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Billet de
Amine |
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Le
billet de Amine:
«
Pourquoi nos villes restent -t-elles les plus arriérées
des pays d'Afrique noire? »
Par
Amine
Idriss Adoum
Article paru le 09 mars
2005
-
Ialtchad Presse |
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«
Pourquoi nos villes restent -t-elles les plus
arriérées des pays d'Afrique noire? »
Sans
aller chercher dans les indicateurs économiques et sociaux, force est
de constater que notre pays reste à la traîne dans la course à la
modernité en Afrique. Pas de routes, peu d'écoles, pas d'hôpitaux,
pas d'intellectuels ou alors très peu, et assurément un système
politique, social et culturel des plus archaïques, et des dirigeants
parmi les plus nuls de la planète.
Allez pourtant dire cela à mes compatriotes et ils vous sauteront
dessus à coup de canons et de coutelas bien aiguisés. Notre histoire récente elle-même
n'est pas des plus glorieuse. Guerres fratricides, massacres et
spoliation des siens, apartheisation des ethnies et des groupes sociaux,
on dirait que les dieux ont assurément classé le Tchad dans les tiroirs des damnés de l'histoire.
Pendant que les autres avancent les Tchadiens font de grands pas pour
reculer, tout en expliquant aux autres que c'est là leur voie à eux du
progrès (sic). Le pire dans cette histoire c'est que nous sommes bien
conscients que nous reculons, et pourtant nous continuons a nous délecter dans cet
enfoncement. Cette attirance
morbide pour le suicide a commencé il y a seulement quelques années,
aux moments des grandes sécheresses des années 80, et quand les FAN( Forces Armées du
Nord), s'étant déjà emparé du pouvoir et tronqué leurs sinistre
sobriquet "Force Armées du Nord" par celui non moins tordu de
Forces Armées Nationales Tchadiennes (FANT),s'étaient lancées dans
une véritable campagne de vendetta dans la brousse profonde. Si l'exode
rural au Tchad existait bien autrefois, il a pris une ampleur massive sous
l'effet conjuguée des sécheresses des années 80, des FAN bien sur,
mais aussi (et la encore ce sont les FAN) de l'appel de Hisseine Habré
à tous ses co-régionnaires de se déverser dans N'Djamena pour la "re-coloniser". Idriss Deby est venu compléter le tableau
en affamant les campagnes à son tour et en demandant lui aussi aux
siens de venir prendre leur butin à N'Djamena.
Les effets de tous ses facteurs ont été désastreux pour notre identité
de citadins tchadiens. Chassés par les FAN, FAP, MPLT, MPS, FAR, etc.
Tous ces groupes de bandits bizarrement appelés « politico-militaires»
de la brousse du Centre et Sud ou des dunes désertiques du Nord, nos compatriotes ont migré massivement vers les
quelques faméliques regroupements de maisons que nous osons encore
appeler villes et qui portent le nom ridicule (parce que jamais nom n'a autant juré
avec sons sens propre) de N'djamena, Moundou, etc.
Autrefois nomade ou pratiquant une culture sur brûlis donc constamment
en déplacement, l'homme rural tchadien se retrouve, par le fait des facteurs précités,
embarqué dans un environnement totalement différent où il ne devrait
pas avoir besoin de faire de la culture sur brûlis ou de faire
transhumer son bétail. Mais comme son irruption dans cet environnement
totalement nouveau pour lui ne s'est pas fait de son propre et plein gré,
il n'a pas vu pourquoi il devrait abandonner les principes moteurs qui
ont guidé sa vie jusqu'à ce jour. De plus, meurtri par plusieurs mois
de fuites, son atavisme ancestrale de maraudeur a vite fait de refaire jour.
Du coup, N'Djamena et Moundou, villes qui ne devraient logiquement pas
avoir un statut de cités parce qu'elles ne remplissent plus aujourd'hui
aucun des critères qu'il faudra pour cela, se sont très vites
transformées en taudis fantomatiques, grouillant de saletés et de
puanteurs, gérées par des bandits de grands chemins qui ont pris le
titre de politiciens, et ou la seule caractéristique visible reste l'envie de partir
qu'affichent ses habitants. Rien de structurel, rien de permanent, tout
est construit sur le mode du temporel et du temporaire, sur le mode du départ.
Personne n'est chez soi, surtout pas tous les nouveaux venus chassés par la sécheresse ou par les FAN/FAP/FAR/MPS,
etc. Poussés en villes malgré eux par les injonctions d'un Hisseine
Habre/Idriss Deby les appelant a venir profiter des richesses
(imaginaires) de la ville.
Au demeurant, tout ceci reste classique de l'histoire de la formation de
toute ville. Le seul ennui avec le Tchad, ce que si au départ les
traits de N'djamena se devaient bien d'hériter de cette période
trouble de son histoire, en principe avec le temps les blessures
devraient être gommées, et non accentuées. Que Nenni !
Au Tchad, où la déstructuration du passé reste un exercice très
fort quand il s'agit de se fermer les yeux, on accumule non seulement
les blessures sur nos villes, mais en plus, on en ouvre de nouvelles. Et
elles sont nombreuses, faites de manière volontaire. Les citadins
d'hier, complètement engloutis dans la masse des nouveaux venus, ont
perdu tout repère. Le désordre et la saleté ont tout envahi, jusqu'à
nos cours. Ceux qui devraient en principe donner le tempo pour aider les
arrivants à intégrer la ville et ses structures ont baissé les
bras dans les meilleurs des cas. Le plus souvent, ils ont tronqué leurs
habits de citadins contre des pratiques dites traditionnelles d'un autre age. Le
rural a fini par absorber l'urbain et le campagnard posséder la
cour du citadin.
Résultat : des villes nauséabondes, où il fait mal vivre, et d'où la
culture a pris ses jambes à son coup. Plus de cinéma, pas de théâtre,
plus de bibliothèques. Pour tromper leur échec les N'Djamenois ou les
Moundoulais, qui ont non seulement été complètement digéré par les
nouveaux venus et leurs pratiques, mais se sont aussi laissé
bouter hors du champ économique et décisionnel (le pouvoir politique) se sont lancé
dans une course folle contre la bouteille de la gala. La seule
distraction reste l'alcool, ou battre sa femme et injurier ses voisins!
Que faut -il faire finalement ? Chasser les nouveaux venus ? En fait les
nouveaux venus comme je les appelle font maintenant partie du
paysage de nos «villes ». Il faudrait plutôt exhorter le politique a
mettre en place de véritables campagnes de sensibilisation sur le sens
de ce qu'est une ville, une cité. Au lieu de folklorique rond points
qui n'ont pour seul résultat que de rendre la circulation des voitures plus
difficiles et vider à la vitesse de la lumière les caisses des
municipalités (il faudrait être un maire complètement idiot pour
remplir une ville entière de rond point et compter cela dans les réalisations politiques.) On fera mieux d'investir dans la construction
de parcs et de centres de loisirs, de cinémas et de zones d'animations.
Mais finalement je crois que tout ceci n'arrivera pas. Surtout quand on
se souvient d'ou sortent nos maires et avec quelles organisations
politiques ils sont liés.
A bientôt, et ne vous gênez pas pour me répondre si vous vous sentez
visé
Amine Idriss Adoum
aminidriss@yahoo.com
Ialtchad-Presse
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