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  Opinion 

IALTCHAD OPINION
« Analyse des données de la situation
actuelles au Tchad !
» Par Gaya-Plé Ben Seid

Article paru
le 31 juillet 2007, Ialtchad Presse


« Analyse des données de la situation actuelles au Tchad ! »
Par Gaya-Plé Ben Seid


Certes, avec le vent de la démocratie qui a soufflé en Afrique dans les année 1990, on avait cru que le Tchad a rompu avec cette tradition de guerre que connaît le peuple tchadien depuis l’indépendance. Hélas! Quelles années plus tard après la chute de la dictature, nous constatons que la démocratisation du pays n’a ni apaise ce conflit, ni éradiqué ses germes. Les facteurs prédisposant ce grand pays le Tchad au conflit sont de nouveau manipulés à des fins politiques. Or “ toute manipulation politique majeure prépare l’esprit à la guerre civile”. Les grandes puissances et les pays limitrophes se calfeutrent derrière ce conflit pour réaliser leurs projets au Tchad en aidant soit les rebelles ou le gouvernement. Tout porte à croire que le Tchad se porte bien et que le pays devient de plus en plus crédible. Cependant, cette stabilité est un silence imposé au peuple tchadien par une élite clanique et ou militaire compradore par des méthodes cœrcitives. Tout laisse croire que le grand risque d’une explosion sociale est prévisible avec la situation donc traverse les fonctionnaires de la fonction publique et les querelles entre les autorités du pouvoir central.

Pendant la Conférence Nationale Souveraine de 1993, les participants ont mis sur place des structures pour instaurer une démocratie consensuelle et participative au Tchad. Mais depuis 1996, celle-ci s’est envolée en éclats et la volonté d’un seul parti ( le MPS ) prime sur la volonté générale. Le MPS s’est accaparé de tous les pouvoirs et même de la liberté d’expression ou de l’opinion du peuple tchadien. Les autres partis politiques qui reviennent d’eux-mêmes s’associer à lui sont phagocytes et les leaders auxquels il fait la cour et qui refusent sont liquidés. Alors, la conséquence directe de cette pratique politique est la présence de deux oppositions: une opposition politique très mal structurée pour faire face au régime d’une part et une opposition politico-militaire divisée incapable de s’organiser d’autre part.

Le manque d’une volonté politique réelle à dialoguer pour résoudre ce conflit et la vision de cette élite décidée à confisquer pour longtemps le pouvoir, ne fait que réveiller les démons de la violence. A présent, le pouvoir a réussi à briser toutes les oppositions par des pratiques politiques moyenâgeuses et à contrôler à lui seul tous les organes prévus par Montesquieu pour l’épanouissement des citoyens. Or un monarque devient despote dès qu’il s’accapare de tous les pouvoirs. C’est pourquoi aucune règle d’une politique démocratique ne sous-tend actuellement les actes du régime, sinon, un “ machiavélisme “ dépourvu de sens et une “politique de l’Autruche”. Les acteurs de la mouvance au pouvoir clament haut et fort que c’est le MPS qui a instauré  la démocratie au Tchad. Il est le seul garant de celle-ci donc le seul habilité à déterminer les règles du jeu politique.

Par contre, comme le disait  Emmanuel Kant «  Aucun Malheur n’est plus effrayant pour l’homme que de se voir livrer à une création de même nature que soi qui pourrait vous contraindre à suivre son propre arbitraire et à faire ce qu’elle veut » L’élite au pouvoir oublie que l’ordre social ne peut en aucun cas reposer sur des contraintes et les répressives. La démocratie est un régime globalisant et rassemblant. Les dialogues et les consensus sont les seuls moyens qui l’enracinent dans un pays comme le Tchad. Étant ni une fin en soi, ni un acquis définitif cette pratique d’autodestruction des autres formations politiques comporte assez de risques car la démocratie n’est qu’une pellicule mince qui se déchire pour un rien et laisse réapparaître la barbarie. Généralement, les guerres civiles ont souvent pour causes:

-  la frustration des acteurs sociaux;
-  le gouvernement d’un pays par les moeurs d’un clan ou d’une ethnie;
- 
l’apparition d’une élite qui veut vivre du travail des autres ou qui monopolise à elle seule tous les biens sociaux;
- le refus de la légitimité d’un régime par le peuple:
- la stratification sociale en dominant/dominé et surtout lorsqu'un groupe d’individus ou un peuple se révolte avec les armes contre les autorités légales.

A présent on compte une centaine des mouvements politico-militaires qui combattent le régime de N’Djamena et une autre centaine des partis politiques qui luttent pour un véritable changement démocratique au Tchad. A quand le changement ?

Bref, retenons que tous les déclics de la guerre sont en place. La seule chance du salut du peuple tchadien réside dans la capacité de l’élite au pouvoir à gérer ces contradictions. Nous avons constaté que le conflit tchadien rejaillit aux années trois et aux années neufs de chaque décennie. Alors avec la prolifération des conflits interethniques les populations tchadiennes commencent par se regarder avec méfiance et mépris comme à la veille de l’année 1979. Même si le régime de N’Djamena a encore le soutien de la Libye et surtout de la France , on remarque que les relations Franco-tchadiennes vont de plus en plus mal ce dernier temps.

Si la pratique politique nous permet de présager l’avenir du Tchad, l’économie qui est le point cardinal de tout conflit social doit mieux étayer nos investigations. Depuis 1979, les activités économiques sont entrées en dysfonctionnement avec l’organisation sociale. Mais depuis 1992, une bourgeoisie militaire est mise en place et un prolétariat encore inorganisé subit ses injustices. La gabegie est légalisée. Cette gestion anarchique des deniers publics a causé la faillite de presque toutes les entreprises d’Etat. Avec le diktat du Programme d’Ajustement Structurel ( PAS ) imposé au pays du tiers-monde par les institutions de Bretton Woods, la plupart de ces bourgeois d’Etat sont devenus des actionnaires dans les entreprises et dictent en ce moment leurs lois à la population tchadienne toute entière sans logique économique, sinon, guidés par le seul désir de s’enrichir le plus vite que possible comme toujours. Les grands commerçants qui depuis toujours ont le monopole du secteur commercial y sont évincés pour plusieurs raisons.

Or, en privant un individu de ses attaches traditionnelles, cela crée en lui l’irritabilité, qu’on ignore la fin. Pour reconquérir leurs anciens droits, ces commerçants se pourront-ils pas s’unir un jour et financer une vraie rébellion contre ce régime. De même la mise en valeur de certaines ressources minières du Tchad offusque des fois, car certaines ressources, minières et naturelles du pays sont bradées à des richissimes d’après guerre ou des groupes d’individus. Eu égard à ce qui se pratique, l’activité politique n’est plus la capacité d’un acteur à dominer les rapports dans la répartition des biens tel que chacun trouve son compte, mais un moyen de s’enrichir pour les autres. D’après une enquête réalisée par N’Djamena-Hebdo, 72% des N’Djamenois vivent au seuil de la pauvreté absolue et 28% vivent dans une opulence insultante. Bien que les inégalités sociales existent dans toutes les sociétés, le fossé va toujours grandissant entre les riches et les pauvres au Tchad. Par ce procédé de disposer du peuple tchadien et de ses avoirs, les initiatives privées sont frappées par des taxes qui les découragent de plus en plus relatif à leurs activités commerciales. Cette même source précise que 81% des n’djamenois estiment que le risqué d’une guerre à N’Djamena  est possible car le circuit économique est mobilisé par une élite qui ne tolère ni la concurrence économique ni ne laisse de chance à l’autre de se réaliser pour évoluer dans ces secteurs commerciaux. De même ce fameux pétrole pour lequel Américains, Français et Libyens ont fait couler à flot le sang des Tchadiens est aujourd’hui sur le marché mondial. La passion de voir ce pétrole coulé  et l’obsession de compter ses dollars sèment de la trouille dans la tête de certains acteurs politiques.

Souvent, il est remarqué que tous les pays qui passent par la guerre changent des codes de conduite sociale. Pour retrouver ce code de conduite de paix, il faut que les institutions religieuses travaillent d’arrache-pied. Depuis la fin de cette tragédie de 1979 par exemple où les facteurs confessionnels ont été manipulés subtilement à des fins politiques, l’islam et le christianisme se disputant âprement le terrain et se montrent de plus en plus offensifs au Tchad  l’un comme l’autre. L’islam qui a bénéficié du soutien du pouvoir politique a tendance à prendre le dessus sur tout le territoire. Après avoir reçu l’autorisation d’organiser le BAC arabe dont le taux de réussir des candidates oscille toujours entre 70 et 80%, un institut de promotion de la langue arabe a été créé en 1992 et s’ajouter aujourd’hui autres instituts au pays. Un tel établissement n’a rien de mauvais en soit dans un pays laïque comme le Tchad. Ce qui hante l’esprit, est la vision des musulmans de faire du Tchad un Etat musulman. Mise à part cette raison, la seconde qui effraie les non musulmans, est cette confusion qu’il y a entre l’islam en tant que religion et l’arabe en tant que langue de communication au Tchad. Pour beaucoup de musulmans tchadiens, l’arabe est indissociable de l’islam. Avec la création de cet institut qui, enfin de compte est devenu une université et qui délivre le doctorat du troisième cycle et des doctorat d’Etat à ses étudiants, n’assisterons-nous pas à une arabisation du pays se posent la question les tchadiens non musulmans ? A ces deux faits que nous pouvons considérer comme un stade normal de développement de l’islam, s’ajoute le bilinguisme était décrété par le gouvernement (arabe et français deux langues officielles).

Au vu de toutes ces données rien ne nous étonnerait si demain le français est relégué au seconde rang et le Tchad, proclame Etat musulman. Les preuves ne font pas défaut pour prouver cela. A la conférence Nationale Souveraine en 1993 par exemple, l’imam de la grande mosquée de N’Djamena à la personne de Hassan Hissein Abakar avait clairement revendiqué l’application de la charia à la radio et à la télévision tchadienne.

Vu les massives violations des droits de l’homme dans la zone méridionale, les populations du sud revendiquent depuis 1993 la fédération du pays. Mais l’Etat reste cantonné sur sa position d’Etat unitaire. Derrière ce refus de l’Etat ne se cache-t-elle pas des raisons d’ordre religieuses, se posent la question les sudistes ?

Car le principe de l’islam est: un seul Etat ( un seul peuple), une seule réligion et une seule langue. Le refus de cette fédération par presque tous les leaders du nord ( musulmans ), la multiplication des mosquées dans la zone méridionale, le développement de la coopération islamo-arabique tout azimuts ne témoigne-t-il pas ce projet à long terme au Tchad ? Si l’islam a un projet pour la zone méridionale, le christianisme de son côté n’est pas resté inactif. Non seulement il résiste à l’ouragan de l’islam dans sa zone, il sort aussi de plus en plus de sa zone géographique. Depuis 1990, les églises évangéliques ont déclenché une opération: ” Tchad pour Christ en l’an 2000” . Cette opération se propose d’aller de village en village pour annoncer la Bonne Nouvelle de Christ à toute la population tchadienne.  Ayant fini avec la zone méridionale, il ne reste que la zone septentrionale fief de l’islam. Réussiront-ils à pénétrer ce milieu dominé par l’islam depuis plus de sept siècles ? Ce qui frappe l’oeil actuellement, c’est la manière dont les églises et les mosquées poussent chaque jour comme des champions un peu partout sur le territoire national. Des sectes de tous genres ont trouvé un terrain favorable pour s’y installer, tous se regardent de mauvais oeil et sont toujours très méfiantes les unes faces aux autres. Elles ont perdu leur caractère de tolérance d’avant la guerre civile et mieux ont tendance à se politiser ou à se laisser manipuler encore par le politique. Peut-être un appel à la cohabitation religieuse ou à la tolérance sera lancée par le gouvernement les jours à venir. Exemple: le 26 septembre 1992, est né à N’Djamena dans une famille chrétienne un enfant qui portait inscrit à son avant-bras droit le nom du prophète MOHAMED. L’église catholique voulait s’occuper de la vie de cet enfant en vertu de la foi chrétienne de ses parents. Mais les autorités islamiques ont converti ces derniers à l’islam et s’occupent de la vie de cet enfant. Comment est devenu cet enfant, beaucoup des tchadiens musulman comme chrétiens se posent la question ?

Là encore, le problème ne se pose pas car l’enfant est encore mineur. Ce qui effraie c’est l’attitude ou la religion qu’adoptera cet enfant à l’âge mûr. En dépit de tous ces constats, il est possible que nous assisterons dans les prochaines années à un affrontement entre les fidèles de ces deux religions compte tenu de l’intolérance qui les animent. A partir du religieux, on peut penser à une explosion du faite que “ les tensions annonciatrices des grandes pulsions belligènes s’accompagnent des ferveurs religieuses. Lorsque les peuples se mettent à parler de leurs dieux et de leurs ancêtres, c’est que la guerre n’est pas loin” Nous demandons aux autorités tchadiennes de prendre leurs responsabilités pour éviter cela.

Mieux toute tentative de faire du Tchad une république ayant pour fondement idéologique une quelconque religion mettrait en péril l’intégrité déjà dangereusement menacée. La violence, l’orgueil et l’injustice font perdre le pouvoir aux princes. Poursuivant presque cette même politique austère de Tombalbaye et de Hissein Habré, à l’égard de certains peuples dans un contexte de démocratie, aucune couche sociale n’est actuellement épargnée des injustices de l’élite au pouvoir. Comme la privation, l’injustice elle aussi crée la frustration qui à son tour conduit à des véhémences. Nous pouvons dire aussi que l’injustice participe souvent à l’arbitraire et au désordre. Or lorsqu’un peuple vit dans le désordre, beaucoup de gens luttent pour le pouvoir; mais non pour un changement réel du terme. C’est ce qui expliquerait peut-être ces nombreux coups d’Etat ou encore ce grand nombre de mouvements politico-militaires qui luttent pour le pouvoir au Tchad.

En plus de l’injustice qui alourdit le climat entre les acteurs sociaux, il y a les licenciements abusifs du personnel des sociétés para-étatiques ou étatiques et la mise à retraite des soldats de l’armée qui sont de nature à favoriser une explosion sociale. L’injustice, la frustration et l’arbitraire ont créé un climat d’insécurité et favorisé le développement du banditisme que l’on appelle au Tchad “ les Colombiens “Dans les campagnes les couches sociales ne cessent de se provoquer à cause des biens sociaux. A côté  de cette couche des professionnels, il y a la masse estudiantine. L’accès  aux universités n’est plus destiné à quiconque. Les concours d’entrée dans les écoles professionnelles sont l’apanage de quelques uns et de plus l’État étouffe le génie de certains tchadiens par la géopolitique comme l’atteste beaucoup de documents sur la géopolitique. Comment est-on arrivé à cette situation de chômage chronique des bacheliers ? Depuis quelques années le gouvernement délivre chaque année plus de six mille attestations de BAC aux candidats. Mais ce qui offusque, est le fait que les universités au Tchad n’ont pas une capacité de mille places en première année. Que feront les cinq milles autres bacheliers qui ne réussiront pas à s’inscrire à l’université alors qu’ils ont la même chance d’accès que les autres. De plus ceux qui réussissent à se faire former soit à l’université soit dans les écoles professionnelles sont automatiquement mis au chômage tantôt parce qu’ils sont mal formés tantôt par manque de structures d’accueil. L’Etat par des procédés dilatoires empêche leur intégration à la fonction publique. Pour être intégré dans la fonction publique, il faut être militant ou militante de MPS ou avoir un parent bien place dans l’administration publique tchadienne.

Les initiatives privées sont la chasse gardée de la bourgeoisie naissante. Dès que ceux-ci tentent de s’y lancer, ils sont durement frappes par des taxes incroyables. Cette même bourgeoisie refuse de les employer au profit d’une main d’oeuvre non qualifiée donc moins chère à payer. Or” le citoyen est membre de la société de travail. Sa première exigence est celle d’une part équitable au produit social... Tout son style de vie intervient dans la définition de cette équité et c’est au gouvernement de calculer ce qui est acceptable et accessible à toute la communauté… L’unité et la cohésion de celle-ci ne résisteront pas à la longue à un régime d’injustice flagrante à des différences de revenues trop accuses, à des décalages trop criant entre les niveaux de vie des divers groupes… L’inégalité des chances d’accès à la direction des affaires sociales, l’oppression pesant sur certains groupes poussent les parties désavantageuses de la population à la révolte…” C’est pourquoi nous assistons à un nombre important des jeunes bacheliers licenciés dans la rébellion qui luttent pour un changement profond au Tchad. Ainsi donc, la société explosera un jour au fil du temps.

Gaya- Ple Ben Seïd
bitkine2002@yahoo.fr

 


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