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La
question qui se pose est celle de la justification de cette
guerre : d’après les groupes armés, le postulat posé est le
suivant : il n’y a pas d’autre manière de faire partir le
président Deby que l’usage de la force. Mais ils oublient que
cette logique peut être reproduite à l’infini. C’est pourquoi, la
raison militaire prônée par ces belliqueux est une absurdité et
comme telle, doit être refusée. Il s’agit d’un jeu à somme nulle.
Car il y aura toujours un gagnant et un perdant. Pour moi, tout
candidat au trône tchadien doit être inspiré par le bien- être des
Tchadiens ; or ceux-ci ont déjà assez payé pour cette grosse
bêtise de laquelle ils croyaient être délivrés. Désormais, ils
souhaitent participer démocratiquement à la gestion de la
République et tirer profit eux aussi de notre pétrole. Les
aspirations de tout Tchadien ne pourraient être satisfaites qu’à
la faveur d’un pouvoir élu pour mettre en œuvre une politique
basée sur la satisfaction de l’intérêt général.
Essayons de développer cette notion de l’intérêt général.
Nous savons que tous les gouvernements qui se sont succédés au
Tchad depuis le coup d’état du 13 avril 1975 ont progressivement
délaissé cette notion, au point de la confondre avec
l’enrichissement personnel dans la gestion du bien public. Cette
tendance s’est aggravée dès lors que, des individus, par
centaines, habitant de surcroît les quartiers huppés de la
capitale tchadienne, ont commencé tout bonnement à « fêter leurs
millions, voire milliards ». Comme par hasard ces individus, sous
prétexte qu’ils appartiennent à au groupe ethnique au pouvoir ou
assimilé à celui-ci, pouvaient s’enrichir au détriment de l’Etat.
Après tout, (disent-ils) n’ont-ils pas amené au trône tel ou tel
président ? Aussi, l’esprit revanchard qui habitait ces maquisards
ne devait-il pas les conduire au pillage du denier public ? Ils
pensent que la chose publique « chokol ana hakouma »
appartient à tout le monde. Oui c’est vrai. Mais seulement, le
tout le monde dont il s’git s’appelle le peuple tchadien en tant
qu’entité nationale et non pas un groupe d’individus véreux et
parvenus, sans scrupule et sans respect et ne sachant parler que
le langage de la violence.
Les membres de l’actuelle rébellion, de loin ou de près sont ces
individus qui se sont servis sans vergogne des biens publics pour
s’enrichir. Et, comme si le pouvoir économique ne suffisait pas,
ils essayent à présent de conquérir son volant politique de façon
violente. De qui se moque-t-on ? Qui est donc le dindon de cette
farce ? Je vous le donne en mille : le peuple tchadien, cette
entité abstraite et muette, au nom de laquelle ils justifient leur
guerre !
Comme le disait Tonton David, ce jeune chanteur Réunionnais dans
une de ses chansons, « je suis sûr qu’on nous prend pour des cons,
j’en suis certain ». Que les Tchadiens ne se laissent pas duper
par ces opportunistes, au discours fallacieux et qui, pas plus
tard qu’hier, ont largement bercé dans le système politique
actuel, en connaissent la culture les contours qu’ils ont
eux-mêmes largement dessinés.
S’ils veulent le pouvoir, qu’ils apprennent déjà à respecter cette
notion qu’est l’intérêt général, sans lequel la gestion de la
chose publique (le pouvoir politique) devient une absurdité.
Il ne suffit pas d’être un gradé de l’armée pour prétendre
gouverner un pays. Il ne suffit pas non plus d’avoir tel ou tel
diplôme, d’avoir fréquenté les coulisses de la
présidence pour être un bon dirigeant politique. Encore faut-il
que l’on fasse ses preuves en se présentant devant le peuple pour
avoir une légitimité.
Inutile de rajouter que la présidence de la République tchadienne
n’est pas une chasse gardée. Il appartient au peuple tchadien qui,
lui seul doit décider qui est susceptible de le gouverner
harmonieusement et paisiblement.
Pour que le peuple cesse d’être le dindon de la farce, il doit
dire non aux opportunistes de tout bord, armés ou non, dont
l’unique préoccupation se limite à la satisfaction de leurs
intérêts personnels en pillant les biens publics, détruisent et
tuent des parents à Adré et à Biltine, allant jusqu’à s’allier
avec les diables du Darfour soudanais pour parvenir à leur fin.
Par ailleurs,
il ne faudrait pas non plus que le Président Deby limite sa
politique à répondre ponctuellement au problème posé par la
rébellion. Le statu quo ne suffit plus. Loin s’en faut.
Il doit se dire que le pouvoir n’est pas une fin en soi mais juste
une mission, un cadre permettant à l’homme politique de poursuivre
des objectifs d’intérêt général, c’est-à-dire la satisfaction
collective, non exclusive des besoins du peuple, en lui
fournissant divers services publics. L’efficacité de l’homme
politique se mesure à l’aune de la satisfaction de l’intérêt
général.
Pour satisfaire cet intérêt général, il faut assurer la bonne
gouvernance économique et politique. Cela passe forcément par une
large ouverture politique et une transparence dans les élections
démocratiques. Or les ces éléments semblent connaître un
balbutiement notoire depuis décembre 90, où le président Deby a
affirmé avoir « apporté la démocratie aux Tchadiens ».
Il est bien vrai que le peuple tchadien qui a tant souffert des
guerres avait dans les années 90, besoin de la stabilité
politique. De ce point de vue, le premier mandat de président Deby
fut salvateur.
En revanche, le deuxième mandat, fut sans doute un de trop, même
s’il pouvait être encore perçu comme nécessaire, tant les ténors
politiques sudistes dussent s’imprégner de la culture démocratique
eux aussi, eu égard au règne du régime précédent. Par ailleurs, la
démocratie étant un processus autant qu’un apprentissage, il
fallait un certain temps : un brassage multiethnique et
multiconfessionnel était nécessaire aux partis politiques pour
asseoir leur notoriété nationale et internationale. En outre, il
fallait cultiver un certain charisme à défaut de l’avoir de façon
innée, prédéterminée pour l’exercice du pouvoir, même si ce n’est
pas le seul critère.
Aujourd’hui, la plupart des leaders politiques du Sud comme du
Nord ont acquis sans conteste cette dimension, en plus de leurs
compétences et savoir-faire politiques. Il est donc grand temps
qu’ils aspirent légitimement et démocratiquement au pouvoir, celui
que seul, leur peuple tchadien leur confie pour la défense de
l’intérêt national. Cette analyse exclut catégoriquement toute
autre forme de conquête du pouvoir politique au Tchad, car
coûteuse à tous égards.
C’est l’on pousse l’analyse à son terme, la constitution du Tchad
ne devait pas être relookée.
C’est la raison pour laquelle sa modification a soulevé un tolet
général et fut condamnée par l’opposition dans son ensemble.
Pour elle, ainsi que pour la plupart des observateurs, il
s’agissait d’une manœuvre de bas étage destinée maintenir au
pouvoir le régime actuel. C’est un mauvais coup porté par le MPS à
la démocratie.
C’est sans doute la raison du mécontentement de la classe
politique qui s’estime à juste titre lésée dans sa course pour la
conquête du pouvoir suprême. Quoi de normal, car après tout
l’objectif de l’homme politique n’est-il pas d’être élu ?
Pour les frères armés, la solution est tout simplement
militaire : par les armes le Président est rentré dans N’djaména,
par les armes il doit N’djaména ! Quelle triste et tragique
équation ?
Pauvre Tchad. C’est à croire tu ne dois ton existence, voire ta
survie qu’à des combats fratricides violents.
Mais alors à quoi tu peux bien servir sans ta population ? Qui
donc peut te mettre en valeur si ce ne sont tous tes enfants ?
Ces questions si simples dans leur conception m’amène comme l’a
fait mon frère Gaya PLE Seïd à souligner in fine les points
suivants :
- associer
toutes les parties en présence au débat démocratique, seul à même
de dégager un
consensus politique dans l’intérêt national ;
- le
Président Deby peut être amené, au nom de l’intérêt supérieur de
la Nation, à redistribuer de
nouvelles cartes en prenant des initiatives fortes sans pour
autant compromettre sa légitimité de
chef de l’Etat. Une des solutions de sortie de crise ne
serait-elle pas de revenir sur la réhabilitation
de la constitution ? Si telle est la volonté du peuple, et si
cela peut amener les rebelles à déposer
les armes, alors, pourquoi pas ?
- Les
Tchadiens doivent montrer une certaine maturité politique pour
faire une autre publicité qui vante
les mérites du Tchad, plutôt que celle qui décourage
l’investissement direct étranger au Tchad (IDE).
-
Il
n’y a aucune revanche des uns à prendre sur les autres de manière
à éviter les jeux à somme nulle (gagnants-perdants). Ces genres de
jeu ont à maintes reprises, conduit le Tchad à des situations
inefficaces, dans la mesure où les acteurs (les protagonistes ici)
n’arrivaient pas à se coordonner autour d’un idéal commun :
l’intérêt général du peuple tchadien notamment.
Aujourd’hui le pays essaie de se frayer un chemin lui permettant
de défendre sa respectabilité au plan international. Nous devons
tous être mobilisés pour y contribuer de façon constructive et
non le contraire. C’est la raison pour laquelle je rejette la
solution guerrière qui est pour moi, la pire des sottises. Nous
devons rompre avec ce modèle trop coûteux à tous points de vue,
pour nous tourner vers le modèle alternatif incarné par les urnes.
Abia Maal
France.
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