Max Kemkoye fustige les voyages du président de transition

Mar 15, 2023

Depuis qu’il est à la tête du pays, le président de transition Mahamat Idriss Deby a effectué plus de 20 voyages à l’étranger. Ces déplacements coûtent extrêmement cher au trésor public surtout son récent déplacement à Doha. Quels sont les enjeux politiques de ce voyage ? Me Max Kemkoye président de l’Union des démocrates pour le développement et le progrès (UD)P répond. Entrevue.

Comme homme politique, comment voyez-vous les enjeux politiques du récent voyage du président de transition à Doha?

Ils existent bel et bien des enjeux politiques qui concernent sa propre personne parce qu'à chaque fois qu'il voyage, il cherche des soutiens politiques. Aujourd'hui, il cherche de soutien par rapport au désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR). Le Qatar a refusé de mettre 1 franc dans le DDR. Pour la simple raison que les résolutions de Doha sont insuffisantes sinon pas du tout mises en œuvre. Alors il part chercher des appuis et parfois il fait du lobbying. Aussi, il part négocier, se positionner et avance comme argument que le Tchad est une digue alors si elle cède, toute la sous-région sera en insécurité. C'est cela qu'il vend. Et donc les enjeux sont strictement liés à la conservation du pouvoir, sa confiscation et la compromission démocratique. Je n'oublie pas ce qui s'est passé le 20 octobre 2022, il voyage pour négocier avec des gens afin d'échapper à la justice internationale. Au côté des enjeux politiques se trouvent les enjeux commerciaux pour ceux qui l'accompagnent.

Quel bénéfice tire le peuple tchadien dans tout cela ?

Rien. Le peuple n'en tire aucun bénéfice. C'est la personne du président qui bénéficie. Prenez par exemple son récent voyage à Doha pour participer à la conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés. Moi à sa place je ne viens pas parce que mon pays est classé parmi les pays les moins avancés par les Nations Unies. Et c'est cette même institution qui me demande de prendre 3 à 7 milliards pour me déplacer alors je ne le ferais pas. Je demanderai plutôt qu'on m'aide à sortir du stade des pays les moins avancés pour arriver au stade de pays en voie de développement. Figurez-vous que durant les 5 mois que la commission technique a passés à Doha pour négocier avec les supposés groupes politico-militaires, les membres du Comité technique ont acheté, chacun, des tonnes de marchandises. Ils ont fait des stocks qu'ils ont transportés par avion présidentiel. Certains sont membres du gouvernement, d'autres sont à la tête de l'exécutif. Ils ont fait du commerce avec les deniers publics des pauvres populations. Pour me résumer, les Tchadiens ne profitent pas de ces voyages sauf ceux qui sont autour du président.

Est-ce normal pour un président de transition d'effectuer des déplacements comme c’est le cas maintenant

Un président de transition a des impératifs politiques. Et dans notre cas d'espèce, cet impératif politique est le retour à l'ordre constitutionnel. Qu'est-ce qui amènerait un président comme celui-là à effectuer plus de 20 voyages, si je ne me trompe pas. C'est exagéré. Et quand on regarde la pédagogie politique, c'est impossible pour un chef d'État même élu de s'adonner à de tels voyages dans la mesure où ses voyages coûtent excessivement cher. Ces déplacements se résument à la quête de soutien politique. Il y a des voyages qu'on appelle en diplomatie ou en politique des voyages traditionnels. Ces voyages sont liés aux engagements internationaux par exemple l'Assemblée générale des Nations Unies qui se tient tous les ans en septembre. Même ce rendez-vous n'est pas son travail puisqu'il n'a pas un mandat sur lequel il pourrait être évalué. C'est pour vous dire que ce sont des voyages inutiles. Ce sont des ponctions financières assez graves sur les maigres ressources de l'État. Et si on n’arrive pas à maîtriser les dépenses et que nous sommes cités parmi les pays les plus endettés, le dernier à avoir été éligible au titre de facilité élargie de crédit, ça donne ce que ça donne. Donc à mon point de vue, c'est scandaleux qu'un président de transition puisse être à plus de 20 voyages en 24 mois.

Propos recueillis par Kouladoum Mireille Modestine

  • AIMEZ / PARTAGEZ AUSSI LA PAGE IALTCHAD PRESSE
    1. Arts & Culture
    2. Musique
    3. Mode-Beauté

    -Vos Annonces sur le site Ialtchad Presse-

    1. Divertissement
    2. Sports
    3. Mon Pays