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Forum
Culture |
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13/06/2008
Unité
-Travail - Progrès
Les crépitements provoqués par les rafales des rebelles retentissaient
dans toute la ville de Ndjamena. Les civiles tchadiens avaient perdu la
boussole ; pour fuir le danger, ils longeaient chaque jour l'unique
passerelle qui les séparait du camp des refugiés sur le
territoire camerounais. A l'arrivée, le camp affichait un air morose ;
il n'y avait aucune place confortable pour s'attabler, des
bambins chétifs et crasseux pleurnichaient en vrac à l'ombre des tentes,
où allongés sur les herbes sales près de leur mère, des silhouettes des
cadavres et des blessés, gisaient pêle-mêle dans la cour...
Comme tous les habitants de la capitale, Dounia avait été obligé de
quitter N'djamena pour le camp de Kousséri dès l'entrée des rebelles;
afin de se mettre à l’abri des balles. Depuis son arrivée, il
s'inquiétait sans cesse à l'idée de ne plus revoir Achta sa meilleure
amie d'enfance qu'il avait perdue de vue depuis son départ. Excédé de sa
solitude, il sortit un beau matin de sa tente afin de noyer ses ennuis.
Après une heure d'errance, il perçut à l'ombre d'un ficus isolé, une
jeune fille de teint clair, d'aspect svelte pareille à une libellule
qui, tantôt frôlait avec tact ses mèches de cheveux qu'elle
enroulait autour des doigts, tantôt essuyait nerveusement de sa main
gauche, les gouttes de sueurs qui dégoulinaient faiblement de son
visage aux traits fins.
Comme mu par un aimant il s'approcha timidement d'elle :
« Bonjour » dit-il en souriant « Bonjour » lui répondit la jeune fille,
en relevant doucement son visage. « Excusez moi, vous êtes
écrivaine ? » questionna t-il d'un ton insolite « pourquoi ? lui
rétorqua l'inconnue, est- ce à cause de ce livre que j'ai à la
main? non, je ne suis pas écrivaine, j'aime juste passer le temps avec
la lecture¦ comment on t'appelle ?» « Qui ?...moi ? » « Oui¦ toi »
« on m'appelle Dounia » « Moi c'est Nouracham » « Nouracham ?
reprit Dounia surpris, Nouracham? reprit-il en s'asseyant brusquement à
l'ombre du ficus, c'est bien vous qui proposez souvent l'émission le
palabre d'unité aux auditeurs de la radio Dja FM, c'est cela »
« Oui c'est cela, vous me connaissez donc? Monsieur Dounia » bien sur
que si. Après une pause, il reprit : « Franchement j'admire votre
émission comment vous est venu cette envie d'unir le peuple tchadien?
pourquoi ne pas lancer un message de dépose d'armes aux rebelles,
pourquoi ne pas attirer l'attention des autorités sur les manques d'eau
et d'électricité dans les quartiers de la capitale, pourquoi ? » « c
'est la devise du pays, Unité -Travail - Progrès qui le dis, beaucoup de
pères de famille le lise et le savent par cœur hélas ils ne connaissent
pas son vrai sens, en plus l'envie, je l'ai eu en tant que victime ; mon
mariage avec un sudiste avait été jugé inconcevable par le marabout à
cause de la religion, car lui était chrétien du sud et moi musulmane du
nord, mes parents lui avaient refuser de m'épouser car il était un Kirdi
et donc un infidèle. C'est l'origine de mon combat. Depuis que je l'ai
commencé toute ma famille m'a abandonnée, mais ce que j'ai décidé de
faire est plus important que l'amour d'un père ou d'une mère. Mon
souhait, c'est d’apprivoiser coute que coute mes
frères tchadiens à s'aimer, à oublier leurs différences ethniques,
religieuses ou raciales en vue d'un travail franc et d'un progrès stable
comme l'indique la devise tchadienne. L'amitié est le socle de toute
grande réalisation, et sans elle rien n'est possible. On ne peut
développer sérieusement un pays chacun dans son coin, comme il est
impossible de faire avancer une voiture à trois roues. Tous
les tchadiens, du Nord comme du Sud, de l'Est comme de l'Ouest doivent
se marier ensemble s'assoir tous ensemble sur une même natte pour
discuter sans haine des véritables problèmes qui minent le Tchad. Vois
tu ces bambous frère Dounia, ils sont le fruit de l'union entre une tige
appelée rhizome et des racines. C'est comme le Tchad qui a besoin
de l'entente entre toutes ses filles et tous ses fils pour avancer.
Dounia, nous sommes comme des nuages, nous sommes que du sable que le
vent peut disperser à sa guise, en tout temps; unissons nous donc afin
d'éviter ce désastre.»
N'est- ce pas un message frères ?
Mbaibe
Guentar Beba,
TA, Lycée yasmina,
ADRESSE : S / Dionkara Beba Instructeur EAMAC
CODE POSTALE : 746. Niamey, Niger
TELEPHONE OO22796613909 /OO22796384586/0022796719945
Email :
Niger..djibrilmbaibe@yahoo.fr
11/12/2007
Pendant
que les autres se battent, notre compatriote Mounira Mitchala
remporte le Prix Découvertes RFI 2007
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C'est au stade du 28 Septembre à Conakry, que le jury présidé
par le chanteur malien Salif Keita a porté son choix (à
l'unanimité), sur la belle voix de Mounira Mitchala, le 8
décembre dernier.
Interrogée après sa consécration, la diva Mounira Mitchala, d'une voix pleine
d'émotion, déclare : « J'espère que ce prix aidera à ramener la paix dans mon
pays déchiré par la guerre ». |
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A travers
cette déclaration, Mounira interpelle les protagonistes qui se battent
actuellement à l’Est du pays. Elle veut leur dire que les Tchadiens peuvent
mieux faire que de se battre continuellement. En effet,
pendant que les autres nations luttent inexorablement pour leur développement
socioéconomique et culturel, nous Tchadiens, sommes en train de faire la guerre.
Si des
symboles comme l’hymne national et le drapeau (bleu-or-rouge), n’ont jamais
réussi à unir les Tchadiens, nous éperons que d’autres symboles comme Mounira,
le arriverons un jour à rassembler les petits-fils de Toumaï.
Par DJIMOYAL BETOUNGAM ANICET,
djimoyal@yahoo.fr |
23/03/2007
TCHAD PAYS DU TOURISME
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Le tourisme est une branche très importante de l'économie qui fait
entrer des devises et crée des emplois.
Il permet d'établir de nouveaux liens de coopération et de faire
connaître son pays à travers le monde.
Le Tchad, grâce à la diversité culturelle historique et à
l'importance de sa faune, ses parcs et ses réserves, représente un
centre touristique non négligeable. |
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Le
pays est vaste, aux aspects multiples. Les beautés et les
de la nature, leurs variétés et leurs caractères rares constituent
une des richesses principales du pays. |
Plusieurs sites peuvent s'illustrer : les plateaux du Ouaddaï, le
paysage Aramkolé, la position défensive et les ruines de Ouara sont très
importants du point de vue architecture; les paysages dans le désert, le
Tibesti et ses énormes cratères et volcans, le Borkou et son Lac d'Ounianga,
les nombreux parcs, les vieilles citées Kotoko, le magnifique sommet
Mont Abtouyour…
Pour faciliter le séjour des touristes, des hôtels et standings
répondant aux exigences internationales sont à leur disposition.
TCHAD, PAYS D'ESPOIR
Notre chère patrie le Tchad dispose d'un potentiel de développement
riche d'espoirs.
En effet, notre pays dispose d'au moins six atouts majeurs qui lui
permettront de se développer, bien sur à condition d'une bonne gestion
et d'une réelle volonté de développement.
1. sur le plan de ressources humaines, le Tchad compte une
grande proportion de populations jeunes donc une population en age de
travailler; ceci constitue un facteur favorable au développement d'un
pays sur le plan main d'œuvre.
2. Sur le plan agricole, le Tchad dispose de plus 39
Millions d'hectares de terres cultivables (dont 1.7 Millions mises en
cultures soit 4.35%), de 5.6 Millions d'hectares de terres irrigables
(dont 10.000 aménagés soit 0.2 %).
Nous sommes le premier pays producteur au monde de l'algue bleue ou
spiruline appelée "dié"" en Arabe locale. L'on pourra très bien profiter
de son exportation car sa production mondiale est très limitée.
3. Dans le secteur d'élevage, notre chère patrie se classe au
deuxième rang en Afrique avec, 4.5 Millions de bovins, 5 Millions d'ovin-caprins,
580.000 dromadaires…
4. Dans le secteur hydraulique, le sous-sol Tchadien regorge au
3/4 de sa superficie d'énormes nappes phréatiques.
5. Dans le domaine de l'environnement, 16.530.000 hectares sont
recouvertes par les forets naturels dont seulement 1.701.000 hectares
exploités; le Tchad dispose de 414.000 hectares de réserves de par cet
de 11.240.000 hectares de faunes. Ces facteurs sont des potentialités
cruciales pour le développement du tourisme Tchadien.
6. Dans le secteur minier et géologique, de nombreux gisements
ont été identifiés : pétrole, gaz, or, uranium, marbre, tungstène…
En somme, exploitons ces potentialités, profitons-en, gérons-les
efficacement et équitablement, et boutons la pauvreté, la misère, le
sous- développement hors de notre cher TCHAD "AL HABIB".
Brahim
Mahamat MAÏ
Etudiant à Marrakech Maroc
Babra84@yahoo.fr
00212 10 77 75 32
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12/01/2007
S.O.S JEUNES TCHADIENS |
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Ce sujet demande l’attention de TOUS, même de ceux qui se
croient à l’abri, parents et jeunes, hommes, femmes et filles.
Il se développe parmi nos jeunes un phénomène pernicieux qui va en
s’amplifiant et que l’on pourrait qualifier d’UNIFORMISATION FORCÉE.
C’est-à-dire: se fondre dans “la masse”, avec les autres, faire
comme les autres, penser comme les autres...les autres. Et cela au
détriment des traditions et obligations religieuses de pudeur, de
chasteté, de respect envers les jeunes et les aînés, envers nos
voisins, nos amis et “copains”,
de
respect et amour envers |
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les parents, la famille, au détriment enfin, d’une éducation
religieuse ET générale! |
“C’est quoi encore ce vieil homme? d'où sortez-nous ce barjo
arriéré! Qui c’est le mec? Ne sait-il pas qu’on doit s’intégrer à notre
société?”
Je ne suis ni barjo ni vieux, les mecs. Je pourrais vous parler des
us et coutumes tchadiens condamnant fermement ces imitations, mais nos
professeurs dans les écoles le font avec bien plus d’érudition que moi,
alors je vais juste susciter, en vous, une réflexion sur le thème.
PRENEZ LE MEILLEUR ET REJETER LE RESTE ! (à retenir!)
Une intégration réussie, mes amis, n’est pas une imitation aveugle
d’un autre mode de vie, même contraire au nôtre ; il s’agit, en fait, de
garder nos valeurs fondamentales, de prendre et d’assimiler ce que cette
culture nous apporte de bien, de nous enrichir de tous ces aspects
positifs, en délaissant le reste. Et réciproquement, faire profiter les
autres de nos hautes obligations morales tchadiennes. Générer un terreau
fertile d’enrichissement mutuel. Mais jamais, il ne s’agirait de renier
nos valeurs et notre patrimoine cultuelle au nom d’une intégration
béaute et irréfléchie, voire au nom de je ne sais quelle séquelle ou
complexe post-colonial.
Le phénomène est à la fois complexe et simple.
Complexe, car il s’agit de mettre en œuvre des compétences
d’analyse, de raisonnement, de savoir, relevant souvent de l’exercice
d’équilibriste: le juste milieu.
Simple aussi, car si l’on suit quelques règles d'éthique ou d’hygiène de
vie et de comportement, dans la cellule familiale comme à l’extérieur,
on arrive à éviter les plus gros écueils, à revenir à des pratiques plus
saines, et plus prometteuses pour l’avenir.
Ceux qui m’ont suivi jusque là (il en reste?) doivent se dire que c’est
bien vague tous cela. Alors, soyez prêt, car je vais être plus
spécifique....
-
jeunes qui se droguent, boivent et vont danser tout le temps,
- les filles qui courent après les garçons, et vice-versa.
- les filles qui sortent et couchent, le plus normalement du monde, avec
des garçons, et vice-versa (ben voyons, il faut vivre avec son temps...)
- les garçons qui n’ont aucun respect envers les filles
- les jeunes ET moins jeunes qui mangent de tout (Halal ou pas)
- les jeunes défavorisés qui volent, arnaquent et n'applique des
obligations religieuses.
Banalités que tous cela, c’est vrai. Tout cela, malheureusement, fait
partie des réalités modernes de notre environnement. OUI, mais le
problème c’est qu’il s‘agit ici... TOUS de tchadiens et tchadienne!!!
NOS jeunes, qui fréquentent même (oh...peut-être pas tous les
jours), les mosquées et les églises!
NOS filles, dont certaines portent, pieusement,...le Hidjab!
HONTE sur nous. TOUS autant que nous sommes!
Alors on s’offusque en me disant qu’il s’agit d’une faible minorité.
Même si cette minorité est si infime, qu’il s’agit en fait que d’une
seule personne, alors, malgré tout, l'on doit réagir.
Nous avons le devoir de réagir avant que n’arrive une malédiction
certaine, et pour tous. Une parabole du saint prophète de l'Islam est
éloquente: il évoque un navire où se trouvent des saints et des
pécheurs. Les pécheurs ayant fait un trou dans la coque du navire, par
ignorance. Si tout ce beau monde ne se donne pas la main, que se passera
t-il? Alors quoi, que devons-nous faire? Qui est responsable? Comment
réagir? Déterminer les responsabilités est important, mais nul ne doit
s’y cantonner, en rejetant la faute sur l’autre: nous n’avons plus le
temps! Transcendons cela.
Il faut réagir, et vite. D’abord déterminer les causes principales,
puis élaborer et proposer des solutions. C’est l’affaire de tous. Je
n’ai pas l’exclusivité de cette tâche, ni celle des réponses, je veux y
contribuer, humblement. Je ne m’érige pas en censeur , ni en saint au
dessus de la mêlée: nulle créature n’est exempte de défauts, et je suis
une créature qui devra un jour être jugé par Le Seigneur des Mondes. Et,
Allah me jugera sur ce que j’ai fait, et non sur ce que les autres n’ont
fait ou pas.
CAUSE N°1: DÉMISSION DES PARENTS DEVANT LEUR RESPONSABILITÉ ET MANQUE DE
CULTURE GENERALE DE TOUS (PARENTS ET ENFANTS)
-
Bien peu d’entre nous lisent pour notre culture et formation, pour
la comprehension de nos religions.
-
Conséquemment, une culture et une formation insuffisantes empêchent
l’exercice d’un sain discernement entre le Bien et le Mal, quelqu’en
soient leurs apparats. Comment voulez-vous pratiquer un quelconque
exercice sans posséder les outils adéquats pour mener à bien le travail?
Dois-je aussi rappeler que la recherche du Savoir est une exhortation ?
Sciences religieuses, oui mais aussi: physiques, chimie, économie,
psycho...
-
Ou, cette démission évoquée, trouve t-elle son origine dans
l'incapacité aux parents, à appréhender le problème des jeunes? Cela
renforcerait alors encore plus ces premières lignes: pour donner un
savoir, une morale, il faut, au préalable, les posséder soit même,
sinon, œuvrer pour les acquérir.
-
Seuls les parents sont responsables de l’éducation de leurs
enfants,
ce travail n’incombe ni à l’école, ni aux marabouts ni aux pretres. Il
faut savoir assumer: l’exemple vient de la cellule familiale. C’est:
fondamental.
-
L’éducation ne doit être ni trop stricte ni trop souple: il s’agit
de leur expliquer notre différence, nous sommes tchadiens, vivant dans
une société permissive.
-
Il faut créer toutes occasions pour communiquer avec nos enfants:
c’est quand la dernière fois que vous avez pris votre fils dans vos
bras? Qu’à votre fille, vous avez dit “je t’aime mon enfant”?
Lorsqu’ils viennent vous voir vous disant: “maman, papa, puis-je
aller à “une boum”, tous mes amis y vont, je vais bien me conduire, je
sais que je suis musulman.” Nous leur sautons dessus: “tu iras en Enfer,
tu ne sortiras plus du tout, tu n’es pas mon fils, tu n’es pas ma fille,
je n’ai plus confiance...”. Résultat de la casse: ils ne viendront plus
vous demander, mais ils sortiront probablement quand même. Si vous leur
aviez dit, “assieds-toi et parlons : j’ai confiance en toi, mais pas
dans les autres...”, malgré un refus, ils vont respecter le temps que
vous avez pris pour les comprendre. Hélas, nous n’avons plus le temps.
Nous sommes gênés d’aimer nos enfants! Cela donnerait à nos enfants
la sensation d’être aimés et valorisés...au moins chez eux, dans leur
famille. D’être sécurisés, au moins chez eux.
-
Les parents doivent faire régner l’harmonie et la paix chez eux, et
non pas nous disputer en permanence, voire même s’insulter, puis dire à
nos enfants “c’est l’heure de faire la prière”! Nos enfants qui
assistent à tout cela sont dégoûtés de cette hypocrisie...Et si nos
enfants sont dégoûtés, que croyez-vous que DIEU pense de nous???
-
Il faut donner à nos enfants des raisons d’être fiers de notre
différence: Toutes nos médersas devraient enseigner nos jeunes sur les
bienfaits de notre civilisation et son immense apport au Tchad entier.
Cela donnerai plus de fierté et de zèle à nos jeunes dans leurs études,
de l’école à l’université, et bien sûr dans leurs études religieuses.
CAUSE N°2: APPÂTS SATANIQUES SOUS TOUTES LES FORMES
-
Chaque parent devrait contrôler et censurer toutes les revues
qui rentrent chez eux: depuis les simples revues des programmes TV (des
pages sont franchement pornographiques) en passant par les émissions TV
aux magazines pour adolescents, en vente libre. Vous allez vers
d’énormes surprises! En effet, tout y est fait pour banaliser les
relations amoureuses (baisers et autres), pour désacraliser le corps de
la femme en exhibant une quasi-nudité permanente, pour enseigner aux
jeunes “comment faire pour la première fois”, croquis et histoires
vécues à l’appui!...etc. Puis il y a certaines chansons d’amour qui font
tant rêver...et les fréquentations plus ou moins saines. Liste non
exhaustive.
Les jeunes sont donc soumis à un matraquage intense de notre
environnement quotidien. Discerner ces sources du mal, est une première
étape nécessaire, mais non suffisante.
Il ne s’agit pas de bannir toutes sources de savoir, non, mais faire
preuve de sagesse: déchirer les pages “X” des revues TV, autoriser,
susciter même, toutes lectures saines, ou toutes émissions éducatives,
voire récréatives, mais sans les excès, (faut pas rêver, si vous bloquez
tout, ils iront voir chez “les copains”). Il s’agit de leur inculquer
les bases du discernement, afin qu’eux mêmes puissent déterminer le Bien
du Mal. Travail long et fastidieux, mais impérieux.
Tout se passera bien si des explications sont données aux
jeunes.
- Les écoles, qui font déjà un excellent travail, devraient évoquer ces
problèmes sans compromis, mais dans un langage et avec des termes qui
est en adéquation avec la mentalité de nos jeunes: sinon, ils vont
considérer ces (bons) conseils comme démodés ou dépassés.
Car l’impact de ces médias sur ces jeunes esprits en formation peut être
catastrophique: “puisque c’est naturel, pourquoi pas moi?”, “ puisque
tous le monde le fait, pourquoi pas moi aussi?”, “je me demande bien ce
qu’ils veulent dire par douce sensation? Faut essayer pour savoir.” Ils
n’ont plus une conscience distincte de ce qui est normal ou ne l’est
pas. Leurs repères sont faussés: “où est la ligne de démarcation?
Qui a raison: maman, papa? Tous les autres copains? Les films? Où est la
norme? Qu’est-ce qui est acceptable et ne l’est point?” Ils sont
déstructurés.
Voilà comment l’on arrive à un lavage de cerveau, en douceur, sous
nos yeux, chez nos jeunes, dans nos propres maisons, les entraînant
loin, bien loin de nos vertus religieuses. Puis viendra le temps des
pleurs, tardifs, vains...Mais sans excuse, car si “les autres” n’ont pas
de normes. Les parents savent où se trouvent ces règles de conduite en
adéquation avec la morale.
Les problèmes que nous subissons aujourd’hui sont le résultat de
l’ignorance du bien et du mal.
DIEU nous a donné un cerveau, un esprit merveilleux en prodige,
notre corps lui-même est un miracle perpétuel.
Notre corps, nos idées, nos décisions sont dirigés par notre esprit.
Meilleure sera la nourriture de l’esprit, meilleures seront nos facultés
et capacités de jugement, d’évaluation, meilleures seront nos
initiatives!
CAUSE N°3: CONDUITES INCONSÉQUENTES DE CERTAINS JEUNES
A m’écouter, certains diront qu’on leur enlève toutes joies, ou que
n’ai-je été jeune moi aussi?
Les temps ont changé, les mentalités ont changé, les pressions sur les
jeunes exercées sont plus pernicieuses et destructrices. Ce sont là déjà
des éléments suffisants pour éveiller notre vigilance et la leur, pour
qu’elles deviennent permanentes.
À certains de mes jeunes frères TCHADIENS
- Le vin assassin tel une infâme araignée, a tendu ses filets au
fond de vos cerveaux, vous entraînant vers votre déesse Ivresse, sans
remord pour votre propre sort, pauvre créature délaissant la Raison.
Cela fait vraiment si chic, “cool”, sociable, de prendre un verre en
société...Si DIEU était proche de vous, Lui offririez-vous un whisky?
Cependant Il est plus proche de vous que votre propre veine
jugulaire!
- Avez-vous déjà entendu vos affreux gémissements ou humer vos
vomissures pleines d’exhalaisons, consécutives à vos soirées d’ivresse
ou de drogue? Tandis que certaines musiques font vibrer des passions
impures dans votre corps pris de convulsions lubriques.
- À certains célibataires endurcis (ou assimilés), Il leur faut, chaque
jour, un cœur à leur râtelier pour se prouver leur virilité, ou leur
besoin de plaire. Tandis que leur bien-aimée de la veille sèche ses
inutiles larmes, les voilà repartis vers de nouvelles proies naïves,
exerçant un talent dont ils font grand étalage, entre copains.
Refusant la sagesse que leur apportent les années, aveugles, ne
savent-ils pas que demain ils seront seuls, ici-bas peut-être, mais
certainement dans la fosse creuse. Là ce qui, dans ce monde, leur
donnait tant de fierté et de plaisirs, sera couvert des baisers...
voraces d’actives vermines. Cette vie n’est pas éternelle, mes frères,
un lit ténébreux et sans compagne, sinon nos piétés, nous attend tous.
Riches et pauvres.
-
Quant aux jeunes, preux chevaliers sans peur et sans remord,
s’unissant régulièrement à des cœurs différents, avez-vous pensé demain
au sort de votre propre sœur? Souffririez-vous que “d’autres” leur
fassent subir vos propres amusements? Fermez les yeux et imaginez. Dur,
dur? Gênant? Vous m’étonnez!
Prenez garde à ces grands appétits, alternativement tendres,
rêveurs, cruels; souvent impulsions du Malin (Satan).
Vous faut-il chaque jour vous forger une assurance qui témoigne de
votre séduction, de votre force, de votre virulence? Cette envie de
plaire physiquement s’étiolera forcément avec le temps, comme s’évapore
un parfum.
Vous aurez envie de connaître mieux. Forcer le respect par une
noblesse de sentiment et de caractère est une expérience plus digne et
plus forte, plus durable. Mais ne peuvent y goûter que ceux qui,
au fil du temps, ont enrichi leur personnalité par des efforts
persévérants et féconds. Cependant c’est un exercice qui n’admet pas
d’improvisation, seuls y excellent ceux qui s’y sont exercés, dirais-je,
conformés?
Toi qui “croquais la vie à pleines dents” et t’exerçais sous différentes
latitudes, tu rechercheras demain ta compagne pour la vie dans les rangs
des “filles pures” et “de bonne famille”, contrastant ainsi avec tes
critères antérieurs. Même si ces naïves, instruments de tes péchés
passés, te pardonnent, prie Dieu le Tout Puissant, que dans Ses desseins
cachés, Lui ne te réserve d’affreuses surprises, car enfin, tu sais bien
QUI est Le Maître du Destin!
À certaines de mes sœurs TCHADIENNES
Une fille est un joyau que l’on préserve d’un écrin de pudeur
On n’exhibe pas un joyau à longueur de journée:
1) il perdrait de son éclat
2) on risque de “se le faire piquer”
3) un écrin toujours ouvert ne préserve rien du tout
Ne faites pas d’un geste emprunté, un objet de regret éternel.
Que l’ennui où la vaine recherche de compliments, ne vous pousse pas à
vous exercer à ce jeu impur de rechercher ou provoquer un regard
admiratif: la grandeur de ce mal, où vous vous croyez savantes, ne vous
fait-elle jamais reculer d’épouvantes?
Pourquoi chercher à revivre ce que vous avez vu dans “Les filles d’à
côté” ou “Hélène et les garçons”? “Dallas”, ” Dynastie”, ” Santa
Barbara”, « Rosa Salvajé » ...pour d’autres.
Vous offrez là au démon un salutaire instrument pour mieux vous
manipuler à travers vos émotions.
Aveugles ou sourdes, la raison, votre raison, vous n’arrête pas de vous
suggérer d’arrêter ces pratiques singulièrement dangereuses. La morale
vous dit de cultiver aussi votre beauté intérieure, tandis que votre
intelligence semble crier qu’un jour, tous les miroirs verront pâlir vos
appâts extérieurs. Que vous restera t-il alors, si là se résumait votre
échelle de valeur?
L’exemple d’amies vertueuses qui vivent leur vie sans jamais
s’inquiéter ni connaître la loi de leur beauté, ne vous a t-il jamais
interpellé?
Lorsqu’on vous parle d’expériences amoureuses, parlez de sérénité du
cœur, de la chaleur de la proximité de Dieu, de votre paix intérieure en
totale conciliation avec votre aspect extérieur. Personne ne vous
demande d’être moche!
Mais traditions et religions recommandent la décence et la pudeur.
Elles n’interdisent pas la liberté, mais elles interdisent le
libertinage. Est-ce si difficile à appréhender?
Il est urgent alors de méditer ses sages paroles d'un eminent savant :
“Le premier homme aux yeux de qui la femme adultère est avilie, c’est
celui qui lui a fait commettre l’adultère".
Conclusion
Ces quelques lignes ne plairont pas à tous, peut-être - vous m’en
voyez fort chagriné. Mais elles s’adressent à tous les acteurs de la
cellule familiale et à ceux qui de près ou de loin, agissent sur cette
cellule. Le but fixé ne fut pas de faire une caricature
d’autosatisfaction, mais de faire un constat d’une pénible réalité, dans
l’espoir unique de susciter une réaction de tous.
Il est bien clair que cette étude succincte ne constitue qu’une
humble ébauche d’un effort de réflexion que chacun d’entre nous doit
continuer de faire sur ce thème d’une capitale importance, si nous
voulons préserver les enfants et les jeunes d’une déchéance et
malédiction certaines. Réformer nos mauvaises habitudes pour devenir de
meilleurs tchadiens.
Ouvrons nos yeux, avant qu’ils ne se ferment.
Et n’oubliez pas: “Take the best, leave the rest!”
Que DIEU nous aide tous à œuvrer avec persévérance et efficacité
dans la voie de la vérité, sans jamais dévier.
Brahim Mahamat Mai
Etudiant à Marrakech - Maroc
13/04/2006
Beyem
RONE : peut-on forcer l’oubli ?
Déjà
éveillé, j’étais profondément adiré dans mes pensées quand le coq du
matin c’était dressé sur ses ergots. Extenué par le poids de moult
activités de la veille, lesquelles exécutées en arpentant à pas des
géant les artères de Dakar à la recherche de mes guillemets, j’exprimais
encore de la peine à quitter le lit qui n’avait su cocoler mon sommeil.
Balayant du regard la chambre, les yeux se sont immobilisés sous je ne
sais quelle force, contre mon gré, sur la constitution, punie au mur à
environ 40 cm de mon nez. Bon Dieu du ciel ! Je sentis du coup une
coulée de fonte en fusion sur le crâne. Juste à côté, se fait voir
l’effigie de Ernesto Chê GUEVARA. Il vient de sonner 06 heures. Dans ma
tête on est déjà un 08 avril ; le calendrier que je consulte me dément
et renseigne, 02 avril. Est-ce les prémices d’un rappel ?
Peut-être !
Le rappel du pays mien : le Tchad ; d’un peuple pris en otage tel un
poussin dans les serres d’un charognard : le peuple tchadien ; d’un
minuscule groupe de personnes luttant par procuration : les sacrifiés
incompris ; mais surtout d’un pamphlétaire légendaire à l’étrange
trajectoire et destin : Beyem RONE.
Bourreau de
travail, infatigable combattant, intellectuel au sens strict du mot,
homme de conviction, de vision et de vérité, Roné dont on ne parle de
lui qu’à l’imparfait depuis déjà deux ans, est d’une espèce rare. Rare
sur cette île de gueux, peinte par le confrère Renaud DINGAMNAIL comme
étant « une terre où il n’y a pas un seul homme. Ce sont une poignée
de surhomme et de sous-hommes qui la peuplent »
Celui qui,
aujourd’hui encore continue à dormir son dernier sommeil, s’était
sculpté une obsession qui lui mangeait tout son temps et lui revenait le
plus souvent dans la bouche : « que deviendront nos enfants si nous
ne nous battons pas ? » Cette obsession qu’il en faisait le sens et
l’essence de son existence, il la défendait corps et âme, à visage
découvert. L’homme se mettait aux aguets de toutes les occasions
valables pour tirer à boulet rouge sur ces surhommes qui, profondément
plongés dans la matrice de l’ignorance, se croient au dessus des lois et
des autres. Ces cibles préférés étaient, sans contour ni détour, ces
pyromanes et mythomanes qui se sont accaparés la lourde mission de la
gestion de notre pays, et ce, avec des oligarchies corrompues, des
nomenklaturas ethniques repues. Dès qu’une occasion se présente, il
tirait sans un iota de réserve, mais sagement sur ces plaisantins qui
animent le Dar-el scènes obscènes.
Roné était
sans conteste de « ceux qui risquent leur peau pour faire comprendre
aux autres que ce qu’ils croient est vrai » comme le disait Chê
Guevara, un jour de son vivant, dans une forêt colombienne. Mais ceux
pour lesquels il s’était construit toute une montagne de peine et de
haine, d’ennuis et d’ennemis, ceux-là, ne l’avaient pas compris ou
s’étaient refusés de le comprendre. Peine perdue !
Mais l’homme
était sans ignorer que jamais, au grand jamais on peut faire une
révolution avec des attardés mentaux, des gueux, des geignards, des
courtisans, des affamés. N’est ce pas qui veut que son chien le suive
l’affame ? Et dans ce grand échiquier des affamés, s’agitent différentes
couches : au delà du rituel, se dégagent entre autres, les uns, les
sages imbéciles ne comprenant rien pour rien, qui se jettent mains et
pieds liés dans la mangeoire de leur majesté, sans interpeller leur
moindre conscience.
Les autres,
dotés de possibilités de changer le cours de l’histoire mais amorphes et
imbibés dans la plus pire ignorance que toute l’humanité n’a pas encore
connue, laissent faire et se laissent faire. Ces veules à jamais veulent
aller au ciel sans mourir.
D’autres
encore, plus incompréhensibles que les précédents, cumulant des
diplômes, se faisant appelés à tord intellectuels que diplômés, se
bousculent sans pardon dans la pâte de la honte, de la barbarie,
sombrant ainsi le peuple dans un désespoir sans fond. Quitte à se
demander le pourquoi de cette dérive de logique et de morale ? Mieux
encore, par quel astre pourrait-on expliquer l’attitude de ces élites
instruites qui ne pensent qu’à leur panse ?
Jacqueline
Ki-zerbo, épouse du célèbre historien Joseph Ki-zerbo confiait un jour « l’intellectuel
n’est pas le diplômé. L’intellectuel est l’homme intelligent qui étudie
les problèmes de sa communauté et trouve des solutions ». Où sont
donc nos intellectuels ?
Revenant à
l’homme, certaines de ces traces écrites laissent croire que « quand
les hommes n’ont pas le même passé et la même culture, il leur est
difficile de voir l’avenir de la même manière et donc ne peuvent vivrent
ensembles » Cette pensée, dans son sens premier comme son second,
laisse signifier que lui, Roné, était d’une culture revendicatrice,
contestataire, d’une culture d’esprit critique, de réalisme, d’exigence
et de transparence ; de l’autre rive, ceux qui ne l’avaient pas compris,
eux, sont d’une culture de béni oui oui, prêt à s’acclimater à toute
température que de la changer. Voilà d’où venait le contraste !
L’homme
avait pour arme essentielle : la plume. Une plume acerbe. Une plume non
sélective. Une plume qu’il se plaisait à remuer au profond des plaies
les plus purulentes. Laquelle plume aidant, il s’attaquait aux
versatiles, aux prophètes d’inepties et d’inerties, sans perdre de vue
cette jeunesse que nous sommes, plongée dans un sommeil sans réveil.
Roné égratignait, persiflait, agressait tout le monde à travers les
personnages qu’il croquait.
Dans cette
lancée, les commérages de Laou et Kréo était pour lui un
moyen fort pour atteindre les consciences en mal. Mais c’était mal
ausculter et comprendre la mentalité de ses cibles : laquelle chronique
prêtait plutôt à rire à belle dents autour des bouteilles qu’à
réfléchir. Faut-il en rire ou en pleurer ?
Non jovial
de l’attitude de ces récepteurs et peut-être jugeant insuffisant cette
tactique, homme d’intarissables pensées et d ‘idées, inspiration aidant,
Roné ajoutait ainsi à son actif, entre autres « La reconstruction de
l’économie tchadienne : rétrospective et perspective d’avenir », « Profil
de la pauvreté à N’Djamena », « Le contentieux linguistique
français / arabe » Mais surtout, le plus célèbre de tous ces écrits
qui expose le mieux l’homme, est et reste « L’ambivalence culturelle
et l’intégration nationale » qui, sans conteste, repère,
diagnostique et traite le mieux les maux qui pointent la débine au
Dar-el Deby. A l’échelle continentale, ce livre est d’un genre rare tel
son homme.
De tout ce
qui précède, tel Moïse, cet homme aura osé nous sortir de ce pétrin sans
fond.
Mais tel les
enfants d’Israël, nombre sont ceux qui ne l’avaient pas compris et
jugeaient en lui qu’injures et appels à la révolte.
Tel Moïse,
l’homme était tombé en pleine mission. Tombé pour ne plus se relever.
Tombé au moment où les tragédies et les humiliations se conjuguent au
quotidien. Tombé tel Sosthène et Néhémie, ces frères d ‘armes qui
l’avaient précédé les pas, il y a respectivement quatre et six ans.
Depuis sa tombée il y a jour pour jour 730 jours ce 08 avril, jusqu’au
jour d’aujourd’hui, les larmes de compassion n’ont cessé de couler à
flot. Celles de crocodile aussi, à profusion.
En tout cas,
nous qui avons le privilège de le côtoyer en son temps terminal, sommes
peut-être les bénis de Dieu. Car, d’une certaine manière nous avons
hérité de sa conception et de sa lecture des faits. Et non sans raison,
Laouna Gon Raoul, un de ceux qui l’ont accosté témoigne : « ce que
j’ai appris de lui dépasse toutes mes connaissances acquises à l’école,
au lycée et à l’université »
Aujourd’hui,
je ne le pleure pas. Je nous pleure. Nous qui sommes encore restés
proies de ces loups, ces barbares habillés et habités par la boulimie de
nous battre et abattre, nous piller et torpiller, d’user et d’abuser de
nous, de cumuler et d’accumuler les deniers publics.
Je ne le
pleure pas. Je nous pleure. Nous cette jeunesse en mal de repère et de
model qui, d’une part incomprise, marginalisée et criminalisée,
exaspérée et désespérée, d’autre part, hantée par une inexprimable
pauvreté d’ouverture d’esprit, complice des déboires dans lesquels gît
tout un peuple.
Je ne le
pleure pas. Je pleure ces pauvres mères au cœur continuellement
ébouillanté, qui ne cessent de tambouriner leur poitrine et pleurer
toutes les larmes de leur corps.
« Les morts ne sont pas morts » « L’artiste ne meurt jamais »
Roné était un créateur, un artiste. Il est parmi nous. Dans nos
chambres. Dans nos mentalités. Dans nos bureaux. Dans nos champs. Sur
nos chemins. Partout. Eh oui, c’est vrai qu’on ne peut forcer l’oubli.
Sinon, comment forcer l’oubli d’un homme aussi pertinent aux passés
récents qui sculptent nos présents ? Roné mérite un hommage ! Il n’est
plus certes, mais après tout, comme me confiait Claudy Siar au sujet de
la souffrance des tchadiens, « Il est à croire sur du cristal que
jamais, au grand jamais ce peuple continuera à souffrir sans limite. Tôt
ou tard, contre vents et marrées, il va certainement et forcement se
passer quelque chose. Forcement ! »
Allahissem Miangar
20/11/2005
Extrait
d'un livre à paraître
« Itinéraire
d’un enfant rebelle » ABDERAMAN
KOULAMALLAH
 |
S’il
est vrai que les bébés dans le ventre de leur mère perçoivent
déjà les signes du monde extérieur, je peux affirmer sans
risque de me tromper, que j’ai connu la politique avant de venir
au monde.
En
effet c’est au moment où ma mère était enceinte de moi que
mon père débuta véritablement
sa carrière politique et deux jours après ma naissance, il a été
emprisonné par les colons pour son agitation politique en faveur
des droits des noirs en dénonçant avec clarté le travail forcé
qu’imposait le |
| colonisateur
aux populations autochtones. |
Je
fus pour les esprits simplistes l’enfant qui porte malheur, mais en réalité
c’est un évènement prémonitoire et je sais aujourd’hui d’où me
vient cette passion pour la politique et le combat incessant que cela
engendre.
Ma
mère était fortement impliquée dans la vie politique de mon père et
même si elle n’avait pas
le privilège de participer aux réunions politiques regroupant mon père
et ses compagnons dans le salon de notre maison, en bonne femme de
l’ombre dans une pièce à côté du salon, elle ne ratait aucune
bride de ces conversations et quant elle voulait intervenir elle le
faisait par l’intermédiaire d’un
homme présent dans
la réunion.
Elle
a influencé grandement les décisions de mon père et a été souvent témoin
de toutes les machiavéliques traquenards dont mon père fut l’objet
et moi en son sein comment
aurais je pu échapper aux assauts de ce monde terrible de la politique
où l’on doit l’essentiel de
son ascension à la courbure de son échine.
Je
suis né en février 1955 et en ces temps là, les intellectuels,
cadres, commerçants et simples citoyens
tchadiens s’organisaient pour s’affranchir de la tutelle de
la colonisation française. Certainement l’une des plus bêtes et la
moins imaginatives de toutes les colonisations avec son cortège de
malheur, son lot de brutalités, de mépris et de maladresses.
C’est
dans ce contexte historico- politique où le nationalisme tchadien
naissant prenait forme, que Ahmed Koulamallah commerçant de son état,
mais homme charismatique et grand leader africain jetait les embryons de
son futur parti politique, le mouvement Socialiste Africain, lequel
l’amena quelques années plus
tard à assurer
les fonctions de chef de gouvernement et chef de l’Etat
tchadien.
Mon
père, Ahmed Koulamallah avait dirigé le Mouvement Socialiste Africain
(MSA), un des courants socialistes d’obédience nassérienne alors
fortement opposé au colonisateur. Quoique arabophone, il apprenait le
français sur le tas et donnait une peur bleue à cette France de
droite, qui venait elle même de sortir de la deuxième guerre mondiale
à la recherche d’un système démocratique plus stable.
La
France craignait les intellectuels arabophones tchadiens qui il faut le
dire le lui rendait bien car ils étaient fortement opposé au
colonialisme français. Il faut rappeler que le principal résistant à
la pénétration française, le Grand guerrier africain Rabah était un
arabe et un musulman et le principal foyer de résistance au Tchad au
colonialisme français a longtemps été le Ouaddaï, région du Nord
musulman, berceau des grands Oulémas arabophones et musulmans.
Koulamallah
symbolisait pour le colonialisme ce
qu’il y a de pire et d’ailleurs
le MSA ne cachait pas ses intentions d’instaurer la langue arabe et de
promouvoir les cadres arabophones qui pullulait dans ses rangs. Ainsi
donc, la France tantôt le combattit pour ses idées socialistes et nassériennes,
tantôt le ménagea en tant que fils de Méram Afadé et
petit fils de Gaourang,
Sultan du royaume du Baguirmi, allié de la France ayant favorisé la pénétration
française par un accord signé entre lui même et le Commandant gentil
en 1901 et qui a permis la défaite de Rabah conquérant arabe venant du
Maroc et qui s’attaqua au Royaume de mon arrière grand père.
Cette
appartenance au grand royaume du Baguirmi a fait longtemps notre fierté
et a donné à ma famille une
grande
renommée. Les Arabes du Tchad qui considérait mon père comme un des
leurs, du fait de ses origines
-2-
paternelles,
son père est un arabe venu du Soudan, ont trouvé le juste compromis en
faisant de lui un arabe mais en
l’appelant affectueusement « Wadal Méram », (le fils de
la princesse) lui rappelant ainsi ses origines princières.
Mais
pour revenir à l’année de ma naissance, elle fut incontestablement,
une année favorable au combat pour l’indépendance de mon pays. Très
tôt dès l’age de trois
ans, mon frère aîné Souradj et moi avions été entraîné par notre
mère sur le terrain des campagnes électorales, dans des conditions très
difficiles selon l’aveu de ma mère qui quelques années plus tard
nous racontât dans les détails cette période passionnante de la lutte
pour la liberté de notre peuple et des sacrifices énormes de ses
dirigeants, ces patriotes tchadiens qui pour la plupart ont
aujourd’hui disparu sans qu’ils aient eu l’hommage qui leur est dû
des dirigeants actuels et passés du Tchad. Ils sont pour la plupart
morts dans l’indifférence.
Mes
frères et moi avons été élevés dans cette période exceptionnelle
et l’on apprenait par cœurs tous les hymnes et les chansons dédiés
au MSA, une des principales forces politiques du Nord du Tchad. A cinq
ans notre mère fut brodée sur toutes nos chemises, le sigle du parti
de notre père « MSA » et l’emblème du lion, symbole que
choisit le MSA pour montrer toute sa détermination. Quand il s’agira
pour moi, trente années plus tard de choisir à mon tour un emblème
pour me présenter aux élections législatives de 1990, c’est tout
naturellement que je choisit
le symbole du lion et qui m’a valut bien des ennuis avec le régime de
Hissein Habré.
En
effet durant la campagne électorale, mes électeurs ont vite fait de
m’identifier à mon emblème et l’on me surnomma « le lion »
or il s’agit d’une appellation semble t il contrôlée réservée
exclusivement à Hissein Habré. Mais je n’en avais cure et je
continuais à cultiver ce
nouveau surnom qui plus de treize ans après continue d’être
utilisé par mes anciens électeurs de l’ancien deuxième
arrondissement municipal de la ville de N’djamena.
Dans
la chaude atmosphère de la lutte pour l’indépendance et tout au long
de ma croissance, je me forgeais progressivement une personnalité, une
âme de rebelle et ma mémoire me restitue encore aujourd’hui des
moments précis des premiers combats de mon père et de ses deux
compagnons fidèles, Djibrine Khérallah et Jean Baptiste. Deux autres
leaders politiques du Nord du Tchad et que les circonstances mais
surtout la brutalité et le mépris du pouvoir dictatorial de François
Tombalbaye avaient contraint à s’allier.
Le
Nord musulman, avec ces trois leaders, hommes déterminés était
brusquement devenu une force menaçante pour le Président Tchadien,
lequel après s’être débarrassée de Gabriel Lisette, Premier
Ministre antillais du Tchad, chercha à réduire à néant les opposants
intérieurs.
Je
me souviens parfaitement d’une discussion entre mon père et son
compagnon Jean Baptiste devant notre domicile, dans la voiture de
celui-là. J’avais 8 ans et
j’étais assis sur les genoux de Jean Baptiste
et fasciné par sa belle voiture je faisais semblant de conduire.
En ce temps là la voiture était un luxe, une denrée rare et j’étais
fier de ce privilège que me faisait l’ami de mon père et j’étais
loin de me douter qu’ils étaient probablement en train de parler des
choses très graves car leur conversation a duré longtemps, une heure
peut être deux.
Sur
les genoux de ce leader politique, je sentais que quelque chose de grave
se passait. J’éprouvais une vague et confuse appréhension d’une
menace éventuelle et qui devrait se révéler au grand jour deux jours
après. Ce furent les événements sanglants du 16 septembre 1963 où le
pouvoir politique écrasa dans le sang, une manifestation de ce que
l’on a appelé à l’époque « la révolte des musulmans
tchadiens »
Trois
cent morts selon le bilan officiel, largement plus si l’on se réfère
aux témoignages des leaders politiques de l’époque. Ce fut sans
aucun doute l’événement le plus douloureux de la période qui suivit
l’indépendance du Tchad et certainement le point de départ de toutes
les luttes populaires au Nord du Tchad. Cet événement n’est pas étranger
dans la création trois ans plus tard d’un des premiers fronts de libération
nationale en Afrique, dirigé contre le régime néocolonial
à savoir le FROLINAT (Front de Libération Nationale du Tchad)
-3-
Au
moment du déclenchement des événements du 16 septembre 1963, j’étais
chez ma tante où mes cousines venaient d’être excisées
et nous étions en pleine fête aux alentours de 14 heures. Les
premiers coups de feux éclatèrent de partout. Nous étions tous paniqués
et quelques minutes plus tard, la terrible nouvelle nous est parvenu.
Les trois leaders politiques du Nord musulman étaient la cible de ces
coups de feux ; et dès que j’avais su qu’ils étaient dirigés
contre mon père et ses compagnons, je m’étais immédiatement emparés
d’un couteau de cuisine et je m’élançais à toute enjambée vers
l’endroit des événements situé à moins de cinq cents mètres du
domicile de ma tante.
Immédiatement
le gardien de ma tante et ma mère se mirent à ma poursuite. Si
je n’étais pas avertis du danger que je courais, mes poursuivants
eux, en étaient pleinement conscients et le gardien avait pulvérisé
certainement un record olympique en tentant de me rattraper près du
champ des tirs et me ramener loquetant à ma mère.
J’étais
hors de moi et me débattais, je criais de toutes mes forces ma colère.
Je voulais que l’on me lâchât. Ma mère m’avait blotti dans ses
bras et s’était mise à pleurer. Je n’oublierai jamais ces
moments-là. Très pathétiques. Pour ma famille, pour nous tous,
le monde venait tout
simplement de s’effondrer. Car en cet instant précis et durant
plusieurs heures par la suite, nous n’aurions aucunes nouvelles de
notre père et au milieu des tirs nourris de l’armée, nous craignions
tout simplement le pire.
Mes
autres frères et sœurs étaient dispersés et ma mère n’avait pu
les récupérer que le lendemain matin. Notre maison que nous avons désertée
entre temps venait d’être occupée par des militaires animés d’une
rare brutalité. Tous les
hommes habitant chez nous avaient été arrêtés et passées à tabac.
Un couvre feu avait été instauré dans tout le pays. Le pouvoir
central par ses exactions, commençait à perdre son sang froid. Tous
les enfants de mon âge et même les plus jeunes avaient dû garder de
cette journée-là, le souvenir d’une horreur et d’une répression
disproportionnée. Ce fut une véritable haine qui se déchaîna contre
tous ceux qui portaient des boubous.
Vers
19 heures, des policiers étaient descendus chez ma tante et avaient
entamé une fouille systématique de toute la maison et ont ensuite procédé
à l’arrestation de ma mère, du gardien de ma tante et de son fils aîné
de 15 ans. Dès leur départ, ma tante Farghalia, qui était une femme
émotive, éclata en sanglots. Elle s’était mise en bonne soudanaise
à pleurer de toutes ses forces, ajoutant ainsi à ma peur, une angoisse
terrible. Personne ne savait ce que mon père était devenu. Ma mère à
son tour, venait d’être arrêté sous mes yeux. Mes autres frères et
sœurs étaient eux-mêmes dans la nature. J’étais seul avec ma
petite sœur yousra qui avait à peine six mois. J’étais perdu entre
cette situation traumatisante et les pleurs renouvelés de ma chère
tante. Le monde n’arrêtait pas pour moi de continuer à s’effondrer !
Ma
mère a été libérée autour de 22 heures. Elle n’avait subit
qu’un simple interrogatoire et malgré l’heure tardive pour un
enfant de mon âge, j’étais resté éveillé à attendre le sort qui
lui était réservé, tout en souhaitant son retour de tous mes forces.
Ma mère qui d’ordinaire était aussi émotive que ma tante est resté
étonnamment calme tout au
long de cet événement et durant les huit longues années de
l’arrestation de mon père .Elle est même revenue étrangement
souriante et détendue, car mon père était pour le pouvoir introuvable
ce qui signifiait pour nous qu’il était à l’abri et en sécurité. Ma mère a été
conduite à notre domicile par
les policiers et là bas elle a eu les nouvelles de mes frère et sœurs
qui était pour leur part en sécurité chez des parents. Au bout de
plusieurs heures les
policiers ont quitté notre maison car apparemment notre père ne s’y
trouvait pas.
Nous
apprîmes le lendemain que notre père
grâce à la complicité de ses parents baguimiens a réussi à
traverser le fleuve Chari et a pu se rendre au Cameroun. Mais notre joie
fut de courte durée car nous allons apprendre également que mes grands
frères Mahamat et Koulamallah (homonyme
de notre grand père mieux connu sous le sobriquet de ABBA) ont été
arrêtés et que d’autre part Djibrine Khérallah et Jean Baptiste
sont tous les deux blessés et arrêtés dans des conditions difficiles.
Il semble que Jean Baptiste l’eût été plus grièvement. Cette
information avait été obtenue par ma mère grâce à la confidence
d’un agent de police. Je suis à mon tour véritablement choqué par
ces informations concernant
mes deux frères et les deux meilleurs amis de mon père. Les enfants
Koulamallah, Baptiste et Khérallah avaient été élevés comme des frères
et le malheur d’un de nos pères était le malheur de tous.
-4-
Je
ne me rappelle plus à quelle heure tardive cette nuit là, j’avais dû
enfin aller au lit ; mais ce qui était sûr, ce que je me suis
endormi avec ma révolte sourde et j’avais dû me réveiller le
lendemain matin avec cette âme de rebelle qui me poursuit encore
aujourd’hui.
C’est
dans atmosphère tumultueuse de lutte pour la liberté et contre
l’injustice et l’arbitraire du régime de Tombalbaye que j’avais
grandi en proie sans cesse à un bouillonnement intérieur, une
germination sans cesse croissante.
J’aimais
profondément mon père et
me reviens sans cesse son sourire complice avec ses enfants, son extrême
gentillesse, sa grande disponibilité. Je passais mes après midi à écouter
les histoires qu’ils nous racontaient. Il était une source de
proverbe africain et ce fut un grand leader politique doté d’un
charisme exceptionnel .Mon admiration pour lui n’a jamais cessé.
Je
fus bouleversé quand quelques jours après son exil au Cameroun il est
arrêté par les autorités camerounaises et extradé au Tchad. Une
complicité criminelle du Président camerounais Ahmadou Ahidjo. Cette
circonstance n’a fait que m’exacerber. Ma haine pour les dictateurs
a commencé certainement en ce moment
là .Je m’étais mis à haïr farouchement les présidents
Ahidjo et Tombalbaye car ils symbolisait pour moi tout ce que je déteste
le plus au monde : la dictature la plus bête et le despotisme le
plus obscur.
Mon
frère Koulamallah qui avait à peine 15 ans a été libéré au bout de
quinze jours de prison et
mon grand frère Mahamat et les deux enfants de Baptiste et Khérallah
René Baptiste et Ghassim Khérallah sont resté plus de quatre années
enfermés à la maison d’arrêt de N’Djamena. Leur seul crime :
être les enfants de leaders politiques qui livraient un combat démocratique
dans le cadre des institutions républicaines. D’ailleurs Tombalbaye a
succédé à mon père à la
tête de l’Etat tchadien dans des conditions tout à fait
démocratiques.
Quelques
années plus tard, Il instaure le parti unique au mépris des règles démocratiques
et la terreur devient son mode de gouvernement.
Toujours
est-il que mon père fut contraint à des longues années
d’emprisonnement sans un quelconque jugement ou procès et sans que le
moindre de ses droits humains ne lui fut reconnu. Ballotté de prison en
prison dans la plus grande clandestinité. Isolé et coupé de sa
famille, il avait subi les pires humiliations infligeables
à un être humain ; le tout dans des conditions sanitaires les plus inacceptables et les plus abjects. Cela dura de 1963
à 1971 et de 1972 au coup d’état militaire de 1975. Plusieurs fois,
Tombalbaye, au regard des supplices qu’il lui infligeait, crut le
faire céder en lui proposant la liberté contre l’allégeance à son
pouvoir dictatorial. Mon père avait toujours opposé un refus catégorique
à cette transaction de conscience.
Bien
que notre père nous manquait terriblement , nous n’avons jamais
regretté qu’il ait souvent refusé le marchandage abject de
Tombalbaye et tous ses enfants étaient fiers de lui et nous avons
grandi avec le mythe d’un homme qui nous paraissait comme exceptionnel
et unique.
A
partir de ses nombreuses prisons, il écrivait à ma mère presque régulièrement
à l’insu du pouvoir et grâce à la solidarité de quelques patriotes
qui ont pris d’énormes risques pour leur vie en servant d’intermédiaire.
Au
début nous n’avions pas eu de ses nouvelles pendant six mois ;
ces longs mois de silence furent insupportables et traumatisants
pour toute la famille à commencer par ma mère. Cette femme
extraordinaire avait réussi, en dépit des risques que cela représentait
à nouer des contacts avec son cher époux et ce dans tous ses lieux de
détention .Cette audace a ruiné la famille car ma mère envoyait
beaucoup d’argent à mon père en prison. Libre ou incarcéré, il
aimait dépenser de l’argent pour faire plaisir aux autres.
Durant
ces années de détention de notre père nous avons bénéficié de la
solidarité de beaucoup de tchadiens et aussi de la forte communauté
soudanaise installée au Tchad. La chaleur de cette solidarité nous a
aidé à
-5-
supporter
l’absence d’un père affectueux et toujours disponible. Il était
tellement attaché à ses enfants qu’il ne lui ait jamais arrivé de
lever la main sur un seul de ses seize enfants.
Et
voilà, nous qui étions des privilégiés, nous qui ne manquions de
rien, étudiant dans les meilleures écoles et les conditions les plus
favorables, nous avons commencé à manquer de tout. Les comptes en
banque de notre père furent saisis ainsi que tous nos véhicules.
Et
le comble est arrivé quinze jours après le 16 septembre, le lendemain
de la rentrée scolaire, Tombalbaye avait donné l’ordre de nous
chasser de notre maison, la concession familiale. Cette image avait été
terrible pour mes frères et moi. Ce jour là, nous revenions de l’école,
des policiers dirigés par un commissaire français nous avaient empêché
de regagner notre domicile et nous étions restés dans la rue au milieu
d’une foule immense qui regardait en spectateur impuissant le malheur
qui frappait la famille de Koulamallah, leader politique, ancien chef de
l’Etat.
Nos
cartables sous les bras, nous ne comprenions pas cet acharnement. Nous
n’avions rien pu sauver, pas même nos habits ni nos meubles. Rien !
La maison a été scellée et elle nous a été rendue que six ans plus
tard, en ruine et vidée de tout son contenu qui a été livré au
pillage des policiers chargés de la garder. Six ans que les policiers
ont gardé notre maison comme une prison mais complètement vidée de
ses occupants, nous obligeant à aller louer une concession à Mardjan
Daffack loin de Ambassatna, ce quartier que nous aimions tant. Une
situation complètement absurde. Nous n’avions plus jamais eu
l’occasion d’habiter la maison de notre enfance, celle qui nous
avait vu naître.
Cela
est resté en moi comme une longue blessure. J’en ai voulu à
Tombalbaye au point où j’ai été scandalisé par la réhabilitation
dont il a fait l’objet à la conférence nationale souveraine du Tchad
même si j’ai été sensible au pardon demandé par son fils Salamon
à toutes les victimes du règne de son père. Indirectement, j’en été
Une.
J’ai
préféré pour ma part à cette même conférence rendre hommage dans
mon discours aux hommes qui l’ont combattu : Ibrahim Abatcha,
Docteur Abba Siddick Goukouni Weedeye. …. Personne n’a eu une
pensée pour les milliers de victimes de son règne sanguinaire.
En
2003, j’écris sur le site Internet de ialtchad.com et de
alwihdainfo.com, que s’il faut pardonner on pardonne à tout le monde
et s’il faut juger il faut juger tout le monde. Il n’y a aucune
raison de poursuivre Hissein Habré et refuser de le faire pour
Tombalbaye sous le prétexte qu’il soit mort. La disparition physique
d’un leader politique n’efface pas les blessures qu’il a faites et
les crimes qu’il a commis. Il ne faut pas que notre mémoire soit sélective.
Toujours
est-il qu’il avait fallu un courage olympien à toute la famille
pour surmonter cette période difficile. Notre mère s’est
battue comme une tigresse pour que nous puissions continuer nos études
primaires à l’école française du rond point, et que nous puissions
manger à notre faim et nous vêtir convenablement;
Énormément
de personnes me demandent souvent d’où me vient cette passion pour la
politique, ces quelques mots qui jaillissent du plus profond de moi-même,
leur apporteront, je l’espère, un début de réponse.
ABDERAMAN
KOULAMALLAH
Extrait d’un livre à paraître « itinéraire d’un enfant
rebelle »
Email: tibestiairways@yahoo.fr
Tel 0033627705472
A
suivre….
15/05/2005
La
mère de Toumaï parle au président.
Un crâne
aux bourrelets saillants, noirci par le temps et les éléments, émerge
de l’hypocauste de Djourab et sourit à Ahounta Djimdoumbalbaye, un
jeune tchadien simple et au sourire éclaboussant. C’est en 2001. Ce
jeune licencié de l’université de Ndjamena vient de mettre la main
sur un trésor antédiluvien qui ne tardera pas à diviser le monde des
paléontologues, un monde sans merci où la jalousie et le désir de la
célébrité s’acharnent dans un duel obstiné. L’Australopithécus
tugenensis découvert par
Brigitte Senut et Martin Pickford en 2000 dans les collines de Tugen, au
bord du Lac Baringo (Kenya) et baptisé Orrorin vient d’être supplanté
par la trouvaille d’Ahounta dans les ergs de Djourab. Erg de Djourab,
un coin si venté que les habitants et les fureteurs de la paléontologie
fouissent leurs phallus dans le sable pour uriner! Orrorin, âgé de six
(6) millions d’années, cède avec regret son droit d’aînesse à Sahelanthropus
tchadensis qui, lui, est âgé de…sept (7) majestueux millions
d’années.
La théorie de l’ « East Side story » est de
nouveau balayée par le revers du crâne de Djourab, après le bipède
du Lac Baringo. Et qui vous dira ce que cette théorie ? Ecoutons
alors Yves Coppens, un gourou de la paléontologie, professeur au collège
de France, conseiller scientifique de la célèbre série télévisée :
Odyssée de l’espèce et c’est aussi l’homme qui dirigea le
laboratoire de paléontologie au
musée de l’Homme : « à la suite d’un
changement climatique, il y a environ
4 millions d’années, les territoires à l’Est du Rift
deviennent plus chauds et plus secs. Les grands arbres laissent la place
aux graminées. Pour échapper aux prédateurs, l’hominidé se
redresse, scrute l’horizon au-dessus des herbes. La position debout
lui permet de courir en cas de danger. Bientôt ils s’organisent en
tribus, un début de société. L’humain n’a pas pu apparaître dans
la forêt. Il est typiquement un mammifère de savane. » Rappelons
aussi que cet éminent paléontologue, auteur de cette assertion, fut célèbre
grâce à Lucy, un hominidé découvert en 1974 par le Français
Maurice Taieb et l’anglo-saxon Donald
Johanson dans la vallée éthiopienne de l’Hadar. C’est un squelette
presque entier d’une petit femelle baptisé par Tim White Australopthécus
afarensis. Avec son âge de 3,5 millions d’années et sa découverte
en Afrique de l’Est, Lucy renforça
et rendit célèbre la théorie de l’ « East Side Story» qui
sera hélas catapultée, centrifugée et décapitée par la découverte
du crâne informe de la terre des « nomades noirs du Sahara »,
l’erg de Djourab au paysage lunaire. Ceux qui ont écrit des tonnes de
livres et des kilomètres de films sur cette aventureuse théorie ont du
mal à accepter Toumaï comme un ancêtre de l’homme et le Tchad comme
un berceau de l’humanité. Selon cette théorie donc,
l’hominidé est né à l’Est du Rift Valley qui est une série des
faussées d’effondrement depuis
la Vallée de Jourdain jusqu’au cours inférieur du Zambèze.
La découverte de Toumaï par la modeste équipe mise sur pied par le
professeur Michel Brunet, rat fouisseur de la paléontologie en
Afrique centrale, est une vérité venue sous forme d’un tremblement
de terre ou d’un tsunami. C’est une vérité difficile à avaler
pour les ardus de la paléontologie à l’Est du Rift Valley.
En attendant que les savants de la paléontologie se guerroient ou se
mangent les nez, que peut attendre le Tchad de cette grande découverte
qui passe inaperçue aux yeux de la grande majorité des tchadiens
analphabètes ? Quel sort réservé au site de la découverte ?
Il suffit-il de baptiser toute co |