21 jours après
son enlèvement et 10 jours après sa « découverte » parmi les
« rebelles faits prisonniers sur le champ de bataille », Lol Mahamat
Choua est toujours gardé dans les geôles de la police politique du
régime de N’Djamena. Les autorités gouvernementales l’accusent d’avoir
noué des contacts avec les rebelles lors de l’attaque de la capitale. Il
a été « pris en flagrant délit » selon un communiqué du
gouvernement. En d’autres termes, Lol Mahamat Choua avait été, sinon
surpris arme à la main contre l’ANT, du moins en négociation effective
avec les rebelles. Sa famille dément cette thèse et affirme que
l’ex-chef de l’Etat a été arrêté chez lui, à son domicile privé.
Aujourd’hui,
malgré les multiples appels à la raison de la part de son parti
politique, de la CPDC et des ONG, les autorités tchadiennes maintiennent
leur version des faits et affirment avoir décidé de traduire Lol Mahamat
Choua devant les instances judiciaires afin que celui-ci réponde de ses
actes. Idriss Déby Itno a indiqué que la libération de M. Lol Mahamat
Choua, « demeurait conditionnée à l'aboutissement de la procédure
judiciaire ». Cette volonté de traduire le président du PLD en
justice est confirmée par Ahmad Allam-Mi qui a précisé que « nous
sommes actuellement dans une situation d'exception. On ne va pas libérer
(Lol) tant que le pouvoir judiciaire n'aura pas clarifié sa situation ».
Lol Mahamat
Choua sera donc probablement présenté devant un juge judiciaire pour
atteinte à la sûreté de l’Etat. Il sera alors le premier Tchadien à être
jugé pour un tel motif. Cette situation pose toutefois la question de « l’égalité
des opposants démocratiques et des opposants rebelles devant la loi ».
En effet, aucun rebelle n’a jamais été inquiété pour avoir tenté de
renverser Idriss Déby. Bien au contraire, le Président tchadien
récompense largement toute personne ayant essayé de le renverser par les
armes. Les exemples sont légion en la matière. D’ailleurs, Ahmad
Allam-Mi a révélé récemment vouloir engager des négociations avec les
rebelles qui ont attaqué N’Djamena les 2 et 3 février dernier. Pourquoi
donc Lol Mahamat Choua, accusé pourtant de rébellion, doit-il être
soumis à un régime spécifique ? Il aurait été mieux traité s’il avait
réanimé son mouvement rebelle d’antan, le MPLT ?
Les autorités
tchadiennes doivent adopter une attitude cohérente face à la situation
qui prévaut actuellement au pays. Il me paraît totalement ubuesque que
d’une part, Idriss Déby et ses ministres cherchent à choyer des
opposants armés qu’ils placent au-dessus de la loi, et que d’autre part
des opposants démocratiques soient accusés injustement par ces mêmes
autorités et traduits arbitrairement devant le juge. Les Tchadiens ne
sont-ils pas égaux devant la loi ? J’espère que les juges devant qui
sera présenté Lol Mahamat Choua sauront garder leur lucidité et
prononcer un non-lieu dans cette affaire. Il faut arrêter de fouler au
pied les lois de notre pays.
Lyadish
AHMED
Ialtchad Presse