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  Opinion 

IALTCHAD OPINION
« Flash sur les solutions de sortie de crise existantes »
Par Enoch DJONDANG

Article paru le 05 décembre 2006, Ialtchad Presse


« Flash sur les solutions de sortie de crise existantes »
Par Enoch DJONDANG


      Le Général de corps d’armée et Président de la République, Chef de l’Etat, Chef suprême des armées IDI, vient d’annoncer officiellement l’ouverture politique. Des rencontres sont quotidiennement organisées avec les partis politiques, les sociétés civiles, les forces religieuses et le secteur privé. Personne, pour le moment, n’a dit non ! à cette initiative du président. C’est que deux facteurs principaux pourraient expliquer cette attitude conciliante des acteurs publics. D’une part, la psychose des derniers affrontements intercommunautaires à l’Est et inter fractions armées à Abéché et Biltine et leurs cortèges de pillage et de destructions massives, probabilité qui inquiète les ndjaménois. D’autre part, la visite éclair et significative du Premier Ministre français et sa déclaration de soutien sans ambages au régime en place face aux adversités. Autrement dit, au vu du travail efficace des mirages français en Centrafrique, il est clair que le grand chef de terre n’a pas donné sa bénédiction urbi et torbi pour les offensives militaires sur la capitale. Dans ces conditions, les acteurs tchadiens savent, par expérience que c’est l’heure de la récréation, des pourparlers. Personne n’a osé poser de préalable à la rencontre avec IDI, en supposant la patte blanche du chat hexagonal.
      Alors, les avant-goûts sont annoncés, avec beaucoup de mystère, par le stratège de Djambal Ngato. Rassemblement républicain face à l’agression extérieure soudanaise dont notre pays est l’objet. Décodage : si vous voulez participer à la gestion des affaires et de la manne pétrolière, oubliez vos velléités putschistes avouées ou déguisées et acceptez l’offre minima qui vous sera faite ! Les velléités putschistes, selon le pouvoir, ce seraient à la fois le soutien aux groupes rebelles et la proposition d’un dialogue inclusif qui devrait, de toutes les manières, aboutir au même résultat de révocation de la gouvernance actuelle. Par contre, hormis le fauteuil présidentiel – qui ne se partage pas – et ses appuis, le reste peu faire l’objet d’un partage équitable. C’est pourquoi l’ouverture politique actuelle (du moins jusqu’au moment où nous écrivons) pose comme base idéologique l’union sacrée contre l’agression extérieure soudanaise.
     
Comment interpréter ce langage ? 1) Comme l’avait repris au compte de la France son Premier Ministre Mr De Villepin, l’ouverture concerne ceux qui sont pour la paix avec le général IDI (« les autorités légitimes ») ; les autres devraient méditer sur le sort des mécontents centrafricains ; 2) Peut-être que cette fois, le morceau à offrir pourrait être plus gros pour l’opposition légale « radicale », à savoir la Primature en sus de quelques portefeuilles ? Le mystère demeure sur l’ampleur de l’ouverture prônée par le général IDI.
     
Reste des zones d’ombre que les jours à venir vont clarifier : jusqu’où le général IDI sera-t-il prêt à faire des concessions à la CPDC et au FAR de Yorongar par rapport à leurs mémorandums ? Si certains parmi ceux-là changeaient leur lecture des évènements et entraient dans le jeu, de nouveaux rapports de force s’établiront automatiquement entre les acteurs politiques tchadiens. Il n’est pas exclu que des chefs rebelles, ayant demandé le dialogue, se rapprochent par ce biais du pouvoir actuel. Il n’y aura pas trahison dans ce cas, dans leur entendement, d’autant qu’ils étaient pour la plupart des proches privilégiés dudit pouvoir. Chacun a une cagnotte propre à défendre à l’heure des pourparlers et il n’y a pas de cause commune irrévocable, après la désignation d’un ennemi commun, le pouvoir actuel. Dès lors qu’un groupe estimerait avoir eu gain de cause sur l’essentiel de ses revendications spécifiques (et souvent secrètes), il arrêtera la belligérance, n’en déplaise à ses alliés du moment. Nous l’avions vu avec une rébellion puissante du calibre du MDJT qui s’est démembrée et défend maintenant ses intérêts groupe après groupe (pour ne pas dire clan). Pour me contredire, il faudrait relire tous les articles de la presse tchadienne consacrés à cette rébellion à son apogée et faire la comparaison avec son état actuel : on constatera que les efforts d’habillage de la presse ont manifestement passé à côté de la vraie réalité. De même, la presse avait tendance à exprimer à la place des leaders politiques leurs avis et se trouvait souvent déçu par les revirements inattendus de ces derniers. Par contre, les leaders politiques étaient particulièrement absents et quasi-indifférents durant les épreuves que subirent les communicateurs engagés, en 2005, les ayant conduit en prison. Nos amis communicateurs et collaborateurs de presse s’étaient retrouvés bien seuls au prétoire et à défiler entre le palais de justice et la maison d’arrêt. A la seule exception notable et énigmatique du président du groupe « étoile bronze » qui s’asseyait toute la matinée à même le sol du prétoire, en soutien aux communicateurs, lui agent de propagande officiel du pouvoir en place ! Si seulement, en ces moments-là, les forces politiques s’étaient massivement mobilisées, la liberté d’opinion ne serait pas problématique à l’heure actuelle. Ne parlons même pas de l’isolement de nos camarades défenseurs des droits humains qui paient quotidiennement un prix lourd, surtout en province, pour leur audace ! (J’en profite pour féliciter les organisations tchadiennes qui viennent de sillonner les zones de massacres intercommunautaires, à la recherche de la vérité et d’une véritable sortie de crise et du cauchemar pour ces populations). Tous ces constats révoltent et font comprendre pourquoi la sincérité et la confiance sont devenues des denrées rares dans la vie publique. L’on devrait bien chercher à clarifier cette énigme avant de récidiver dans les mêmes erreurs ! Au moins pour que les écrits présents aient valeur de documents d’archives crédibles ?
     
Ce sont ces probabilités et contradictions persistantes, entre autres, qui font douter de l’efficience d’un dialogue inclusif dans la cacophonie tchadienne. En l’absence d’une disponibilité sincère vérifiable de tous les acteurs à crever les vrais abcès, tactiquement la solution des coulisses arrangerait mieux les affaires de certains groupes. Pourquoi ? Parce que, plus on voudra entrer en profondeur dans l’autopsie du mal tchadien, plus on risquerait de reconstituer sur certains sujets les clivages habituels de la société tchadienne. Ce n’est pas tout le monde qui pourrait supporter les contrevérités historiques sans préparation préalable. Pour résister à la pression du rouleau compresseur de la vérité et de la justice (si les gens sont vraiment tous sincères et décidés à tourner la page sinistre), ceux qu’on présente aujourd’hui comme des ennemis jurés pourraient subitement retrouver leur solidarité d’antan. Cela, les partis politiques en sont-ils conscients ? Ou la naïveté et les calculs courts habituels ? Même certaines sociétés civiles n’auraient pas l’air de bien maîtriser la nature réelle de la belligérance entre les groupes armés (et populations en arrière plan) qui faisaient partie de la même réalité de pouvoir. Car, jusqu’ici et ce depuis l’ancien régime, il n’y a jamais eu d’examen public transparent et concomitant des phénomènes de rébellion armée (réservé à des colloques restreints). On s’est toujours contenté de plaindre les effets fâcheux de l’existence de ce phénomène pour les populations et considérer que les accords de paix laconiques étaient des solutions, alors que ce n’étaient que des moyens indiqués ou non. Si les sociétés civiles se donnaient de la méthode dans leur approche du drame tchadien, sans avoir besoin absolument d’une table ronde inclusive, elles disposent d’assez d’éléments pour faire une autopsie efficace du cycle de la rébellion armée et proposer des thérapies durables et incontestables pour enrayer ce phénomène anachronique récurrent, au lieu de se contenter d’accompagner le phénomène et même inconsciemment le justifier. Cela rendrait alors possible et efficace un « vrai dialogue inclusif » tel que nous l’aurions tous souhaité, pour tourner la page, sans amuser la galerie, comme à la CNS en 1993 et après. La démarche du groupe des associations sur le terrain brûlant et brûlé de l’Est est un pas significatif à encourager.
      Pour que l’ouverture prônée par le président IDI soit une chance pour la paix et la réconciliation, il aurait fallu supprimer au moins la censure préalable restauré à la faveur de l’Etat d’urgence. En effet, s’il y a ce froid de réactions populaires, même de soutien dans les cercles proches du pouvoir, c’est que le bâillonnement de la presse est plutôt perçu comme un mauvais signe par les élites. La presse est actuellement la seule fenêtre à travers laquelle les divers courants sociaux s’expriment. Elle est donc plutôt un décompresseur de tensions et non le contraire. Les responsables gouvernementaux partisans d’une liberté d’expression verrouillée, comme au temps de la pensée unique, ne devraient pas se rattraper avec l’Etat d’urgence, après avoir vainement tenté de faire modifier la loi 029 sur le régime de la presse dans le mauvais sens. Ils privent ainsi le président IDI de la visibilité et de l’écoute nécessaire pour prendre les bonnes décisions. Ils offrent des occasions prolongées sur six mois aux chauffards à la tête des instituions sensibles de multiplier les gaffes, en confondant l’Etat d’urgence avec le retour de la pensée unique et du griotisme. Ils risqueraient de faire échouer la gestion de cette période exceptionnelle et surtout, de faire douter de la bonne volonté d’ouverture du président IDI. Il est vrai que le fait de prêter ses colonnes ou l’antenne à des acteurs opposés à la légalité actuelle pourrait être une maladresse dans un contexte explosif, par une presse nationale. Cependant, la sensibilisation et le dialogue direct avec les presses, en utilisant les canaux du HCC et de l’ODEMET, conjureraient mieux les excès possibles, sans affecter le pluralisme démocratique, au lieu de la censure préalable. Pour sa part, la presse privée devrait aussi comprendre que les acteurs publics ne sont ni mineurs ni handicapés pour que les journalistes signent et paient tout le temps à leur place. Partis politiques ou rébellions armées, ces gens ont beaucoup de possibilités pour exprimer et défendre eux-mêmes leurs idées et suggestions (s’ils en ont). Si l’on voudrait une démocratie saine, inclusive de tous, respectueuse de la dignité et de la particularité de chacun et portée vers la construction de la paix et de la réconciliation, ces remarques ne sont pas à négliger. Sinon, en croyant beaucoup faire pour certains et en ne faisant rien pour d’autres, le résultat sera le même : du surplace et la chute dans le chaos !
      Enfin, pour conclure notre commentaire marginal habituel, nous disons qu’il y a deux catégories d’oppositions contre IDI. En réalité, non pas la classification par genre (rebelles et partis politiques + certains acteurs assimilés) mais par objectifs : d’une part ceux qui sont prêts à limiter leur opposition à la satisfaction de revendications corporatistes ou globales avouées ou non, et ceux qui ne s’arrêteront que quand le pouvoir auraient changé de mains ou de régions. Dans toute groupe actuel, on aurait pourrait apparemment avoir un mélange des deux. Cependant, la proportion catégorielle variera selon le niveau du prix à payer par option : « les moutons se promènent ensemble mais ils n’ont pas le même prix » (dixit Magic Système). C’est pourquoi nous verrons plus clair en fonction des circonstances et des cartes que le maître des lieux, le général IDI abattra. Moi, tout ce que je demande pour moi, c’est le grade de « colonel de paix », pas de guerre car je n’en ai ni l’envergure ni la motivation.

Enoch DJONDANG
enochdjo@yahoo.fr

 


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