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  Focus-Akhbar

Focus-Akhbar:
« Les dessous de l’offensive rebelle »
Par Hamid Kodi Moussa et Bello Bakary

Le
23 juin 2008 - Ialtchad Presse



Malgré les sorties médiatiques des ministres français pour rassurer les Etats participant à l’Eufor de la neutralité de la France, celle-ci continue à renseigner le régime de N’djamena. Selon des sources militaires françaises, l’Armée Nationale Tchadienne (ANT) est constamment et en temps réel informée des déplacements des rebelles. L’offensive rebelle du 11 juin dernier fut un échec à cause de ces renseignements. Et non pas parce que le Mouvement pour la Justice et l’Égalité (MJE, rébellion soudanaise) a prêté main-forte au pouvoir tchadien. Définitivement, les rebelles tchadiens se butent au refus de la France et de la Libye, pour des raisons différentes, de les voir renverser le président tchadien Deby Itno. La Libye : parce qu’elle estime, à tort ou à raison, que les rebelles tchadiens (tendance Nouri) sont des clones de l’ex-président Hissène Habré. La France : parce qu’elle ne voit aucun intérêt à accepter le remplacement d’un chef de guerre par un autre.

« La France n'est pas intervenue et n'interviendra plus au Tchad », affirmait le ministre français des Affaires Étrangères, Bernard Kouchner. Son collègue de la Défense, Hervé Morin renchérissait, « l'Eufor-Tchad n'est chargée ni du contrôle de la frontière ni des missions d'interposition ou de protection du pouvoir régulier tchadien ». Ces déclarations ont fait croire à plusieurs observateurs que la France a pris ses distances vis-à-vis de N’djamena. Mieux, les rebelles et leurs partisans pensaient, eux, que désormais la route de la capitale leur était ouverte. Selon nos sources, ces déclarations relèvent de la nouvelle stratégie de la France. Une stratégie qui consiste à faire diversion afin de dissimuler son soutien en matière de renseignements, de logistique, d’aide médicale et des conseils militaro-stratégiques qu'elle prodigue au pouvoir tchadien. Les pays partenaires de l’Eufor, tel que l’Allemagne, sont frileux. Il faut donc être discret ! Proclamer que l’humanitaire est prioritaire. Et du même souffle dire que la protection militaire de l’ami Deby Itno n’est pas à l’ordre du jour.

Justement, à propos des renseignements militaires, la France recueille grâce à son patrouilleur Breguet-Atlantic tous les mouvements des rebelles et fait rapport, à la seconde près à la présidence tchadienne. Ce qui nuit beaucoup aux rebelles. Ces renseignements permettent à l’ANT de faire d’une pierre deux coups : sécuriser les villes ciblées par les rebelles et passer à l’attaque. C’est ainsi que les administrateurs civils et militaires des villes qui n’ont pas de garnison militaire sont informés d’avances des incursions rebelles. Ils évacuent les villes et évitent ainsi de se faire capturer. Cette tactique coupe aux rebelles les bénéfices des retombées médiatiques de leur offensive. En fait, les rebelles n’occupaient que des villes vides.

Exemple 1 : Dimanche 15 juin, la localité de Biltine tombe, presque sans combat, entre les mains des rebelles. Le porte-parole de l’Alliance Nationale (AN), coalition rebelle, M. Ali Gadaya annonce que la ville de Mongo va tomber dans quelques heures. Trois heures après l’occupation de Biltine, les renseignements français informent l’ANT des intentions réelles des rebelles qui feignent de quitter cette ville. L’évacuation de Biltine par les rebelles AN (faction UFDD) était sous la loupe des renseignements français. Immédiatement, des conseils sont donnés à l’ANT de prendre en tenaille les rebelles qui tentaient de rejoindre la ville d’Am-zoer. Mais l’escadron lourd de l’ANT conduit par Taher Erda qui a quitté la capitale de l’Est, Abéché, a pris du retard. Finalement, les rebelles ont été surpris à Am-zoer. Le bilan de la bataille d’Am-zoer a été lourd. Un spécialiste en communication militaire estime que pour faire une estimation du vrai bilan d’un conflit, il faut multiplier les pertes annoncées par chaque camp par 6 ou 8.

Exemple 2 : Samedi 14 juin, l’ANT est informée qu’un raid rebelle aura lieu sur Goz-Beïda. La veille, les administrateurs civils sont également évacués. Le Général Al Inghaz alias Kokus de l’armée tchadienne fait une visite éclaire chez les ONG de la place et les éléments de l’Eufor pour les rassurer. Bien qu’informé, le Général n’a pas pu contenir l’attaque rebelle de l’Union des Forces pour le Changement et la Démocratie (UFCD de Adouma Hassaballah). Après deux heures de combat, l’ANT recule. Goz-Beïda tombe. Quelques heures plus tard, les rebelles se retirent et campent à une vingtaine de kilomètres de la ville pour tendre une embuscade.

Une première version soutien que l’armée tchadienne envoie aussitôt deux hélicoptères au campement rebelle. Les positions de ces derniers sont pilonnées avec une étonnante précision. L’UFCD les abandonne et s’enfonce à l’Est vers la frontière soudanaise. Bilan: ils ont perdu une dizaine de véhicules et des combattants. Pour la faction UFCD, cette précision des attaques est intrigante. Les autres factions rebelles sont soupçonnées de trahison. L’UFCD décide alors de quitter le plan de l’offensive rebelle.

La seconde version est toute simple : selon plusieurs sources rebelles, l’Union des Force pour le Démocratie et le Développement (UFDD de Mahamat Nouri) a tenté de fondre sur N’Djamena en rusant l’UFCD. C’est ayant constaté cette ruse que les hommes de Adouma Hassaballah (UFCD) se sont retirés vers leur base. Le plan initial de l’offensive vient de tomber à l’eau. Et l’UFDD de  Nouri s’est retrouvée prise au piège à Am-Zouer. En tentant, elle aussi, de regagner ses bases. Elle était obligée de livrer un combat dur qui lui a coûté cher.

Entre temps, sur la scène diplomatique, le Conseil de sécurité de l'ONU condamne à l’unanimité l’offensive rebelle. C’est l’œuvre de la France. Le dossier était concocté, piloté et parrainé par Jean-Maurice Ripert, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies. Il résume la satisfaction de la France, « je voudrais dire combien la France est satisfaite du fait que le Conseil ait extrêmement, rapidement et unanimement condamné les opérations rebelles armées qui se tiennent depuis le 11 Juin dans l’est du pays. Ces attaques, qui ont pour objectif avoué de prendre le contrôle de N’Djamena et de prendre le pouvoir en renversant l’ordre constitutionnel, sont inacceptables.»

Ce scénario français ressemble curieusement à celui de février 2008 lorsque la capitale, N'Djamena, est presque passée aux mains des rebelles. À l'époque, la France a pu berner les chefs rebelles par des appels téléphoniques en les faisant croire qu’elle était neutre et qu’elle est entrain de négocier l’exfiltration du président Deby Itno. Le 3 Février 2008 au Journal du Dimanche, Timane Erdimi, un des responsables de la rébellion ne cache pas ses inquiétudes, « la France est en train de faire des manipulations qui ne sont positives ni pour elle ni pour le Tchad. Ce n'est pas bon pour l'avenir des relations entre nos deux pays.», lâche t-il comme une mise en garde.  C’était trop tard. La réponse d’Hervé Morin, ministre français de la Défense, n’a pas tardé « de tout évidence, la journée d'aujourd'hui sera probablement capitale, le président Idriss Deby qui est un combattant exceptionnel, un homme qui a beaucoup de courage, a encore au moins 2 000 à 3 000 hommes sous son autorité ». Il profite pour confirmer la mort du chef d'état-major tchadien, Daoud Soumaïne. Hervé Morin en sait trop. Anormal dit un diplomate sous le couvert de l'anonymat. Durant les 3 jours du vide constitutionnel, c’est la France qui dirigeait le Tchad par l’entremise de ses ministres Bernard Kouchner et Hervé Morin et ses hauts gradés militaires stationnés au Tchad.

On saura plus tard que c’est bien la France qui a organisé la riposte en empêchant la prise du palais présidentiel et en protégeant l’aviation militaire tchadienne. La France reconnaîtra avoir acheminé des minutions à l’ANT depuis la Libye et Israël. De plus, elle a procédée aux déplacements des troupes par avion depuis la Centrafrique et Abéché jusqu’à N’djamena. Parallèlement, la même France a pressé le Conseil de sécurité de l'ONU et obtenu le 4 février 2008 le droit d'une éventuelle intervention militaire afin de sauver Deby Itno. L’implication de la France dans le conflit tchadien est un secret de polichinelle. Le président français, Nicolas Sarkozy ne l’a pas nié « si la France doit faire son devoir au Tchad, elle le fera », disait-il. Pas de doute, les rebelles ont à faire à la France. Difficile dans ce cas de réussir à renverser le soldat Deby Itno.

Par Hamid Kodi Moussa et Bello Bakary


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