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Nos dinosaures
spécialistes de la vie politique tchadienne ne vont pas démentir
leur réputation de ‘serviteurs des pompes funèbres’ de la
République. En effet, la routine et la monotonie ont retrouvé
leurs droits dans la gouvernance de notre pays. Après la fièvre
des revendications de la CPDC autour de l’Accord du 13 août
2007, le processus prend du plomb dans l’aile, dans une ambiance
générale morose.
Pour qui connaît les habitudes des tchadiens, peu
d’entre les compatriotes se soucient de rendez-vous avec les
urnes dans quelques mois, si ‘tout se passe bien’ comme dirait
l’autre. Ils respirent un coup parce que la nature, en
l’occurrence la saison des pluies, vole à leur secours en
réduisant au strict entraînement les exercices militaires de
part et d’autre des belligérants. Une période propice pour
rattraper les activités et les intérêts perdus en début d’année,
avant le retour de la saison des campagnes guerrières après les
pluies. Rien ne préjuge d’une avancée notable vers la paix,
alors le peuple joue au pragmatisme et s’occupe de son quotidien
devenu très difficile avec la cherté croissante de la vie,
phénomène face auquel les pouvoirs publics décident mais ne
peuvent imposer leurs sentences. On ne touche pas aux lobbys
commerciaux familiaux puissants qui savent à quelle porte
frapper !
Le parti au
pouvoir, qui a su s’adapter à toutes les situations, ne voudra
pas perdre du temps. Mettant à profit sa restructuration interne
et son renforcement du sang neuf de nombreux fugitifs des partis
de l’opposition et de la rébellion armée, il a déclenché
l’offensive de la conquête des forces vives, sachant que les
dinosaures de la CPDC ont d’autres chats à fouetter dans les
tiroirs et tirelires du gouvernement. L’expérience a prouvé
maintes fois que l’opposition ne sera jamais prête pour un
scrutin. Sa seule stratégie, de moins en moins payante ces
dernières années, a été le boycott comme alibi pour ne pas
répondre de ses propres carences. Le MPS le sait et met en place
sa toile sur le pays. Qui le lui reprocherait ? Qui est prêt à
perdre ‘bêtement’ pouvoir et privilèges dans un pays intéressant
à l’ère pétrolière comme le Tchad ?
La CPDC tombe dans
son propre piège de ‘coalition de salon’. Ce jugement n’est pas
trop sévère au regard de la réalité ambiante. Quel parti membre
de cette coalition a-t-il opté pour la stratégie offensive de la
conquête du terrain, en même temps que le MPS au pouvoir ?
Qu’attendent-ils ? Les moyens ? Qui leur en fournira et quand ?
Les leaders entrés dans le gouvernement sont de vieux loups qui
ont très vite adopté comme credo la fameuse ‘solidarité
gouvernementale’, et par conséquent se sentent moins concernés
par les préoccupations diffuses de leur coalition politique CPDC.
Ils savent que leurs intérêts propres seront garantis tant
qu’ils tiendront cette solidarité et que leur idylle durera
uniquement le temps du mariage de raison. Après quoi, certains
seront encore plus fatigués et usés tant par les affaires que
par l’âge pour aller jouer aux gladiateurs dans l’arène
politique conflictuelle des élections contre l’intrépide IDI.
Par sa présence
minoritaire et son influence marginale au sein du gouvernement
actuel, la CPDC est plutôt obligée par le programme social de
IDI que par sa ‘feuille de route’ mal négociée et largement
inconnue du grand public. C’est une DCP (Démocratie Consensuelle
et Participative) au rabais qui ne dit pas son nom. En effet, en
terme de produits, les tchadiens verront plus le ‘social’ promis
par IDI d’ici quelques mois que la mise en place d’un nouveau
processus électoral isolé des préoccupations les plus
pertinentes sur l’état de la gouvernance (généralement
abandonnées par les partis politiques à la société civile). Et
les scrutins se joueront sur ce plan là ! N’ayant pas oublié la
tendance volte face inavouée de ses alliés politiques du moment,
IDI ne se laissera pas surprendre par ceux-ci renfloués
financièrement par leur passage aux affaires. IDI n’aime pas
jouer aux prolongations de matchs et le dernier quart d’heure a
toujours été gagné par lui jusqu’ici, autant avec ses opposants
politiques que rebelles. Comme l’a enseigné Machiavel, c’est la
fin qui compte et non pas les procédés utilisés !
Les autres membres
de la CPDC se cramponnent au comité de suivi comme si c’était à
ce niveau que la mise en œuvre de l’Accord du 13 août 2007 se
fera exclusivement. Quand ils tiendront la dernière réunion de
suivi avant les campagnes électorales, le MPS aura déjà
intelligemment conforté son statut de favori. Ils auront beau
tenté de s’agripper aux faits et gestes menaçants des
politico-militaires, réclamé des dialogues inclusifs, le MPS
fera sa campagne même sous la menace rebelle et gagnera sans
aucune peine faute d’adversaires sérieux. Si non, qu’ils nous
démontrent comment au rythme actuel et avec leurs méthodes de
caméléons arrosés ils comptent remporter la moindre élection ?
Le suffrage universel peut réserver des surprises désagréables
aux leaders fanfarons.
Dans leur lutte
pour la survie au quotidien, les tchadiens ne connaissent pas
les partis politiques, parce que ceux-ci ne connaissent les
tchadiens que quand arrive le temps des élections. Par contre,
les tchadiens connaissent mieux les rebellions armées, parce
qu’ils sont appelés périodiquement à vivre les frayeurs et les
affres de la guerre dans leurs localités, comme cela se passe en
permanence dans l’Est du Tchad. Dès que les Toyota sont
annoncées à X00 km de N’Djaména, le fameux ‘sauve qui peut’ fait
le reste ! D’ailleurs, en vérité l’Accord du 13 août 2007 ne
concernera que les régions où l’on ne vénère ni ne stocke les
armes de guerre. Dans l’autre Tchad guerrier, les urnes ne sont
pas les bienvenues et il n’y a pas de consultation qui tienne.
Ce sont les régions à démographie électorale super galopante et
où les résultats sont toujours au-delà des 90% qu’il vente ou
qu’il pleuve. Et il n’y a pas de CPDC ni de démocratie dans ces
contrées là !
Contrairement à
beaucoup d’autres pays, les partis politiques au Tchad se
comportent comme de simples clubs de quartiers bons à réclamer
leur part de bonbons à ‘papa’, mais incapables de développer
leurs activités et de coller leurs réactions aux phénomènes
publics sociaux, économiques, culturels ou environnementaux de
l’heure. Le seul sujet dans lequel tous ces opposants excellent,
c’est la critique des toussotements de IDI et de ses proches,
comme si cela suffisait pour remplir la calebasse vide du
citoyen ou devenir un projet de société novateur ? Quid des
débats internationaux actuels, aucune présence idéologique
affirmée sur les tribunes politiques africaines (à l’exemple de
Goupandé ou de Ziguélé de la RCA voisine !), aucune signature
littéraire, toujours le jeu des coulisses et les coins sombres !
Dans ces conditions, des recensements prévus au lancement de la
campagne législative prochaine, seul le MPS sera en mesure
d’évaluer à son avantage ce qui aurait été réellement fait selon
les termes de l’Accord du 13 août 2007. Parce que présent sur le
terrain, même avec les moyens de l’Etat : tant pis pour celui
qui n’est pas conséquent avec lui-même en prenant des
responsabilités !
Le contexte
politique de démocratisation se dégrade de plus en plus en
Afrique en ce moment. Après avoir usé jusqu’au hold up
électoral, pour coincer les oppositions politiques les plus
audacieuses et les empêcher de prendre en main hors contrôle
néocolonial les ressources des pays africains, l’Occident évolue
vers l’imposition des partages aléatoires de pouvoir là où la
force de l’opposition et la détermination des peuples pour le
changement rend nulle l’utilisation des anciennes méthodes
(exploitation du préjugé tribal, délation, achat des
consciences, corruption massive, fausses rumeurs malveillantes,
tricherie, etc.). Nous sommes encore loin d’un tel schéma
nouveau, en l’absence d’une vraie opposition cohérente. C’est
pourquoi l’Accord du 13 août 2007, dans notre contexte sclérosé,
permettra cette fois-ci au camp d’IDI de gagner sans trop se
fatiguer et en toute légitimité. Beaucoup seront choqués par
cette analyse provocatrice, et pourtant si les mêmes causes
produisent les mêmes effets, par un simple A + B + C=, l’on
pourrait aboutir aux mêmes conclusions.
C’est aussi
pourquoi nombre de cadres et d’intellos, en faisant ces calculs
mentaux rapportés à leur personne et aux préoccupations de
survie physique et matérielle, font vite le choix de la carte
politique à prendre, comme au loto ou au tiercé ! ‘La force de
l’homme tchadien n’est-elle pas dans la marmite’, plutôt que
dans son cerveau et/ou dans ses bras, comme disait l’autre
compatriote ? Et la vie continue, ‘les chiens aboient et la
caravane passe’, dit aussi le slogan gagnant[i] !
L’éditorialiste officiel Bendjo ne me démentira pas ?
Enoch DJONDANG
[i]
Si les chiens devaient espérer recevoir quelques os,
c’est la caravane qui leur en jettera n’est-ce pas ?
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