vice-président de l'Assemblée nationale, secrétaire général de l'UCMT, idéologue du pouvoir nordiste, il est partout, et sur tous les fronts de la bataille pour le code de la famille. Ce grand voltigeur de la politique nationale vient de connaître un revers sans précédent avec le coup d'arrêt du président au code musulman de la famille. N'avait-t-il donc pas, au préalable, consulté son président sur ce dossier ? Ou bien croyait-il si bien connaître les désirs du chef de l'État qu'une telle consultation n'était pas nécessaire ?

Si Mahamat Hissène a encore une once d'honneur, il devrait démissionner du MPS puisque lui-même et le président Déby sont en total désaccord sur dossier aussi important que celui du code de la famille. Mais je pense plutôt qu'il va donner à César ce qui appartient à Dieu pour conserver son poste. Dieu qui est invisible peut toujours attendre, mais pas César, n'est-ce pas ? Voilà ce qui arrive lorsqu'on se croit investi d'une mission divine alors qu'on a si peu de considération pour les nécessiteux et les vulnérables.

Vous avez donc vu les militants de l'UCMT dans leurs oeuvres, des cadres qui devraient contribuer à l'avancement de la société tchadienne, mais qui s'en font les fossoyeurs au nom d'intérêts égoïstes ! En effet, et ainsi que je l'ai souligné, leur premier objectif était de s'attirer les faveurs de nos dirigeants musulmans. Autres bienfaiteurs " calculés " par les auteurs du code musulman de la famille : les mécènes " religieux " des pays du golfe qui veulent se garantir des tickets pour le paradis en finançant l'exportation, vers les pays pauvres, de l'extrémisme religieux ainsi que l'ont révélé les enquêtes sur certains réseaux terroristes.

Pourtant, si les cadres musulmans avaient seulement pris la peine de regarder autour d'eux, ils verraient que le modèle qu'ils veulent tant copier est en perte de vitesse. Divers pays musulmans reconnaissent désormais la nécessité de corriger les injustices faites aux femmes au nom de la religion, qu'il s'agisse d'un modeste pas, comme chez les Saoudiens qui promettent que leurs femmes pourront voter " prochainement " pour la première fois, ou d'une démarche radicale, comme au Maroc ou en Algérie, deux pays qui ont révisé leur code la famille.

Dans le cas du Maroc par exemple, les autorités ont ouvertement reconnu les limites de l'ancien code. " Une loi qui jette arbitrairement à la rue une femme avec les enfants n'est pas bonne " avait déclaré en juillet 2003 la secrétaire d'état marocaine chargée de la famille, Yasmina Baddou, soulignant que l'ancien code marocain de la famille favorisait la mendicité, la prostitution et le phénomène des enfants de la rue. (3) D'où la décision du Roi Mohamed VI d'en ordonner la révision.

Au lieu de s'inspirer de ces exemples, l'UCMT a préféré fonctionner à huis clos, avec comme résultat l'impasse dans laquelle ses militants se retrouvent aujourd'hui. Dans ce cas, que va faire cette association ?  Toute honte bue, elle se taira, tout simplement ! Elle en avait fait de son projet de code une question de vie et de mort ! " On se livre à un dénigrement en invoquant la scolarisation des filles pour condamner leur mariage (...) L'UCMT s'opposera à tout projet tendant à imposer, arbitrairement et par la ruse, des lois sans fondement " avertissait-elle en effet dans son mémorandum du 25 janvier 2005.

Certes, mais je vois mal ces " cadres musulmans " aller contre la volonté affichée du président Déby, eux qui n'ont jamais trouvé à redire aux actes du chef de l'État ou du gouvernement. Qui plus est, je m'attends qu'ils battent vigoureusement campagne en faveur de l'amendement de la constitution, conformément au désir d'un pouvoir qui vient pourtant de leur dénier le droit à un code musulman de la famille. Vous vous demanderez : comment peut-on prétendre parler au nom d'Allah et se plier si vite à la volonté du prince ?

Hé bien, cela est parfaitement concevable au sein de l'UCMT. D'abord, ces gens qui croyaient détenir les clés de l'Islam ne proposent qu'une lecture (parmi tant d'autres et des moins éclairées !) des textes islamiques. Ils ne pouvaient l'imposer aux autres musulmans qu'avec l'appui de nos dirigeants, appui qui leur a été publiquement refusé cette fois-ci. Ensuite, l'UCMT et le Haut conseil des affaires islamiques ont toujours " ramé " pour le pouvoir, mettant Dieu au service des intérêts bassement matériels des hommes !

La religion est un filon d'or qu'ils n'ont d'ailleurs pas fini d'exploiter. Souvenez-vous de l'onction, par l'imam de N'Djaména, du président Déby comme " candidat des musulmans " à l'élection présidentielle de 2001 ! Cette onction a sûrement ouvert bien de portes à notre imam. Croyez-vous réellement que ces gens vont lâcher leurs privilèges et juteux postes de responsabilité pour la défense d'un code musulman de la famille ? Sûrement pas ! Ce serait mordre la mamelle nourricière ! Du reste, les militants de l'UCMT n'en auraient jamais le courage. Leur préoccupation n'a jamais été de savoir si ce qu'ils disent est vrai ou faux, mais plutôt si cela fait l'affaire de nos dirigeants ou non.

Aujourd'hui, le rejet par le président Déby de leur code musulman fait d'eux les dindons de leur farce, sans aucun moyen de sauver la face. Cela devrait les faire taire et nous permettre d'engager un débat plus serein entre communautés religieuses au Tchad, à condition que les musulmans sincères et courageux prennent enfin la relève. C'est à eux que revient la dure tache d'abattre de toute urgence le mur d'incompréhension patiemment érigé par l'UCMT et les oulémas acquis au pouvoir.

Timothée Donangmaye

(1) Dictionnaire " Le Robert "
(2) Site Internet www.un.org/milleniumgoals
(3) Dépêche AFP postée le 1er juillet 2003. Le même site signale, en parlant de l'ancien code marocain de la famille, que " les mères célibataires ne peuvent pas obliger les hommes a reconnaître leur paternité. Quant aux enfants nés hors mariage et non reconnus par leur père, comme leur mère n'a pas le droit de leur transmettre ni son nom, si sa nationalité, on leur donne un  nom de famille choisi dans une liste préétablie. Leurs papiers d'identité les stigmatiseront comme illégitimes toute la vie ! " 
(4) Journal " Le Progrès " cité par " Tchad et Culture " dans sa revue de presse du 24 au 30 janvier 2005.

La première organisation politico-militaire tchadienne est le Front de Libération Nationale du Tchad, crée en 1966 sur l’initiative du feu Ibrahim Abatcha. En 1968, suite aux dissensions intervenues au sein du FROLINAT, d’autres groupes armés ont vu le jour. Plus tard, après la guerre civile des années 1979-1980, d’autres mouvements politico-militaires sont apparus, lors des rencontres de réconciliation nationale tenues au Nigeria. Ainsi ā Lagos, les leaders de ces organisations ont manifesté leur désir de se regrouper au sein d’un Gouvernement d’Union Nationale de Transition/GUNT, placé sous la direction du président Goukouni Weddeye. Mais dans la gestion pratique du pouvoir politique, ces leaders et chefs de tendance politico-militaires n’ont malheureusement pas démontré leur capacité de travailler ensemble pour sauver le pays et épargner les populations tchadiennes des conflits armés.

Aujourd’hui, soit plus de vingt-cinq ans après, quelle est la situation des organisations politico-militaires tchadiennes ? En fait, combien sont-elles réellement ? Quelle stratégie adoptent-elles face au pouvoir de NDjaména ? Quelle alternative proposent-elles au peuple tchadien? Leurs leaders ont-ils encore la volonté et la capacité de prendre le pouvoir? Seront-ils en mesure de gouverner un jour le pays, sans tomber dans les travers de leurs intérêts personnels ?  Bref, pourrons-t-ils sauver le Tchad ?

La prise de pouvoir par les armes est-elle encore possible ou du moins acceptée dans le contexte international actuel ? La Constitution tchadienne issue de la Conférence Nationale Souveraine et adoptée par référendum, interdit toute prise de pouvoir par les armes et suggère la désobéissance pacifique des tchadiens, au cas où cela se produirait. Alors, quelle autre alternative serait-t-elle possible ? Ces Organisations politico-militaires pourront-elles s’engager à participer aux prochaines élections présidentielles et législatives ? Mais avant cela, peuvent-elles adopter ensemble et proposer une plateforme réaliste de négociation politique sérieuse avec le gouvernement tchadien ? Auront-elles le temps nécessaire de le faire ou le voudront-elles ? Le régime actuel de NDjaména accepterait-il de telle initiative ou démarche ? L’intérêt supérieur la nation tchadienne ne mérite-t-il pas que les protagonistes et adversaires tchadiens ne trouvent enfin une issue politique consensuelle ? Cela éviterait ă nos populations d’interminables conflits qui deviennent un réel  obstacle du développement économique et social du pays.

Certes, il n’est pas question de procéder ici ă une classification rétrospective de ces organisations, moins encore de développer l’historique de leurs activités. Et comme, nous n’avons pas de préférence particulière pour tel Mouvement ou Organisation par rapport ă tel autre, cela nous permet d’aborder cette réflexion sans préjugé, ni jugement de valeur et de présenter notre opinion de manière simple sur cette question assez sensible et délicate.

Peut-on savoir, si les organisations politico-militaires tchadiennes existent encore ? Depuis un certain temps, il n’y a pas d’échos majeurs de leurs activités militaires sur le terrain. Auparavant, il y avait quelques tentatives de regroupement et de réunion par-ci et par-lă. En fait, depuis la création du Frolinat aujourd’hui placé sous la direction du président Goukouni Weddeye, jusqu’ā nos jours, il y avait plusieurs mouvements ou groupes politico-militaires. Certains sont anciens et d’autres de création récente. Compte tenu de la confusion même de leur Statut et surtout de leurs activités, il n’est pas facile de les identifier tous. Mais on peut citer quelques-uns uns comme, le CDR d’Acheikh Ibn Oumar, le MDD de Brahim Malllah, le MDJT du feu Youssouf Togoïmi, le CSNPD du feu Ketté Moise, le FDP du Dr. Nahor Mahmoud, les FARF du feu Laokein Bardé, le FNTR de Mahamat Moussa, le FPRN de Alio Abdoulaye, le RAFAT de Adoum Moussa Seif, le  MUR de Gaillet Bourkoumandah ou encore la CDDC de Hassaballah Soubiane, dit<Bavure>.Cette énumération relative n’est pas exhaustive. Qu’elles soient divergentes ou semblables, certaines avaient réussi à constituer des alliances pour mener ensemble des actions communes. Ainsi les conclaves de leurs réunions avaient abouti ā des regroupements tels, le Front Uni pour le Développement et le Progrès/FUDP ou encore l’Union des Forces pour le Changement/UFC. Mais les activités réellement connues de ces regroupements se limitent généralement ā des publications communes des Communiqués de presse.
Ainsi, les leaders de ces organisations, résident à l’extérieur et circulent un peu partout en Afrique, en Europe, aux États-Unis et au Canada. Certains sont mêmes poursuivis en justice, mais ils prennent le chemin de l’exil sous le couvert de l’opposition politique. Quelques rares parmi eux, semblent déterminés et engagés ă apporter un réel changement du système politique tchadien. Alors que les autres, en nombre de plus en plus croissant et souvent de moralité douteuse, se distinguent surtout par leur opportunisme de politique politicienne et sèment parfois, la confusion au sein de l’Opposition politico-militaire. Néanmoins, tous ces Groupes, Mouvements ou Organisations politico-militaires suivent activement l’évolution politique du Tchad et tentent d’influencer le cours de son histoire politique contemporaine.

S’agissant de leurs activités opérationnelles, on peut noter :
- Certains comme le MDJT, semblent avoir des combattants armés sur le terrain et continuent de temps ă autre ă mener des offensives militaires sporadiques contre les forces gouvernementales, dans les régions Nord du pays. Mais depuis le décès de leur chef, feu Youssouf Togoïmi et avec le départ de certains de leurs dirigeants, leurs actions militaires restent limitées. Aussi, la composition tribale de leur organisation, et l’éloignement  de leur zone d’opérations par rapport ā la capitale tchadienne où s’exerce  la réalité du pouvoir politique, constituent un de leurs grands handicapes.

- D’autres comme le F.N.T du feu Dr.Al-Haris Bâchar transformé en FNTR, faute de combattants sur le terrain ou encore par simple choix volontaire inspiré de la“real politic”, ont abandonné la lutte armée et la prise de pouvoir par les armes. Leurs dirigeants ont décidé de continuer la lutte politique de manière pacifique, tout en utilisant des méthodes modernes de communication avec leur site web, Al Wihdah.

Le Web Site est certes un outil important, mais faut-il encore présenter des informations objectives pour être crédible devant l’opinion publique nationale et internationale. S’il faut s’en servir seulement comme un moyen de propagande politicienne et de désinformation, cela n’améliorerait pas la situation des peuples du Tchad.

- D’autres organisations, regroupant quelques membres de la diaspora tchadienne, se sont transformées en partis politiques en exil. Celles-ci pourraient avoir peut-être quelques sympathisants à l’intérieur du pays, mais n’ont pas d’implantation des cellules locales, ni de réelles activités sur le terrain. En effet, leur activisme n’a pas grand impact sur les populations tchadiennes.

- Aussi, il y a d’autres organisations qui sont restées hybrides, c’est-à-dire se considérant parfois comme de groupes ou mouvements politico-militaires et parfois comme des partis politiques, du fait qu’elles n’ont pas assez ou pas du tout des troupes sur le terrain, ni suffisamment des militants de base sur le territoire national. En effet, leur activisme n’a pas d’effet sur la grande masse des populations tchadiennes souvent indifférentes.

- Parmi ces dernières, en cas de difficulté d’existence, certaines essaient d’impressionner le régime en place au Tchad, pour avoir une porte de sortie honorable et composer avec le pouvoir de NDjaména. D’autres par contre, malgré la dissidence de certains de leurs membres, persistent et continuent ă résister pour aboutir un jour ă un changement radical ou du moins profond de l’actuel régime politique du Tchad. Certes, il n’est pas interdit de rêver en politique...

-Il y a également quelques mouvements ou organisations dont les dirigeants ne trouvent leur salut qu’en résidant de manière permanente à l’étranger pour le besoin de leur cause, souvent inavouée ou exprimée de manière confuse et contradictoire. Ces «éternels opposants» se considérant eux-mêmes comme «des purs et durs», font de l’opposition politico-militaire, un outil de marchandage pour ne pas dire «mendicité» auprès de certains officiels, ministres, ou chefs d’Etat des pays amis du Tchad.

- Enfin, il y’a des mouvements qui n’existent que de nom et dont les dirigeants en quête d’audience politique, tentent d’impressionner l’opinion nationale et internationale par la publication des communiqués et décisions de nomination de leurs représentants, dont ils ne les connaissent que superficiellement et n’ont aucun contrôle. Ils préparent avec tapage des réunions dites de « concertation générale en vue d’adopter une plate-forme commune de l’ensemble de l’opposition tchadienne », mais n’aboutissent ă rien de sérieux et crédible. Pire encore, faute d’argumentations politiques convaincantes ou par incapacité de présenter une analyse profonde et claire de la situation du pays, ils se démarquent souvent par des diatribes stériles, contre le président Idriss Déby. Ces nouveaux politiciens, qualifiés par certains tchadiens « d’arrivistes », en tentant de se hisser au plus vite possible par rapport aux autres opposants tchadiens, s’en prennent parfois maladroitement ă d’autres leaders de l’opposition politique opérant ă l’intérieur du pays de manière pacifique, ou même contre tel autre chef politico-militaire qui semble leur porter ombrage.

Face ă de telle situation que pourrait-on encore espérer des mouvements et organisations politico-militaires ?  Depuis combien de temps les populations civiles tchadiennes ont fait recours ă la lutte armée ? Pourquoi certains ont-ils opté pour la prise de pouvoir par les armes ? Les victoires militaires n’ont jamais apporté de solution définitive aux conflits du Tchad, moins encore de paix réelle aux populations tchadiennes. Et malgré les multiples interventions des forces étrangères françaises et libyennes aux côtés des forces gouvernementales tchadiennes, cela n’a pas éradiqué la rébellion armée, moins encore rétablir la paix définitive et la sécurité dans le pays.

Combien de perte de vies humaines notre pays a-t-il connues? Les leaders et dirigeants politiques actuels, de l’Opposition ou du Pouvoir en place ă Ndjaména, ont-ils évalué les conséquences des affrontements armés dans notre pays ? Les responsables politiques de tous les régimes qui se sont succédés depuis l’accession de notre pays ă l’indépendance, ont-ils tiré les leçons de leur expérience politique passée ? Ont-ils vraiment expliqué ă l’élite politique actuelle, la nécessité de bâtir un Etat viable basé sur le respect des libertés et droits fondamentaux des tchadiens?

Pour régler aujourd’hui nos différends politiques qui sont certes surmontables, n’est-il pas enfin temps d’amorcer l’approche de négociation pacifique sérieuse et non de simple ralliement nous conduisant de facto au parti unique, méthode politique anachronique déjă révolue des périodes des anciennes dictatures africaines.  

Les premières émeutes populaires des années 1963 ă Fort-Lamy (actuelle NDjaména) ne découlent-elles pas de l’interdiction du multipartisme par le feu président François/NGarta Tombalbaye et de l’instauration du parti unique, le PPT-RDA? La création de la première organisation politico-militaire, le Frolinat en 1966, n’est-elle pas une réaction contre les exactions des forces gouvernementales sur les populations civiles ?

Le retard actuel de notre pays par rapport aux Etats de la sous région dans le continent, serait-il pas en partie dū ā nos interminables conflits politiques et affrontements armés? La lutte armée serait-elle plus efficace que la confrontation pacifique de politique partisanne ? En conformité avec le contexte international de l’époque, et suite au renversement du régime dictatorial du président Hissein Habré, le multipartisme a été solennellement réintroduit au Tchad depuis 1990 par le président Idriss Déby. Aucun tchadien ne s’est opposé ă sa restauration, même les mouvements politico-militaires. Alors, pourquoi ne pas participer ă sa consolidation afin de bâtir des institutions étatiques crédibles dans notre pays ?
La volonté politique des leaders et gouvernants au pouvoir semblait parfois faire défaut. En effet, cette volonté politique devrait accompagner les déclarations et décisions publiques. Mais faut-il encore que nos cadres et élites intellectuels chargés de son exécution l’appliquent de manière sérieuse et sans complaisance. Cela devrait se faire dans la gestion quotidienne des affaires publiques et surtout dans l’organisation, le déroulement et le suivi des opérations électorales aux niveaux locales, et nationales. Ainsi de là, résulterons des institutions fiables qui nous éviterait les multiples recours à la lutte armée, mais ne génerait pas les contestations politiques intempestives qui sont parfois nécessaires à l’évolution de la dialectique démocratique.
Le drame du peuple tchadien est que la plus part des dirigeants politico-militaires, certains de nos leaders politiques et beaucoup même de nos cadres et intellectuels, n’ont d’autres objectifs que de préserver leurs intérêts personnels. La défense de leur région vient souvent avant les préoccupations nationales et d’intérêt général. La situation des organisations politico-militaires est complexe, mais elle ne doit pas faire obstruction à l’évolution du développement économique et social du pays.

Les mouvements politico-militaires doivent comprendre l’évidence que la prise de pouvoir par les armes est aujourd’hui révolue. S’ils transforment leurs organisations en partis politiques de l’Opposition, cela serait salutaire pour les Tchadiens. Mais faut-il encore être en mesure de dégager de réelle stratégie de lutte pour la prise de pouvoir de manière légale et pacifique. Certains vont évoquer sûrement les problèmes de fraudes électorales, mais le vrai enjeu dans toute élection, peut se résumer en deux points importants :

-D’abord, la crédibilité des candidats eux-mêmes, c’est ce qui fait réellement défaut chez nos politico-militaires, car ils se sont presque tous discrédités devant l’opinion publique nationale et n’arrivent plus ā convaincre les populations tchadiennes du bien fondé de leurs actions militaires ou politiques.

- Avoir la capacité de mettre en place des structures politiques ā dimension nationale, qui peuvent couvrir et suivre l’organisation et le déroulement des opérations électorales sur l’ensemble du pays. Là-aussi, vu les stratégies et calculs régionalistes ou tribaux de nos leaders politico-militaires, leurs succès au niveau national semblerait hypothétiques, pour ne pas dire, serait aussi un fiasco comme dans leurs activités militaires.

La lutte politico-militaire est certes difficile et longue dans un pays comme le Tchad. Mais, la confrontation de politique partisane n’est pas aussi simple, ni donné ā tout le monde, moins encore aux aventuristes. Après une profonde observation des acteurs et leaders politico-militaires, des enjeux qui les motivent et surtout des stratégies mises en place, il serait utile de rappeler à ces frères, qu’il est temps de cesser de perdre le temps et d’entamer courageusement une nouvelle phase réaliste de la vie politique tchadienne. Cela épargnerait á notre pays surtout la perte d’autres vies humaines.

Mais aussi, c’est par un réel changement de méthode de gouvernance que le pourvoir de N’Djaména pourrait convaincre nos frères politico-militaires à participer au dialogue ouvert et ā la reconstruction du pays afin d’assurer l’épanouissement des populations tchadiennes. Ainsi, nous espérons que cette réflexion sur les politico-militaires pourrait nous amener tous à réfléchir d’avantage et d’œuvrer ensemble pour bâtir enfin un Etat uni et crédible où toutes les sensibilités politiques pourrons s’exprimer dans le respect des droits et libertés fondamentales, en vue d’une alternance démocratique pacifique.

Dr. Hassane Mayo-Abakaka

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