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  Opinion 

IALTCHAD OPINION
« La communication politique dans notre pays où l’art
de plagiat
»
    Par Adoum GAGOLOUM

Article paru
le 06 août 2004
 - Ialtchad Presse


« La communication politique dans notre pays où l’art de plagiat »

L’angoisse exprimée par le peuple tchadien face à ses politiciens semble de plus en plus inquiétante et devient comme un effritement qui mérite aujourd’hui une réflexion pour revivifier le pacte fondamental par lequel est lié le peuple Tchadien à ses gouvernants.

Face au déficit communicationnel, l’histoire a ainsi placé le pays au cœur d’inévitables tensions entre les libertés individuelles et les libertés collectives, entre la recherche du profit et la quête de l’intérêt général, entre la toute puissance du marché et la nécessaire intervention de l’état. Et , si on est arrivé là c’est parce qu’on est mal parti et continue souvent à mal partir.

Interpellons nos dirigeants sur la quintessence de la communication politique. Il serait urgent pour que notre pays s’accomplisse, s’armer d’une philosophie propre aux réalités tchadiennes.

Pour ne pas plagier il faut savoir innover et qui dit innovation doit tenir compte de la nécessité de contextualisation par rapport l’environnement socio économique du Tchad. Les tenants du succès d’une quelconque initiative sont certes peu nombreux dans notre pays et ceux qui le sont ne tiennent pas compte de ces réalités socio économiques.

Contrefaire, copier, démarquer, imiter, piller voilà comment on fait de la politique au Tchad, or il fallait non seulement soigner son image et son verbe, voir le désir de plaire périodique mais éveiller le peuple tchadien sur ce qui se passe dans son pays et ensuite dans le monde.

La communication politique est désormais incontournable au niveau de l’échiquier politique tchadien. Elle peut être parfois une arme redoutable pour contrecarrer certaines attaques d’une opposition farouche. Et à ce niveau le régime de Deby est moins présent. Pourtant Déby a été celui qui a su le mieux à faire usage : « Le MPS vous a emmené un grand cadeau et ce cadeau n’est ni or et ni argent, c’est la démocratie ». Cette communication n’est elle pas masquée le fait qu’il n’y avait pas de réels programmes et des initiatives démocratiques. Une communication persuasive qui est devenue à la longue une communication spectacle, celle qui triomphe aujourd’hui dans notre pays. Mais de spectacles, il n’ y en a pas tous les jours. Il faut faire appel aux idées qui elles doivent être permanentes dans le sens d’une communication persuasive. Et c’est là le bat blesse avec le régime actuel, c’est qu’on ne sait pas même pas montrer ce qu’on a fait et ce qu’on fait, expliquer ses actions quand elles paraissent douteuses et s’expliquer sur ces silences et ses absences lorsqu’ils suscitent des interrogations. C’est aussi cela l’expertise en communication politique, ce n’est pas seulement créer le feu lors des grands moments électoraux, c’est aussi savoir entretenir la flamme après la victoire.

Le plus souvent nos dirigeants, nos opposants font campagne sans un réel programme politique structuré, ferme et prometteur. Nous ne sommes pas là pour écouter des insultes ou des insinuations à l’égard d’autrui. Il faut distinguer ce qui objectivement est bon et utile pour le peuple de ce qui emballe, attire ou diverti le peuple. La spécialité des politiciens c’est de jouer sur le deuxième cas qui est sûrement utile pour les politiciens mais pas forcément pour le peuple.

Le peuple tchadien dans sa majorité est suffisamment mature pour faire la part des choses entre le divertissement et la réponse à son besoin socio économique pour le quel le politicien s’est engagé, juré, promis. La communication politique a des effets sur l’entendement des tchadiens, cela résulte d’une stratégie combien pensée.

Manier très mal la parole publique peut coûter à un régime ou à un parti politique candidat. Il faut cultiver la communication dans la sincérité et dans une volonté réelle de faire pousser des idées entre le peuple qui doit être souverain et les responsables politiques.

Les hommes politiques notamment doivent comprendre qu’ils ne sont aucunement des ennemis mais des adversaires dans la complémentarité des idéologies et modèles politiques. L’homme politique doit surtout se comporter comme un véritable éducateur et par conséquent toutes ses actions doivent être concrètes et justifiées.

Le peuple tchadien a bien marre de ce jeu politicien qui pollue de plus en plus le climat social et économique du pays. Il ne s’agit pas de se réfugier derrière une idéologie ou un modèle économique spécifique pour nourrir des rêves de développer un pays. L’Etat et son peuple doivent être acteurs car il faut avant tout être républicain, c'est-à-dire des hommes et des femmes qui se veulent progressistes et donc prêts à servir la cause de la nation et non malheureusement ceux qui veulent en jouir sans participation sous forme de travail honnête et efficace. L’Etat républicain n’est pas seulement chargé d’établir des règles et de veiller au respect strict de la déontologie. Il doit légitimement intervenir pour favoriser la rentabilité de toutes les activités économiques dans le pays notamment les entreprises nationales et même privées et voire favoriser également la constitution de grands groupes de taille internationale. L’Etat républicain se doit aussi lorsque l’emploi est menacé et la cohésion sociale minée, de participer au sauvetage économique. Cette République ne peut nouer des alliances que dans le partage de ses valeurs les plus élevées et dans le but de les défendre conformément à sa vocation universelle. Enfin, l’Etat républicain doit se saisir de tous les problèmes de la cité et être donc l’expression du peuple car c’est l’expression du vrai, du beau, du juste. C’est défendre en un mot les aspirations et les ambitions du peuple. Lorsque tous ces piliers sont enfin suivis par l’Etat, il appartient maintenant au peuple de l’aider et de le soutenir à franchir le cap car être républicain aujourd’hui, c’est résister aux tentations individualistes, corporatistes, communautaristes de notre société. Ce n’est pas s’accrocher à des comportements purement opportunistes induits par des intérêts personnels tel que cela se passe aujourd’hui dans le système politique tchadien (et c’est très dommage), mais, au contraire, approfondir des principes porteurs d’un projet politique moderne. C’est enfin agir avec conscience que la République c’est lorsque son peuple se sent acteur de son propre développement et prêt à assumer son propre destin.

Ainsi face aux défis de la mondialisation, c’est seulement par la conjugaison de ces efforts que le pays pourra sortir «la tête de l’eau»; car le développement d’une nation n’est pas l’extension à la dimension de la planète de toutes les activités économiques et l’adoption par toutes les nations et les communautés d’un modèle économique et social.

Cependant, il est clair que ces notions ne sauraient être de simples danses de style et doivent renvoyer à des phénomènes de management de types nouveaux concrets et palpables. La bonne gouvernance et la transparence ont comme corollaires la lisibilité et la visibilité de l'action gouvernementale et sont forcément sous-tendues par une politique de communication sans détours.

Les rapports des corps de contrôle étatiques décelant des manquements graves à l'orthodoxie des règles de la comptabilité publique doivent être portés à la connaissance de l’opinion publique et ce, sans préjudice des sanctions encourues par les auteurs. Cette dynamique doit guider tous les actes de gouvernement.

Cette publicité entraîne 3 conséquences majeures : 1) L'effectivité de l'accès des journalistes aux sources de l'information 2) L'exorcisation du phénomène de la rumeur publique 3) L'éclosion d'une société civile. Si on lui prive l'information par la grande porte, il l'aura par la petite porte. La rumeur publique procède de la même logique, moins on communique plus développe la rumeur publique.

Enfin il ne saurait y avoir d'éclosion d'une société civile sans la disponibilité permanente des actes des gouvernants relayés à grande échelle par les mass- média . En effet, dès que les actes des gouvernants sont connus par les citoyens à tous les niveaux, s'instaure inéluctablement une discussion informelle sur leur opportunité ou non qui à son tour est relayée par les mêmes mass-média de façon ascendante. L'on parle alors de feed-back auquel les gouvernants ne sauraient être insensibles. Ainsi l'opinion publique arrive-t-elle à influer sur les actes des gouvernants ? Et aujourd'hui plus que les efforts légitimes du journaliste tendant à obtenir l’information qualifiée à tort de confidentielle, c'est le déficit de communication à temps réel sur des questions sujettes à discussion comme celles du pétrole ou des marchés publics voir encore des nominations complaisantes.

J'estime que le débat est intéressant dans la mesure où il pose un problème central dans le commerce social qu'il soit diagonal, transversal ou vertical comme c'est malheureusement le cas le plus souvent. En effet un examen critique de la communication des hommes politiques tchadiens ou plus précisément ceux qui sont aux commandes de l'Etat laisse apparaître une logique unilatérale pour ne pas dire dissymétrique. Les hommes politiques bombardent le public de slogans et de formules sans toujours se poser des questions sur la réception qu'en fait ce dernier. Et ceci est en porte à faux avec la logique même de la communication qui suppose une identification commune à un certain nombre de codes et de valeurs, condition nécessaire au succès communicationnel. Or on note qu'il y'a un décalage manifeste entre les soucis premiers de ces hommes politiques et les besoins exprimés ou diffus des populations locales. La conséquence immédiate est que le débat politique, depuis longtemps, tourne en boucle sur des thèmes récurrents qui ont pour noms invectives ou promesses à tout va entre autres.
Il nous semble dès lors opportun de circonscrire le cadre à l'intérieur duquel les horizons communs sont déterminés et définis nécessitant au passage honnêteté et désintéressement chez les politiques-gouvernants et éducation et discernement chez les populations. Il y'a du chemin avant d'épouser les paradigmes communicationnels tels que connus à l'heure actuelle dans le monde.

La communication politique ne doit pas se résumer aux discours, meetings, émissions de radios et télés, interviews.
Donc, il faudrait dés à présent faire la nuance et éviter de ternir l'image du politique.
Même, une vie de famille exemplaire est un atout en communication politique.

Adoum GAGOLOUM
Dakar/ Sénégal


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