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  Opinion 

IALTCHAD OPINION 
«
TCHAD : Quelle Conférence de Paix ? »
Par Hassane Mayo Abakaka

Article paru le 2 mars 2007, Ialtchad Presse


« TCHAD : Quelle Conférence de Paix ? »
Par Hassane Mayo Abakaka

    Au Tchad sous le régime actuel du président Idriss Deby Itno, la classe politique au pouvoir semble n’avoir pas de volonté politique sérieuse pour restaurer la paix et la stabilité dans le pays. Les Tchadiens le savent  bien car, toutes les élections organisées n’ont pas été libres et transparentes, moins encore démocratiques. Les institutions étatiques mises en place et souvent presentées à l’opinion publique nationale et internationale, ne servent que le Chef de l’Etat, son cercle politique immédiat et ses proches. L’absence d’une démocratie acceptable, le non respect des droits et libertés, la militarisation excessive, la mauvaise gestion et la corruption, entraînent de facto l’inégalité et la misère sociale dans le pays, et plongent les populations à vivre constamment dans l’insécurité générale, la terreur et la désolation. Le recours de certains Opposants politiques à la force armée, est la conséquence  immédiate résultant du refus de l’instauration d’un environnement politique normal basé sur des confrontations politiques et pacifiques, conditions nécessaires pour une paix réelle et un développement durable au Tchad.

Les activités des partis politiques devenues inutiles ou du moins tombées en désuétude, laissent la place à la prolifération de la rébellion armée. Toute négociation politique pour une réconciliation nationale véritable est transformée en théâtre de folklores médiatisés. Les Accords de paix n’aboutissent pas à un consensus national fiable. La réconciliation est perçue par le pouvoir comme une récupération des opposants ou une allégeance au régime en place, parfois en échange des sommes importantes, abusivement soutirés du Trésor public, alors que les fonctionnaires et Agents de l’Etat ne perçoivent pas à temps leur salaire. Dès qu’un Accord de paix est conclu, les signataires et anciens opposants sont négligés, oubliés et parfois même humiliés. S’ils contestent et exigent l’application desdits Accords conclus, soit ils sont arrêtés, soit  ils  disparaissent dans des conditions parfois mystérieuses. Et aucune investigation ou instruction des autorités judiciaires sur leur disparition n’est faite.

Le principal Accord important obtenu était lors de la Conférence Nationale Souveraine. Mais son application a été torpillée par les dirigeants au pouvoir, leurs partisans politiques et autres partis alliés de la mouvance présidentielle. Ainsi, les Accords politiques à caractère global obtenus à la CNS, ou dans un cadre restreint et séparé, avec certaines Organisations politico-militaires ou des partis politiques légaux, n’ont jamais été respectés, ni appliqués. Malgré cela, des Tchadiens de la Diaspora retournent au pays pour participer à son développement économique et social. Mais grandement déçus de nos réalités anachroniques, ils quittent aussitôt le pays pour vivre à l’extérieur, même s’ils ne sont pas des opposants politiques. D’autres, choqués des pratiques arbitraires quotidiennes, optent pour la lutte armée et rejoignent le maquis. Ces derniers temps, des affrontements armés se succèdent d’une région à une autre, des blessés graves et des morts tragiques se multiplient. Et le président Deby persiste à vouloir anéantir la rébellion armée par la force. Cela pourrait être possible mais pas sūre, car depuis les années 1965 la rébellion armée n’a jamais été éradiquée par la force, même avec l’appui des forces étrangères.
Nous avons toujours proposé le dialogue et la négociation pour le règlement de nos conflits, car au Tchad personne ne peut éteindre le feu par le feu. Pour le pouvoir ou la rébellion, le recours aux armes peut être une dissuasion, mais pas une solution à un différend politique. Les conséquences des affrontements armées sont énormes et destructives pour le Tchad. Dépassé par l’ampleur de la rébellion armée et du conflit avec le Soudan, le président Deby cherche la médiation des pays amis et de la Communauté internationale. Tout en persistant dans son refus de négocier avec ses Opposants armés, il lance des appels à la réconciliation nationale, mais aussi pour l’envoi des Casques bleus de l’ONU dans la sous région, afin d’éviter que ces conflits et affrontements se généralisent et emportent son régime.

Malgré ses déclarations contradictoires par rapport à ses actes, certains politiques Tchadiens avertis lui proposent une rencontre globale, pour trouver un consensus réel, pouvant épargner les populations civiles de souffrances perpétuelles. D’autres nouveaux amateurs et arrivistes qui persistent à faire leur entrée dans le girond des politicards, se tiraillent naïvement et proposent aussi des Conférences de paix, sans savoir réellement comment le préparer et y parvenir. Inconscients de leur inexpérience politique, ils perdent de vue qu’on ne résout pas les conflits du Tchad par la dialectique théorique et surréaliste. Qu’elle soit <inclusive ou exclusive>, l’essentiel n’est pas là, mais plutôt dans l’acceptation même du principe de la tenue de cette rencontre par les principaux acteurs concernés. L’adoption d’un consensus conduisant à un Accord crédible, l’application et le respect des décisions à prendre viendront en seconde phase. Le président Deby a lancé le 29 Décembre 2006 à Kyabé, un appel de paix et de réconciliation nationale. Cet appel est-il sincère ou c’est pour la propagande politique. Et où en est-on dans l’Opposition ? Présentement, aucun consensus clair n’apparaît au sein des organisations politico militaires, ni entre les partis politiques de l’intérieur ou de l’extérieur, moins encore au sein des membres du COPORT, et pas non plus au sein de la Diaspora tchadienne des Etats-Unis, du Canada ou de l’Afrique de l’Ouest, et dans d’autres régions du monde…

L’accord politique global si accord il y a, ne sera viable que si les dirigeants au pouvoir et de l’Opposition armée, écartent leur vision traditionnelle et clanique de l’Etat, se retrouvent,  se décident d’associer des formations politiques sérieuses et des personnes ressources, pour réfléchir sereinement ensemble sur des questions politiques de fonds liées à la survie même de la nation tchadienne et enfin de proposer des solutions consensuelles acceptables pour tous, et dans l’intérêt de nos populations meurtries. Et pour sa crédibilité personnelle et celle du pays, le président Deby doit nommer des cadres de grande envergure pour assumer des hautes fonctions dans l’Administration tchadienne. L’amateurisme et le tourisme administratif de ses parents, alliés ou protégés politiques, ne sert pas son régime, ni notre Administration, et ne fait que ternir l’image du Tchad par rapport aux autres Etats du continent qui avancent positivement.

Les conflits et affrontements armés, tout comme la mauvaise gouvernance ont toujours bloqué le Tchad à se développer. Ainsi, un cessez le feu est certes nécessaire, mais cela arrangerait-il le gouvernement au pouvoir qui profite de la guerre pour piller le trésor public et certaines Organisations politico-militaires, qui persistent à s’accrocher aussi longtemps sur leur logique de guerre, pour satisfaire leurs intérêts occultes  sur le dos du peuple tchadien.

Il serait donc utile de s’entendre pour décider d’un Cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire, suivi d’une Amnistie générale. Aussi, les pourparlers doivent déboucher sur l’adoption d’une période réaliste de Transition, pouvant permettre une préparation sérieuse des prochaines élections. Or, avec l’absence d’une réelle Armée nationale tchadienne, qui doit assurer le respect de l’ordre public et garantir à chaque citoyen la sécurité et le droit de voter librement, il n’est pas possible d’organiser des élections sereines et crédibles dans l’immédiat. Des élections sont certes nécessaires pour déterminer l’audience politique du pouvoir et de l’Opposition, mais l’insécurité générale dans le pays ne le permet  pas. Il n’est donc pas réaliste politiquement d’envisager des élections avant la fin du mandat actuel du président Deby Itno, même si cela est obtenu de manière contestée. Mais les élections législatives doivent précédées les présidentielles. 

En attendant de réfléchir et voir comment ces élections devraient se tenir, certains pensent déjà au recours à des Forces extérieures. Mais au Tchad, les dirigeants au pouvoir, l’Opposition politique et même la rébellion armée, tous subissent les pratiques néo-coloniales des Forces étrangères stationnées dans notre pays. Il n’est donc pas question de soumettre encore aujourd’hui le Tchad à un système qui se rapprocherait du Protectorat. Notre salut viendrait peut-être des Forces multinationales des Nations Unies, avec des contingents provenant effectivement de plusieurs Etats. Encore faut-il bien négocier et préparer l’arrivée de ces Forces onusiennes au Tchad, afin de faire bénéficier à notre pays, des retombées non seulement politiques et sécuritaires, mais aussi économiques et financières.

Le président Hassan El Béchir refuse le déploiement des forces de l’ONU au Darfour, alors que le président Idriss Deby Itno le réclame depuis un certain temps. L’assistance sécuritaire des milliers de réfugiés soudanais et des civiles tchadiens déplacés est certes louable pour sauver des vies humaines, mais à quel prix et dans quelles conditions, le Tchad doit accepter cela et pour quel nombre des Casques bleus ? Le Secrétaire Général de l’ONU Monsieur Ban Ki Moon propose de déployer un effectif de six à onze mille hommes au Tchad et en République Centrafricaine. Notre pays accepte certes de coopérer avec les Nations Unies, mais les Conseillers politiques du Secrétaire Général, doivent être au moins objectifs, car le Darfour est au Soudan mais pas au Tchad. Même s’il y a réticence des autorités soudanaises, ce n’est pas au Tchad et à la Centrafrique d’absorber le maximum des Casques bleu de l’ONU au Darfour.

Bien que plongé dans ses stratégies militaires, nous conseillons au président Deby beaucoup de réserve et de suggérer plus tôt l’envoi des Forces de sécurité civile pour la protection des camps des réfugiés. Les Nations Unies payent très bien et il y a toujours des Etats qui veulent trouver du boulot à leurs contingents, mais cela ne doit pas se faire sur le dos du Tchad. C’est aussi une forme de protection des nos intérêts.
Si le Chef de l’Etat tchadien avait démontré dès son arrivée au pouvoir en 1990, sa volonté politique de restaurer la paix, par la négociation et le dialogue, la bonne gouvernance et la restructuration de notre Armée nationale, aujourd’hui il y aurait la stabilité au Tchad et nos forces de sécurité seront en mesure de faire face aux incursions des milices Djan-Djaouites. Mais tel n’est pas le cas, c’est pourquoi les rebellions tchadiennes se prolifèrent, les milices soudanaises entrent aisément dans nos territoires, et l’insécurité empêche nos populations civiles à vivre en paix. Alors dans ces conditions, quelle assistance humanitaire les réfugiés et les populations civiles déplacées pourront-ils en bénéficier ? Comment les Agences humanitaires peuvent-ils assumer leur mission ?

Si l’ONU déploie ses Casques bleus aux frontières Tchad-Soudan-Centrafrique, il serait indiqué de s’inspirer du récent exemple de la République Démocratique du Congo, et solliciter le moment venu, l’assistance des Forces onusiennes pour sécuriser le déroulement des élections au Tchad. Mais en attendant que des conditions acceptables soient réunies pour avoir une vie politique sereine, il est utile d’avoir une période de Transition, conduite par un Gouvernement de consensus, qui sera constitué après une large consultation politique. Dans ce gouvernement, seront représentés les principaux acteurs politiques ou leurs représentants, ainsi que des hautes personnalités indépendantes tchadiennes.

Ce gouvernement doit être dirigé par un Premier Ministre, issu d’un large consensus politique. De même, les opposants au régime de N’Djamena, doivent concéder au Président Deby de continuer son mandat en cours, quelque soient les conditions de tenue des dernières élections présidentielles de 2006. La participation au Gouvernement de consensus ne doit pas être un obstacle à tout Tchadien qui souhaiterait se présenter aux élections dans l’avenir. Notre démocratie serait encore de façade, si on exclut certains citoyens de participer aux prochaines compétitions électorales.

Quant au conflit du Darfour, bien que ses répercussions touchent directement le Tchad et ses populations civiles, cela est d’abord et reste un conflit interne relevant de la responsabilité des autorités du Soudan. Le règlement de cette crise devenue régionale, doit être laissé à l’Union Africaine et aux Nations Unies. Le Tchad doit régler ses problèmes internes indépendamment du conflit du Darfour, tout en respectant les droits et libertés de ses citoyens, mais aussi les principes universels du Droit international. Au cas où notre pays est agressé par des forces extérieures, aucun Tchadien n’accepterait que notre souveraineté soit bafouée.

New York, le 26 Février 2007
Hassane Mayo Abakaka
 


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