mardi 29 novembre 2022

L'Alliance Universelle Tchadienne de Défense des Droits de l'Homme visite la maison d'arrêt de Klessoum

Nov 20, 2022

L'Alliance Tchadienne Universelle de Défense des Droits de l'Homme (ATUDDH) a rendu visite ce 19 novembre 2022 à la Maison d'arrêt de Klessoum pour s'acquérir des conditions de détenus. Reportage.

Accompagnée d'une équipe de journalistes y compris ceux d'Ialtchad Presse, l'ATUDDH ont fait le tour de la maison d'arrêt de Klessoum. Après la formalité administrative vers 10h, l'équipe s'est rendue d'abord à la cuisine, l'infirmerie, ensuite les toilettes et enfin les différents quartiers des détenus (mineurs, femmes, prisonniers de guerre, VIP etc.).

A l'entrée, l'on peut lire sur les yeux des détenus, la frustration, la déception et le regret. Ils sont presque tous maigres ou faibles. A la cuisine, le constat est peu acceptable. Certains prisonniers sont transformés en des cuisiniers. Malgré que l'hygiène y est, la préparation pose problème. Interrogé, l'un d'eux se plaint. Il affirme que cette grande prison avec plus de 5.000 détenus dispose que 106 plats. « Il nous faut plus que ça », lance un autre. Si les uns se plaignent, un âgé confie « les conditions sont réunies, il ne manque que les fermetures de foyer », dit-il. Après la cuisine, la visite se poursuit. Toilettes et infirmerie ont fait l'objet de la deuxième étape.  Si les conditions du premier sont hygiéniques, les canaux de drainage des eaux usées dégagent une odeur nauséabonde grâce à certains couvercles ouverts, on peut aussi voir des vers blancs à la surface de ses eaux. A l'infirmerie, l'absence des infirmiers se ressent. Dibé Emmanuel, infirmier diplômé d'État, détenu au service de cette infirmerie informe « le médecin titulaire a passé la nuit chez lui et les autres infirmiers sont dans les quartiers pour donner des soins aux malades », confie-t-il. Au sujet des maladies fréquentes, Dibé martèle que le paludisme, la tuberculose et le SIDA sont le plus enregistrés chez les patients détenus. « Au cas où l'état de santé d'un prisonnier s'aggrave, il sera référé à l'hôpital de l'Union (américain) », explique-t-il.

Dans les quartiers, la visite a débuté par les mineurs. Dans ces cellules, plusieurs mineurs témoignent qu'ils sont incarcérés 36 personnes dans une pièce. Ils se plaignent de l'alimentation qu'on leur offre et de la lenteur de la justice sur leur sort. Issa Azene Mahamat, mineur confie que les repas sont mal préparés et donnés deux fois par jour et la quantité est insignifiante, « 6 à 8 personnes dans un petit plat, ça ne nous suffit pas ! » lâche-t-il. Un autre confie qu'ils n'ont pas d’enseignant, « nous sommes abandonnés à notre triste sort, sans éducation ». Plus loin, un mineur rapporte que les soins en manquent, « quand tu as le palu, on te donne le paracétamol, c'est déplorable ici », a-t-il crié. Chez les femmes, les conditions sont acceptables. Elles sont moins nombreuses, la cour est dégagée et propre. Interrogée sur leur condition, une femme affirme « tout va bien ici, nous sommes en sécurité, pas de harcèlement ». Une femme, cinquantaine révolue assise préparant de la nourriture, la fatigue se lit sur ses yeux affirme qu'elle est malade depuis quelques jours mais les soins posent problème. Après le quartier des femmes la visite se poursuit chez les adolescents. Là-bas, les conditions sont pénibles. Chacun se précipite pour expliquer son cas, d'autres se plaignent de la durée de leur détention. La cour de ce quartier est transformée en un véritable marché. Les incarcérés vendent des cacahuètes, du biscuit, du couscous etc. Le plus marquant c'est l'unité et le vivre-ensemble entre les détenus. Église et mosquée sont parfaitement collées, il n'y a qu'un mur qui sépare les deux. Au-delà de cette unité, la détresse plane partout. Un Chef de cellule confie qu'ils vivent 68 dans la cellule, « C'est compliqué ici », déplore-t-il. Le sujet de l'alimentation refait surface dans ce quartier, un autre détenu a dit que les repas fournis par jour sont largement insuffisants au vu de leur nombre. « Ceux qui préparent le repas, ils le vendent aux détenus qui ont l'argent » a-t-il signifié. Un autre ajoute, « si tu n'as pas un parent qui t'apporte à manger, le repas de la prison pourra te créer de la typhoïde ». Fini cette visite, l'équipe conduite par l'ATUDDH poursuit son chemin au quartier des prisonniers de guerre. Là-bas les conditions sont mauvaises. Moins d'espace et le lieu est insalubre avec des eaux usées qui dégagent une odeur nauséabonde. Selon un prisonnier de guerre du Front pour l'Alternance et la Concorde, ils sont au total 414, dont 23 sont à la haute sécurité. Sur leur condition, beaucoup ne sont pas livrés. Ils sont accueillants mais ils sont réticents à échanger. La dernière étape de cette visite est clôturée par la visite du quartier des détenus VIP. Dans cette partie, les prisonniers vivent plus à l'aise. Leurs cellules sont climatisées, certains détenus travaillent pour eux. L'on peut même voir un mouton égorgé sur place. Dans ces cellules, les incarcérées se plaignent plus de la lenteur de la justice que d’autres choses. Un expatrié asiatique détenu interrogé sur sa condition, il écrit sur un bout de papier en anglais « i'am gay gay», un codétenu explique, « ce monsieur est incarcéré pour ses orientations sexuelles mais ne manque de rien et ne souffre de rien, nous le traitons bien » a-t-il fait savoir. C'est avec cette visite, que la mission est terminée.

Pour Sahnoune Cheikh, Chargé de Revendication de l'Alliance Tchadienne Universelle de Défense des Droits de l'Homme, dit tout d'abord content de l'accueil des régisseurs de cette prison mais déplore toutefois les conditions de prisonniers. « Après constat, les détenus ont de sérieux problèmes », dit-il. Il relève la qualité de l'alimentation et l'espace dans les cellules. Il interpelle le Président de Transition et le Ministre de la Justice a joué leur travail dans l'amélioration des conditions de vie des détenus. Sahnoune Cheikh annonce également la publication de leur rapport dans les prochains jours.

Signalons que la maison d'arrêt de Klessoum est située au sud-est de N'Djamena. Elle est l'une des prisons qui réunit les conditions, bien construite et sécurisée mais beaucoup demande reste à refaire surtout le traitement des prisonniers ou encore l'hygiène.

Abderamane Moussa Amadaye

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