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Interview |
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Ialtchad Presse : Me
Delphine Bonjour. L’Appel à
la Paix
est-il entendu par tous les Tchadiens ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Nous
pensons que c’est l’unique voie de sortie de crise crédible
en ce moment. Les politico-armés eux-mêmes réclament un espace
de dialogue. Les Partis politiques de l’opposition à l’intérieur
réclament un espace de dialogue. Les populations expriment leur
ras-le-bol par rapport à la situation de non-paix que nous
vivons, par rapport à la situation de |
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| prise
de pouvoir par les armes. Le pouvoir fragilisé essaye de se
maintenir mais de toutes les façons, nous pensons qu’il faut
absolument s’engager dans un processus de paix et nous
continuons de porter le message là où il doit être entendu et
nous espérons que les pouvoirs politiques au Tchad entendront ce
message qui est salutaire pour tout le monde. |
Ialtchad Presse :
De 2002 à 2006, cela fait quatre ans que
vous vous battez pour la promotion de la paix au Tchad. Où en êtes
vous et quel bilan avez-vous à présenter aujourd’hui ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: La
paix n’a pas de prix. Nous allons continuer toujours, tant que nous
pouvons, à œuvrer pour que la paix puisse un jour revenir dans notre
pays.
Ialtchad Presse :
Vous-vous opposez à la tenue d’une élection
présidentielle qui est prévue en mai prochain. Est-ce que le président
Deby qui s’est donné les moyens d’être reconduit au pouvoir va
accepter cela et pourquoi vous êtes contre la tenue de ces élections ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Tout
le monde sait que dans les conditions actuelles, on ne peut pas parler
d’élection au Tchad parce que les recensements ont été mal faits.
Techniquement, aucune administration au Tchad en ce moment est en mesure
d’organiser des élections. Beaucoup de personnes liées au pouvoir
ont pris les armes parce qu’elles ne croient plus aux élections tel
que ça se passe maintenant. Le pouvoir a rompu déjà un consensus
national en procédant à la modification de
la Constitution
et nous pensons qu’il ne va pas encore rompre ce consensus national
qui est claire et qui dit que les conditions ne sont pas réunies pour
aller aux élections.
Ialtchad Presse :
Comment votre Comité entend faire un contre
poids face à Deby ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Nous
avons une base assez large qui nous permet de porter le message que nous
portons. Nous, en tant que Comité de Suivi, voulons jouer un rôle de médiation
dans ce processus. Nous renfermons en notre sein les Associations de la
société civile, les Associations de Droits de l’Homme, les Syndicats
et autres qui ont des stratégies de mobilisations populaires pour faire
des revendications. Les Associations de la société civile et les
Partis politiques de l’opposition se mobiliseront pour faire un contre
poids réel contre Idriss Deby s’il persiste à aller aux élections.
Ialtchad Presse :
Pourquoi une conférence de presse
portant sur l’Appel à
la Paix
et à
la Réconciliation
au Tchad aujourd’hui, quand on sait dores et déjà que tout le monde
est en train de fuire le régime pour aller s’armer afin de revenir le
combattre, de chercher à le renverser ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Nous
avons fait une analyse du contexte socio-politique au Tchad et nous
avons estimé que la solution serait la mise en place d’une démarche
pour la paix et c’est ce que nous proposons. En tout état de cause,
nous pensons que le message de paix doit être porté et reste valable
dans tous les scénarios, dans toutes les circonstances.
Ialtchad Presse :
Comment entendez-vous organiser le
processus du dialogue politique que vous prônez tant au Tchad ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Le
processus du dialogue peut s’organiser autour de trois thèmes
- La mise en place des processus
institutionnels de transition ;
- La réforme du secteur de sécurité ;
- La mise en place des mécanismes de réconciliation populaire.
Il faut évidemment qu’un comité de pilotage réfléchisse à cela
avec le mandat du gouvernement, pour pouvoir donc réfléchir au contour
de cette transition, réfléchir à un calendrier électoral et réfléchir
à un processus de dialogue national qui va discuter des détails de
tout ce que va comporter la transition. Nous pensons qu’un tel
dialogue doit s’organiser et peut s’organiser si
la Communauté
internationale s’y implique en créant les conditions de sécurité nécessaires
en face des organes de sécurité interne qui sont complètement en état
de désagrégation et en face de la multiplication des armes et des
foyers de tensions au niveau interne.
Ialtchad Presse :
Avez-vous suggéré ces propositions à
la Communauté
internationale et quelle en est sa position ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Nous avons suggéré cela à
la Communauté
internationale qui nous a écoutés pour le moment. Nous attendons sa réaction.
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Ialtchad Presse :
Le Comité de l’Appel à
la Paix
déclare devant la presse tout à l’heure que Déby n’est pas
garant fiable de la paix et de la stabilité au Tchad. Or pour
qu’il y ait une table ronde, il faut la participation de tous,
c’est-à-dire celle de Deby ainsi que celle de l’opposition démocratique
comme celle des politico-armés. Est-ce qu’avec une
participation éventuelle de Deby ou du MPS à cette table ronde
que vous préconisez, pensez-vous que vous allez pouvoir vous
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attendre
à un résultat concret ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Nous
sommes dans un processus global. Pour nous Deby est un acteur
incontournable dans ce processus de paix. Il doit participer au
dialogue comme les autres acteurs armés et non armés. Nous
pensons qu’un tel processus, pour qu’il réussisse, doit créer
les conditions pour que chacun puisse exprimer ses attentes, sa
vision du Tchad et il faudrait que tout ce qui va être dit soit
inscrit dans un pacte avec un mécanisme de suivi qui puisse
garantir l’application. Deby seul ne peut pas prendre le
processus en otage. Quand on dit ça c’est minimiser la capacité
des autres acteurs à participer à un tel dialogue et à faire
entendre leur point de vue. De notre part, nous pensons que la
participation de Deby à un tel processus est nécessaire parce
qu’il est le président du Tchad, on ne peut pas l’appeler
autrement. Maintenant, quant à la dynamique de la négociation,
chaque partie prenante à la négociation doit faire prévaloir se
prétentions. |
Ialtchad Presse :
Pensez-vous que l’opposition armée soit
favorable pour s’asseoir autour d’une table de négociation avec
Deby sachant dorénavant que celui-ci n’a ni les forces ni les moyens
de lui résister en cas d’offensive ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Deby
n’a pas les moyens de résister. Déjà notre processus ne veut pas présager
de la force ou de la faiblesse ou de la capacité d’un acteur à
prendre le pas sur l’autre. C’est une situation qui dure, les
Tchadiens en ressentent les méfaits dans leurs corps, dans leur esprit
et nous pensons que les Tchadiens sont capables de résoudre leurs problèmes
autrement que par les armes. Nous savons par ailleurs que la prise du
pouvoir par les armes est rejetée par les Tchadiens et a prouvé ses
limites. Nous nous retrouverons exactement dans la même situation que
celle que nous sommes entrain de vivre actuellement où, la personne qui
va prendre le pouvoir par les armes ne se prêtera pas au jeu démocratique
parce qu’estimant que ce n’est que par les armes qu’on la fera
partir. Donc on restera dans un cycle vicieux qui va être vraiment
dommageable pour le Tchad et pour les Tchadiens. Nous pensons, en
faisant la promotion de ce processus de paix, que c’est un processus
qui est salutaire pour le Tchad et pour les Tchadiens.
Ialtchad Presse :
Avez-vous pensé à suggérer à Idriss Deby de
quitter le pouvoir le plus pacifiquement possible, sans qu’il y ait
effusion de sang ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Nous
ne voulons pas d’effusion de sang et je crois qu’aucun tchadien
n’a besoin d’effusion de sang. C’est pourquoi nous pensons que le
processus que nous proposons est un processus non violent, un processus
qui éviterait au Tchad une énième effusion de sang.
Ialtchad Presse :
Est-ce qu’il vous est arrivé de dire à Deby
de penser à quitter le pouvoir de manière pacifique ?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Ce
n’est pas à nous de dire à Deby de quitter le pouvoir ou d’y
rester. S’il y a un processus qui est mis en place, les Tchadiens
auront l’occasion de choisir leur dirigeant. Je crois que c’est ça
le plus important à l’heure actuelle.
Ialtchad Presse
: Avez-vous
un vœu à formuler ou une prière à psalmodier pour que
la Paix
, ce cheval de bataille que vous essayez d’adopter depuis quatre ans
puisse porter le calumet que les Tchadiens allumeront peut-être bientôt
?
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: On
appelle tous les Tchadiens à s’associer à ce processus de paix pour
qu’une fois les Tchadiens montrent leur capacité à régler leur
problème de manière pacifique.
Ialtchad Presse :
Delphine Kemneloum Djiraïbé, je vous
remercie.
Delphine
Kemneloum Djiraïbé
: Merci beaucoup.
Propos recueillis par
Mohamed
Ahmed KEBIR
Ialtchad
Presse
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