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"Jeune
homme, vous êtes encore trop jeune pour parler du pétrole"
rétorqua Tombalbaye à un jeune du Lycée Félix Eboué âgé d'à
peine une vingtaine d’années, c’était en 1974, lors des
assises de "l’Ecole des cadres". Aujourd’hui,
l'ex-lycéen, agronome de son état, a la cinquantaine et le pétrole
vient à peine de couler. "Oncle Tom", comme
l'appelaient familièrement les jeunes de l'époque, savait
pertinemment que l’exploitation pétrolière des deux compagnies
présentes au Tchad à l'époque (CONOCO dirigée par Voegeli et
la compagnie libanaise par Abdoulwahab) échappera à une série
de chefs d'Etat tchadiens, et lui en premier.
A
la fin des années 60, Tombalbaye a négocié en vain avec la
France pour son engagement dans une vaste campagne de prospection.
L'ancienne puissance coloniale ne croît pas cependant au projet.
Tombalbaye se tourne alors vers les Etats-Unis et concède à
CONOCO (Continental Oil Company) un permis de recherche sur près
de 604.000 km², entre le Lac-Tchad et la frontière sud du pays.
A
l'inauguration officielle des locaux de la CONOCO sis au Canal
St-Martin ce 31 mars 1973, étaient présents le Président
Tombalbaye et son futur successeur Félix Malloum, deux chefs d'Etat
qui seront à tour de rôle emportés par la houle de cette huile
minérale qui détruit autant qu'elle préserve et dont la présence
au Tchad été découverte
en 1969. Le Ministre des Travaux Publics, des Mines et de la Géologie
de l'époque, M. Raymond NAIMBAYE a fait remarquer dans son
discours que "si la CONOCO a pris des risques d'ordre
technique et financier, le Tchad également a pris des risques en
donnant de permis de certaine importance à ses partenaires".
Le Ministre conclut son allocution par un vœu : "que
l'esprit de franchise, de sincérité puisse persister entre nous
et nos partenaires".
N'est
pas franc et sincère qui veut. Le présent article, débuté en février
2003 et achevé en novembre 2004, n'a nullement la prétention de
donner de quelconques leçons sur la gestion du pétrole du Tchad,
ni d'égaler tant de documents de qualité ayant traité du pétrole
à problème qu'est celui du Tchad, mais se propose de suggérer
quelques pistes de solutions au regard de nos faiblesses face aux
partenaires, lesquelles solutions sont de toutes les manières,
sujettes à critiques. A travers cet écrit, je commets sans nul
doute, l'imprudence de mettre le doigt dans l'engrenage, les goûts
du détail et du risque aidant; qu'à cela ne tienne, puisque
ayant pour seule arme, le bic et un peu de courage. Et puis, je
serai mauvais serviteur si je parle de notre pétrole avec
bienveillance et sans prévention. Quoique dépassé, un rappel
des conditions des négociations s'avère nécessaire, non pas
dans le but de jeter de l'anathème sur qui que ce soit, ni de
suggérer de changer de partenaires au milieu de la rivière, mais
d'attirer l'attention sur les écueils à éviter. Bien que
survivant sous assistance respiratoire, le Tchad est une vaste
nappe pétrolifère, d'où d'éventuels contrats.
Par
ailleurs, je me réjouis des effets produits par mon modeste
article intitulé " lettre à Koumbo " publié dans
l'hebdomadaire " L'observateur " n° 299 du 6/10/04,
parlant entre autres du pétrole, du gaz et de l'électricité et
qui a été suivi 48 heures plus tard, par une réaction très
positive du Gouvernement. Les visions sont identiques sur ces
points et je m'en félicite. Le repentir vient de faire le quart
du chemin, la bonne gouvernance doit faire le reste.
Des
leçons à retenir : sur un milliard de francs que rapporte le
pétrole, le Tchad touche moins de 20 millions de francs si l'on
intègre tous les investissements extérieurs à récupérer par
le consortium. Pourquoi donc cette différence ?
Trois
documents juridiques lient le consortium americano-malaisien
ExxonMobil-Chevron-Petronas aux deux Etats (Tchad et Cameroun).
Les conventions d'établissement de Tchad Oil Transportation
Company (Totco) et de Cameroon Oil Transportation Company (Cotco)
pour la partie aval et la "convention de recherches,
d'exploitation et de transport des hydrocarbures "pour la
partie amont, datant de 1988 et qui a fait l'objet d'une révision
ultérieure importante (l'avenant n° 2, de mars 1997). Les deux
premiers fixent les modalités de la gestion de l'oléoduc
(redevance, fiscalité et droit applicable, règlement des litiges
entre les parties …). Le second, passé entre le Tchad et le
consortium, fixe les règles relatives à l'exploitation et, ce
qui nous intéresse plus particulièrement, royalties et
dispositions fiscales.
Les
conventions de Totco et de Cotco sont des documents publics, ce
que les autorités tchadiennes et camerounaises paraissent
ignorer. On se les procure aisément auprès du consortium lui-même,
qui refuse en revanche de communiquer la convention
"amont", la plus intéressante. Explication du chargé
des relations extérieures au siège d'Exxon à Houston : "le
propriétaire des ressources en question étant un pays peuplé de
7 millions d'habitants, cette confidentialité est une atteinte à
l'exercice de la citoyenneté. Mais il est vrai qu'au Tchad, comme
ailleurs, le pétrole est une affaire très privée.
Les
négociations menées avec les partenaires ressemblent à un
secret ésotérique qui n'est accessible qu'aux seuls initiés
puisque le dossier a été traité avec une opacité merveilleuse.
Alors qu'au Tchad les informations relatives au projet pétrole
sont restées dans l'ombre du confidentiel, au Cameroun par
contre, on a minutieusement préparé la population afin d'en
tirer un maximum de profit. Là-bas, on sait que dans toute
situation de combat, la défense est tout aussi importante que
l'attaque. Initialement, "le dossier pétrole" du côté
camerounais a été confié à la Société des Hydrocarbures du
Cameroun pour sa confection. Cette première étape finie, il fut
ensuite passé en revue par des bureaux d'études étrangers spécialisés
en la matière qui ficelèrent inextricablement tous les liens.
Une fois le colis suffisamment compacté, on attendit de pied
ferme les Tchadiens qui se sont fait cueillir comme des fruits mûrs
puisqu'en plus d'un document bien fait, les hauts responsables
politiques camerounais se sont fait appuyer chacun, par des
techniciens chevronnés face à une poignée de responsables
tchadiens sans arme ni protection, usant apparemment d'un langage
gestuel lors des négociations sinon comment comprendre… et ce,
malgré tout ce que notre pays dispose comme cadres. Où sont-ils,
les premiers négociateurs tels que Georges Diguimbaye, Raymond Naïmbaye,
Abdoulaye Djonouma ? Et les pétrochimistes à l'instar de
Mahamat-Saleh Alhabo? Et nos 300 étudiants, des "très
proches" du régime, envoyés aux USA depuis plus d'une décennie
pour étudier la pétrochimie et quasiment invisibles depuis lors.
Tout portait à croire que la défaite tchadienne était inéluctable.
Les Tchadiens auraient pu encore à cet instant précis, retourner
la situation en leur faveur s'ils étaient perspicaces, en
simulant avec le truchement de notre ambassadeur au Cameroun, un
rappel urgent de la délégation, par le Président de la République,
n'en déplaise à nos interlocuteurs camerounais. De toutes les
manières, nous étions en position de force, même si des
pressions externes persistent. Cela aurait permis de rendre compte
de la situation désastreuse à qui de droit et de demander le
report des négociations, le temps matériel de monter des
dossiers par une expertise en la matière et amoindrir le déséquilibre
face aux Cameroun et au Consortium. On serait alors très loin des
déboires notoirement connus aujourd'hui. Les dirigeants
camerounais pour leur part, n'ont fait que protéger l'intérêt
de leur pays, ce qui est tout à leur honneur.
"Vaincre
la rage" n'est pas synonyme de "la rage de
vaincre". A mauvais négociateur, mauvaises garanties. Le
projet a plus de 6.800 travailleurs, avec 2000 Tchadiens et 4.800
Camerounais. Sur 111 millions de dollars US dépensés en biens et
services, 38 millions de dollars sont dépensés au Tchad et 73
millions au Cameroun. Au cours du 3ième trimestre 2001, sur 240 consultations, 57 ont eu lieu au Tchad avec 3.205
participants et 183 au Cameroun avec 5.326 participants.
Le quotidien "Cameroon Tribune", dans sa parution du 20
octobre 2000 a écrit dans ses colonnes " ce que le
Cameroun gagnera : - Sur le plan financier : (1) redevance de
transit égale à 0,41$ sur chaque baril de pétrole soit 35 à 80
milliards/an pendant 30 ans ; (2) 5% d'impôt sur le bénéfice de
COTCO/an ; (3) taxe foncière ; (4) indemnisation des populations
sur le tracé pour plus de 5 milliards - Sur
le plan des infrastructures : (5) construction de la route Bertoua-Garoua Boulaï ; (6) route Ngaoundéré-Touboro-Moundou
; (7) nombreuses routes secondaires ; (8) construction de nombreux
ponts ; (9) densification du réseau téléphonique ; - Sur le plan de l'emploi : (10) création des milliers
d'emplois de chauffeurs, conducteurs d'engins, gardiens de parcs,
de matériels, défricheurs; - Sur le plan de l'environnement :
(11) création des parcs nationaux de Campo et de Mbam Djerem
; (12) développement de la conscience écologique ; (13)
création d'une fondation pour l'environnement (FEDEC) pour les
Pygmées et les Bakota ;
(14) renforcement des capacité en matière de gestion
environnementale
". Comme ils aiment bien le dire, le Tchad a blessé un
éléphant qui est allé mourir au Cameroun. Et pourtant c'était
l'occasion toute indiquée d'exiger de notre méthodique et
malicieux voisin, des largesses. Outre des conditions plus souples
pour l'évacuation du brut, on pourrait pousser les pions le plus
loin possible pour en gagner un minimum : fourniture en électricité,
un chemin de fer le long de l'axe Ngaoundéré-Baïbokoum, une
portion du port de Douala réservée au Tchad, des franchises sur
certaines marchandises, une inscription de nos étudiants dans des
universités et instituts camerounais à des tarifs de cession, le
respect scrupuleux de la libre circulation des Tchadiens etc…
Une belle bataille sera alors gagnée.
Infrastructures
: En matière de transport du matériel pour la construction
de l'oléoduc long de 1070 km reliant Doba au port de Kribi sur
l'Atlantique, le Cameroun s'est vigoureusement illustré là aussi
en se taillant la part du lion indomptable et sa stratégie était
la suivante : le gouvernement camerounais a donné feu vert à la
Chambre de commerce du Cameroun de parrainer les transporteurs
pour l'acquisition à crédit, des véhicules gros porteurs, l'Etat
se portant garant ; alors que de l'autre côté, le Tchad n'a guère
eu la présence d'esprit d'orienter nos hommes d'affaires dans le
bon sens. Pour le transport dudit matériel, le Cameroun et une étrange
société soudanaise dont le siège fait face à l'immeuble de la
STAR Nationale à N'djaména, RAIBA TRANS TCHAD LTD, sous la
fourrure de laquelle se cacheraient également des Tchadiens de
souche et d'adoption, ont littéralement raflé le marché. Les bénéfices
réalisés par la société RAIBA ont été entièrement rapatriés
au Soudan, au moment des amours avec notre grand voisin de l'est
naturellement. La fameuse société fictive de transport aérien
ROMA … est encore dans les mémoires.
La
route du pétrole bâtie le long des pipe-line par Bouygues alias
"David Terrassement" porte un déséquilibre selon que
l'on se trouve du côté tchadien ou camerounais. Au Cameroun, la
surveillance de l'ouvrage a été confiée à des ingénieurs
nationaux qui ont veillé à ce que la qualité soit respectée :
la route plus large, les rigoles à fortes pentes fortifiées, les
garde-fous solides, les portions de route traversant des agglomérations
humaines bitumées afin que la poussière ne se déverse sur la
population et l'administration équipée quand il s'agit d'une
ville, le tout sur fonds pétroliers. Mbaïboum, le village
camerounais situé de l'autre côté du pont de la Mbéré en est
un exemple. Et pourtant, la ville de Doba, capitale du pétrole
est toute couverte de poussière latéritique pendant la saison sèche
et toute gluante après une seule pluie. A Doba, c'est l'envers du
décor de luxe. Les responsables administratifs dans leur majeure
partie ne sont pas véhiculés et s'adjugent quelquefois les
services des motocyclistes pour leurs déplacements. Les résidences
(si résidences il y a) de ces autorités sont éclairées à la
lampe tempête alors que tout à côté, la société "Tchad
Cameroun Construction" (TCC) rayonne d'électricité et de
surcroît refuse de prêter ses services électriques. Et pour
cause : rien ne figure dans les documents officiels. Quels degrés
de respect peuvent avoir les populations à l'égard de leurs
administrateurs sans moyens et jetés dans les quartiers par
manque d'habitation comme de vulgaires individus et de surcroît
dans une ville qui accueille tant d'étrangers de marque ?
Un
des termes de contrat lourd de conséquence contenu dans les
documents signés avec le consortium est qu'après les travaux, le
consortium devra laisser le milieu tel qu'initialement trouvé.
L'illustration a été faite à Bam sur l'axe Komé-Baïbokoum qui
disposait, pendant la construction de l'axe Komé–Kribi, de
maisons, électricité, terrain de sport etc. Une fois les travaux
terminés, tout mais alors tout a été démonté. Les remblais
aussi ont été dégagés pour respecter les termes du contrat
alors que dans cette zone sévit à outrance, l'onchocercose. Les
maisons même démontables, auraient pu servir de centre de santé,
d'école ou toute autre infrastructure sociale. Les engins lourds
des travaux une fois jugés déssuets (bien qu'en état de
marche), ne sont pas rétrocédés au Tchad mais détruits et
enterrés puisque aucune clause ne le prévoit. Ce que le
gouvernement ignore, c'est que le cœur du consortium ne bat pas
au même rythme que les coeurs des humains. En somme, aucune trace
du consortium ne doit figurer après son passage ce qui rend
davantage moins visibles les traces de pétrole. Le Cameroun pour
sa part, a exigé des bâtiments fixes, la rétrocession des véhicules
et engins lourds, tandis que le Tchad n'ayant pas exigé cette
conditionnalité, ne dispose que de maisons démontables et les
ouvriers des champs pétroliers habitent dans des conteneurs démontables
à volonté. Par rapport à la tour de Shell construite à
Brazzaville, un joyau du Congo visible depuis Kinshasa, ici à N'djaména,
le consortium n'a bâti aucun immeuble à la taille de sa stature
dans notre pays, une conditionnalité omise nous dira-t-on. Une
fois de plus, de quoi a-t-on discuté avec les partenaires ?
Sur
le terminal flottant dans la mer à 12 km de la côte de Kribi, un
tanker d'une capacité
de 2 millions de barils,
amarré en permanence et où viennent s'approvisionner les navires
pétroliers, séjournent six fonctionnaires tchadiens (4
inspecteurs pétroliers et 2 inspecteurs des douanes) relevés
toutes les deux semaines. Que font-ils exactement ou que contrôlent-ils
sur ce machin? Ces inspecteurs ont été formés en France pendant
un mois, c'est-à-dire à peine la première leçon bûchée que
les voilà arrivés en fin de formation et propulsés sur le
tanker, incapables d'interpréter un compteur d'eau de la STEE.
Que peuvent-ils contrôler, les pauvres ? Surtout pas la quantité
du brut exploitée (225000 barils/jour) apparemment entachés
d'une marge d'erreur.
En
effet, les cuves de récupération construites en prévision à un
surplus de brut des 300 puits, sont toutes pleines après
l'exploitation d'environ 200 puits alors que le nombre total de
puits a dépassé 600 dont bon nombre non encore exploité (y
compris ceux de ENCANA). Le brut extrait des puits est d'abord
conduit vers un collecteur, puis vers un séparateur qui en
extrait le pétrole de l'eau, des sables et autres déchets. Le
brut nettoyé est ensuite envoyé dans l'oléoduc pour Kribi vers
le terminal où des bateaux viennent s'en approvisionner. Mais que
se passe t-il exactement. Les compteurs posés au niveau de chaque
puits afin de quantifier le volume du brut original ne
fonctionnent pas. Premier couac. En d'autres termes, l'on ne sait
guère la production de chaque puits, ne serait-ce que
partiellement. Ni au niveau des collecteurs ni au niveau des séparateurs,
les compteurs ne fonctionnent. Comment comprendre que ESSO
installe des compteurs non fonctionnels ? Mystère ! Dans ce magma
d'indélicatesses, le Ministre du pétrole a cru bon pallier à ce
manquement surprenant par un arrêté 035 qui autorise ESSO à
poser des compteurs à Kribi plutôt que Doba ; de caribe dans
sylla ! Donc le pétrole sort du territoire tchadien vers le
Cameroun sans aucun contrôle, sans aucune estimation. En amont
comme en aval, c'est ESSO qui est le seul détenteur de la vérité
; le ministère du pétrole ne maîtrisant sans doute ps toutes
les données. Pour jauger le brut, on estime la capacité du
bateau plein à Kribi, lesquels bateaux se succèdent à un rythme
effréné à telle enseigne que des pénalités sont prévues pour
deux types de retardataires: ceux qui accostent à Kribi avec
retard (le bateau est pénalisé) et ceux qui quittent Kribi avec
retard (le consortium est pénalisé), l'essentiel étant de
charger au plus vite pour faire place aux suivants. Qui sait avec
exactement la capacité des différents bateaux ? Certainement pas
les Tchadiens. Lors d'une rencontre sur le pétrole, à la
question de savoir comment les Tchadiens allaient-ils contrôler
les compteurs ? Un responsable du projet a rétorqué que des
essais ont été menés à Houston aux USA avec de l'eau et ce,
pendant plus de deux semaines et la conclusion est que les
compteurs sont en très bon état de marche et aucune malversation
n'est possible. A une autre rencontre, un responsable a affirmé
que " le Tchad est le premier pays au monde à contrôler véritablement
son pétrole ". Vol ou pas vol, à chacun de trouver un
qualificatif pour cette sinueuse opération "cleptopétrolière".
Ce n'est nullement la faute aux autres, loin s'en faut mais aux
Tchadiens uniquement.
Lors
de la visite au Tchad en 1976 de M. Kurt WALDHEIM ancien Secrétaire
Général des Nations Unies (1972
à 1981), il était question de créer une division pétrolière
avec un centre de documentation. A cet effet, une mission des
Nations Unies conduite par un certain Rouyer, a séjourné au
Tchad et a jugé concluante et très positive, l'extraction du
gisement de Sédigui. Pour ce qui est des formations des cadres,
le PNUD s'en chargera. Puis arrive la guerre qui remet les
compteurs à zéro. Arrivé au pouvoir, Hisseine Habré s'empare
du "dossier pétrole" et crée au niveau de la Présidence
de la République, le Bureau des Affaires Pétrolières (BAP).
Depuis lors, c'est la Présidence qui s'immisce contradictoirement
dans le dossier pétrole jusqu'à nos jours. Et c'est là, le péché
originel !
Economie
: Sur le plan économique les résultats de l'Enquête sur la
Consommation et le Secteur Informel au Tchad (ECOSIT, 96/97),
donnent des seuils de pauvreté alimentaire de 173 frs cfa et de
pauvreté globale de 218 frs cfa par tête et par jour. Tous ces
seuils sont inférieurs au standard international d'un dollar US
par tête et par jour. L'incidence de la pauvreté alimentaire est
de 42% et celle de la pauvreté globale de 54% (ECOSIT). L'Indice
de Développement Humain (IDH) de 2003 place le Tchad au 165 ième
rang sur 175 Etats du monde, avec un taux d'inflation de 5,2%. Le
PIB par habitant est estimé à 230 $ par an, moins de la moitié
de la moyenne de l'Afrique subsaharienne. Le Tchad, dont 80% de la
population vit sous le seuil de pauvreté, connaît une situation
d'insécurité alimentaire chronique. Les investissements directs
étrangers en 2003 sont de 901 millions de dollars US, les
importations de 775 millions de dollars
et les exportations de 196 millions de dollars.
Malgré
l'arrivée de l'or noir, le Tchad reste un pays à vocation
agricole, dont le potentiel est encore largement sous-exploité :
faute de moyens, seuls 10% des 20 millions d'hectares de terres
arables sont en culture. Avec un cheptel de 16 millions de têtes
(principalement de bovins et d'ovins mais également de caprins,
de camelins, d'équins, d'asins), l'élevage représente le second
poste d'exportations, alors que le secteur cotonnier, qui fait
vivre plus de 350.000 exploitants, a fortement souffert de la
chute des cours mondiaux.
De
1997 à 2004, la croissance du PIB réel par habitant a été en
moyenne de 7,6%, taux deux fois supérieur à celui de la
population, ce taux relativement élevé est dû essentiellement
aux investissements massifs dans le secteur pétrolier supportés
exclusivement par les bailleurs car il aurait fallu plus de trois
ans et 3,7 milliards de dollars d'investissement pour achever la
construction du complexe pétrolier de Doba et de l'oléoduc de
1070 km le reliant au port de Kribi, sur la côte camerounaise. Un
défi que le consortium américano-malaisien
ExxonMobile-Chevron-Petronas n'a pas hésité à relever. Mais
depuis la commercialisation du brut, le Tchad devrait connaître,
au cours des prochaines années, une croissance à deux chiffres.
Son PIB devrait passer de 2,6 milliards de dollars en 2003 à 4,2
milliards de dollars en 2004, soit une croissance record de … +
58% en un an, ce qui devrait vraisemblablement amener à une légère
amélioration des conditions de vie au Tchad plutôt qu'une
constante décroissance en tout de vue.
Les
ventes de pétrole du site de Doba pourraient rapporter, au cours
des vingt cinq prochaines années, et en fonction du prix moyen du
baril, jusqu'à un milliard de dollars par an, une somme sur
laquelle l'Etat tchadien percevra 12,5% de royalties (redevances).
Sous la pression de la Banque Mondiale, avant le lancement des
travaux, les autorités tchadiennes se sont vues dans l'obligation
de promulguer une loi sur l'utilisation de leurs futurs revenus pétroliers.
Celle-ci stipule que 80% des recettes doivent être versées à
des secteurs prioritaires (santé, éducation, infrastructures),
10% déposés sur un fonds destiné aux générations futures et
5% consacrées au développement de la région de Doba. Restent
donc 5% que le gouvernement peut, en quelques sorte, utiliser à
sa guise.
Ce qui est sûr, les générations futures risqueraient de vivre
longtemps avec les ruines et les décombres qui sont l'œuvre de
leurs prédécesseurs.
Sur
225.000 barils/jour, le Tchad en a 27.000, le reste au consortium.
Le Cameroun perçoit 0,41 dollar sur chaque baril passant par
Kribi. Initialement, le baril devrait coûter 13 dollars mais avec
la flambée du cours mondial du pétrole, le baril vient de dépasser
les 55 dollars soit plus de 4 fois le prix initial. Et pourtant,
celui du Tchad ne vaut qu'à peine 28 dollars parce que de
"qualité inférieure" dit-on. Cela signifie qu'au lieu
de percevoir 75 milliards de frs cfa par an, somme initialement prévue,
le Tchad percevrait environ le double par an, toujours insuffisant
car si notre douane était performante, elle rapporterait environ
100 milliards par an, donc supérieur au revenu du pétrole.
Est-ce acceptable? Déjà à son temps, l'ancien responsable du
consortium M. Petit faisait croire, lors d'une rencontre avec les
cadres à Moundou, que " le pétrole du Tchad est de mauvaise
qualité, trop parcellisé et dont le transport dans l'oléoduc
consomme une quantité fabuleuse d'énergie ". Dans ce cas
alors, pourquoi voir accepté avec tant d'engouement d'en être le
patron ?
Energie
: En matière énergétique, les négociations n'ont pas porté
sur la fourniture en énergie pour la population et les services
étatiques, alors que le pétrole c'est d'abord et avant tout l'énergie.
"Le pétrole de Doba est de qualité très moyenne, selon les
documents techniques, et sa valeur marchande subit une décote de
deux dollars par rapport au baril brent, le pétrole de référence
sur les marchés internationaux. Il s'agit d'une huile lourde
visqueuse, avec une forte teneur en eau, mais toujours selon les
documents du consortium, pratiquement exempte de soufre (à vérifier).
L’exploitation des champs pétroliers de Doba générerait 424,7
millions de tonnes de gaz carbonique". Notre analphabétisme
pétrolier ne nous autorise aucune critique de cette aubaine qui
se transforme en catastrophe.
"Tout
le gaz naturel produit sera utilisé, selon toujours les documents
techniques adoptés, pour la génération d'électricité destinée
aux installations. Il n'y aura donc pas de surplus utilisables
pour la consommation énergétique du Tchad ni de champs de torchères
brûlant dans l'atmosphère le gaz libéré et non exploité, dégageant
fumées noires et quantités massives de gaz carbonique". En
d'autres termes, il n'y a pas de gaz naturel pour le Tchad alors
que le gaz est torché à longueur du temps et notoirement visible
dans la zone pétrolière. " Conscient du rôle vital que
l'industrie du pétrole s'est assurée à travers le monde, l'Etat
tchadien a accordé au mois de septembre 1969, un permis exclusif
de recherche d'hydrocarbures liquides et gazeux, dans notre pays
à la Société américaine "CONTINENTAL OIL COMPANY" (CONOCO)
pendant une période de cinq années renouvelables ".
Comme on peut le voir dans les documents originels, l'exploitation
de gaz au bénéfice du Tchad a bel et bien été prévue dès les
premiers accords.
La
situation énergétique au Tchad demeure toujours délicate. Au
niveau de la STEE, outre les appuis matériels fournis par les
pays (Libye, France) et les bailleurs, le Tchad a bénéficié de
55 millions de dollars de la Banque Mondiale pour soutenir la STEE,
puis très récemment, de 30 millions de dollars fournis par la
Banque Islamique de Développement pour l'achat des groupes afin
d'amener la puissance de la STEE à 30 mégawatts plutôt qu'à
peine 13 MW actuellement. Toutefois, l'électricité tchadienne
est excessivement chère, avec un coût au kilowattheure qui est
l'un des plus élevés du monde : 0,32 euro (210 frs cfa) au Tchad
contre, par exemple, 0,16 euro (105 frs cfa) au Mali et 0,04 euro
(26 frs cfa) au Ghana (soit 8 fois moins qu'au Tchad). En cause :
le prix du carburant, qui représente 80% du chiffre d'affaires de
la STEE. Le Tchad a beau être producteur de pétrole depuis
juillet 2003, le brut ne peut être utilisé pour fournir de l'électricité
à la capitale, car le pays ne dispose pas des infrastructures nécessaires.
La mise en exploitation du gisement de Sedigui, au nord du
Lac-Tchad, doté d'un brut léger donc plus facilement utilisable,
permettrait d'obtenir un carburant moins cher. Jusqu'à présent,
ce projet n'a pas abouti. La construction d'une raffinerie et d'un
pipeline confiée, de gré à gré, à une société soudanaise du
nom de CONCORP n'a jamais été achevée, et la société a
disparu avec des millions de dollars du contrat. Pour relancer le
secteur énergétique du pays, il faudra donc également assainir
la gestion de la STEE, minée par des défauts de paiement. Véolia,
filiale de Vivendi, s'y est essayée sans succès et a résilié,
en avril 2004, le contrat de gestion qui la liait à la société
depuis 2000. Depuis lors, l'Etat a repris les commandes.
Dans
la zone de Komé-Miandoum-Bolobo par contre, où que vous vous
tournez c'est face à l'énergie électrique. Quatre turbines développant
chacune 30 mégawatts (soit 120 mégawatts au total dont 60
seulement utilisés), fonctionnant directement avec du gaz ou du
fuel lourd (donc une source d'énergie gratuite en quelque sorte)
sont installées. Les négociations n'ayant pas abordé l'aspect
énergétique du pays, le consortium a cru bon installer du 110
volts au lieu du 220 volts, tension électrique incompatible à la
plupart de nos appareils. Aucune clause d'éclairage des villes
n'a été signée. Résultat, Doba, la capitale du pétrole vit
dans l'obscurité la plus totale. Un projet d'électrification est
en cours à partir d'une source autre que celle du consortium. Sur
le site pétrolier existerait une mini raffinerie étant donné
que les appels d'offres relatifs aux travaux n'ont guère fait
mention de la fourniture en carburant. De surcroît l'importation
de carburant dans la zone pétrolière semble invisible. Et
pourtant, ils tournent à l'essence et au gasoil, ces centaines
d'engins et de véhicules loués par le consortium ou lui
appartenant.
Environnement
: Les écoulements du brut sont une certitude. Cependant, le
traitement des produits aux abords de la Pendé entraîneront la
pollution du Logone, puis du Chari et donc du Lac-Tchad qui
contient plus de 300 espèces vivantes. La disparition de ces espèces
sera une perte du patrimoine
non seulement national mais régional, voire mondial.
Qu'adviendrait-il des personnes qui auront consommé ces eaux
polluées ? Par ailleurs l'absence de sincérité du consortium ne
cache-t-elle pas des conséquences funestes ? Les moyens sécuritaires
sont-ils à la hauteur du désastre encouru ? Le Tchad, ce pays de
lumière et de beauté ne se retrouvera-t-il pas hors du temps ?
Impréparations
et/ou sournoiseries : Nos méchancetés et sournoiseries nous
ont rendus très vulnérables. Le projet prévoit pour la partie
amont (l'extraction du pétrole) le forage, et les installations
ce qui suit : centre de contrôle des opérations et logements du
personnel, construction d'un aérodrome permanent permettant
l'atterrissage d'avions gros porteurs, construction et/ou réhabilitation
de routes, installation des infrastructures des média etc…, le
tout dans la zone de Bebedja, ce qui entraînera inéluctablement
des infrastructures connexes : hôtels, restaurants, manèges pour
distraction, établissements scolaires pour enfants des expatriés,
bancaires, des industries agroalimentaires, médias, supermarchés,
laiterie, pressing, autres services, etc. Rien n'a été fait
parce que les Tchadiens eux-mêmes s'y sont opposés. A qui la
faute alors ? Comme quoi ici chez nous, on ne change pas une équipe
qui gâche. L'impréparation au Tchad est légion à tout point de
vue. A titre d'exemple, plus de 6000 ouvriers se salissent les
tenues chaque jour. En estimant que 3000 tenues sont nettoyés
quotidiennement à 2000 frs la pièce, la société de pressing
qui s'y installera, récolterait quotidiennement 6 millions de
francs. Aussi curieux que cela puisse paraître, Doba ne dispose
d'aucune station d'essence ni de gasoil. Que vaut une poubelle
sans ordures ?
Lors
du lancement des travaux, le consortium a demandé l'existence
d'une personne ou entreprise capable de fournir 35.000 œufs par
semaine en prévision à l'atteinte de la vitesse de croisière
des travaux. Personne n'était capable de fournir cette quantité
et les Camerounais auraient sans nul doute gagné le marché. Il avait sollicité les services d'une
entreprise spécialisée en soudure des pipelines, il n'en existe
pas au Tchad. Les Phillipins ont gagné donc le marché. La
construction d'habitations démontables gagnée par la "Tchad
Cameroun Construction" (TCC), une entreprise étrangère et
les routes par Bouygues alias "David Terrassement".
"Catering International & Services" (CIS) dont le siège
est en Europe a raflé la fourniture en alimentaire. Les ouvriers
sont alimentés en fruits à partir du Cameroun, fruits issus des
arbres plantés cinq années plus tôt en vue de desservir les
travailleurs des chantiers. Un débrouillard de Bébédja est
parvenu à obtenir un petit marché de fourniture de poulets, pour
un chiffre d'affaires d'environ quatre millions de frs cfa
seulement par mois. Un jour, le responsable des achats de CIS, un
certain M. Escalier lui écrit en ces termes : " Nous
n'achetons que du poulet PAC congelé, empaqueté
individuellement, d'un poids minimum de 950 grammes et d'un poids
maximum de 1100 grammes", une manière simple de l'exclure. Décidément,
le marché a été attribué à une entreprise étrangère. Pour
l'heure, les légumes, la fourniture de poisson et quelques
insignifiants marchés sont acquis par quelques nationaux
courageux. C'est à peine si les Tchadiens arrivent à décrocher
des postes moyens.
En
fin juillet 2002, David Terrassement alias BOUYGUES quittait le
Tchad pour le Gabon. Les chauffeurs tchadiens réquisitionnés à
cet effet, n'ont droit qu'à 100.000 frs maxi pour une durée de
16 jours pour y convoyer les véhicules en traversant le Cameroun
et le Gabon. Aucun autre droit ni protection ne leur ont été
accordés même si le délai imparti s'avère insuffisant. Tant
pis pour leur retour ou en cas d'accident. En somme, les
travailleurs sont laissés pour compte, leurs droits n'étant pas
protégés par l'Etat. Il faut saluer ici la société civile
tchadienne, quelques partis politiques qui ont pu faire fléchir
le consortium afin de dédommager des paysans.
A
cette allure, le Tchad parviendra-t-il pour autant à résorber la
pauvreté qui touche la majorité de sa population avec le pétrole
? Rien n'est moins sûr, tant les problèmes à résoudre sont
nombreux… . Ici comme ailleurs, rien n'indique qu'il n'enrichira
pas, en premier lieu, une caste politico-économique gravitant
autour du pouvoir. Le processus de répartition des recettes pétrolières
fait bien, en théorie, l'objet d'une "surveillance"
internationale imposée par la Banque Mondiale dont l'objectif est
de favoriser le développement de secteurs socialement
prioritaires (santé, éducation, infrastructures). La définition
de ces secteurs et l'application de mesures de contrôle restent néanmoins
des plus incertains puisque les premiers 4,5 millions de dollars
reçus lors de la signature du contrat d'exploitation des
gisements de Doba, ont été utilisés par le gouvernement pour
l'achat d'armes.
Les Tchadiens n'ont pas honte d'être pauvres mais leur pauvreté
est bigrement incommode.
Quelques
pistes de solutions :
Plus
on cherche, plus on se rend compte que le domaine du pétrole est
un endroit où les secrets sont aussi immenses qu'un océan de
sable. Cependant, point n'est besoin de doigter nos partenaires.
Les régimes successifs ont enseigné aux Tchadiens la résignation
étant donné que le glaive l'a toujours emporté sur le bouclier.
Le résultat est édifiant car même dans les négociations avec
des tiers, l'ombre de la résignation plane. Belle leçon intériorisée.
Malgré
les déboires et maladresses ayant entachées le parcours sinueux
de jaillissement du pétrole, tout n'est pas perdu car nous ne
sommes pas encore assis sur le tranchant d'un rasoir. il existe
encore des pistes de solutions devant conduire le Tchad à majorer
sa part quand bien même le Cameroun et le consortium le tiennent
virtuellement par la gorge à travers le débouché. Pour beaucoup
subsistent l'envie de changer et la peur du changement. C'est là
une histoire de conversion de la monnaie sans dépréciation.
Point
1 : Bonne gouvernance : les dirigeants tchadiens pourraient
redresser la barque s'ils pensent légitimement avoir commis des
gaffes. Mais hélas, rien ne peut se faire sans l'application
d'une bonne gouvernance, ce qui parait tard puisque les choses
vont en empirant. Tout ce qui se passe est proportionnel à la
faiblesse d'un gouvernement en matière de gestion du pays. "
Gérer c'est prévoir, ne pas prévoir c'est gémir ". Le cri
strident de tout un peuple pour arrêter le désastre des accords,
est monté jusqu'à Dieu mais il n'est pas arrivé à l'oreille du
Gouvernement qui a choisi une gestion solitaire avec les siens.
Pour le cas d'espèce, le non tripotage des textes
constitutionnels fait bel en bien partie de ladite bonne
gouvernance.
Point
2. : Réajustements : les Tchadiens doivent refuser ce qu'on leur
refuse et que l'important soit dans le regard, non dans les choses
regardées ; première attitude à adopter. De temps à autres,
des réajustements des termes de conventions sont à suggérer
voire imposer à nos partenaires afin de remédier à certaines
insuffisances car rien n'est statique. Réfléchir sur d'autres
types de débouchés est plus qu'une nécessité, c'est une
obligation. En cas de refus, le Tchad se devra de déroger sans
pour autant dériver. Il faut oser car mauvais est le soldat qui
ne rêve pas d'être général.
Point
3 : Non extrapolation de la présente convention : la convention
signée avec le consortium ne peut être dupliquée et servir de
modèle à d'autres accords futurs à l'instar de ENCANA, cette
société à laquelle le Gouvernement a attribué, les yeux fermés,
de grands espaces (plus de 300.000 km²) et qui, au grand dam des
cieux, a emboîté le pas à la convention du consortium puisqu'il
s'agit d'une sous-traitance avec ce dernier, ce qui est désormais
à proscrire.
Point
4. Syndicat des travailleurs pétroliers (STP) : le STP sera
affilié à l'Union des Syndicats du Tchad (UST), l'objectif étant
de protéger les droits des travailleurs, bref d'accorder aux
travailleurs le droit d'avoir des droits. Désobéir est également
un devoir. C'est illégal mais légitime. A Komé, même les
professionnelles du sexe, les prostituées sont constituées en
association avec comme présidente, une camerounaise… Il faut
montrer ce qu'on n'ose pas dire et dire ce qu'on n'ose pas
montrer.
Point
5. Création d'une Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) : véritable
bureau d'études en la matière, la SHT disposera outre les
services techniques ad hoc et l'administration, des services
juridique, économique, socio-environnemental. La SHT aura des rôles
techniques : conception et analyse des documents techniques, contrôle,
propositions en tous points de vue, recueil tous azimuts des
informations relatives au pétrole, bref elle se
professionnalisera et produira des consultants dont la compétence
sera sollicitée tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays
plutôt que de regrouper de manière hâtive, anarchique,
ponctuelle, et occasionnelle, des individus (très souvent non
qualifiés) dont le rôle à chaque rencontre, ne se limite qu'à
écouter et à signer les documents sans lecture profonde. Cette
société devra s'atteler à élaborer des contrats types en bonne
et due forme pour des éventualités.
Point
6. Raffinerie : une raffinerie de grande capacité pour satisfaire
les besoins tant intérieurs qu'extérieurs ; ce qui baissera de
manière drastique le coût de l'électricité, du transport et
partant, stimulera la création des petites et moyennes
entreprises, un moyen de juguler substantiellement la fraude. Le pétrole
du Tchad étant qualifié de lourd, ses dérivés quoique l'on
dise sont multiples, notamment le bitume pour le revêtement des
routes.
Point
7. Energie : des
turbines devront être mises à l disposition du Tchad pour la
fourniture en électricité. Etant donné l disponibilité en
carburant, le Tchad devra se doter de quatre turbines de 30 mégawatts,
une quantité nettement capable de supporter l'électrification de
tous les chefs-lieux de région, de département et de sous-préfecture
à un coût accessible à tous les citoyens.
Point
8. Gaz : l'usage de gaz par les ménages est un problème
d'information, d'éducation et de formation à l'endroit des
citoyens. On n'y gagnerait beaucoup en substituant le gaz au bois
dont la coupe devient de plus en plus onéreuse aussi bien pour l'Etat
que pour les populations. Certains pays limitrophes du Tchad en
excellent.
Point
9. Réseau de chemins
de fer : Contrairement à l'eau, le pétrole ne durera pas une éternité.
Le Tchad doit donc se prendre très tôt afin de trouver dans la décennie
courante, un débouché autre que celui du Cameroun : un réseau
des chemins de fer reliant en priorité le Tchad à l'Afrique de
l'Ouest à partir du Nigeria. De par sa situation géographique,
le Tchad pourrait disposer de marché potentiel au sein duquel une
portion du pétrole aussi infime soit-elle sera aisément écoulée.
Il s'agit de la fourniture en carburant de la région ouest
africaine. Carrefour économique potentiel, il jouit d'une
position stratégique à tout point de vue puisque limité à
l'ouest par le pays le plus peuplé d'Afrique, le Nigeria ; à
l'est le pays le plus vaste, le Soudan ; au nord, l'un des pays
les plus riches, la Libye ; quoi de plus envieux ! Par ailleurs,
le développement du réseau routier national facilitera non
seulement la circulation mais favorisera l'éclosion des activités
connexes, les brassages intercommunautaires, un gage pour la paix
à partir duquel naîtra le nouvel embryon d'une nation. C'est à
ce prix seulement que les Tchadiens regarderont le projet avec un
léger optimisme.
En
somme, les exigences des Tchadiens sont à l'échelle de leurs
malheurs et ce serait pour nous une lourde faute que de ne pas
apercevoir notre propre bonheur. Au regard de tout ce qui précède,
on ne peut se vouer à personne, moins encore au gouvernement et
au consortium. Les gestes de victoire sur un fond de ruine ont
conduit le bas-peuple à l'optimisme, à la jubilation, à
l'imprudence et au silence, lors qu'il n'en est rien. Par conséquent,
le mutisme, l'indifférence de chacun de nous, nous rattraperont. Descartes
l'avait déjà vu avec une admirable clarté : " la liberté
d'indifférence est le plus bas degré de la liberté ".
Et puis, à quoi servirait l'archo-profito-situationnisme ? Si ce
n'est qu'aux individus qui tirent leurs profits dans des
situations anarchiques ! En dernier ressort les Tchadiens
demeurent les seuls responsables de leur avenir car "tout
esclave a en main, le pouvoir de briser sa servitude" (Jules
César). L'avenir est-il seulement entre les mains de Dieu ?
Non ! Aide-toi et le ciel t'aidera. Ce serait donc une utopie
meurtrière que d'attendre la délivrance promise par le ciel. Il
faut lutter pour la vie sans avoir peur de la mort même si
depuis, nous luttons avec l'énergie du désespoir.
Caman
Bédaou Oumar
N'djaména.
e-mail
: obcaman@yahoo.fr
Tél :
31.56.00
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