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  Opinion 

IALTCHAD OPINION 
Code musulman de la famille
:

L'UCMT endosse le bonnet d’âne
Par Timothée Donangmaye

                                                                  Article paru le 03 Avril 2005


Code musulman de la famille:
L'UCMT endosse le bonnet d’âne

L'Union des cadres musulmans du Tchad (UCMT) a obtenu du président Déby un beau cadeau à l'occasion de la Journée internationale de la Femme: un bonnet d'âne, ce célèbre couvre-chef " figurant une tête d'âne dont ont affublait les cancres pour les humilier. " (1) En annonçant son intention de faire bientôt adopter le projet de code national de la famille, le chef de l'État a du même coup signifié qu'il n'y a de place au Tchad que pour un seul code de la famille.

Du coup, l'UCMT qui se veut une sorte de " Hezbollah tchadien" tchadien ne sait plus que faire du sien. Cette association était pourtant persuadée d'avoir parfaitement anticipé les désirs du président Deby. Elle espérait pouvoir bientôt lui présenter, sur un plateau d'argent, le précieux bloc électoral musulman soudé autour du code musulman de la famille. Habitués à voir nos dirigeants faire ce qu'ils veulent, les cadres de l'UCMT étaient sûrs de leur coup. Pour ces pseudo-islamistes, ceux qui n'aiment le code musulman de la famille devaient comprendre que " le chien aboie, la caravane passe."

Les militants de l'UCMT n'ont pas pris en compte les contraintes auxquelles fait face le président de la République dans cette affaire. D'un : le chef de l'État ne peut pas soutenir un code dont le contenu s'inscrit à l'opposé du projet de code national de la famille pour lequel le gouvernement a obtenu le concours du FNUAP. De deux : notre pays ne peut pas non plus se donner un code qui viole ses engagements internationaux. Parmi ceux-ci, les Objectifs de développement du millénaire qui découlent de la " Déclaration du millénaire " de septembre 2000.

Les principaux Objectifs de cette Déclaration sont la lutte contre la pauvreté et l'éducation de la jeune fille. En leur point 3, ils ambitionnent, en effet, à " donner à tous les enfants, garçons et filles, les moyens d'achever un cycle complet d'études primaires " et surtout "  éliminer les disparités entre les dans les enseignements primaires et secondaires d'ici à 2005 si possible et à tous les niveaux d'enseignement en 2015 au plus tard. " (2) Nous sommes déjà en retard par rapport à ces objectifs internationaux et ce n'est sûrement pas le moment de traîner les pas, même sous des prétextes religieux.

Une démarche rationnelle aurait permis aux militants de l'UCMT de le comprendre et de faire l'économie d'une humiliation publique. Mais lorsqu'on n'a passé son temps à en appeler aux pires sentiments des uns et des autres, à faire du chantage religieux, on n'a plus le temps de raisonner. La logique n'est pas vraiment le fort de ces gens. Je suis sûr que les militants de l'UCMT étaient nombreux dans la tribune, le 8 mars, pour assister aux célébrations de la Journée internationale de la femme ; une fête dont l'ambition, à savoir la promotion de la femme, s'inscrit à l'opposé de leur conception de la femme.

Hier, certains se plaignaient du retard du Nord au plan scolaire et professionnel au point de réclamer des quotas en vue d'assurer la formation de médecins et autres cadres ; aujourd'hui, les mêmes sont déterminés à barrer le chemin de l'école à la moitié féminine de la jeunesse nordiste ! Un scandale, surtout lorsqu'un professeur d'université comme Mahamat Seid Abazène s'embarque dans cette galère au nom de la religion, lui qui devrait plutôt battre campagne pour promouvoir l'éducation des jeunes filles !

Mon " ami " Mahamat Hissène s'est surpassé cette fois-ci. Secrétaire général du MPS, parti au pouvoir, premier vice-président de l'Assemblée nationale, secrétaire général de l'UCMT, idéologue du pouvoir nordiste, il est partout, et sur tous les fronts de la bataille pour le code de la famille. Ce grand voltigeur de la politique nationale vient de connaître un revers sans précédent avec le coup d'arrêt du président au code musulman de la famille. N'avait-t-il donc pas, au préalable, consulté son président sur ce dossier? Ou bien croyait-il si bien connaître les désirs du chef de l'État qu'une telle consultation n'était pas nécessaire ?

Si Mahamat Hissène a encore une once d'honneur, il devrait démissionner du MPS puisque lui-même et le président Déby sont en total désaccord sur dossier aussi important que celui du code de la famille. Mais je pense plutôt qu'il va donner à César ce qui appartient à Dieu pour conserver son poste. Dieu qui est invisible peut toujours attendre, mais pas César, n'est-ce pas ? Voilà ce qui arrive lorsqu'on se croit investi d'une mission divine alors qu'on a si peu de considération pour les nécessiteux et les vulnérables.

Vous avez donc vu les militants de l'UCMT dans leurs oeuvres, des cadres qui devraient contribuer à l'avancement de la société tchadienne, mais qui s'en font les fossoyeurs au nom d'intérêts égoïstes ! En effet, et ainsi que je l'ai souligné, leur premier objectif  était de s'attirer les faveurs de nos dirigeants musulmans. Autres bienfaiteurs " calculés " par les auteurs du code musulman de la famille : les mécènes " religieux " des pays du golfe qui veulent se garantir des tickets pour le paradis en finançant l'exportation, vers les pays pauvres, de l'extrémisme religieux ainsi que l'ont révélé les enquêtes sur certains réseaux terroristes.

Pourtant, si les cadres musulmans avaient seulement pris la peine de regarder autour d'eux, ils verraient que le modèle qu'ils veulent tant copier est en perte de vitesse. Divers pays musulmans reconnaissent désormais la nécessité de corriger les injustices faites aux femmes au nom de la religion, qu'il s'agisse d'un modeste pas, comme chez les Saoudiens qui promettent que leurs femmes pourront voter " prochainement " pour la première fois, ou d'une démarche radicale, comme au Maroc ou en Algérie, deux pays qui ont révisé leur code la famille.

Dans le cas du Maroc par exemple, les autorités ont ouvertement reconnu les limites de l'ancien code. " Une loi qui jette arbitrairement à la rue une femme avec les enfants n'est pas bonne " avait déclaré en juillet 2003 la secrétaire d'état marocaine chargée de la famille, Yasmina Baddou, soulignant que l'ancien code marocain de la famille favorisait la mendicité, la prostitution et le phénomène des enfants de la rue. (3) D'où la décision du Roi Mohamed VI d'en ordonner la révision.

Au lieu de s'inspirer de ces exemples, l'UCMT a préféré fonctionner à huis clos, avec comme résultat l'impasse dans laquelle ses militants se retrouvent aujourd'hui. Dans ce cas, que va faire cette association?  Toute honte bue, elle se taira, tout simplement ! Elle en avait fait de son projet de code une question de vie et de mort ! " On se livre à un dénigrement en invoquant la scolarisation des filles pour condamner leur mariage (...) L'UCMT s'opposera à tout projet tendant à imposer, arbitrairement et par la ruse, des lois sans fondement " avertissait-elle en effet dans son mémorandum du 25 janvier 2005.

Certes, mais je vois mal ces " cadres musulmans " aller contre la volonté affichée du président Déby, eux qui n'ont jamais trouvé à redire aux actes du chef de l'État ou du gouvernement. Qui plus est, je m'attends qu'ils battent vigoureusement campagne en faveur de l'amendement de la constitution, conformément au désir d'un pouvoir qui vient pourtant de leur dénier le droit à un code musulman de la famille. Vous vous demanderez : comment peut-on prétendre parler au nom d'Allah et se plier si vite à la volonté du prince ?

Hé bien, cela est parfaitement concevable au sein de l'UCMT. D'abord, ces gens qui croyaient détenir les clés de l'Islam ne proposent qu'une lecture  (parmi tant d'autres et des moins éclairées !) des textes islamiques. Ils ne pouvaient l'imposer aux autres musulmans qu'avec l'appui de nos dirigeants, appui qui leur a été publiquement refusé cette fois-ci. Ensuite, l'UCMT et le Haut conseil des affaires islamiques ont toujours " ramé " pour le pouvoir, mettant Dieu au service des intérêts bassement matériels des hommes !

La religion est un filon d'or qu'ils n'ont d'ailleurs pas fini d'exploiter. Souvenez-vous de l'onction, par l'imam de N'djaména, du président Déby comme " candidat des musulmans " à l'élection présidentielle de 2001 ! Cette onction a sûrement ouvert bien de portes à notre imam. Croyez-vous réellement que ces gens vont lâcher leurs privilèges et juteux postes de responsabilité pour la défense d'un code musulman de la famille ? Sûrement pas ! Ce serait mordre la mamelle nourricière ! Du reste, les militants de l'UCMT n'en auraient jamais le courage. Leur préoccupation n'a jamais été de savoir si ce qu'ils disent est vrai ou faux, mais plutôt si cela fait l'affaire de nos dirigeants ou non.

Aujourd'hui, le rejet par le président Déby de leur code musulman fait d'eux les dindons de leur farce, sans aucun moyen de sauver la face. Cela devrait les faire taire et nous permettre d'engager un débat plus serein entre communautés religieuses au Tchad, à condition que les musulmans sincères et courageux prennent enfin la relève. C'est à eux que revient la dure tache d'abattre de toute urgence le mur d'incompréhension patiemment érigé par l'UCMT et les oulémas acquis au pouvoir.

Timothée Donangmaye

(1) Dictionnaire " Le Robert "
(2) Site Internet www.un.org/milleniumgoals
(3) Dépêche AFP postée le 1er juillet 2003. Le même site signale, en parlant de l'ancien code marocain de la famille, que " les mères célibataires ne peuvent pas obliger les hommes a reconnaître leur paternité. Quant aux enfants nés hors mariage et non reconnus par leur père, comme leur mère n'a pas le droit de leur transmettre ni son nom, si sa nationalité, on leur donne un  nom de famille choisi dans une liste préétablie. Leurs papiers d'identité les stigmatiseront comme illégitimes toute la vie ! " 
(4) Journal " Le Progrès " cité par " Tchad et Culture " dans sa revue de presse du 24 au 30 janvier 2005.


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