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Dr Djiddi Ali
Sougoudi
Médecin généraliste
sidimi@caramail.com
Fada, le 05/04/09
A
Son Excellence Grene Saleh Grene
Ambassadeur Extraordinaire et plénipotentiaire
De la Libye
au Tchad
Objet :
Lettre Ouverte à l’Ambassadeur
Excellence Monsieur
l’Ambassadeur,
Au moment où vous
présentez vos lettres de créance à son Excellence Monsieur le
Président de la République du Tchad,
Au Moment où le Guide de la Révolution libyenne préside
l’Union Africaine,
Au moment où vous reveniez au Tchad pour une nouvelle
mission, après avoir passé 10 ans comme Ambassadeur auparavant,
Et dans la même nuit, dans la région de l’Ennedi, à Kechébou,
deux petits bergers d’une même fratrie, Ousman et Djidi Rozi
Wardougou, trouvent fortuitement un engin de guerre qu’ils se
mettent innocemment à percuter pour l’ouvrir. Une déflagration
assourdissante s’empare de leur environnement et projette les
deux gosses dans les airs. Les dégâts de cette mésaventure sont
énormes :
- Ousman,
l’aîné, âgé de 13 ans présente une plaie délabrante de la jambe
droite, amputation de tous les doigts de la main gauche, une
fracture de l’arcade droite, une amputation du pouce droit, une
plaie délabrante avec section du nerf médian du poignet gauche
ainsi qu’une entaille profonde de l’épaule gauche (voir
photos). Il m’a fallu 4 heures pour stabiliser ce blessé
gravissime avec des moyens dérisoires avant de le convoyer sur
Abéché, 400km au Sud, dans une ambulance vétuste de district de
Fada sur une route cahoteuse.
- Djidi,
9 ans, se retrouve avec de multiples plaies et des zones de
brûlure au niveau de 2 jambes. Des plaies ponctiformes par
éclats de mine parsèment la face interne de ses cuisses.
Cette macabre
description n’est rien que le quotidien que vit la population
septentrionale du Tchad et cela depuis plus de 25 ans. Votre
beau, grand et riche pays, la Jamahiriya Arabe Libyenne, lors de
son occupation du Tchad, a semé les graines mortelles de mines
antichars et antipersonnels. Des milliers de mines éparpillées
ça et là semant la désolation et le désarroi parmi la population
civile. Les bétails ne sont pas épargnés : dromadaires aux
pattes décapitées et entrailles jonchant le sol, des ânes coupés
en deux, des moutons et chèvres pulvérisés, des chevaux sans un
souffle résiduel.
Cette nuit folle
au secours et au chevet de mes deux jeunes compatriotes m’a
laissé ulcéré et profondément choqué, tant la présence de ces
engins dans nos pâturages est injuste.
Excellence
Monsieur l’Ambassadeur, en cette période où nos deux pays fument
le calumet de la paix et regardent vers un horizon commun, nous
vous supplions de participer à la dépollution du Tchad, avec des
moyens conséquents, afin de limiter ces pertes en vies humaines
et animales. Excellence, portez les sanglots de notre peuple
auprès de vos plus hautes autorités et qu’au Nom de l’Etre
suprême, Allah, la justice et réparation nous soient faites.
Je vous prie,
Excellence Monsieur l’ambassadeur, d’agréer l’expression de ma
très haute considération mais aussi de bien vouloir recevoir la
douleur humaine qui ronge insatiablement Monsieur Wardougou Rozi,
originaire d’Ounianga, dont ses deux progénitures se retrouvent
cloués sur des lits de CICR à Abéché. Oui, la douleur d’un père
qui est marqué à vie.
Docteur
Djiddi Ali Sougoudi
Médecin
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