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  Éditorial 

 
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Éditorial du 30 juin 2008
 « Les problèmes des mouvements rebelles »
Par Hamid Kodi Moussa

Grands débats, enjeux de société, voici les sujets traités 
en éditorial sur Ialtchad Presse


 « Les problèmes des mouvements rebelles »


Le Tchad est un Etat que de nom avec une démocratie de façade. Les élections qui s’y tiennent ne sont que des simples « procédés administratifs ‘à la mode’ ». Les élus ne sont que des figurants. L’absence des règles véritablement démocratiques est le principal handicape à l’alternance politique. C’est aussi ce vide qui est la source de la gestion chaotique de l’Etat. C’est cela qui paraît légitimer l’opposition armée. « Ceux qui condamnent la prise de pouvoir par la force ne parviennent pas à indiquer le moyen pacifique par lequel on pourrait opérer un changement », disait le défunt chef rebelle Youssouf Togoïmi. Néanmoins, les récentes rébellions armées au Tchad sont une succession d’échec face à un régime contestable. Au chapitre des causes de ces problèmes il y à l’origine discutable de ces rebelles, l’absence d’un leader crédible, les moyens limités et l’opposition des principales chancelleries.

C’est certain, la nature du régime de Deby Itno à elle seule peut amener n’importe quel citoyen à se rebeller. Pourtant, la rébellion, elle aussi, porte autant de contradictions que le pouvoir à Ndjamena. Le manque d’unité des rebelles vient de l’origine barbouillée de ses composantes et une simple cause commune (chasser Idriss Deby) ne peut pas les unifier.  Sans un noyau unique, il est difficile de dissocier l’origine de cette rébellion de la crise du Darfour. A voir les implications des rebellions tchadiennes et soudanaises dans les conflits internes de chaque pays, il est difficile de ne pas croire qu’elles ont été récupérées par ces deux pays pour en faire des moyens de pression. La preuve, elles se battent entre elles alors qu’il y a aucune raison à le faire. Or, cela n’est possible que si effectivement ces deux pays étaient à l’origine de chacune de ces rebellions. Cette souillure originelle est un handicape pour les rebelles qui n’arrivent pas à exister pour eux.

Aussi, l’aspect le plus frappant qui caractérise la rébellion tchadienne de nos jours est l’absence d’un leader capable de transcender les divisions ethniques et mettre à profit le changement souhaité par l’immense majorité des tchadiens. On a à faire à des leaders sans jugement, sans aptitude de communication, et surtout avec une vision qui se diminue au seul renversement d’Idriss Deby. Changeons Deby et le reste on verra plus tard, voila ce que pensent ces leaders improvisés. C’est tout simplement obtus comme leitmotiv. Et cela traduit une délicate carence chez les chefs rebelles. Jusqu’aujourd’hui, les échecs des rebelles de l’Est sont attribuables aux mésintelligences des leurs chefs. Ainsi, on apprenait qu’en février 2008 que les chefs rebelles n’ont pas pu s’entendre sur la personne qui doit lire la déclaration de prise de pouvoir. L’absence d’une caution internationale en faveur des rebelles tchadiens n’est pas étrangère à cette confusion.

L’offensive rebelle de février 2008 regroupant l’UFDD, le RFC et l’UFDD-F nous donne une idée sur le nombre des rebelles et leurs équipements. L’alliance était forte de 300 véhicules 4x4 dont chacun pouvait contenir jusqu'à 14 combattants. Ils avoisineraient 3 500 hommes dont près du 2/3 appartiendrait aux factions UFDD et UFCD. L’essentiel des équipements des rebelles sont des fusils d’assaut Kalachnikov, des lances roquettes portables, quelques mitrailleuses lourdes. Des moyens limités et inefficaces face à la nouvelle forme de guerre que tente d’imposer le régime de N’djamena. L’armée tchadienne emploie des hélicoptères de combats, des blindés d’assaut et autres artilleries lourdes, une puissance de feu qui ne fait pas de place aux combats corps à corps. La stratégie de guerre-éclair basée sur l'effet de surprise et la rapidité prônée par les rebelles décrit les moyens limités de ces derniers.

Enfin, il n’y a qu’au Tchad qu’on puisse encore penser changer l’ordre public sans impliquer les principales chancelleries. Les menaçantes déclarations des rebelles contre ces chancelleries montrent le sérieux décalage politique de ces derniers. La France, les Etats-Unis et dans une certaine mesure la Libye, ont des intérêts économiques et politiques énormes. Ils n’entendent pas les permuter contre l’inconnu, contre ces rebelles qui n’arrivent pas à convaincre des tchadiens en attentes de changement. Le tort pour la rébellion tchadienne est d’être tout simplement soutenu par le régime militaro-islamiste du soudan et non par les principales chancelleries. Un pays que la France et les Etats-Unis ont des raisons officielles et officieuses à aller contre. Cela ne veut pas dire que ces chancelleries ignorent la gestion clanique de l’Etat au Tchad. Seulement il y a des choses que ces chancelleries protègent par-dessus tout : leurs intérêts. C’est l’essence de leur existence dans un pays. La pauvre France est et reste colonialiste, difficile de l’imaginer concéder l’influence sur l’un de ces derniers retranchements que constitue malheureusement le Tchad. Les américains ont investis des milliards pour le pétrole et tout changement doit assurer leurs prévisions de recettes. Ils ne sont pas sûrs que ça serait le cas avec les actuels chefs des mouvements rebelles. Kadhafi, lui aussi, a tout un intérêt à voir le grand voisin soudanais au sous-sol riche, se morceler en plusieurs Etats ou du moins déstabiliser.
 

Par Hamid Kodi Moussa

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