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Le Tchad est un
Etat que de nom avec une démocratie de façade. Les élections qui s’y tiennent ne sont que des simples « procédés administratifs ‘à la
mode’ ». Les élus ne sont que des figurants. L’absence des règles
véritablement démocratiques est le principal handicape à
l’alternance politique. C’est aussi ce vide qui est la source de la
gestion chaotique de l’Etat. C’est cela qui paraît légitimer
l’opposition armée. « Ceux qui condamnent la prise de pouvoir par
la force ne parviennent pas à indiquer le moyen pacifique par lequel
on pourrait opérer un changement », disait le défunt chef
rebelle Youssouf Togoïmi. Néanmoins, les récentes rébellions armées
au Tchad sont une succession d’échec face à un régime contestable.
Au chapitre des causes de ces problèmes il y à l’origine discutable
de ces rebelles, l’absence d’un leader crédible, les moyens limités
et l’opposition des principales chancelleries.
C’est certain, la nature
du régime de Deby Itno à elle seule peut amener n’importe quel
citoyen à se rebeller. Pourtant, la rébellion, elle aussi, porte
autant de contradictions que le pouvoir à Ndjamena. Le manque
d’unité des rebelles vient de l’origine barbouillée de ses
composantes et une simple cause commune (chasser Idriss Deby) ne
peut pas les unifier. Sans un noyau unique, il est difficile
de dissocier l’origine de cette rébellion de la crise du Darfour. A
voir les implications des rebellions tchadiennes et soudanaises dans
les conflits internes de chaque pays, il est difficile de ne pas
croire qu’elles ont été récupérées par ces deux pays pour en faire
des moyens de pression. La preuve, elles se battent entre elles
alors qu’il y a aucune raison à le faire. Or, cela n’est possible que
si effectivement ces deux pays étaient à l’origine de chacune de ces
rebellions. Cette souillure originelle est un handicape pour les
rebelles qui n’arrivent pas à exister pour eux.
Aussi, l’aspect le plus
frappant qui caractérise la rébellion tchadienne de nos jours est
l’absence d’un leader capable de transcender les divisions ethniques
et mettre à profit le changement souhaité par l’immense majorité des
tchadiens. On a à faire à des leaders sans jugement, sans aptitude
de communication, et surtout avec une vision qui se diminue au seul
renversement d’Idriss Deby. Changeons Deby et le reste on verra plus
tard, voila ce que pensent ces leaders improvisés. C’est tout
simplement obtus comme leitmotiv. Et cela traduit une délicate
carence chez les chefs rebelles. Jusqu’aujourd’hui, les échecs des
rebelles de l’Est sont attribuables aux mésintelligences des leurs
chefs. Ainsi, on apprenait qu’en février 2008 que les chefs rebelles
n’ont pas pu s’entendre sur la personne qui doit lire la déclaration
de prise de pouvoir. L’absence d’une caution internationale en
faveur des rebelles tchadiens n’est pas étrangère à cette confusion.
L’offensive rebelle de février 2008 regroupant l’UFDD, le RFC et l’UFDD-F
nous donne une idée sur le nombre des rebelles et leurs équipements.
L’alliance était forte de 300 véhicules 4x4 dont chacun pouvait
contenir jusqu'à 14 combattants. Ils avoisineraient 3 500 hommes
dont près du 2/3 appartiendrait aux factions UFDD et UFCD.
L’essentiel des équipements des rebelles sont des fusils d’assaut
Kalachnikov, des lances roquettes portables, quelques mitrailleuses
lourdes. Des moyens limités et inefficaces face à la nouvelle forme
de guerre que tente d’imposer le régime de N’djamena. L’armée
tchadienne emploie des hélicoptères de combats, des blindés d’assaut
et autres artilleries lourdes, une puissance de feu qui ne fait pas
de place aux combats corps à corps. La stratégie de guerre-éclair
basée sur l'effet de surprise et la rapidité prônée par les rebelles
décrit les moyens limités de ces derniers.
Enfin, il n’y a qu’au Tchad
qu’on puisse encore penser changer l’ordre public sans impliquer les
principales chancelleries. Les menaçantes déclarations des rebelles
contre ces chancelleries montrent le sérieux décalage politique de
ces derniers. La France, les Etats-Unis et dans une certaine mesure
la Libye, ont des intérêts économiques et politiques énormes. Ils
n’entendent pas les permuter contre l’inconnu, contre ces rebelles
qui n’arrivent pas à convaincre des tchadiens en attentes de
changement. Le tort pour la rébellion tchadienne est d’être tout
simplement soutenu par le régime militaro-islamiste du soudan et non
par les principales chancelleries. Un pays que la France et les
Etats-Unis ont des raisons officielles et officieuses à aller
contre. Cela ne veut pas dire que ces chancelleries ignorent la
gestion clanique de l’Etat au Tchad. Seulement il y a des choses que
ces chancelleries protègent par-dessus tout : leurs intérêts. C’est
l’essence de leur existence dans un pays. La pauvre France est et
reste colonialiste, difficile de l’imaginer concéder l’influence sur
l’un de ces derniers retranchements que constitue malheureusement le
Tchad. Les américains ont investis des milliards pour le pétrole et
tout changement doit assurer leurs prévisions de recettes. Ils ne
sont pas sûrs que ça serait le cas avec les actuels chefs des
mouvements rebelles. Kadhafi, lui aussi, a tout un intérêt à voir le
grand voisin soudanais au sous-sol riche, se morceler en plusieurs
Etats ou du moins déstabiliser.
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