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Chronique |
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Chronique:
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Nos
bigoteries et nos
paradoxes à Montréal »
Par
Bakary, Mana Bello - Ialtchad
Presse
Article
paru le 23 juin 2003 |
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Nos
bigoteries et nos paradoxes à Montréal »
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L’Amicale des Tchadiens(nes) est morte. Quelques temps après, sont nées
à sa place, deux associations. L’ACTE (Association communautaire
tchadienne d’entraide) et l’ARTQ (Association des ressortissants
tchadiens du Québec), comme pour signifier qu’est venu le temps des
inimitiés pour le sacre de l’absurdité. Paradoxalement, les textes régissant
les dites associations sont à saluer mais la réalité est tout autre,
car, le clivage Nord/Sud est une vérité patente.
En effet, dans une même communauté plusieurs associations peuvent
exister et collaborer mais avec des objectifs différents. Il peut y
avoir par exemple : l’association des ingénieurs
tchadiens du Canada et du Québec, l’association des aînés(ées)
tchadiens du Canada et du Québec etc.
D’autres communautés le font. La communauté tchadienne à
Montréal n’est ni moins, ni plus intelligente pour le faire.
Cependant, compte tenu de notre nombre peu significatif et de notre récente
immigration; est-il utile d’avoir deux associations? Qui de surcroît,
poursuivent les mêmes objectifs comme l’entraide, l’accueil des
nouveaux arrivants etc.
Les
esprits extrêmes et malins diront oui. Pour notre part c’est non. Le hic,
est que ces deux associations ont colporté ici à Montréal, nos
idioties Nord/Sud, musulmans/chrétiens, une manière de confirmer que
nordistes et sudistes ne peuvent réussir à faire des choses ensemble.
Ce qui est faux. Il est donc clair que dans ces deux associations la
majorité des nordistes se sont retrouvés d’un côté dans l’ARTQ,
et la plupart des sudistes de l’autre côté dans l’ACTE. Et, du
coup, c’est la hantise et les rancœurs éternels. Pourtant, tous les
sudistes ne sont pas chrétiens et tous les nordistes ne sont pas
musulmans. Où peut-on placer les adeptes des religions africaines? Les
agnostiques? Les hâtés? etc. Qui entre ces « militants de la méfiance »
a choisi où naître? Qui a choisi sa famille? Sa région? Sinon le mystère
de la Nature et de la puissance divine, décidèrent où chacun devrait
voir le jour. Partout, il y a un Nord, un Sud, un Est, un Ouest, un
Centre, un Haut et un Bas. Mais il semble qu’au Tchad il y a seulement
un Nord et un Sud. Deux blocs monolithiques, uniformes qui se disputent
jusqu’à l’étranger un gâteau qui n’existe que dans le fantasme
imaginaire de deux camps. L’ironie dans tout cela, est que, ceux qui
s’étaient disputer le gâteau ont longtemps fait la paix et profitent
aujourd’hui de la vie au nez et à la barbe de tous. Les belligérants
de jadis, se consacrent présentement à éduquer leurs enfants, leurs
proches immédiats, certainement dans le but de pérenniser leur suprématie
sur le Tchad où l’anarchie, l’impunité, l’injustice et l’insécurité
sont devenues les poutres soutenant leur système, et où seuls ceux-ci
s’y reconnaissent et s’y plaisent allégrement les poches et les
bouches pleines.
De
plus, certains de ces « militants de la méfiance », se
pavanent de part et d’autres, le torse bombé, claironnant à qui veut
l’entendre le montant de la caisse de l’une ou l’autre
association; et les succès ou les difficultés du frère ennemi.
Lorsque l’on imagine, que certains d’entre eux seront appelés, peut
être demain, à représenter les intérêts de leur pays où ils
oeuvreront; vont-ils
travailler sans discriminer? Ne créeront-ils pas de la méfiance?
Ne réprimanderont-ils pas, ceux qui ne sont pas de leur région? De
leur village? De leur famille? De leur quartier?
Le
plus troublant dans ces deux associations, c’est qu’elles insèrent,
ici et là, quelques vieilles amitiés ou connaissances, méridionales
ou septentrionales; une pirouette pour se dédouaner la conscience. Et
de répondre : « non, il y a des nordistes et des musulmans
chez nous. Il y a des sudistes et des chrétiens également chez nous .»
Quelle schizophrénie collective!
Les
plus malheureux dans cette triste aventure, ce sont les familles mixtes.
C’est à dire marié à un ou une sudiste, vise versa; ou encore les
enfants issues de telles unions. Ils sont soit obligés de se tenir à
l’écart, soit choisir entre le cœur et les tripes. Ou bien encore,
satisfaire les deux associations en s’impliquant. Le fait même
qu'elles (associations) existent, pousse au choix. Personne n’a le
droit, d’obliger de façon aussi subtile l’autre à choisir entre
son père ou sa mère. Quel gâchis! Quelle bigoterie!
Où
sont passés ces aînés, ces mères et ces pères de familles, ceux
qui, comme dirait Amadou Hampâté Bah, ont l’expérience de
« l’École de la Vie ». C’est eux qui en principe,
devaient guider les pas de la communauté et conseiller son esprit. Hélas,
ils préfèrent garder le silence ou tirer les ficelles de part et
d’autre. Sommes nous maudits ou habités par tous les démons du mal?
Nous n’y croyons pas. Car, nous sommes une communauté normale, avec
sa réalité et sa fiction, sa part de gentillesse et de méchanceté,
d’altruisme et d’égoïsme, de vérité et de mensonge, ses hauts et
ses bas, ses hypocrisies et ses franchises. Rien d’anormal.
Toutefois,
il n’est jamais trop tard. Il faudrait que le débat se fasse. Que le
dialogue sincère, s’amorce. Que les langues se délient et dénoncent
cette aberration. Que les querelles personnelles entre compatriotes ne
prennent pas le pas sur l’intérêt communautaire. Que les jeunes dans
les dites associations, militent pour un rapprochement et rejettent le
statut quo.
Nous
estimons sans aucune prétention, qu’une solution mitoyenne existe.
Elle pourra permettre de sauver la face de tous. Cette solution consiste
à créer une Superstructure qui coiffera les deux entités. Appelons
celle-ci, par exemple : Fédération des associations tchadiennes.
Il n’est pas question ici de dissoudre l’une ou l’autre
association. Elles continueront d’exister et d’évoluer de manière
autonome. Les membres dirigeants seront désignés, de part et
d’autre. Ils organiseront ensemble des activités festives, de
retrouvailles, d’entraides, de solidarité, de deuil et surtout
d’accueil aux nouveaux arrivants. Après cela, les choses humaines
reprendront le dessus. Et, c’est seulement à ce moment qu’une
fusion peut être envisageable. Il est temps que les responsables de
deux associations jettent les bases d’un dialogue et d’une écoute
sincère des uns et des autres. Faisons le, non pas pour nos ego mais
pour nos enfants ici en Amérique et pour notre petite histoire sur
cette Terre, quoiqu’on dise, si accueillante. Que cette dernière nous
inspire et adoucisse nos cœurs.
Par
Bakary, Mana Bello
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